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26 décembre 2015 6 26 /12 /décembre /2015 23:14

Ce post a été publié dans le journal FERLOO.

Le président HOLLANDE maintient son projet constitutionnel de déchéance de la nationalité, pour les binationaux condamnés définitivement pour terrorisme. Ce débat sur va, sans nul doute, profondément diviser le Parti socialiste, comme dans un passé récent, la question passionnée et très mal résolue, de la Constitution européenne qui a laissé des séquelles non encore cicatrisées. J'ai signé la pétition adressée au président Hollande, par l'intermédiaire du Parti socialiste, contre la déchéance de la nationalité. Il ne s’agit pas, comme le font certains, de déchirer hâtivement, leur carte ou de se mettre en congé du Parti. Il ne s'agit non plus d'un acte de rébellion ou de défiance. Je ne suis pas "un égaré", en référence à une expression du Premier ministre. Le Parti socialiste, organisation démocratique, appartient à ses militants et non à ses hiérarques qui n’en sont que des dépositaires provisoires. Veillons, cette fois-ci, à conserver notre lucidité, dans un débat de fond et digne, tout en restant à la hauteur des enjeux que pose la barbarie.

Par conséquent, les sondages diligentés par le journal Le Figaro, sollicités seulement de certains, ne peuvent pas remettre ces valeurs républicaines qui distinguent le Bien du Mal. Ces sondages indiquent plutôt des vents mauvais qui soufflent sur notre pays. Charles de Gaulle, résistant, a été déchu de la nationalité française, par Philippe PETAIN, à compter du 2 août 1940, pour s'être "égaré" à défendre les valeurs républicaines. 90% des Français étaient pétainistes pendant l’Occupation. La Résistance a été pendant longtemps minoritaire. Sans les Alliés, et nos braves tirailleurs sénégalais, on parlerait aujourd'hui allemand.

Dans ces attentats le président François Hollande, un homme que l'on croyait irrésolu, flou dans ses synthèses, s'est révélé, en fait, comme un remarquable chef de guerre. Il a pu trouver la réponse adéquate et les mots justes pour réconforter la Nation. Il faudrait l'en féliciter. Tout le monde est d'accord qu'il faut lutter, sans concession, contre les terroristes qui ne font plus partie de la République, avec ou sans révision de la Constitution. Tout individu qui lève les armes contre son pays, qu'il s’agisse soit Français dit de "souche" ou ayant des origines étrangères, a trahi, et de ce fait, n'a plus sa place dans la communauté nationale, et doit être frappé d'indignité nationale. Point n'est besoin d'une législation spécifique. Quid donc d'une mesure, uniquement de circonstance, sous la pression de la Droite, envisagée sous le coup d'une juste émotion, mais pour caresser une certaine opinion publique dans le sens du poil, et dirigée contre un contre un groupe ethnique précis ?

Je comprends que les attentats du 13 novembre 2015 aient provoqué une grande indignation et une forte colère face à des actes aussi odieux qu'inexcusables. Ces attentats ont suscité une très forte réprobation dans le monde entier. Un puissant élan de solidarité s'est exprimé en faveur des Parisiens, en particulier au Sénégal et en Chine, si j'en juge les réactions que j'ai personnellement recueillies.

L'opinion publique a exprimé, très fortement, un besoin parfaitement légitime de sécurité auquel les pouvoirs publics doivent répondre, sans délai. En effet, le premier droit de chaque individu est de vivre en sécurité. L'Etat moderne s'est constitué autour de l'exigence de sécurité, sans laquelle tous les autres droits ne sont que vaine prétention.

Cependant, la réponse, purement sécuritaire et répressive, est-elle adaptée, suffisante et efficace dans la lutte contre le terrorisme ?

Je n'ai ni la naïveté, ni la faiblesse de croire à un monde de "Bisounours". L'angélisme béat, à tout-va, n'est pas de mise dans certaines situations préméditées et lâches. Le Mal existe ; il faut le traiter, avec toute la rigueur désirable, mais adéquatement et efficacement, dans le respect de nos valeurs républicaines. "Il ne peut y avoir d'ordre et de sécurité là où régnerait l'intolérance" disait François MITTERRAND, un 21 mai 1981.

Sur le plan international, les différentes guerres contre le terrorisme depuis plus de trois décennies, de l'Afghanistan, en passant par l'Irak et la Libye, jusqu'en Syrie ont été contre-productives. Elles ont drainé des dépenses inutiles, un lot de morts, des réfugiés qui ont pris d'assaut les pays occidentaux, et installé au pouvoir des fondamentalistes ou renforcé ou maintenu des régimes autoritaires. Je demeure persuadé que l'action en faveur de la justice dans la société internationale, ainsi qu'une résolution équitable du conflit israélo-palestinien, contribueront à apaiser les tensions, ici et ailleurs. C'est une entreprise difficile et exigeante, mais non inaccessible, et la seule qui vaille sur le long terme. Ainsi, dans mon 19ème arrondissement toutes les confessions religieuses et les différents groupes ethniques vivent en harmonie. Pourquoi ce serait impossible ailleurs ? C’est une vérité de lapalissade qu’il faut faire la paix, non pas avec ses amis, mais avec ses ennemis.

Sur le plan interne, quelle efficacité pourrait avoir une éventuelle déchéance de la nationalité contre un terroriste, qui s'est lui-même exclu de la communauté nationale, dont le projet est de se faire exploser ?

En quoi ce projet de loi scélérat de déchéance de la nationalité pourrait-il favoriser le bien-vivre ensemble, et faire reculer la tentation du diable ?

Qui sont visés par ce projet de loi, en dehors des Arabes et des Noirs ? Ne s'agit-il pas, en fait, d'une mesure de plus visant à stigmatiser davantage une partie de la population, la plus faible et la plus exposée à toutes les mesures discriminantes ?

Pour toutes ces interrogations, ce projet de loi scélérat, que je combattrai, sans concession, interpelle bien la conscience de tous les républicains.

Tout d’abord, les pouvoirs publics sont interpellés au premier chef. L'action politique, la probité et l'éthique, devraient être restaurées en vue de favoriser une participation plus massive et active des citoyens aux affaires qui les concernent, et en vue de reculer les inégalités et l'intolérance. La déchéance de nationalité est une idée de la Droite fondée sur la ségrégation raciale ; c'est une mesure d'apartheid ; elle ne fait pas partie des fondamentaux de la Gauche. La Droite, majoritaire au Sénat, entend déposer de nombreux amendements, pour durcir le projet constitutionnel de déchéance de la nationalité et en faire une «opération de purification ethnique». En effet, la Droite et l’Extrême-droite qui fantasment sur une France exclusivement blanche, a toujours eu un désir secret de remettre en cause le droit du sol, ainsi que le regroupement familial. Ce projet de loi constitutionnel témoigne du fait que la Gauche a perdu l’hégémonie culturelle, en référence à une expression d’Antonio GRAMSCI. En effet, déjà de nombreux Français issus de l'immigration attendent, parfois jusqu'à plus de 5 ans, la transcription de leur mariage. Pendant ce temps, leur épouse est ainsi bloquée au pays. Cette mesure naturellement ne s'applique qu'aux Africains et aux Arabes, sans aucun fondement légal. La Gauche, la vraie, doit se battre sur ses valeurs républicaines qui ne cessent de reculer au profit de la lepénisation des esprits dont la déchéance de la nationalité est une parfaite illustration. Je vois, dans ce débat, une instrumentalisation de la Droite dont le seul projet politique, pour nous autres, est fondé sur une logique d'exclusion.

Ensuite, chaque citoyen, qu'il soit de droite ou de gauche, est interpellé par cet inacceptable projet de loi. Il est des moments graves où chaque individu doit apprendre à se dresser contre l'injustice et la tyrannie. "C'est quand la France oublie ses principes qu'elle se perd", disait François HOLLANDE. Par conséquent, je dis, à très haute voix, mon profond désaccord avec le gouvernement sur ce projet de loi. On nous avait promis, depuis 1981 et en 2012, le droit de vote des étrangers aux élections locales. On ne l'a pas eu, et voilà en plus un projet de loi qui fragilise notre place dans la société française : nous ne serions que des "Français de papier" à qui la nationalité pourrait être retirée, à tout moment. C'est un très mauvais signal, inacceptable, venant d'un gouvernement censé être de gauche, et qui pourrait ainsi renforcer le camp des extrémistes. «Présider la République, c’est rassembler, c’est réconcilier, c’est unir, sans jamais rien perdre de la direction à suivre. C’est écarter la stigmatisation, la suspicion, les oppositions entre Français, ceux qui sont là depuis toujours, et ceux qui seraient là depuis moins longtemps», souligne fort justement le candidat François HOLLANDE, le 22 janvier 2012, au Bourget, lors de la campagne des présidentielles.

Enfin, tous les Français issus de l'immigration doivent être fiers de leur double culture, et réaffirmer très fortement que nous sommes aussi la France. Nous ne sommes pas des citoyens de seconde zone. Nous ne sommes pas des indigènes de la République, à qui on retire la nationalité au gré des circonstances. Nous sommes des Français à part entière, différents, mais égaux en droits et en obligations. Nous aimons et nous souffrirons avec cette France républicaine dont nous sommes solidaires.

Je dis toujours à mes enfants qu'ils ne sont ni Sénégalais, ni Chinois, mais Français, des citoyens de la République et fiers de leur triple culture qu'ils doivent fructifier, optimiser et valoriser pour le bien commun. La différence n'est pas un mal, mais un précieux héritage qu'il faut assumer. "Assimiler, sans être assimilé" disait, fort justement, le président Léopold Sédar SENGHOR (1906-2001), un visionnaire du citoyen de l'universel, dans un «rendez-vous du donner et du recevoir». Chacun prend chez l'autre, ce qu'il y a de meilleur. Cet exceptionnel homme de culture nous invite constamment à un «dialogue permanent des cultures», à un «enracinement, mais dans l'ouverture aux autres». J'ai consacré un post au président SENGHOR.

Dans mes engagements, au seuil de cette nouvelle année, j'ai choisi, plus que résolument, d'oeuvrer en faveur du bien-vivre ensemble, dans le respect mutuel et la fraternité.

Comme Jacques BREL, lors de ses vœux du 1er janvier 1968 : "je souhaite de résister à l'enlisement, à l'indifférence et aux vertus négatives de notre époque". Ou encore dit-il : "je souhaite de respecter les différences des autres, parce que le mérite et la valeur de chacun sont à découvrir".

Vive la République vive la France républicaine, dans toute sa diversité !

Paris, le 26 décembre 2015, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/.

La déchéance de la nationalité : un projet de loi scélérat et clivant qui divisera le Parti Socialiste, par M. Amadou Bal BA http://baamadou.over-blog.fr/.
La déchéance de la nationalité : un projet de loi scélérat et clivant qui divisera le Parti Socialiste, par M. Amadou Bal BA http://baamadou.over-blog.fr/.

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