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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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30 avril 2016 6 30 /04 /avril /2016 22:30

En 1936, Léon BLUM, appelé à diriger le gouvernement du Front populaire, militait pour «le pain, la paix et la liberté». Les congés payés, les conventions collectives et la semaine de 40 heures sont autant de conquêtes, qui n’ont pas jusqu’ici été remises en question. La consultation des documents de l’époque renvoie à des images de joie, de fierté, de dignité conquise qui font du Front populaire, un grand moment de notre histoire sociale, où chacun avait le sentiment d’écrire une page de celle-ci. «Ne pas oublier le rôle immense que le côté kermesse aura joué dans la grève. La joie d'être autonome, d'être libre et, par le fait de n'avoir pas, aujourd'hui, à obéir, de se sentir soudain un autre", souligne André MALRAUX. Le Front populaire est tout d'abord une série de premières fois : celle d'une union de la gauche, regroupant les socialistes, les communistes et les radicaux, celle du pouvoir, de la confrontation à la guerre, au fascisme. Le Front populaire a eu de fortes résonances en Afrique, encore sous le joug colonial, en favorisant l’éveil des consciences et en créant les conditions du chemin vers l’indépendance. Ce Front populaire de combat, symbolique et mythifié, surgit des cendres du passé, 80 ans après son avènement à travers les mouvements sociaux. Qui était Léon BLUM ?


Issu d'une famille juive d'Alsace, né à Paris le 9 avril 1872 au 151 de la rue Saint-Denis, Léon BLUM est un ancien élève de L'École normale supérieure, critique littéraire à la Revue Blanche, il entre au Conseil d'État comme maître des requêtes en 1895.


Léon BLUM est avant tout un homme de Lettres. La littérature occupe ses loisirs. Dès 1891, il collabore aux revues la Conque, où écrit aussi André GIDE, et le Banquet, avec Fernand GREGH et Marcel PROUST. En 1894, il devient l'un des rédacteurs habituels de la Revue Blanche. Il écrit aussi au Gil Blas et à la Grande Revue. Bientôt, il devient chroniqueur dramatique du Matin, puis de Comœdia. Il publiera par la suite plusieurs essais : Nouvelles Conversations de Goethe avec Eckermann en 1901, Du mariage (1907), Stendhal et le beylisme en 1914.


Léon BLUM est un brillant juriste de droit public. En 1895, Léon BLUM passa avec succès le concours de l’auditorat et entra au Conseil d’État, juridiction administrative. Commissaire du gouvernement à partir de 1910, il prononça des conclusions importantes dans le domaine social au sujet d’affaires concernant les syndicats et les conflits sociaux du début du XXe siècle, tels que, notamment, les grèves d’Armentières. Il contribua à l’élaboration de la notion de service public en cherchant à adapter les règles juridiques à l’évolution de la société et des institutions publiques (arrêt Compagnie générale française des tramways, 1910) et à l’évolution de la jurisprudence sur la responsabilité de l’administration et de ses agents (Epoux Lemonnier, 26 juillet 1918). Son activité au Conseil d’Etat, cessa en 1919, lorsqu’il fut élu député. Il y analyse ses années passées à la tête du Parti Socialiste et montre l’importance et la place de l’individu, ainsi que de la démocratie, dans sa conception du pouvoir.


Léon BLUM est avant tout un homme d’Etat et un humaniste. L’affaire Dreyfus l'amène à la politique active. Il est ardemment dreyfusard. Une conversation avec Lucien HERR le conduit au socialisme ; il rejoint alors les intellectuels socialistes qui travaillent à réaliser l'unité et collabore à l’Humanité de Jean JAURES; en même temps, il siège au conseil d'administration de la Société nouvelle de librairie et d'édition, rue Cujas, qui publie la «Bibliothèque socialiste», et il y donne une analyse des congrès socialistes et ouvriers de 1871 à 1900. Cependant, le marxisme l'influence peu ; il croit avant tout au rôle des hommes et à l'action des idées.


Dreyfusard, il participe alors à l'unification du Parti socialiste et à la création de L'Humanité dans le sillage de Jean JAURES, dont l'assassinat marque son entrée en politique. Chef de cabinet du ministre socialiste Marcel SEMBAT (1914-1916), Léon BLUM est élu député de la Seine en 1919.


Léon BLUM défend la minorité socialiste contre la majorité communiste au Congrès de Tours (1920). Le Parti socialiste, issu de l’union en avril 1905 des multiples formations socialistes qui existaient depuis la fin du XIXe siècle, va, à partir des élections législatives de 1919, se diviser inéluctablement en tendances radicalement opposées, qui vont violemment s’affronter lors du 18e congrès de la SFIO à Tours du 25 au 30 décembre 1920. La tendance dite des «majoritaires», emmenée par Marcel Cachin (élu député en 1914, il a été envoyé en mission en Russie en 1917), Louis-Oscar Frossard et Charles RAPPOPORT. Marcel CACHIN et Frossard, qui reviennent en août 1920 d’un séjour à Moscou, où le précédent congrès de la SFIO, tenu au printemps 1920 à Strasbourg, souhaitent l’adhésion du Parti socialiste français au Komintern, l’Internationale communiste fondée par Lénine en 1919 après la révolution bolchevique. Cette adhésion est soumise à 21 conditions énoncées par Lénine en juillet 1920. La tendance des « minoritaires », qui rejettent résolument l’adhésion aux 21 conditions du Komintern, et au nom desquels Léon Blum, ancien chef de cabinet de Marcel SEMBAT au ministère des Travaux publics, et élu député de la Seine en novembre 1919, prononce à la tribune de ce congrès un discours qui fait sensation parmi les délégués : «Pour la vieille maison».


Devenu chef de la SFIO, face à la menace fasciste, Léon BLUM initie la coalition du Front populaire dont la victoire aux Législatives du 4 juin 1936 lui ouvre la voie de la présidence du Conseil. Le mouvement social déclenché par sa nomination débouche sur les accords de Matignon : congés payés, semaine de 40 heures et allongement de la durée de la scolarité, etc. Face à la fuite des capitaux, il doit procéder à une dévaluation et à une pause sociale (février 1937). Mais pris entre la crise de la coalition due à sa non-intervention en Espagne et le refus du Sénat de lui accorder les pleins pouvoirs financiers, il démissionne le 22 juin 1937. Son second cabinet dure trois semaines du 13 mars 1938 au 8 avril 1938. Le Front populaire a soulevé, d’emblée, la capacité de la gauche à gouverner, durablement, dans l’intérêt des exclus.


Léon BLUM est l'un des 80 parlementaires qui refusent les pleins pouvoirs à Pétain en juillet 40)=. Arrêté par Vichy le 15 septembre 1940, déporté à Buchenwald en 1943, de retour à Paris en mai 1945, il contribue à mettre en place les institutions de la IVème République.


Déporté pendant la guerre, il resta à la Libération la figure de proue du socialisme et devint Président du Conseil en 1946. Léon BLUM meurt subitement le 30 mars 1950.


II – Quel héritage et quel message nous délivrent Léon BLUM ?


Avec Léon BLUM, la France s’est ancrée dans la modernité en lançant une politique audacieuse en vue de changer la vie. Le projet socialiste c’est le progrès social, la justice, la liberté, la dignité humaine. Léon BLUM est l’auteur d’un ouvrage, «A l’échelle humaine», écrit en 1944, pendant sa captivité et publié en 1945. Il y décrit sa conception du Socialisme qui consubstantiellement liée à la démocratie et à la défense de la dignité de l’homme. Le progrès économique n’a de sens que si l’humain est placé au cœur du projet de société.


Léon BLUM est l’initiateur du Socialisme à la française. La justice sociale est indissociable avec le principe démocratique.


Léon BLUM qui a subi deux guerres mondiales et qui a été déporté en tant que Juif, a également jeté les bases idéologiques de la construction européenne. Il distingue la souveraineté de l’indépendance. Pour lui c’est le concept de souveraineté absolue qui a été le moteur des guerres qui ont ravagé le vieux continent.


Léon BLUM s’est intéressé à la jeunesse et au statut des femmes qui n’avait encore le droit de vote. Il a nommé trois femmes à son gouvernement.


Léon BLUM a mené des politiques publiques innovantes en faveur notamment de la culture et des loisirs, conséquences du droit aux congés annuels.


Entré en politique lors de l’affaire DREYFUS, face aux invectives et insultes de l’Extrême-droite, Léon BLUM pour la République et ses valeurs, notamment d’égalité. Parmi ces fortes dissensions, l’antisémitisme est un élément majeur. Sous-jacent depuis des siècles, il s’est structuré à la fin du XIXe siècle autour d’écrits comme La France juive d’Édouard Drumont, autour de personnalités fortes et brillantes comme Maurras ou Déroulède et autour d’événements marquants comme l’affaire Dreyfus. Il fait partie intégrante de l’idéologie de certaines ligues, comme l’Action française, au même titre que le nationalisme, l’anticommunisme ou l’antiparlementarisme. La personnalité de Léon BLUM ne manque donc pas de susciter haine chez les conservateurs. C’est Xavier VALLAT, député de Droite, proche de l’Action française, qui lance l’attaque la plus blessante : "Votre arrivée au pouvoir marque incontestablement une date historique. Pour la première fois, ce vieux pays gallo-romain va être gouverné par un juif. J’ose dire à haute voix ce que le pays pense en son for intérieur ; il est préférable de mettre à la tête de ce pays un homme dont les origines appartiennent à son sol... qu’un subtil talmudiste".


En février 1942, Léon BLUM est traduit, avec plusieurs inculpés, devant la cour de Riom, c’est le fameux procès de RIOM, sous l'accusation d'avoir trahi les devoirs de sa charge. Sa défense se révèle si efficace que le gouvernement suspend les débats le 11 avril 1942. C'est pendant ces mois de détention qu'il rédige son livre À l'échelle humaine, où il expose sa conception humaniste du socialisme. Après l'occupation, par les armées allemandes, de la zone sud, il est déporté successivement à Dachau, à Buchenwald et dans le Haut-Adige, où il est libéré, en mai 1945, par une armée américaine venant d'Italie.


Ce combat mené par Léon BLUM pour le respect du principe d’égalité, est toujours d’actualité. Hier, ces attaques, calomnies et insultes, avaient conduit au suicide Roger SALENGRO, maire de Lille ou de Pierre BEREGOVOY. Aujourd’hui, sous prétexte de modernité, certains ont carrément trahi l’idéal de Jean JAURES.


Le courage, la clairvoyance de Léon BLUM, son éthique et son refus des inégalités, font de lui encore notre boussole dans l’action politique. Pour Léon BLUM la politique n’est juste que si elle est humaine, si l’action publique mène à la dignité humaine. C’est cela, en mon sens, le vrai projet socialiste.


Indications bibliographiques


BLUM (Léon), A l'échelle humaine, Paris, préface René Raymond, Gallimard, Collection Idées, 1945, 192 pages ;


BLUM (Léon), L’œuvre de Léon Blum, Paris, Albin Michel, 1972, 709 pages ;


BLUM (Léon), La force d’espérer, Paris, éditions Le Monde, 2012, 189 pages ;


MICHEL (Jérôme), Blum, un juriste en politique, Paris, Michalon, 2008, 121 pages ;


Fondation Nationale de Sciences Politiques, Léon Blum, chef de gouvernement, 1936-1937, Paris Armand Colin 1967, 440 pages ;


FRAPET (Daniel), Le socialisme selon Léon Blum, Paris, Créer, 2003, 271 pages ;


WINOCK (Michel), NICKEL (Séverine), La gauche au pouvoir : l’héritage du Front populaire, Paris, Bayard, 2006, 188 pages ;


EL-HADJI (Ali), Le Front populaire (1936-1937) un échec politique ou une victoire des organisations populaires, Grin Verlag, 2003, 7 pages


RIOUX (Jean), Le Front populaire, Paris, Tallandier, 2006, 159 pages


LEFRANC (Georges), Histoire du Front populaire, 1934-38, Paris, Payot, 1974, 554 pages.


Paris, le 1er mai 2016, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Léon BLUM (1872-1950), homme d’Etat et de Lettres, humaniste, juriste, socialiste, et artisan du Front Populaire», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

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