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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 00:17

Pour Ernest HEMINGWAY (1899-1961), "Paris est une fête", par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/

Dire, comme Ernest HEMINGWAY, que «Paris est une fête», pourrait relever, en ces temps de deuil, d’une forfaiture. En effet, depuis les attentats du 13 novembre 2015, Paris, ma ville fétiche, est plongée dans la sinistrose. Les traditionnelles illuminations de Noël ont été supprimées dans la plupart des quartiers parisiens. La montée, presque inexorable de la peste brune, a accentué cette atmosphère de mélancolie. Et pourtant les Parisiens ont décidé de résister. «Même pas peur !», tel est notre slogan. Ce samedi 19 décembre 2015, ma belle église de Jourdain célébrait un concert en l’honneur du centenaire d’Edith PIATH. Avec ma petite Arsinoé nous sommes allés chercher les cadeaux de Noël, dans le quartier des halles en plein travaux, sous un beau soleil de 15 degrés, digne du printemps sénégalais, après cette extraordinaire conférence sur le climat à Paris. Oui, Paris reste une fête.

«Paris est une fête» est officiellement présenté comme un ouvrage de fiction. HEMINGWAY prévient ainsi son lecteur en préambule : «Ce livre peut être tenu pour une œuvre d'imagination. Mais il est toujours possible qu'une œuvre d'imagination jette quelque lueur sur ce qui a été rapporté comme un fait». «Paris est une fête» possède une dimension, largement autobiographique puisqu’il s’agit, ni plus, ni moins que d’une description des bonheurs connus par Ernest HEMINGWAY dans Paris, au début des années vingt. En novembre 1956, la direction de l'hôtel Ritz, à Paris, persuada Ernest HEMINGWAY de reprendre possession de deux malles-cabine entreposées là depuis mars 1928. Elles contenaient des vestiges oubliées de ses premières années à Paris. Il se peut que HEMINGWAY ait eu, avant cette date, l’envie de rédiger les mémoires de son premier séjour à Paris, «mais c’est l’entrée en possession de ces matériaux, véritable capsule de sa vie, qui le poussa à mettre l’idée à exécution» souligne Sean HEMINGWAY, son petit-fils. "Paris est une fête" est un récit publié de manière posthume en 1964 aux États-Unis et la même année en France chez Gallimard, avec une traduction de Marc SAPORTA.

HEMINGWAY avait recherché une longue liste de titres possibles, aussi farfelus les uns les autres, de son roman. Le titre finalement retenu pour «Paris est une fête» fut choisi par Mary, la quatrième épouse. Spécialiste de la fiction historique, HEMINGWAY traite dans cet ouvrage de l’écriture, plus que d’un souvenir particulier. Paris, sa ville préférée, est, à l’époque, l’endroit rêvé pour HEMINGWAY de vivre et écrire. «J’étais jeune et peu porté à la mélancolie», précise-t-il, pour son état d’esprit. «Je possédais encore la facilité lyrique du jeune âge, aussi périssable et inconsistante que la jeunesse elle-même», rajoute HEMINGWAY.

Les principaux thèmes abordés sont l’amour, l’amitié, l’écriture, les plaisirs de la vie et la mode française. Le livre est constitué de courtes vignettes illustrant chacune une relation ou un aspect de la vie parisienne, dans lesquels le bonheur et la nostalgie de l’auteur sont manifestes. Écrit entre 1957 et 1960, l'auteur y témoigne de ses premières années d'écrivain désargenté à Paris, dans les années 1920. Jeune journaliste, il abandonne son travail pour essayer de vivre de son écriture. La peinture intimiste de l’auteur et de sa femme donne une image frappante du jeune journaliste qu’était HEMINGWAY, ne disposant que d’un seul costume correct et d’une paire de chaussures de ville, obligé malgré tout de sacrifier aux conventions sociales et aux codes vestimentaires de sa profession. Il arrive dans la capitale française avec Hadley RICHARDSON (1891-1979) sa charmante épouse et son fils John (1923-2000) ; le couple vit d'amour et de vin frais. Le livre déborde d'amour pour la ville de Paris vers laquelle il revint à de nombreuses reprises. C'est également un émouvant hommage à son premier amour, Hadley, qui apparaît délicieuse. «Hadley et moi avons désormais trop confiance l’un dans l’autre et cette présomptueuse confiance nous rendait insouciants», dit-il lors d’un séjour de ski en Autriche, endeuillé par des avalanches. Leur histoire passée est rapportée avec une belle tendresse et beaucoup de nostalgie pour cette passion exubérante et le livre se clôt sur le prélude de la rupture qui va séparer les époux. «Le saccage de trois cœurs pour détruire un bonheur et en construire un autre, l’amour, le travail gratifiant et tout ce qui s’en est suivi ne font pas partie de ce livre», précise HEMINGWAY.

A Paris, HEMINGWAY fait la connaissance d’un monde nouveau d’écrivains. Il a du temps pour lire. «Dans une ville comme Paris où l’on pouvait bien vivre et bien travailler, même si l’on était pauvre, c’était comme si l’on vous avait fait don d’un trésor», dit-il. HEMINGWAY découvre les auteurs russes comme TOURGUENIEV, GOGOL et TCHEKHOV, TOLSTOI et DOSTOIEVSKI. «Dans Dostoïevski, il y avait certaines choses croyables et auxquelles on ne pouvait croire, mais d’autres aussi qui étaient si vraies qu’elles vous transformeraient au fur et à mesure que vous les lisez ; elles vous enseignent la fragilité et la folie, la méchanceté et la sainteté et les affres du jeu», dit-il.

Les personnages, et surtout les personnalités apparaissent. On rencontre la collectionneuse, une femme de lettres américaine, Gertrude STEIN (1874-1946), «une amie affectueuse et chaleureuse», qui tâche de régner en prophétesse des destinées artistiques sur le petit monde des bohèmes américains de Paris ; le poète Ezra POUND, (1885-1972), l’homme qui croyait au mot juste, le seul mot approprié à chaque cas, est bienveillant et enthousiaste, parfois un peu trop. Gertrude, lesbienne notoire et poétesse, a une influence hypnotique sur HEMINGWAY. Elle lui apprend à se débarrasser de la psychologie, à se focaliser sur la musique des mots, sur l'instant à décrire. Il a appris d’elle, la valeur du rythme et des répétitions de mots, et la nécessité toujours d’affiner son art. HEMINGWAY, réputé pour ses récits très concentrés, au style dépouillé et laconique, témoignant de son expérience de la vie et de la mort, passe ses journées à écrire à la «Closerie des Lilas», isolé du bruit de la ville. Le grand poète Ezra POUND, décrit comme un «grand poète, un homme courtois et généreux», corrige ses manuscrits en échange de leçons de boxe. HEMINGWAY devient le petit protégé de James JOYCE (1882-1941), qui vient de publier, en 1921, «Ulysse» grâce à Sylvia BEACH (1887-1962), une libraire et éditrice américaine, compagne d’André MONNIER, qu'Ernest emprunte des livres. Chez Gertrude STEIN, qui est la première à collectionner les tableaux de PICASSO, HEMINGWAY a rencontré les artistes André MASSON, peintre surréaliste (1896-1987) et Joan MIRO, peintre, sculpteur, graveur et céramiste (1893-1983).

Hadley offre à son mari une machine à écrire portative Corona. La naissance de son fils John ou Jack, dit Bumby (1923-2003), à Toronto, coïncide avec ses débuts dans la carrière. "Pendant que j'écrivais le premier jet, mon second fils Patrick vint au monde par opération césarienne à Kansas City ; et pendant que je récrivais l'ouvrage, mon père se tua à Oak Park», souligne-t-il.

L'écrivain s'avère incapable d'aimer pleinement, car il est souvent amoureux de deux femmes en même temps. Sa femme, Hadley, racontera plus tard : "Il était le partenaire des boxeurs à l'entraînement, l'ami des garçons de café, le confident des prostituées". HEMINGWAY "était alors le type d'homme par qui hommes, femmes, enfants et chiens sont attirés", se souviendra sa femme, Hadley. En 1924, sa situation conjugale se dégrade. En 1927, il divorce pour épouser sa maîtresse Pauline PFEIFFER (1895-1951), journaliste à Vogue, puis entame "L'adieu aux armes". Il divorça avec Pauline après son retour d’Espagne où il avait couvert la guerre civile espagnole, qui lui permit d’écrire "Pour qui sonne le glas". Martha GELLHORN (1908-1998), journaliste, correspondante guerre et écrivain, devint sa troisième femme en 1940, mais il la quitta pour Mary WELSH (1908-1986), journaliste, en novembre 1940.

L'écrivain américain Francis SCOTT FITZGERALD (1896-1940), fou et charmant, qui entraîne le narrateur dans un aller-retour pour Lyon aux rebondissements étonnants. Ils se sont rencontrés au Dingo Bar, 10 rue Delambre, à Paris 14ème, dans le quartier de Montparnasse. «Son talent était aussi naturel que les dessins poudrés sur les ailes d’un papillon. (…). J’ai eu la chance de le rencontrer juste après qu’il eut connu une période faste de son écriture ou de sa vie», dit-il. SCOTT FIGERALD venait de terminer son livre «Gatsby le magnifique». Ernest HEMINGWAY appartient à la «génération perdue». «Miss Stein et moi étions encore bons amis lorsqu'elle fit sa remarque sur la génération perdue». Elle avait eu des ennuis avec l'allumage de la vieille Ford T qu'elle conduisait, et le jeune homme qui travaillait au garage et s'occupait de sa voiture – un conscrit de 1918 – n'avait pas pu faire le nécessaire, ou n'avait pas voulu réparer en priorité la Ford de Miss Stein. De toute façon, il n'avait pas été sérieux et le patron l'avait sévèrement réprimandé après que Miss Stein eut manifesté son mécontentement. Le patron avait dit à son employé : "Vous êtes tous une génération perdue. C'est ce que vous êtes. C'est ce que vous êtes tous, dit Miss STEIN. Vous autres, jeunes gens qui avez fait la guerre, vous êtes tous une génération perdue».

A bien des égards, HEMINGWAY s'impose comme une figure de cette «génération perdue» américaine, marquée par la guerre et dont les idéaux sont affectés. Au sens large, la «génération perdue» c’est ce groupe d'écrivains américains parvenus à l'âge adulte pendant la guerre et qui bâtirent leur réputation littéraire au cours des années vingt. Cette génération était «perdue» en ce sens qu'elle avait hérité de valeurs qui n'étaient plus d'usage dans le monde d'après-guerre ; elle souffrait de l'aliénation spirituelle des États-Unis qui, somnolant sous la politique de «retour à la normale» du président Harding, lui paraissaient incurablement provinciaux, matérialistes, vides d'émotion. Le terme peut s'appliquer à HEMINGWAY, à CUMMINGS, à FITZGERALD, à DOS PASSOS, aussi bien qu'à de nombreux autres écrivains qui firent du Paris de l'époque le centre de leurs activités littéraires. Ils ne constituèrent jamais une école. Les mêmes problèmes les unissaient pourtant : découvrir de nouvelles valeurs et un nouveau langage artistique capable de les exprimer, autant de buts qu'ils atteignirent chacun à sa manière.

Paradoxalement, Ernest HEMINGWAY, un écrivain de la tragédie, est celui qui a le mieux sanctifié le côté festif et culturel de Paris. Dans les années vingt, les Etats-Unis ont ratifié l'amendement sur la prohibition de l'alcool. Pour les artistes américains, les Etats-Unis ne sont plus synonymes de liberté, mais d'hypocrisie. Et Paris symbolise la modernité. Ses terrasses de café ne désemplissent pas. Montparnasse pullule de peintres, de musiciens et de poètes. Un carrefour obligé pour tout écrivain en mal de reconnaissance. La France offre un avantage supplémentaire aux Américains : le taux de change est particulièrement intéressant.

Paris est toujours resté une fête. En effet, notre capitale présente plusieurs facettes ; c’est à la fois une ville-musée, une ville-lumière et une ville-rebelle. La tragédie côtoie en permanence la fête. Cependant, la ville capitale a pu surmonter ses démons. C’est ainsi que le massacre des Protestants à la Saint-Barthélemy, la Terreur qui a suivi la Révolution de 1789, la répression des révolutions de 1830 et de 1848, ainsi que la grande brutalité d’Adolphe THIERS, le Versaillais, contre le peuple parisien à la suite des événements de la Commune, l’Occupation pendant la 2ème guerre mondiale, et maintenant les odieux attentats de janvier et novembre 2015, n’ont jamais pu annihiler la soif des Parisiens de vivre. C’est d’ailleurs contre cet esprit jugé «licencieux» que les fondamentalistes se sont attaqués, en massacrant des jeunes qui venaient assister à un concert ou boire un verre dans un bar.

«Paris est une fête» atteste bien, sous la plume d’Ernest HEMINGWAY, que la jeunesse est vulnérable. Quant à moi, je me souviendrai toujours, et pour le reste de ma vie, de mes années d’étudiant passées à la rue des Boulangers, au Quartier Latin. En compagnie de Mamadou DANSOKHO, maintenant professeur à la faculté d’économie à l’Université Cheikh Anta DIOP, avec qui j’ai fait les «400 coups», à Paris, j’ai ressenti les mêmes doux souvenirs qu’évoque notre écrivain américain, à chaque fois que je promène, à nouveau, au Quartier Latin. «Paris était une vieille ville et nous étions jeunes et rien n’était plus simple, ni même la pauvreté, ni la richesse soudaine, ni le clair de lune, ni le bien, ni le mal, ni le souffle d’un être endormi à vos côtés dans le clair de lune», confesse HEMINGWAY. En effet, HEMINGWAY débarque à Paris en janvier 1922, et réside au n°74 de la rue du Cardinal-Lemoine, dans un appartement de deux pièces, sans eau chaude courante, ni toilettes, sauf un seau hygiénique. «C’était un appartement gai et riant, avec une belle vue, un bon matelas et un confortable sommier posé à même le plancher et des tableaux que nous aimions, accrochés au mur», dit-il. HEMINGWAY n’avait que 23 ans et ce fut sans doute la période la plus jubilatoire de sa vie.

Cet ouvrage est un feu d'artifice, un inoubliable chef-d'œuvre, un livre culte qui n’a rien perdu de sa fraîcheur. Paris reste encore, pour une large part, «un lieu d’excès, de fêtes sans fin et de décadence tapageuse», souligne Sean HEMINGWAY dans l’introduction consacrée à ce livre de son grand-père. Mais Paris fut aussi, pour lui, le miraculeux laboratoire où, tout en feignant de batifoler, il fit ses gammes de romancier et découvrit sa morale : "Ce qu'il faut, c'est écrire une seule phrase vraie. Ecris la phrase la plus vraie que tu connaisses". Le Paris que décrit Ernest HEMINGWAY est celui du Paris d'après-guerre "où nous étions très pauvres et très heureux». Il précise encore un peu plus sa pensée : «Quand le printemps venait, même le faux printemps, il ne se posait qu’un seul problème, celui d’être aussi heureux que possible». En effet, Paris est une fête perpétuelle, un hymne à la joie, une quête quasi mystique de la vraie vie. "Si vous avez eu la chance de vivre à Paris quand vous étiez jeune, quels que soient les lieux visités par la suite, Paris ne vous quitte plus, car Paris est une fête mobile", Mary HEMINGWAY tient cette citation de son mari Ernest. Paris est bien une fête mobile, "A Moveable Feast" (c’est le titre de l’ouvrage en anglais).

A l'époque où HEMINGWAY écuma Paris, la ville était encore un jardin frémissant sous des lampions Art déco. HEMINGWAY fait une description pittoresque des cafés parisiens, une des grandes originalités de cette ville. Ainsi, le café des Amateurs, dans le quartier des Mouffetard, est un endroit «triste et mal tenu, où les ivrognes du quartier s’agglutinaient, et j’en étais toujours écarté par l’odeur de corps mal lavés et la senteur aigre de saoulerie qui y régnaient», dit-il. Il apprécie, dans ces cafés, tous les bons vins et liqueurs (Châteauneuf-du-pape, Rhum Saint-James, Kirsch, prunes rouges ou jaunes, les baies sauvages, Quetsche de mirabelle ou de framboise, Sherrys, etc.), mais il fait une belle description de l’atmosphère qui y règne. Il mentionne, à propos d’une charmante jeune fille qui venait de s’installer dans un café au boulevard Saint-Michel : «je t’ai vue, mignonne, et tu m’appartiens désormais, quelque soit celui qui t’attends, et même si je ne dois plus jamais te revoir. Tu m’appartiens et tout Paris m’appartiens». Paris c’est toute une atmosphère et il s’interroge : «Loin de Paris, pourrais-je écrire sur Paris, comme je pouvais écrire à Paris sur le Michigan». C’est au Restaurant, Michaud, situait à l’époque au numéro 29, rue des Saints-Pères, que HEMINGWAY rencontrait souvent James JOYCE, résidant à la rue de l’Université. Il fréquentait aussi la brasserie LIPP, située au 151 boulevard Saint-Germain à Paris 6ème. Fondée en 1880 par Léonard LIPP, cette brasserie décerne, chaque année, un prix littéraire, le Prix Cazes, du nom d’un des anciens propriétaires. En effet, HEMINGWAY apprécie les cafés chics, comme les Deux-Magots, situé au 6 Place Saint-Germain, style Art déco, fondé en 1884, de nombreux écrivains l’ont fréquenté, comme RIMBAUD, MALLARME, VERLAINE, SARTRE et GIDE. HEMINGWAY qui a déménagé de la rue Cardinal Lemoine, et qui habite désormais au n°113 rue Notre-Dame-des-Champs, affectionne, hautement, le café mythique, la Closerie des Lilas. «Il n’était pas de bon café plus proche de nous», dit-il. HEMINGWAY y a rencontré, un seul écrivain, Blaise CENDRARS (1867-1961), «avec son visage écrasé de boxeur et sa manche vide retenue par une épingle, roulant une cigarette avec la main qui lui restait». «Cendrars aurait pu se montrer plus discret sur la perte de son bras (à la guerre)», précise HEMINGWAY. En fait, la Closerie des Lilas, fondée en 1847, sise au 171 boulevard Montparnasse, à Paris 6ème, et proche des cafés célèbres comme la Dôme, la Rotonde, le Sélect et la Coupole, est l’un des grands cafés fréquenté par des artistes et intellectuels, comme Louis ARAGON, LENINE, Paul FORT, André BRETON, MODIGLIANI, PICASSO, GIDE, ELUARD, Oscar WILDE, etc.

Dans ses promenades, il descendait souvent vers le jardin du Luxembourg, décrit comme «le meilleur endroit où aller». Il allait visiter, au Palais du Sénat, situé dans ce jardin de Luxembourg, les peintures des impressionnistes, comme celles de Cézanne, Manet ou Monet. «J’apprenais beaucoup de choses en contemplant les Cézanne, mais je ne savais pas m’exprimer assez bien pour l’expliquer à quelqu’un d’autre», dit-il. «J’ai appris à comprendre bien mieux Cézanne et à saisir comment il peignait ses paysages, quand j’étais affamé», précise HEMINGWAY. La faim est une bonne discipline et elle est instructive.

Les fritures sur l'île Saint-Louis, le cervelas de la brasserie LIPP, le Cahors gouleyant servi au Nègre de Toulouse, les réverbères de la rue Mouffetard, les parfums de l'éphémère, les virées aux vespasiennes pour contrôler la virilité de FITZGERALD, les bouquinistes sur les quais, les carafons de cristal remplis de liqueurs dans l'atelier de Gertrude STEIN, l'oeil radieux de Sylvia BEACH à la librairie Shakespeare and Company, les nuits blanches, l'éternelle Dolce Vita et la vie de bohème, tout cela défile sous la plume nostalgique de HEMINGWAY, sorte de Marcel PROUST noctambule qui écrirait à la vitesse du jazz. La Gare du Nord est décrite par HEMIGWAY comme «la partie la plus sale et la plus triste de la ville».

HEMINGWAY qui fréquentait régulièrement deux champs de courses parisiens, Enghien et Auteuil, décrit cette passion comme une «amie exigeante». Lui qui est exigeant des autres, tolérait cette «amie qui était la plus fourbe, la plus belle, la plus troublante, la plus vicieuse et la plus exigeante, parce qu’elle pouvait nous être profitable». Quand il cessa de s’intéresser aux courses, il s’est senti heureux, mais «tout ce qu’on abandonne, bon ou mauvais, laisse un sentiment de vide».


HEMINGWAY était passionné de ski, à Schruns, en Autriche, de tauromachie en Espagne et de boxe, à Paris. Il raconte l’histoire de Larry GAIN, un boxeur noir, venu du Canada pour un combat à Paris, au stade Anastasie, rue Pelleport, à Ménilmontant dans le 20ème arrondissement. «L’endroit était juste un coin dangereux, mais facilement accessible, et pouvait draguer la clientèle de trois quartiers les plus chauds de Paris, dont Belleville. Il était suffisamment près du Père-Lachaise, pour attirer les cadavres du cimetière», souligne HEMIGNWAY.

Qui était donc Ernest HEMINGWAY ?

Ernest HEMINGWAY est né le 21 juillet 1899, à Oak Park, dans une commune huppée des faubourgs de Chicago. Fils de Clarence Edmond, un dentiste et de Grace HALL, professeur de chant, il est le deuxième enfant d'une fratrie de six. «Ce qui peut arriver de mieux à un enfant, c’est de vivre une enfance malheureuse», disait-il. Sa mère l’habille en fille et refuse de lui couper les cheveux. Aussi, Ernest apprécie, en rejet de cette mère «castatrice», la compagnie de son père. Très jeune, ses parents l'habituent à la vie et aux activités de plein air : chasse et pêche dans la région d'Hortons Bay, sur les bords du lac Willon. Dès ses 13 ans, HEMINGWAY étudie au lycée d'Oak Park. Enfant timide, il se réfugie dans la lecture et découvre des auteurs comme Dickens, Shakespeare et Stevenson. Le jeune garçon s'implique beaucoup dans la vie culturelle et sportive de l'établissement.

En 1916 paraissent ses premiers écrits dans les revues de son école, «Tabula» et «Trapèze». L'année suivante, HEMINGWAY obtient son diplôme mais refuse de poursuivre ses études, préférant devenir journaliste au Kansas City Star. HEMINGWAY pense, dès son jeune âge qu’il «est né pour écrire». Le travail guérissait de presque tout. «Je pensais que je devais me guérir de ma jeunesse et de mon amour pour ma femme», dit-il.

La première guerre mondiale éclate, et les Etats-Unis y entrent dès 1917. HEMINGWAY ne peut participer, car il a un œil défaillant. Il parvient quand même à rejoindre la Croix-Rouge italienne après avoir traversé l'Atlantique. Puis il se rend en France et en Italie, et rejoint le front. Il est blessé au combat et suivra trois mois de convalescence à Milan. Là, il tombe amoureux d'une infirmière, Agnès Von KUROWSKY, une grande brune de 26 ans, originaire de Pennsylvanie. "Elle avait la peau ambrée et des yeux gris. Je la trouvais très belle", écrit-il dix ans après dans "L'adieu aux armes" à propos de son héroïne Catherine BARKLEY, une infirmière à laquelle il donne les traits d'Agnès. Après lui avoir témoigné beaucoup d'affection, celle-ci le délaisse pour un aristocrate italien. Dépité, le jeune Ernest regagne son pays en janvier 1919. On accueille en héros le premier Américain à revenir blessé du front italien. Pourtant, il sombre dans la dépression. A Chicago, il fait la connaissance de Sherwood ANDERSON, écrivain en vogue qui prône la révolution des lettres américaines par le dépouillement du style. ANDERSON a vécu à Paris et encourage HEMINGWAY à l'imiter.

Autre rencontre décisive, en octobre 1920, à Chicago, celle d'Elizabeth Hadley RICHARDSON, une jolie rousse de huit ans son aînée. Hadley RICHARDSON a 28 ans et débarque du Missouri lorsqu’elle fait la connaissance d'un jeune homme de 20 ans, revenu blessé de la Grande Guerre, Ernest HEMINGWAY. Pianiste originaire de Saint-Louis, Hadley, cette jeune femme bohème est conquise par celui dont elle décrira la "petite bouche élastique quand il riait". Ils se marient le 3 septembre 1921. HEMINGWAY n'en oublie pas pour autant sa vocation : écrire. Il se fait engager comme correspondant en Europe du Toronto Star, décidé à faire ses débuts littéraires à Paris où il réside de 1922 à 1923. Paula McLAIN relate cette relation et en a fait un ouvrage «Madame Hemingway». Notre écrivain y est présenté comme un mufle et un ivrogne.

Plus tard, HEMINGWAY est journaliste pendant la guerre d'Espagne. "Pour qui sonne le glas" le rend célèbre, et il rencontre André MALRAUX. Initialement, fidèle représentant de l’individualisme américain, il ne se rend compte que trop tard "qu’un homme seul est foutu d’avance". Son expérience de la guerre modifie profondément son rapport à l'écriture : il délaisse les masques pour écrire de manière vraie et concrète, en simplifiant ses phrases. Il choisit une éthique de courage, et conçoit que les héros sont des hommes forts et silencieux. Il fait dire à un de ses personnages qu'il déclare vouloir «écrire comme Cézanne peint». Son style est incisif et très direct, sans grandes phrases inutiles. Il est aussi un des plus grands spécialistes du non-dit. Son œuvre développe les grands combats du siècle, dans un style unique et épuré, parfois presque télégraphique, proche de l'action journalistique. Car pour HEMINGWAY, l'esthétique est indissociable de l'éthique. Mais l'auteur a gardé une vision forte de l'existence, tentant de dépasser le scepticisme et la noirceur.

En 1953, il obtient le Prix Pulitzer. En 1954, HEMINGWAY obtient le Prix Nobel de littérature «pour le style puissant et nouveau par lequel il maîtrise l'art de la narration moderne, comme vient de le prouver Le Vieil homme et la mer».


Lorsqu'on lui remettre ce prix à Stockholm, HEMINGWAY prononcera le plus court discours de l'histoire de l'institution.

HEMINGWAY avait habité à Key West, en Floride et à Cuba pendant les années 1930 et 1940, mais, en 1959, il quitta Cuba pour Ketchum, dans l’Idaho. Affaibli physiquement et atteint de cécité chronique et de diabète, touché déjà par la folie, HEMINGWAY met fin à ses jours le 2 juillet 1961, après avoir reproché des années à son père de s'être suicidé, un acte qu'il considérait être lâche.


HEMINGWAY est «un homme sincère et fidèle, droit comme un I et fort comme la mort. Hem' n'aura vécu que pour trois choses, se plaisait-il à dire : écrire, chasser et faire l'amour» souligne Jean-Pierre PUSTIENNE.

Bonnes fêtes à toutes et à tous.

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

HEMINGWAY (Ernest), Paris est une fête, traduit par Marc Saporta et Claude Demanuelli, avant-propos Patrick HEMINGWAY, introduction de Sean Hemingway, Paris, Gallimard, Collection Folio, 1964, rééditions en 1973, 2009, 2011 et 2012, 350 pages.

2 – Principaux ouvrages de Hemingway

HEMINGWAY (Ernest), Iles à la dérive, Paris, Gallimard, 2012, 660 pages.

HEMINGWAY (Ernest), L’adieu aux armes, Paris, Gallimard, 2012, 320 pages

HEMINGWAY (Ernest), Le jardin d’Eden, traduit par Maurice Rimbaud, préface de Michel Mohrt de l’Académie française, Paris, Gallimard, 2012, 336 pages.

HEMINGWAY (Ernest), Le soleil se lève aussi, Paris, Gallimard, 2012, 288 pages.

HEMINGWAY (Ernest), Le vieil homme et la mer, Paris, Gallimard, 2012, 160 pages.

HEMINGWAY (Ernest), Les neiges de Kilimandjaro, suivi des dix indiens, Paris, Gallimard, 2012, 192 pages ;

HEMINGWAY (Ernest), Les vertes collines d’Afrique, Paris, Gallimard, 2012, 320 pages.

HEMINGWAY (Ernest), Pour qui sonne le glas, Paris, Gallimard, 1998, 499 pages.

3 – Autres références bibliographiques.

ASTRE (Georges-Albert), Hemingway par lui-même, Paris, Seuil, 1959, 187 pages.

BAKER (Carlos), Hemingway : histoire d’une vie, traduit par Claude Noël er Andrée R. Picard, Paris, R. Laffont, 1971, 496 pages.

HANDAJ (Abdellah), Le héros tragique dans les romans majeurs d’Ernest Hemingway, thèse sous la direction de Rose Meneses, 1999, Université de Nancy 2, 767 pages.

HILY-MANE (Geneviève), Le style d’Ernest Hemingway : la plume et le masque, Université Rouen La Havre, 1983, 356 pages

McLAIN (Paula), Madame Hemingway, traduit par Sophie Bastide-Foltz, Paris, Buchet-Chastel, 2012, 478 pages.

PUSTIENNE (Jean-Pierre), Ernest Hemingway, Paris, Fitway, 2005, 118 pages.

WISOCKI (Oswald), Visions d’Afrique d’Ernest Hemingway, thèse sous la direction du professeur Monique Lakroum, 2001, Université de Reims, Champagne Ardennes, 265 pages.

Paris, le 19 décembre 2015, par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.f

Ernest HEMINGWAY, Paris est une fête.
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