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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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1 novembre 2015 7 01 /11 /novembre /2015 21:51

«La gloire n’est finalement que la somme de tous les malentendus qui se forment autour d’un nom nouveau» avait dit RILKE à propos de RODIN. RILKE fuyait la lumière ; il vécut dans une retraite volontaire de laquelle était exclu tout ce qui touchait à la notoriété, à la mode, à l’inquiétude du jour. Indifférent au goût du public, les intrigues, les coteries, la critique, le succès, sa préoccupation essentielle c’est être resté lui-même. D’une politesse cérémonieuse, particulièrement effacé, fragile, instable et solitaire avec une errance perpétuelle, RILKE était de petite taille, maigre, osseux, presque laid. Faible et malade, envahi par un sentiment de malaise et d’angoisse, las de la vie, avant même d’y avoir goûté, c’est la mort qu’il célèbre dès ses premiers poèmes, et c’est elle qui reste le thème fondamental de sa contribution littéraire déconcertante et parfois inquiétante. Isolé, inconnu, volontairement obscur, poète de la vie intérieure, de l’insaisissable, du fluent, le seul bonheur de RILKE consistait à descendre dans la rue pour suivre des êtres souvent obscurs comme lui. «C’est parce que, insoucieux d’une gloire qui l’effrayait comme un malentendu, il approfondit les thèmes universels de la douleur, de l’amour, de la mort et de la divinité. Sa poésie était vraiment celle du cœur, de ce cœur né au tout. D’où son droit de magnifier la sainte, riche, pure et vaste solitude» écrit Alfred COLLING. Ecrivain aux sentiments et aux idées comportant des nuances délicates et changeantes, d’une obscure complexité, «Rainer Maria Rilke est le type de poète isolé de la vie sociale, qui s’efforce de donner à ses sentiments particuliers un caractère d’universalité et d’élargir sa vision individuelle des êtres et des choses en une conception globale du monde» écrit A. CORNU. Poète de la solitude des cœurs et l’intimité des âmes, RILKE est difficile d’accès et hermétique : «La foule n’aime pas ce qui la dépasse ! Il lui faut de la nourriture toute prête, facilement assimilable. Voilà pourquoi Rilke, poète de l’ineffable, de l’intime dans ce qu’il a de plus intime, ne peut être goûté des masses. Il y a des nourritures délicates pour âmes délicates. L’œuvre de Rilke est de celles-là. Et ceux qui se contentent de l’extérieur, du contour des choses et des œuvres, ne pourront jamais pénétrer intrinsèquement, et malgré les snobismes et les modes, l’œuvre d’un des plus grands poètes du XXe siècle» écrit Jéhan DESPERT. La voix RILKE, écrivain de langue allemande, amoureux de la France et poète du «Tournant du siècle», est révélatrice des forces de l’invisible : «Rilke a atteint des sommets incomparables de style et de pensée. Au cœur de son œuvre, car il n’accepte pas qu’on demeure à la surface des êtres ou des choses, on se sent un peu comme au carrefour de l’âme et du corps, de l’esprit et de la chair» écrit Jehan DESPERT. Se rattachant à la philosophie de «l’existentiel», RILKE a pour ambition de résoudre le problème de la vie ; il aspire à l’être et s’efforce de saisir le réel : «La vie n’est que le rêve d’un rêve, mais l’état de veille est ailleurs» écrit-il. Des blessures intérieures le conduisent vers Dieu, rêve suprême et création dernière de l’homme. Poète du rêve, de l’inquiétude et de la mort, d’inspiration lyrique et ésotérique, RILKE a tenté de rattacher le pauvre moi humain à la nature, à l’univers, à l’infini, en dernier lieu à Dieu, qui est à la fois nature, univers et infini. La contribution littéraire de RILKE est «pure de passions humaines, baignée d’un rêve tendre, humble et angoissé» écrit Geneviève BIANQUIS. A Paris, «la ville de la douleur», il découvre la pauvreté et la solitude ;  il écrit les «Cahiers de Malte Laurids Brigge» où il se dépeint comme un enfant prodigue, qui va vers sa perdition, puisqu’il retourne vers un Dieu qui ne veut plus l’aimer.

 

L’expérience de la pauvreté et de la mort domine toute sa contribution littéraire. Toute vie doit s’éteindre, toute chose, pour s’accomplir, doit mourir ; mourir à elle-même, non pas de fait, quitter la vie, car vie et mort ne sont qu’un, qu’une seule grande aventure, cheminement vers l’éternel. Le combat de l’homme, c’est de consentir à la mort, en acceptant la peur et l’angoisse, tout en demeurant identifié à la vie, en lui donnant un sens, en lui trouvant une explication à la souffrance. RILKE n’a cessé, comme Orphée, de chercher l’amour par la poésie qu’il considère comme étant l’expression intégrale de la vie humaine. La poésie la traverse de part en part : de la femme enceinte à l’agonisant. Copie jusqu’au bout de notre existence, la poésie restitue notre existence, notre vécu, de sorte que tout ce qui est humain devient notre propre substance. Animé d’une ferveur humaniste, il croit en la vie profonde et active qu’engendre le commerce habituel de la beauté, en la vocation littéraire : «Mourrez s’il vous est défendu d’écrire» dit-il dans «Lettres à un jeune poète». Dans sa démarche mystique, inspirée de François d’Assise et de la Nature, il invoque une beauté si pure, qui ne peut être contemplée que dans la lumière terrible du regard angélique. «Rilke réalise au maximum le paradoxe humain, celui d’être un être qui, si proche de l’humanité primitive, si tenté d’y retourner, a cependant la vocation d’être un ange» écrit Jean DANIELOU.

Auteur symboliste, partisan de l’autonomie de l’œuvre d’art, poète du ressenti et de la spiritualité, il nous a légué une importante contribution épistolaire et une poésie touchante. La poésie de RILKE, novatrice, conçue dans une langue pure, est imprégnée du symbolisme. RILKE sait enchaîner des images ou les emboîter les unes dans les autres avec une incroyable économie de moyens, et en condensant son propos à l’extrême ; ce qui accentue la musicalité de ses vers, avec un goût de l’ellipse. RILKE parvient à exprimer des pensées les plus complexes, des formes simples et des métaphores sans relief. Ce principe de condensation, de brièveté, de réduction de l’écriture a été défini, par Paul BOURGET, comme étant le «style de la décadence».

La «vie douloureuse» de RILKE, la source de sa souffrance, doit être recherchée suivant Joseph-François ANGELLOZ, dans ce que GOETHE appelle le «Tyché», dans des hasards funestes, des circonstances adverses ou dans la nature intime et essentielle du poète lui-même. RILKE avait certes, dans son environnement rencontré des circonstances défavorables : l’incompréhension de ses parents, son éducation à l’école des cadets, la vie pauvre à Paris, les tristesses de la solitude et de la vie errante, la détresse affreuse de la guerre mondiale. En fait, RILKE portait en lui-même un germe morbide, il était un décadent, hypersensitif, hyper-émotif, hanté par une terrible angoisse devant la vie, hanté par les éternelles énigmes de l’existence, la souffrance, la mort, l’amour, incapable de stabilité, sans patrie, détaché de sa race et de son milieu natal, voué à l’errance et à la solitude, inadaptable. Toute la vie intérieure de RILKE a été une lutte incessante contre ces démons intérieurs. RILKE est toujours aux prises avec les difficultés du quotidien, il s’énerve quand la vie l’énerve, il s’émeut quand il l’émeut et il chante la tristesse dans quelques cris vibrants qui traversent la joie et l’espérance. Son oeuvre, introvertie, est une longue méditation sur les événements essentiels de l'existence humaine, et en particulier, la mort, qui lui semblait le point culminant auquel toute vie doit préparer. La mort est l’une des idées centrales de son œuvre, chacun devait avoir sa propre mort, une mort en quelque sorte autonome, qui fût à la fois la conclusion logique de la vie et le germe d’un développement nouveau. Le frisson de la mort irrigue toute son œuvre qui n’est qu’un art de mourir. Cette obsession de la mort est omniprésente dans le «livre d’heures» ainsi que dans les «Cahiers de Malte Laurids Brigge» ; on est saisi, sans cesse, par ce froid de caveau et ce vent d’outre-tombe.

Jean-François ANGELLOZ a retracé l’évolution spirituelle par laquelle RILKE s’est progressivement affranchi de ses angoisses, pour rendre la  vie supportable. RILKE trouve deux refuges confortables : Dieu et la poésie. A la fois Créature et Créateur, l’Homme n’est pas seulement un reflet de la Divinité, mais aussi un «artisan de Dieu». Pour se libérer du Serpent noir, le pâtre de Zarathoustra doit lui mordre la tête. Suivant RILKE, pour se libérer de l’angoisse vitale, il faut oser regarder le réel bien en face.

I – RILKE, sa vie et ses influences

A – Une vie angoissée et de création littéraire

«Plus que jamais les choses sombrent, celles qu’on peut vivre, car ce qui en les refoulant prend leur place, est un faire sans image» écrit RILKE. René Karl Wilhelm Johann Josef Maria RILKE naît, le 4 décembre 1875, d’une famille aristocratique ruinée, à Prague, en Bohême, en Tchécoslovaquie, alors dépendante de l’empire austro-hongrois. Son père, Joseph (1838-1906), un employé de chemins de fer, était un petit bourgeois borné, méticuleux et vaniteux. Sa mère, Sophie ENTZ dite Phia (1851-1931), femme bizarre et fantasque en proie à une religiosité morbide, qui savait le français, occupe une place importante dans ses écrits : «Tout est régi par une vaste maternité» écrit-il. La vie de RILKE se partage en trois périodes ; chacune d’elle débute par la souffrance et s’achève avec la création d’œuvres littéraires importantes, que suit une période de dépression. Ainsi, la première période qui va de 1875 à 1902, RILKE connaît une enfance solitaire, dans le calme et le travail fécond, mais les Pragois de langue allemande se sentent écrasés par les Slaves. Cette haine des Allemands n’a rien de politique, mais «provient du chagrin du peuple tchèque d’être condamné à grandir au milieu d’un peuple adulte» écrit-il. Entre rêve et réel, il écrit «Le livre d’heures» entre 1899 et 1901, avec ses trois parties (Vie monacale, pèlerinage, la pauvreté et la mort) ainsi que le «livre d’images» en 1902. RILKE est le fils unique de ce ménage désuni de bonne heure, une fille étant morte en bas âge. Enfant frêle et délicat, il passe une enfance peu heureuse. Destiné par son père au métier des armes, il est placé comme interne dans des écoles militaires, de 1886 à 1890, puis en Moravie, où, contraint à une discipline rigoureuse, que sa santé fragile supporte mal, il est livré aux railleries de ses condisciples. L'administration scolaire le renvoie définitivement en juillet 1891 pour «état maladif persistant». Le souvenir de ces cinq ans de solitude morale, dans un univers qui lui était résolument hostile, pèse lourdement sur l'adolescent. Il entreprend des études de commerce, puis des études de droit. «Même si vous étiez dans une prison, dont les murs étoufferaient tous les bruits du monde, ne vous resterait-il pas toujours votre enfance, cette précieuse, cette royale richesse, ce trésor des souvenirs ?» écrit-il.

À l'automne de 1896, il quitte sa ville natale et n'y reviendra plus jamais. Il part pour l’Allemagne et fait la connaissance de Stefan GEORGE (1868-1933), le rénovateur du lyrisme, qui l’initie au culte sévère et grave de la forme, avec une haute conception de l’art, à l’écart de la vie sociale. Il est influencé par d’autres auteurs. RILKE est un lecteur fervent de Maurice MAETERLINCK (1862-1949) qui oppose le monde réel au monde supérieur du rêve. Il se lie avec l'écrivain Jakob WASSERMANN (1873-1934) et découvre les écrits du romancier danois Jens Peter JACOBSEN (1847-1885), peintre des âmes maladives et indécises, romancier des destinées manquées. Menant une vie irréelle, lointaine, intemporelle, où toute vitalité est éteinte, RILKE, comme Georg Philipp Friederich, alias NOVALIS, est crépusculaire ; il chante la solitude où tout s’estompe et s’efface, où l’esprit se détache du monde par le rêve, la religion ou la mort.

En Allemagne, il fait la connaissance de Lou ANDREAS-SALOME (1861-1937), une écrivaine d'origine russe-allemande, mariée avec le professeur Friedrich CAR ANDREAS, après avoir vécu une idylle tragique avec Friedrich NIETZSCHE. D'une sensibilité raffinée et d'un tempérament presque masculin, Lou demeure la confidente de RILKE : «A Paris, pendant ces journées extrêmement difficiles où toutes les choses se retiraient de moi comme un homme devenant aveugle (..), je me raccrochais au fait que toi, je te reconnaissais encore en mon for intérieur, et que ton image ne m’était devenue étrangère, et comme elle ne s’est pas éloignée comme tout le reste, mais se maintenant seule dans le vide étranger où j’étais contraint de demeurer. Et ici aussi, au milieu du déchirement avec lequel j’ai renoué, tu as été le lieu sûr auquel mon regard est resté fixé», écrit-il dans une lettre du 13 novembre 1905, à Lou ANDREAS-SALOME. De leur coup de foudre naîtra une longue amitié et une forte complicité artistique et humaine, jusqu’à la mort du poète. «Il n'est pas seulement précieux que deux êtres se reconnaissent, il est essentiel qu'ils se rencontrent au bon moment et célèbrent ensemble de profondes et silencieuses fêtes qui les soudent dans leurs désirs pour qu'ils soient unis face aux orages. Combien de gens se seront-ils manqués pour n'avoir pas eu le temps de s'habituer l'un à l'autre ? Avant que deux êtres aient le droit d'être malheureux ensemble, il leur faut avoir connu la félicité ensemble et en avoir en commun un souvenir sacré qui maintienne un même sourire sur leurs lèvres et une même nostalgie dans leurs âmes», écrit-il.

En octobre 1897, RILKE abandonne ses études universitaires, et change de prénom : de René Maria, il devient Rainer Maria. En 1901, il épouse Clara WESTHOFF (1878-1954). Une fille, Ruth (1901-1972), naît de cette union à laquelle il met fin un an plus tard. Il entreprend différents voyages, en Italie en Allemagne, en Russie. «La Russie est le pays où les hommes sont solitaires, dont chacun porte un monde en soi» écrit-il. La rencontre avec Léon TOLSTOI et la lecture de Féodor DOSTOIEVSKI, lui révéleront ce qui lui manquait au sentiment de plénitude de sa vie : l’éducation du cœur et l’humilité bienheureuse des choses simples.

La deuxième étape de sa vie, de 1902 à 1919, est marquée par son séjour à Paris ; il devient le secrétaire, à titre bénévole, de 1905 à 1906, d’Auguste RODIN, à Meudon, dans les Hauts-de-Seine. Un jour, RODIN, qui l’accuse de ne pas lui avoir remis une lettre, le congédie brutalement : «Me voici chassé comme un domestique voleur de la petite maison où jadis votre amitié m’installait doucement. J’en suis profondément blessé» écrit-il. Pendant cette année au service de RODIN, c’est l’apprentissage douloureux du réel, tout ce que les hommes appellent âme, désir, regret, douleur ou félicité. RILKE s’installe dans une petite chambre, sans chauffage, sans sanitaires, à l’hôtel Biron (actuel Musée Rodin), au 77 de la rue de Varenne, à Paris 7ème. RILKE va convaincre RODIN de s’installer dans cet hôtel à partir de 1908. Il écrit des poèmes ainsi que les «Cahiers de Malte Laurids Brigge». Il y a une part autobiographique dans ce livre qu’il a enrichi : «Il était moi et il était un autre» écrit-il, à propos du héros, Malte. Il voyage dans le Midi de la France, à Venise, en Espagne, en Afrique du Nord. De nationalité autrichienne, RILKE doit, pendant la Première guerre mondiale, en 1914, quitter Paris, où tout ce qu’il possédait est placé sous séquestre et vendu. Il perd toutes ses archives.

Dans la troisième et dernière étape de sa vie, RILKE fait la connaissance de Louise Mathilde Wilhelmine Marie Maximilienne, princesse de TOUR et TAXIS (1859-1948), qui devient sa protectrice. Il se rend régulièrement en Suisse et compose au château de Duino son œuvre élégiaque majeure, les «Élégies de Duino».

À partir de 1919, il s'installe en Suisse et compose plusieurs recueils de poésies en français. Sitôt arrivé, il y retrouve Baladine KLOSSOWSKA (1886-1969) qu'il avait connue en 1907 à Paris, avec son époux, Erich KLOSSOWSKI. Elle vit à présent seule à Berlin, avec ses deux fils, Pierre et Balthazar dit BALTHUS, (le futur artiste peintre). Elle a onze ans de moins que lui, ils deviennent amants. Elle s'installe en Suisse, non loin de chez lui et RILKE se prend d'affection pour les deux enfants et encourage le talent qu'ils affirment, en effet, à l'âge adulte. En 1921, un industriel et mécène de Winterthur, Werner REINHART (1884-1951), lui achète la tour isolée de Muzot, à Veyras (Canton du Valais, Suisse), dont il fait sa résidence. Il meurt, en 1926, en Suisse.

B – Les influences sur RILKE

1 – Les influences de RODIN, CEZANNE,

révélation de la Nature et de la beauté antique

Ami de RODIN et admirateur de Paul CEZANNE, il a traduit, en allemand, les œuvres de Maurice de GUERIN, de Stéphane MALLARME, de Paul VALERY et d’André GIDE. A Paris, RILKE découvre la révélation de la Nature et de la beauté antique par l’intermédiaire d’Auguste RODIN (1840-1917), «celui qui écoutait les pierres», qui, «avec sa barbe de fleuve et sa face de prophète», avait le pouvoir «d’élever l’éphémère à l’impérissable». RILKE est profondément influencé par Auguste RODIN qui l’a guéri de tout ce qui subsistait en lui de tentation de romantisme. Car chez RODIN, dit-il : «Tout est demeuré réel. C’est la grande chose qui importe : ne pas habiter dans le rêve, le dessein, l’intention, s’efforcer de transformer en objet. Voila pourquoi j’ai besoin de trouver l’outil de mon art, le marteau, mon marteau qui maîtrisera et dominera de sa décadence tous les tumultes». L’œuvre d’art n’est que le reflet de la vie extérieure, la pierre chez RODIN, puisant toute sa vie au-dedans, et le sculpteur n’est qu’une oreille attentive appliquée contre cette pierre où il perçoit les battements d’une vie anonyme et exubérante.  Venu à Paris pour y rencontrer le Maître, afin d’écrire sur lui une monographie qui lui était commandée par un éditeur allemand, RILKE découvrit auprès du sculpteur un mode de vie, un mode de compréhension, une force, sur laquelle il put, par la suite, s’appuyer constamment. «Si je dois dire que j’ai appris quelque chose sur l’essence de la création, sur sa profondeur et son éternité, je ne puis nommer que deux noms : Celui de Jacobsen, le grand, le très grand poète, et celui d’Auguste Rodin» écrit RILKE. Ce qu’il attendait de RODIN, en dehors des éléments nécessaires à son travail d’historiographe, n’était autre qu’une confirmation de son destin. «Comment faut-il vivre ?» demanda-t-il. «En travaillant» répondit RODIN. «Il n’y a pas de génie, il n’y a pas d’inspiration, il n’y a que le travail» lui dira RODIN. «Je sens que travailler, c’est vivre sans mourir» dit RILKE.  RODIN, l’ouvrier, l’artisan patient et lucide, l’a dépouillé de cette fausse rêverie qui n’est que paresse : «Avant tout, le travail c’est l’espace, le temps, le rempart, le rêve et l’éternité». En effet, l’artiste ne vit quand il créé, et créer n’est que conjurer, sans cesse, par un effort de transmutation plastique, les puissances malsaines du rêve : «Là où je crée, je suis vrai» dit-il. Cette influence de RODIN lui donne «le désir de la netteté, de la fermeté dans la délicatesse, de la simplicité dans la confidence», nous dit Alfred COLLING. Au contact avec RODIN son impatience s’apaise. Il comprend les nécessités d’une discipline sévère et c’est la grande reconnaissance de sa vie : «Il y a autour de mon cœur un silence profond où se dressent vos paroles comme des statues» écrit-il.

RILKE est également ami de Paul VALERY (1871-1941), qui lui permettra d’écrire en français, «Vergers et les Quatrains valaisans». RILKE a aussi été influencé par Paul CEZANNE (1839-1906) qui lui recommande de n’écrire que pour lui : «La plupart des artistes d’aujourd’hui, gaspillent leurs forces à aller et venir entre le centre de leur art et les spectateurs ou leurs juges, et à se demander comment leur œuvre est appréciée par les autres, par le public. Ce qu’il y a d’infiniment grandiose et de saisissant chez un homme comme Cézanne, c’est d’être demeuré pendant presque quarante ans, sans interruption, au centre le plus intime de son œuvre» dit-il dans une lettre adressée en 1921, au docteur HEYGRODT. Paul CEZANNE l’a amené à abjurer de toute prétention, à écarter «tout impressionnisme», «la vision d’artiste» interposée entre l’œil et l’esprit. «Ces rouges, ces bleus et leur vivacité, voilà par où il nous attire. Ces fruits ne songent plus du tout au tableau, ce sont des choses éparses sur une table de cuisine. Ils ne sont plus du tout comestibles ; ils sont de dures réalités, dont la densité résistante repousse toute dent» écrit-il.

2 – L’influence des voyages, le cosmpolitisme et l’altérité

«Je ne suis pas un touriste, mais un voyageur» écrit-il. En artiste, RILKE considère que le voyageur ne doit être ni un consommateur, ni un voyeur, il ne doit pas essayer de prendre possession des beautés qu’il rencontre, mais plutôt s’efforcer de les comprendre et de les traduire dans une authentique expérience spirituelle. Cosmopolite, RILKE estime que le rôle véritable d’un voyageur est d’offrir le visible à l’invisible, d’accepter le monde tout entier, avec ses biens, de le comprendre avec ses souffrances et sa diversité, de le traduire pour le sauver. Altruiste, son ambition littéraire est d’intimiser les sensations et les souvenirs, d’incorporer le visible au mystère de la fraternité, de l’amour, qui est toujours celui de l’autre, de «l’étranger qui passe» et qu’il faut respecter. En effet, RILKE voyage beaucoup en Suisse, en France, en Italie, en Russie, en Allemagne, en Egypte, en Tunisie et en Algérie. Son roman «Les Cahiers Laurids Brigge» fait état de ces rencontres, de ces souvenirs et solitudes : «Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses, il faut connaître les animaux, et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin. Il faut pouvoir repenser à des chemins dans des régions inconnues, à des rencontres inattendues, à des départs, à des jours d’enfance dont le mystère n’est pas encore éclairci, à des matins au bord de la mer, à la mer elle-même, à des mers, à des nuits de voyage qui frémissaient très haut, et volaient avec toutes les étoiles. Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d’attendre qu’ils reviennent. Car les souvenirs eux-mêmes ne sont pas encore cela. Ce n’est que lorsqu’ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu’ils n’ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, ce n’est qu’alors qu’il peut arriver qu’en une heure très rare, du milieu d’eux, se lève le premier mot d’un vers» dit-il.

Philippe GARIEL avait qualifié RILKE, dans un article de «poète français», sa mère lui avait appris la langue de BEAUDELAIRE. «Un grand écrivain peut choisir son instrument, sa langue, en dehors de son pays d’origine : Conrad était Polonais, Moréas, Grec. Goethe, lui-même aurait hésité, croit-on, entre le français et l’allemand. Il est plus rare de rencontrer un poète qui joue sur plusieurs registres. Rilke fut ce poète» écrit GARIEL. Au moment où des âmes frileuses se retranchent dans des discours identitaires, RILKE était profondément cosmopolite : né à Prague, allemand de race et de langue, de cultures tchèque et autrichienne, imbibés d’idées russes, orientales et scandinaves, Parisien et Suisse d’adoption, voyageur impénitent, il était «citoyen de l’universel» pour reprendre une expression chère au président Léopold Sédar SENGHOR.

«La vie des grands hommes est une route abandonnée ; envahie de ronces, car ils rapportent tout à leur art»  écrit RILKE à sa femme le 5 septembre 1902. Au début de sa vie, il souffrit de cette solitude, dont il ne comprit que peu à peu la nécessité, et l’on est en droit de se demander si les innombrables voyages qu’il entreprit, n’étaient destinés, en définitive, qu’à la fuir, ou au contraire, à lui trouver une justification : «La solitude est pareille à ces pluies qui, montant de la mer, s’avancent vers les soirs. Des plaines elle va, lointaines et perdues, au ciel qui la contient toujours. Et c’est du ciel qu’elle retombe sur la ville. La solitude pleut aux heures indécises : lorsque vers le matin se tournent les rues neuves, lorsque les corps épuisés de méprises s’entr’écartent, tristes et inassouvis, et que les hommes qui se haïssent doivent coucher ensemble dans un lit : la solitude alors s’éloigne au fil des fleuves» écrit –il dans le «Livre d’images». Dans ses vagabondages, il justifie sa solitude «Ceci est le rêve : habiter sur la houle, et n’avoir point d’attaches dans le temps qui passe» écrit-il.  Marié, il fuira son épouse. Ami, amant, il fuira tous ceux à qui il se sera donné un temps, se reprenant, fugace, liquide dirons-nous, inabordable, incompréhensible à qui ne se place pas d’emblée à la même altitude que lui, assez égoïste en cela. Ainsi donc, RILKE se trouvera seul devant l’art et devant la vie, et il ne les séparera plus désormais, car l’universel l’attend. La solitude génère des risques. D’un côté, le risque est grand de se contempler soi-même, et de demeurer stérile, situation mortelle pour un être de sa qualité. D’autre part, le danger est tout aussi grand de se laisser enfoncer dans un rêve intérieur si permanent, qu’il interdirait toute communication avec les autres hommes, et ne permettrait de leur offrir qu’une œuvre incommunicable, inintelligible.

3 – Les influences religieuses : Un Dieu dans le contexte de la Nature

«Dieu est une direction donnée à l’amour» écrit-il. On a voulu voir dans certaines parties de l’œuvre de RILKE, une inspiration chrétienne. Ni chrétien, ni païen, en panthéiste, il a «un bon Dieu à lui». Il a trop le sens de l’universel, pour s’approprier l’être supérieur qui dominera toute sa vie et toute son œuvre. Car si RILKE n’est pas chrétien, il n’empêche que nous devons le considérer parmi les poètes les plus religieux que nous connaissions, et ce n’est pas le fait de sa non-souscription à un dogme qui puisse nous permettre de le rejeter parmi les a-religieux. S’il cherche Dieu à travers les choses, la pauvreté, sous le monde extérieur, il le cherche surtout en lui. En effet, il y a en RILKE, un grand élan inachevé vers Dieu. L’enfance de RILKE fut profondément croyante. Sa mère Phia RILKE, mystique et outrageusement pieuse, lui donna de la religion catholique, l’image la plus fausse, la plus élémentaire, la plus conventionnelle qui soit, faite de gestes extérieurs, de pratiques absurdes, de superstitions ridicules et sans résonnances profondes. Un moine bénédictin, le Père ZAEHRING, a remarqué chez lui que les représentations religieuses sont invariablement liées à l’effroi, à des sensations de contrainte. Son ouvrage «Le livre d’Heures» paru en 1906 est empli de Dieu. Il place Dieu dans le grand contexte de la nature. Il admire les cathédrales, surtout Chartres, qu’il visita avec RODIN, mais il refuse pour Dieu «l’internement dans les églises». Car à force de l’enfermer dans des lieux spécialement conçus pour lui, les hommes ne savent plus le voir au milieu d’eux. RILKE refuse l’image d’un Seigneur glorieux tel que nous le décrivent les Évangiles. Son Ange n’a rien de commun avec l’ange chrétien, mais il serait plutôt une figure de l’Islam. Il le veut seul, et ainsi plus semblable à l’homme, plus près de lui, plus proche de toute la souffrance apparentée à celle de l’humanité. En définitive, le Dieu de RILKE est insaisissable et ineffable : «D’infinies guirlandes d’images montent vers ce Dieu sans forme, et sans nom, qui peut pour cette raison même épouser toutes les formes et tous les noms : Dieu de la douceur et de la force, de la naissance et de la mort, à la fois proche et lointain, qui murit en nous et en dehors de nous, et croît organiquement de siècle en siècle comme un grand arbre ou une cathédrale» écrit Geneviève BIANQUIS.

II – RILKE, un poète angoissé du rêve et du réel,

A – Les lettres à un jeune poète : la vocation et le métier d’artiste.

RILKE évoque sa correspondance, «Lettres à un jeune poète», encore les thèmes de la mort, mais aussi de l'amour, de la solitude, et de la création, avec une profondeur qui fait encore de cet ouvrage une source où toute une jeunesse en quête d'une spiritualité sans dogme vient s'abreuver. RILKE adresse, entre 1903 et 1908, dix réponses aux missives du jeune Franz-Xaver KAPPUS (1883-1966), un jeune étudiant au prytanée militaire de l’armée austro-hongroise, qui sollicite ses conseils et son avis. Plusieurs lettres suivront que Franz publie en 1929, après la mort de RILKE. Quand Franz adresse sa première lettre à RILKE, il est en plein désarroi, hésitant entre une carrière d'officier pour laquelle il ne se sent aucune inclination et les incertitudes de la poésie, ne sachant pas si ce qu'il écrit a une quelconque valeur. A cette époque, RILKE qui n’avait que 27 ans, n’était pas encore au sommet de son art, mais il avait produit une douzaine d’ouvrages et ses œuvres majeures restent encore à écrire. En fait, ces fameuses lettres sont l’occasion, pour RILKE, de réfléchir lui-même sur son métier d’artiste et d’y rassembler les thèmes importants de sa contribution littéraire. En effet, dans ces lettres, RILKE expose sa conception de la poésie, de l’artiste, mais mène également une réflexion sur les grands thèmes de l’existence humaine : l’amour, la création, l’avenir, la solitude, les rapports entre les sexes et les générations, l’accomplissement de l’être. Suivant RILKE, l’artiste doit puiser son inspiration dans ce qu’il connaît, dans ce qu’il comprend, c’est-à-dire dans son quotidien : «Une œuvre d’art est bonne quand elle est née d’une nécessité. C’est la nature de son origine qui la juge. Entrez en vous-même, sondez les profondeurs où votre vie prend sa source. C’est là que vous trouverez la réponse à la question : devez-vous créer ? De cette réponse, recueillez le son, sans en forcer le sens. Il en sortira peut-être que l’art vous appelle. Alors, prenez le destin, portez, avec son poids et sa grandeur, sans jamais exiger une récompense qui pourrait venir du dehors. Car le créateur doit être tout un univers pour lui-même, tout trouver en lui-même et dans cette part de la nature à laquelle il se joint. Il suffit, selon moi, de sentir que l’on pouvait vivre sans écrire pour qu’il soit interdit d’écrire» écrit-il. Le poète doit savoir trouver en lui les sources de son œuvre. Ainsi, le poète doit bien «se faire voyant» comme le suggérait RIMBAUD dans sa lettre adressée à Paul DEMENY. En effet, l’art exige de dépasser la vision ordinaire du réel et de voir de la grandeur là où le commun des mortels ne voit que banalités. Aux grandes envolées amoureuses et métaphysiques, RILKE a opté pour la Nature, le Réel. La poésie exige donc que l’artiste sache transcender la réalité et de l’amener au rang d’œuvre d’art. «Essayez de dire, comme si vous étiez le premier homme, ce que vous voyez, ce que vous vivez, aimez, perdez. Fuyez les grands sujets pour ceux que votre quotidien vous offre. Si votre quotidien vous paraît pauvre, ne l’accusez pas. Accusez vous-même de ne pas être assez poète pour appeler à vous ses richesses. Pour le créateur rien n’est pauvre, il n’est pas lieux pauvres, indifférents» écrit-il. RILKE compare la vie d’artiste aux ébats amoureux : «Au vrai, la vie créatrice est si près de la vie sexuelle, de ses souffrances, de ses voluptés, qu’il ne faut y voir que deux formes d’un seul et même besoin, d’une seule et même jouissance. En une seule pensée créatrice revivent mille nuits d’amour oubliées qui en font la grandeur et le sublime» écrit-il.  

RILKE rappelle qu’il y a une grande solitude dans l’art. «Seule est nécessaire la solitude : une grande solitude intérieure. Rentrer en soi-même et, des heures durant, ne rencontrer personne, voilà ce à quoi on doit pouvoir parvenir. Être solitaire comme, enfant, on a été solitaire quand les adultes allaient et venaient, pris dans l’entrelacs de choses qui leur paraissaient importantes et sérieuses parce que les grandes personnes avaient l’air si affairées et qu’on ne comprenait rien à leurs affaires» dit-il. Seul l’amour permet de comprendre l’œuvre. A la fois créateur et premier lecteur, le poète doit donc être le premier à aimer son œuvre. «Et plus inexprimables que tout sont les œuvres d’art» écrit-il.

Ces lettres à un jeune poète continuent de parler de l’existence humaine, de l’homme dans ce qu’il y a de plus noble, et en particulier de la vie et  de la mort, et de ceci que l'une et l'autre sont grandes et magnifiques. Loin d’une vision pessimiste et fataliste de l’existence, RILKE délivre un message positif sur la condition humaine. Certes l’Homme est inévitablement confronté à des difficultés douloureuses, cependant, c’est face à l’adversité et aux épreuves qui le transforment que l’Homme acquiert toute sa grandeur. «Tous les dragons de notre vie sont peut-être des princesses qui attendent de nous voir beaux et courageux» écrit-il. Toute la subtilité et la force du message de RILKE, c'est de ne pas juger le travail de Franz, de ne pas s'attarder à des considérations techniques qu'il pourrait tirer de sa propre expérience, s'appuyant sur sa notoriété déjà certaine, mais de renvoyer Franz à lui-même, à son intériorité, de l'inciter et l'aider à trouver la réponse en lui. RILKE conseille au jeune poète à ne plus se soucier des opinions extérieures et à apprendre à rentrer en lui-même. «Car celui qui crée doit être son propre univers, et trouver tout ce qu'il cherche en lui et dans la nature à laquelle il s'est lié», dit-il. Ainsi, commence leur échange, dans lequel RILKE exprime son point de vue sur la création artistique et poétique, son avis sur la critique, sa profession de foi sur la solitude, puis sa théorie sur l'amour véritable. Si l’amour est ce qui unit à Dieu, l’art est ce qui donne sens à la vie terrestre de l’homme, ce qui définit son rapport aux choses éphémères et sa mission. «L’amour, c’est l’occasion unique de mûrir, de prendre forme, de devenir soi-même», dit-il. Aimer, c'est devenir un monde, un monde en soi pour quelqu'un d'autre. Vivre en artiste, c'est vivre sans calculer, sans faire du temps un critère, c'est laisser s'épanouir au plus profond de soi, dans cette région où notre propre entendement n'accède pas, toute impression, tout sentiment. «Être artiste veut dire ne pas calculer, ne pas compter, mûrir tel un arbre qui ne presse pas sa sève, et qui, confiant, se dresse dans les tempêtes printanières sans craindre que l'été puisse ne pas venir» précise-t-il. Etre en accord avec soi-même, voilà vers quoi il faut tendre sans craindre de se heurter à l'incompréhension des autres et en acceptant le conflit entre aspirations personnelles et réalité de la vie. Ne pas avoir peur de la solitude, la grande solitude intérieure qui devient «cette demeure à peine visible loin de laquelle passe le vacarme des autres». Le chemin que RILKE propose à Franz d'emprunter est particulièrement exigeant ; il est pavé de doutes et de souffrances. Mais il l'encourage à voir dans les difficultés une source de richesses intérieures, de celles qui font aspirer aux grandes choses et conduisent à la connaissance de soi et à l'acceptation de ce que l'on est vraiment. «Qu'une chose soit difficile doit nous être une raison de plus pour l'entreprendre», recommande-t-il. Le plaisir physique est une expérience sensible qui n'est en rien différente de l'intuition pure ou du sentiment pur dont un beau fruit comble la langue ; c'est une grande expérience, infinie, qui nous est accordée, un savoir du monde, la plénitude et la gloire de tout savoir. Et ce qui est mal ce n'est pas que nous ressentions ce plaisir ; ce qui est mal c'est que presque tout le monde mésuse de cette expérience et la dilapide.

B – Les Cahiers de Laurids Brigge : Une glorification de la pauvreté

«C’est ainsi ici que les gens viennent pour vivre ? Je serai plutôt de croire que l’on meurt ici», tel est l’incipit des  «Cahiers de Malte Laurids Brigge», un mélange singulier de fraternelle pitié, de solitude farouche, de misère, de douleur et d’inquiétude humaine. Le goût personnel de RILKE l’a toujours porté vers les déshérités. Paris écrase d’abord RILKE par son immensité même, qui en fait un désert humain avec la pauvreté, les rues noires, les maisons lépreuses, les quartiers populaires, les hôpitaux et les bibliothèques, les jardins, le silence, la peur, la maladie, la mort et les souvenirs des amoureux. Désarmé, anéanti dans cette ville tentaculaire, mesurant parfaitement la profonde détresse qui pèse sur les exclus, RILKE célèbre et glorifie les malades, les pauvres et les faibles. Les pauvres sont nécessaires à Dieu, parce qu’ils sont plus nus, parce que tout en eux, leurs regards profonds et lointains, leurs figures ravinées, leurs mains discrètement implorantes, leurs douloureuses déformations mêmes, toutes racontent l’histoire de la nudité de la vie. Dans la ville, le pauvre est bafoué, il est souillé, il est honteux. Pour RILKE, il faut laver le pauvre de cette souillure, ôter de leur cœur cette infamie, lever l’interdit qui enclot leur léproserie. Il faut rétablir le sens divin de la pauvreté. Dieu est pauvre, parce qu’il ne possède rien. Il faut faire descendre Dieu dans la vie terrestre et élever cette vie vers une aspiration de Dieu. Or, Dieu est en toute chose, il faut chercher à le découvrir, à travers les gens simples et pauvres. Par conséquent, chez les exclus tout est vrai, pur et s’approche de Dieu : «La pauvreté est un grand éclat intérieur» dit-il. Les pauvres de Paris, confinés dans leur absurde misère, ne sont pas les vrais pauvres. «La pauvreté est comme une grande lumière au fond du cœur», écrit-il. RILKE est un mystique, un religieux habité par la compassion. Ce livre d’un décousu très voulu, qui n’est ni histoire, ni roman, relate la peur. C’est le journal d’un artiste décadent à la recherche anxieuse de son moi. Les souvenirs défilent, puis s’arrêtent à ce château de l’angoisse vitale et congénitale, ses revenants, avec l’expérience d’une enfance maladive ; seule l’image de la mère peut apaiser ces douleurs. Petit bourgeois déclassé, isolé à Paris et sur le point de succomber à la misère, RILKE se défend avec un instinct de classe, contre sa déchéance sociale. Obligé, par la misère, de fréquenter le peuple, il ne pousse aucun cri de révolte, mais il est envahi par un sentiment d’attendrissement, une vague et inutile pitié face à la misère qu’il côtoie. Cette impuissance à agir et à créer décuple son angoisse devant la vie. L’homme étant en proie à la mort, dès sa naissance, s’unit, progressivement, à la nature en l’humanisant, en l’adaptant à ses besoins et son mode de vie. Pour s’affranchir de la mort, il faut l’accepter. Il faut s’intégrer au réel pour le transformer.

«Les Cahiers de Malte Laurids Brigge» sont une œuvre emblématique de la période parisienne de RILKE. Il y a des livres qui donnent tout de suite leur substance, et que le lecteur vide comme une bouteille. D’autres, au contraire, ont le miraculeux pouvoir de se recharger, entre chaque lecture, de force et de vie. Les «Cahiers de Malte Laurids Brigge» ont ce don magique. «C’est un livre décourageant et triste, empli de brume au travers de laquelle les personnages se profilent indécis et vagues comme des ombres, mais quelle œuvre de poète chargée neuve et de réflexions profondes !» écrit Maurice BETZ. A Paris, ville artificielle et mensongère, «impitoyable», mais pleine aussi de beautés rares, RILKE a une révélation complète de la misère, de la souffrance et de la mort. Errant, déraciné, nostalgique, dépris de lui-même et abandonné aux choses et à sa voix intérieur, Malte un personnage unique dans sa diversité, fondu d’abord avec RILKE lui-même, puis peu à peu, s’en détache, progressivement. «Malte est son frère douloureux, dont la chair frémissante semble porter les stigmates de tout ce qu’il a rencontré de bonheur ou de détresse, de honte ou de splendeur, au cours de son pèlerinage terrestre» écrit Geneviève BIANQUIS. RILKE «avait résolu d’élucider sa pensée, de voir clair en lui-même» écrit Edmond JALOUX. Les confessions de Malte «fournissent presque la preuve que la vie, ainsi suspendue au-dessus d’un espace sans fond est impossible». Il faudra désormais regarder la vie telle qu’elle est. Dans ces cahiers, un jeune danois à Paris tente vainement d'y affronter les éléments insaisissables de cette vie. Au sortir d'une enfance presque légendaire dans le château de ses ancêtres, le jeune danois, Malte Laurids Brigge, vaincu par la vie, solitaire et angoissé, se retrouve à Paris, ville de la misère, de la maladie et de la mort. Malte Laurids Brigge arpente le pavé parisien à la recherche de la réalité. Une réalité crue, qui sent «l'iodoforme, la graisse de pommes frites, la peur». Autour de lui, on meurt dans l'anonymat et le vacarme de la métropole, on se déchire au détour d'une ruelle sans même prêter attention à sa présence. Qu'elle est loin, la douce harmonie d'une enfance passée dans un château bordant la mer Baltique. Chaque visage déformé par la misère s'imprime de façon indélébile dans l'âme de Malte, qui veut tout voir, tout entendre et tout éprouver. Cette terrifiante expérience rend criante une vérité que son éducation avait cherché à occulter : la mort est une chose que chaque être porte en lui. Ses cahiers sont le livre de la souffrance, où affluent les souvenirs et les angoisses de RILKE. Malte écrit pour conjurer ses angoisses, sans jamais tenter de se détourner de la violence du monde, car l'épreuve de l'art ne peut se satisfaire de faux-semblants. «Etre aimé, c’est se consumer dans la flamme. Aimer, c’est luire d’une lumière inépuisable. Etre aimé, c’est passer ; aimer c’est durer», souligne-t-il. C’est une confession d’un poète qui, conscient de son désarroi intérieur, veut le surmonter et le dépasser, avec une part de nostalgie et de rêve, comme dans les «souffrances du jeune Werther» de GOETHE. Le héros de ce roman, Malte, a appris à voir la vie en face : «J’apprends à voir. Je ne sais pas pourquoi, tout pénètre en moi profondément, et ne demeure pas où jusqu’ici cela prenait toujours fin. J’ai un intérieur que j’ignorais. Tout y va désormais. Je ne sais ce qui s’y passe».

C – Les élégies de Duino, les sonnets à Orphée, la célébration de la vie et mort

Dans la tour de Muzot, près de Sierre, dans le Valais, RILKE achève les Élégies et compose, dans une véritable fièvre poétique, les «Sonnets à Orphée». La poésie était, chez lui, le suprême affleurement de cette vie intérieure. «Ainsi la vie n’est que le rêve d’un rêve. Mais l’état de veille est ailleurs», dit-il. Dans son ouvrage «Elégies de Duino», paru pour la première fois en 1923, RILKE avance que, face à la complétude de l’ange, l’homme n’est qu’imperfection, aspiration vaine, impuissance. Dans les élégies, l’affirmation de la vie et de la mort se révèlent ne faire qu’un. La mort est la face de la vie détournée de nous. «Voici un poème terrible, né de l’angoisse qu’éprouve l’homme de notre temps. Jamais l’art poétique n’a poussé aussi loin sa recherche ; l’humaine condition y est mise à nue. Dès les premiers vers s’élève cette interrogation : qui donc pourrait venir à notre secours souligne Jean ROUNAULT, traducteur des élégies. «Qui donc nous a retournés de la sorte pour que, quoi que nous fassions, nous ayons toujours l'attitude de  celui qui s'en va ?» s’interroge-t-il. RILKE devant l’angoisse de la vie et de la mort, se fait rassurant «sans doute as-tu troublé son cœur, ce sont des peurs les plus anciennes, qui l’assaillent à travers toi».

Pendant des millénaires, l’homme a essayé de chasser la peur pour s’installer dans un monde de quiétude. Il n’a accepté que ce qu’il pouvait concevoir clairement. Dieu, l’amour, la mort, ces réalités évidentes, l’homme a usé de subterfuges pour les dissimuler. En se comportant ainsi, il voulait se rassurer lui-même. «Même si les lampes s’éteignent, même si l’on me dit : il n’y a rien plus rien, je resterai pourtant. Il y a toujours à regarder» écrit-il. Mais derrière cet écran de fumée, l’artiste reste assailli par d’angoissantes questions sur les forces de la nature et la beauté : «Le premier degré du terrible que nous supportons tout juste parce que, dans sa grandeur, peu lui chaut de nous détruire» écrit RILKE. Les «élégies de Duino» sont le résultat de cette expérience du poète, d’une vie riche et chaotique où il a confessé sa pauvreté et sa richesse ; «Ô arbres de la vie, à quand l'hiver ? Nous ne sommes point accordés, point avertis comme les oiseaux migrateurs. Dépassés, nous nous accrochons trop tard, tout à coup aux vents pour retomber sur un lac indifférent. Simultanément, nous avons conscience de fleurir et de nous flétrir. Et quelque part marchent encore des lions qui, dans leur magnificence, ignorent toute faiblesse» écrit-il. Ces élégies sont comme la musique qui «nous saisit, nous console et nous maintient» dit-il. Les élégies de Duino est, sans conteste, son oeuvre majeure. Ce recueil souligne le désarroi de la créature humaine qui se sent étrangère dans un monde abandonné par la beauté et par le sacré. Hantée par la fuite du temps et de la mort, elle se révèle impuissante à participer pleinement à la vie universelle. C’est une lyrique et romantique œuvre sur le sens de notre existence : «Certes, il est étrange de ne plus habiter la terre, ne plus avoir à se servir de gestes à peine appris, aux roses et à tant d'autres choses si pleines de promesses ne plus accorder le sens d'un avenir humain ; n'être plus ce qu'on a été entre des mains infiniment fragiles et abandonner jusqu'à son nom comme un jouet cassé. Etrange de ne plus désirer ses désirs. Etrange de voir flotter sans lien dans l'espace tout ce qui jadis fut lié. Etre mort est laborieux et plein de reprises jusqu'à ce que peu à peu on devine un peu d'éternité» écrit-il.  Cette réflexion sur la mort atténue ainsi l'angoisse et permet de libérer la liesse que l'on doit ressentir à être au monde. Dans ces conditions, le rôle du poète s'impose : il doit s'efforcer de rendre compte de ce jaillissement de l'existence dont la saisie est seule capable de faire reculer l'angoisse.

Les «Élégies» portent les traces de la crise que RILKE vient de traverser et il y exprime, avec profondeur et ampleur, sa conception de la vie et du monde. La grandeur de l’enfant est faite de son ignorance de la mort, à l’adolescence, il se réfugie dans l’amour qui est illusoire, car le désir est plus fort que lui et restant insatisfait et engendre ainsi la douleur. La vraie valeur de la vie, c’est le dépassement permanent. Après une longue période d’errance et d’aridité, RILKE se pose enfin et célèbre la pleine adhésion au réel ; il chante la splendeur de l’Ephémère, du Transitoire, du Caduc, des choses terrestres et de notre destinée : «L’affirmation de la vie et celle de la mort se révèlent comme n’en formant qu’une. La mort est le côté de la vie qui n’est pas tourné vers nous et que nous n’éclairons pas». Nous sommes chez nous dans le double domaine de la Vie et de la Mort : «Il n’y a ni un en deçà, ni un au-delà, mais la grande unité dans laquelle les êtres qui nous surpassent, les Anges, sont chez eux». C’est une ascension de RILKE hors des ténèbres de l’angoisse vers la lumière et la sérénité, c’est un oui à la vie. Dans son art poétique, inquiet des questions de la vie et de la mort, croyant en la théosophie et partisan de la réincarnation, RILKE draine des valeurs nouvelles, et ses élégies sont entièrement dominées par une vision altière de l’ange. En effet, une multitude de création s’y bousculent : au premier étage les choses d’art, à l’étage supérieur, les bêtes dont l’oiseau habitant «l’Ouvert» cet espace idéal qu’est la mort, au 3ème étage les humains avec les Saints et les Héros, au 4ème étage le bourgeois déguisé et au 5ème étage l’acrobate virtuose douloureusement vide, mais aussi les exclus, les délaissés ou déshérités. L´étage le plus élevé est «celui où on aurait jadis logé Dieu ou les dieux» et dans lequel RILKE se contente d´imaginer ses «anges», un degré supérieur de l’homme. J.-F. ANGELLOZ voit en l’ange «celui qui a subi l’épreuve ; il a franchi les bras chargés de fruits de la célébration, la porte qui donne accès à l’autre domaine, il sait que dans le cercle de l’évolution vitale, il n’y a pas d’arrêt, que par une suite de métamorphoses, l’homme s’élève de l’état d’homme à l’état d’ange et tend vers Dieu, Ange des Anges». Même si sa vision de l’ange, non intercesseur, n’est pas chrétienne, c’est un être qui nous surpasse, une figure supra-humaine, supra-terrestre. Comment échapper à la facilité de notre condition ? «Qui donc, si je criais, m’entendrait, d’entre les ordres des anges ?  Et cela serait-il, même, et que l’un d’eux, soudain, me prenne sur son cœur : trop forte serait sa présence et j’y succomberais. Car le beau n’est rien d’autre que le commencement du terrible. (…) Tout ange est terrible» dit-il dans la première élégie. Cette première élégie développe les thèmes de la solitude spirituelle et morale de l’homme, le mystère de la mort. La détresse de l’homme qui ne peut avoir recours ni à l’ange, ni à ses semblables, ni aux choses, est de n’avoir aucune part à l’éternel. La vie consciente de l’homme s’est formée dans l’angoisse de la mort. Cependant, RILKE tente de dépasser l’obsession de la mort en trouvant dans le monde l’esprit d’un motif d’espérance. Dans l’ange, toutes les limitations humaines sont supprimées et tous les contraires sont dissous et réconciliés. Notre condition est de vivre dans et par le temps, donc en face de la mort.

Face à la complétude de l'ange, l'homme n'est rien qu'imperfection, aspiration vaine, impuissance. «Tout ange est effroyable. Pourtant, malheur à moi ! Je vous invoque, oiseaux de l’âme presque mortels, sachant bien qui vous êtes. Qu’il est loin le temps de Tobie, où l’un des plus radieux se tenait à la porte un peu déguisé pour le voyage, cessant déjà d’être effrayant (Simple jeune homme pour le jeune homme qui, avec curiosité, le regardait)» dit-il dans la seconde élégie. La deuxième élégie, une puissance poétique, est une admiration et variation sur le thème de la fugacité de la vie, l’homme étant un être qui se dissipe et se dissout sans cesse. «Les élégies de Rilke sont un des hauts textes, un mystère, dont on ne s’approche pas sans un lent travail, sans ces fécondes patiences intérieures d’où naissent toutes métamorphoses, ni ces éclairs de l’enthousiasme, soudain, qui découvrent les longues perspectives matinales sur le paysage, accusant, comme par degrés, les progrès de l’ascension. Comprendre est le fruit de l’amour.» écrit Armel GUERIN. L'amour lui-même est impuissant à nous transformer, tout au plus peut-il nous empêcher de sombrer et de retourner dans le «dieu-fleuve du sang», la longue lignée des ancêtres qui empêchent tout envol. «Jusque dans l’amour se manifeste la déchéance de l’homme» écrit-il. Les trois poèmes suivants vont évoquer trois figures (la poupée, le saltimbanque, le héros) qui s'avèrent insuffisantes : «L'hostilité, nous est le plus prochain», car l’enfance n'est qu'un moment qui a tôt fait de sombrer dans la vie des préoccupations factices. Avec la cinquième «Élégie», le ton semble changer. Les saltimbanques, inspirés d'un tableau de Picasso, préfigurent, quoique de façon encore insuffisante, une sortie hors du monde de la pesanteur. A la sixième élégie, le héros ignore les dangers de la réflexion et des longues hésitations. Tout, en lui, pousse à l’action, le destin commande sa vie qui a de l’impétuosité du torrent. Le héros, être symbolique et exceptionnel, réalise déjà la métamorphose à venir, il connaît sa finitude et conjugue étroitement la vie avec la mort. «Étrangement proche est le héros de ceux qui sont morts trop jeunes. Peu lui importe de durer» écrit-il. Hanté par une mort prématurée, sa septième élégie chante l’héroïsme de la pensée, l’humanité sublime. La densité de la vie que nous ambitionnons ne nous vient pas de l’extérieur, mais de l’intérieur ; il faut donc se retourner vers sa bien-aimée, et donc vers la terre et la vie. Le passé disparaît, il faut le reconstruire, intérieurement. La tâche de l’artiste est de reconstruire la grandeur du passé. C’est par l’héroïsme de sa pensée, que l’homme s’est dépassé et se survit, grand même en face de l’ange. Les élégies 7 à 9 traitent du monde ouvert, l’infini temporel. L’Ouvert, c’est «le pur, l’insurveillé, que l’on respire, que l’on sait infini et ne convoite pas» écrit-il. RILKE est hanté par la question du temps, il a cru vivre un instant ce monde intemporel. L’animal, avec son instinct, n’a pas conscience du temps, et donc de la mort. Pour lui, le sentiment de l’infini existe dans l’enfance, dans l’amour et chez les mourants quand s’abolit la conscience et la peur de la mort. L’élégie finale relate un paysage de désolation, la Vallée où habitent les Lamentations.

Empreint de mysticisme RILKE prolonge cette réflexion dans les «Sonnets à Orphée», un véritable monument funéraire ; RILKE célèbre le héros qui met en jeu sa vie, et magnifie la mort en évoquant le souvenir d'une jeune fille, Véra KNOOP, amie de sa fille Ruth, morte de leucémie, en 1919, à l'âge de dix-neuf ans. Véra, privée de danse, pendant sa maladie, s’exprimait à travers la danse et la musique. Orphée et son chant de louange sont au cœur de cette œuvre ; ce qui est chanté c’est «l’être-ici», la présence au monde, ou le regret de sa perte. Les Sonnets, contrairement aux Elégies, sont comme il se doit rimés, et pour l’essentiel mesurés et rythmés. RILKE revient sur ses thèmes favoris, la solitude, la pauvreté et la mort.  «Les Sonnets à Orphée», cycles de 55 sonnets, sont considérés comme le chef-d'œuvre de RILKE et la meilleure expression de son talent. Dans la mythologie grecque, l’art d’Orphée est un art véritable, reflet des passions humaines, un art puissant, capable de rendre les hommes meilleurs et sensibles à la beauté. Orphée, qui n’a pas pu ramener de l’Enfer, sa bien-aimée Eurydice, ne cesse de chanter son bonheur d’aller la retrouver. Fasciné par la mort, pour RILKE, le vivant n’atteint sa pleine intensité que si, à chaque instant, le vécu s’entend, en quelque sorte, résonner sur le néant. «Tout ce qui est vitesse ne sera jamais dépassé ; car tout ce qui séjourne, qui seul nous initie», dit-il. L’inquiétude de vivre hante RILKE. Le poète est pour lui, Orphée le médiateur, à qui l’amour, la douleur et la poésie ouvrent les portes du monde souterrain. Vivre avec les morts comme s’ils étaient vivants encore, ou comme si nous étions déjà morts, c’est le secret magique de l’amour et de la poésie. La mort est une puissance tutélaire libératrice. Orphée, poète et musicien, initié à la mort, participe de l’universel et son immortalité : «Seul, celui qui a porté la lyre, jusque parmi les Ombres, sait sur quel ton une louange infinie doit résonner sur la lèvre de l’Infinie. Seul, celui qui a goûté avec les morts, au pavot dont ils se nourrissent, perçoit les plus subtiles musiques et sait retenir l’Insaisissable» écrit-il.

Très souffrant, depuis 1923 d’une leucémie, RILKE meurt le 29 décembre 1926 au sanatorium de Val-Mont, près de Montreux, en Suisse. Conformément à ses dernières volontés, il repose au cimetière villageois de Rarogne, dans le Valais. «Seigneur, donne à chacun sa mort, sa mort à lui, une mort qui vraiment sorte du fond de notre vie. Car nous ne sommes, nous autres mortels,  que l’écorce et la feuille : la Grande mort que chacun porte en soi, voila le fruit auquel ici bas tout aspire» écrit RILKE. Il meurt au moment où se levait, pour lui en France, l’aube d’une notoriété qu’il n’avait pas recherchée. Pour RILKE, poète de l’amour, «Dieu est une direction donnée à l’Amour», la mort est pour lui ce «moment qui nous permet de regarder au dehors avec un grand regard d’animal». Là il rejoint NOVALIS : «L’univers n’est-il donc pas en nous ? Nous ne connaissons pas les profondeurs de notre esprit. L’éternité est en nous, avec ses mondes, passés et à venir». Longtemps après sa disparition, l'oeuvre de Rainer Maria RILKE reste toujours très vivante, parce qu'elle peut parler à chacun. Par-delà les différences de culture et de sensibilité. Si nous cherchons des réponses à nos questions les plus fortes, alors RILKE devient un vrai passeur : celui qui aide à montrer le chemin.  Maurice BETZ, dans son ouvrage «Rilke vivant», estime que cet auteur est désormais dans notre cœur,  à l’abri de la mort, cette mort dont il avait si bien tant parlé et qu’il a, finalement, vaincue. «Mais est-il mort ? L’est-il beaucoup plus que lorsqu’il vivait parmi nous ? Il était si peu sur la terre. Il habitait un climat de poésie pure, une région de tendresse, d’intelligence et de détachement, où les haines n’ont point de place, où l’on ne connaît que ce qui est digne d’amour, la beauté, la pitié» écrit Louis GILLET. «Peut-être que les morts sont ceux qui se sont retirés à l’écart, afin de méditer sur la vie» dit RILKE. Regarder la mort, c’est la faire évanouir : «Près de la mort, on ne voit plus la mort» écrit-il.  En définitive, RILKE nous a enseigné «une façon de nommer les choses, et par elles d’entrer en nous, une façon de participer à la vie, à ce qu’il y a en elle de plus grand, de plus mystérieux, de plus pathétique» écrit Maurice BETZ.

Bibliographie sélective
 

1 – Ouvrages de RILKE


RILKE (Rainer-Maria), «L’amour de Marie-Madeleine», sermon du XVème siècle, traduit par Paule Reuss, La Revue Hebdomadaire de Paris, 8 mai 1937, pages 149-166 ;
 

RILKE (Rainer-Maria), Au fil de la vie, contes et récits de jeunesses, traduction de Hélène Zylberberg et Louis Desportes, Paris, «Je sers», 1937, 256 pages ;

RILKE (Rainer-Maria), Rainer-Maria Rilke, dits et maximes de vie, textes choisis et traduits par  Gérard Pfister,  Paris,  Arfyen, 2018, 170 pages ;

RILKE (Rainer-Maria), Auguste Rodin, Bressuire, Imprimerie Jolly, 1999, 164 pages et Paris, Max Cheil, 2017, 110 pages ;

RILKE (Rainer-Maria), Chant de l’amour et de la mort de Cornette Christoph, traduit par Maurice Betz, Paris, Emile-Paul, 1957, 41 pages ;

RILKE (Rainer-Maria), Correspondances (1909-1926),  recueillies par André Gide, introduction et commentaires de Renée Lang,  Paris, Corrêa, 1952, 262 pages ;

RILKE (Rainer-Maria), Correspondances avec Marie de la Tour et Taxis,  Paris, A Michel, 1960, 381 pages ;

RILKE (Rainer-Maria), Donnez-nous des maîtres qui célèbrent l’Ici-Bas, suivi de Lettres à Emile Verhaeren, Paris, Arfyen, 2006, 116 pages ;

RILKE (Rainer-Maria), Elégies de Duino suivis de Sonnets à Orphée, Paris, L’Harmattan, 2010, 206 pages ;

RILKE (Rainer-Maria), FLOUQUET (Pierre-Louis), Le livre de la vie monastique, Paris, éditions du Cahier du «Journal des poètes», 1934, 62 pages ;

RILKE (Rainer-Maria), Fragments en prose, Paris, Emile-Paul et Frères, 1929, 187 pages ;

RILKE (Rainer-Maria), Histoire du bon Dieu, traduction de Maurice Betz, Paris, Emile-Paul Frères, 1927, 187 pages ;

RILKE (Rainer-Maria), L’amour inexaucé, textes choisis et présentés par Michel Midal, Paris, Points, 2009, 86 pages ;

RILKE (Rainer-Maria), La vie de Marie, traduction de Claire Lucques, Paris, Arfyen,  1989, 70 pages ;

RILKE (Rainer-Maria), Le livre d’heures, Poésie, Paris, Le Cri, 2005, 221 pages ;

RILKE (Rainer-Maria), Le livre de la pauvreté et de la mort, Paris, Arfyen, 1977, 99 pages ;

RILKE (Rainer-Maria), Le roi Bohusch, préface d’Edmond Jaloux, Paris, Emile-Paul et Frères, 1931, 119 pages ;

RILKE (Rainer-Maria), Le vent du retour, traduction de Claude Vigée, Paris, Arfyen,  1989, 111 pages ;

RILKE (Rainer-Maria), Les amantes, traduction de Maurice Betz, Paris, Emile-Paul et Frères, 1944, 105 pages ;

RILKE (Rainer-Maria), Les cahiers de Malte Laurids Brigge, traduit de l’allemand par Maurice Betz, préface de Patrick Modiano, Paris, Seuil, 1996, 223 pages et Paris, Gallimard, 1991, traduction Claude David, 283 pages ;

RILKE (Rainer-Maria), Les lettres à Lou Andréas-Salomé, Paris, Fayard, 2005, 128 pages ;

RILKE (Rainer-Maria), Les lettres à Paul Cézanne, préface de Philippe Jaccottet, Paris, Seuil, 1991, 86 pages ;

RILKE (Rainer-Maria), Les lettres de Paris (1902-1910), Paris, Rivages Poche, 2005,  305 pages ;

RILKE (Rainer-Maria), Lettres à Rodin, préface de Georges Grappe, Paris, éditions Lapina, 1928, 167 pages ;

RILKE (Rainer-Maria), Lettres à un jeune poète, Paris, 1956, traduction de Bernard Grasset, 149 pages ;

RILKE (Rainer-Maria), Lettres à une amie vénitienne, préface et annotations de Michel Itty, Paris, L’Herne, 2016, 206 pages ;

RILKE (Rainer-Maria), Lettres autour d’un jardin, Fouad El-Etr éditeur scientifique, Paris, La Délirante, 2014, 61 pages ;

RILKE (Rainer-Maria), NEVAR (Elya Maria), Une amitié de Rainer-Maria Rilke : rencontres, entretiens, notes, lettres inédites, avant-propos Marcel Pobé, Paris, Albin Michel, 1964, 220 pages ;

RILKE (Rainer-Maria), Œuvres poétiques, Marie-Hélène Quéval, éditeur scientifique, contributions de Bernhard Böchsenstein et autres, Nantes, éditions du Temps, 2004, 223 pages ;

RILKE (Rainer-Maria), Poésies d’amour, traduction de Sibylle Muller, Paris, Circé, 144 pages ;

RILKE (Rainer-Maria), Rainer-Maria Rilke, textes choisis par Pierre Desgraupes,  Paris, Seghers, 1977, 185 pages ;

RILKE (Rainer-Maria), Rilke et la France, essai et souvenirs de Raymond Jaloux, Paul Valéry, André Gide et autres, Paris, Plon, Bruxelles, De Kogge, 1943, 320 pages ;

RILKE (Rainer-Maria), Vergers, Paris, Gallimard, 1941, 92 pages.

2 – Critiques de RILKE
 

ANDREAS-SALOME (Lou), Rainer Maria Rilke, traduction de Jean Le Rider, Paris, Maren Sell, 1989, 121 pages ;

ANGELLOZ (Joseph-François), «Rilke et la musique», L’art musical, 4 décembre 1936, 2ème année, n°39, pages 205-207 ;

ANGELLOZ (Joseph-François), Rainer-Maria Rilke : l’évolution spirituelle du poète, Paris ; P. Hartmann, 1936, 388 pages ;

BEDA (Alleman), «Rilke et Mallarmé, développement d’une question fondamentale de la poésie symboliste», Poésie, 2008, (4) n°126, pages 96-111 ; 

BETZ (Maurice), «Le visage de Rilke», Les nouvelles littéraires, 8 janvier 1927, 6ème année, n°221, page 5 ;

BETZ (Maurice), «Rainer Maria Rilke», La Revue Hebdomadaire de Paris, 22 janvier 1927, 36ème année, n°4, pages 454-463 ;

BETZ (Maurice), Rilke à Paris et les cahiers de Malte Laurids Brigge, préface André Sigfried, Paris, Emile-Paul Frères, 1941, 289 pages ;

BETZ (Maurice), Rilke vivant : souvenirs, lettres, entretiens, Paris, Emile-Paul Frères, 1937, 281 pages ;

BETZ (Maurice), Une petite stèle pour Rainer Maria Rilke : suivi de quinze sonnets à Orphée,  Strasbourg, J. Heissler, 1927, 73 pages ;

BIANQUIS (Geneviève), «Rainer Maria Rilke (1875-1926», Les langues modernes, avril 1927, 25ème année, n°3,  pages 215-218 ;

BIANQUIS (Geneviève), La poésie autrichienne de Hofmannsthal à Rilke, Paris, Presses universitaires, 1926, 335 pages ;

BLANCHOT (Maurice), «La vie intellectuelle, Rilke», Journal des débats politiques et littéraires, 10 mars 1943, n°970, 155ème année, page 3 ;

BLANCHOT (Maurice), «Rilke et l’exigence de la mort», L’Espace littéraire, Paris, 1988, pages 121-166 ;

BRION (Marcel), «Le voyage spirituel de Rainer Maria Rilke», Les Nouvelles littéraires, 27 janvier 1934, 13ème année, n°539, page 10 ;

CASSOU (Jean), «Adieu à Rilke», Les nouvelles littéraires, 8 janvier 1927, 6ème année, n°221, page 5 ;

COLLING (Alfred), «La solitude de Rainer Maria Rilke», La revue hebdomadaire, 6 novembre 1937, 46ème année, n°45, pages 97-110 ;

CORNU (A.), «Rainer Maria Rilke, (essai de critique marxiste à propos d’un livre récent», Europe, 15 avril 1937, n°172, pages 546-558 ;

DANIELOU (Jean), «Rainer Maria Rilke, lutte avec l’ange»,  Etudes, 5 octobre 1937, tome 233, pages 308-323 ;

DELAGE (Joseph), «Rainer Maria Rilke et son éditeur strasbourgeois, Kattentidt», La vie en Alsace, janvier 1933, n°1, pages 20-24 ;

DESPERT (Jehan), La pensée de Rainer-Maria Rilke, Bruxelles, Celf, 1962, 52 pages ;

DESPERT (Jehan), Le tombeau de Rainer-Maria Rilke, Paris, Cahiers de l’Ile de France, 1976, 15 pages ;

FREEDMAN (Ralph), Rilke, La vie d'un poète, trad. de l'anglais par P. Furlan, Arles, Solin, Actes Sud, 1998, 888 pages ;

GARIEL (Philippe), «Rainer Maria Rilke, poète français», La revue hebdomadaire, 12 juin 1937, 46ème année, n°24, pages 229-245 ;

GAST (René), «Les cahiers de Malte Laurids Brigge», Le Gaulois, 8 juillet 1926, 61ème année, 3ème série, n°17803, page 5 ;

GILLET (Louis), «Rilke et Rodin», La revue des deux mondes, 1er mars 1927, pages 907-918 ;

GOLL (Claire), Rilke et les femmes, suivi de lettres, Paris, Falaize, 1955, 94 pages ;

GRAPPE (Georges), «Rodin et Rilke, d’après des lettres inédites», Les nouvelles littéraires, 8 janvier 1927, 6ème année, n°221, page 5 ;

GUARDINI (Romano), Le sens de l’existence chez Rilke, une interprétation des élégies de Duino, présentation et traduction par Claire Lucques, Troyes, Cahiers Bleus, Librairie Bleue, 1999, 355 pages ;

GUERNE (Armel), «Les élégies de Duino par Rainer Maria Rilke»,  Esprit, janvier 1940, n°88, 8ème année, pages 129-136 ;

GUIGUES (Gilles), Rainer Maria Rilke, l’existence en figures : étude philosophique du poétique, Paris, L’Harmattan, 2013, 114 pages ;

GUTERBOCK (Bruno), «Rainer Maria Rilke et ses relations littéraires avec la France», Bulletin des amitiés franco-étrangères (Université de Toulouse), Noël 1934, tome 2, n°7,  pages 175-179 ;

HAMBURGER (Kate), «La structure phénoménologique de la poésie de Rilke», Poésie, 2009 (1) n°127, pages 67-92 ;

HELL (Victor), Rainer Maria Rilke : une existence humaine et poésie orphique, Paris, Plon, 1965, 190 pages ;

HUBIER (Sébastien)  Le roman des quêtes de l'écrivain 1890-1925 (Rilke, T. Mann, Joyce, Gide, D'Annunzio, thèse, Dijon, éditions Universitaires, 2004, 313 pages ;

ISLER (E. P), «La structure des élégies de Duine de Rainer-Maria Rilke», Les Langues modernes, avril 1937, n°4, 35ème année, pages 225-248 ;

JALOUX (Edmond), «Entrevues avec Rainer Maria Rilke», Le Figaro, supplément littéraire du 1er janvier 1927, n°404, page 2 ;

JALOUX (Edmond), «Rainer Maria Rilke», Les nouvelles littéraires, 8 janvier 1927, 6ème année, n°221, page 5 ;

JALOUX (Edmond), Rainer Maria Rilke, Paris, Emile-Paul Frères, 1927, 108 pages ;

JESI (Furio), «Heidegger et Rilke, dialoguer et penser», Poésies, 2009 (1) n°127, pages 93-103 ;

JESI (Furio), «Rilke et poétique du rituel», Poésies, 2007 (3) n°121, pages 9-18 ;

JONGY (Béatrice), L'invention de soi (Rilke, Kafka, Pessoa), thèse, préface de Robert Bréchon, Bruxelles-Berne-Berlin, Peter Lang, coll. «Comparatisme et société», 2011 475 pages ;

KIPPENBERG (Khatarina), Rainer Maria Rilke, un témoignage, Paris, Plon, 1942, 269 pages ;

KOBS (Jean), Au château de la solitude, récréations poétiques de textes de Rainer-Maria Rilke, Wépion, Bellalui, 1993, 143 pages ;

LEFEVRE (Frédéric), «Une heure avec Rilke, le plus grand poète lyrique d’Autriche», Les nouvelles littéraires, 24 juillet 1926, 5ème année, n°197, pages 2-3 ; 

LEPPMANN (Wolfgang), Rilke, sa vie, son œuvre, traduction Nicole Casanova, Paris, Seghers, 1984, 401 pages ;

LUCQUES (Claire), L’absence ardente. Visages de Rilke, Paris, La Renaissance du livre, 1977, 207 pages ;

MICHAUD (Stéphane), Rilke et son amie Lou Andréas-Salomé à Paris, Paris, La Sorbonne Nouvelle, 2001, 246 pages ;

MICHEL (Alain), «La parole et la beauté chez Rainer Maria Rilke», Bulletin de l’association Guillaume Budé, décembre 1980, n°39, pages 438-443 ;

OSANN (Christiane), Rainer-Maria Rilke, destinée d’un poète, traduction de Génia Tchernosvitow, Neuchâtel, Paris, Delachaux et Niestlé, 1942, 339 pages ;

PITROU (Robert), Rainer-Maria Rilke, les thèmes principaux de son œuvre, Paris, Albin Michel, 1938, 252 pages ;

POBE (Marcel), Rainer Maria Rilke, Berlin, H W Hendriok, 1933, 92 pages ;

REGNAUT (Maurice), «Sur le Rilke des sonnets à Orphée», Poésie, 2008 (4), n°126, pages  89-95 ;

REY (Maurice) «Une lecture de Rainer Maria Rilke», Le Coq-Héron, 2011 (1) n°204, pages 33-39 ;

ROBINET de CLERY (Adrien),  Rilke, sa vie, son œuvre, sa pensée, Paris, P.U.F., 1958, 296 pages ;

RUSS (Nicole) «Le thème de la mort dans l’œuvre de Rainer Maria Rilke», Santé mentale au Québec, 1982 (7) n°2, pages 147-150 ;

SEVEGNY (Marie-Eve), «Rainer Maria Rilke, lettres à un jeune poète», Entre les lignes, 2003, (9) n°2, pages 28-29 ;

SPENLE (Jean-Edouard), «Les thèmes inspirateurs de la poésie de Rilke», Mercure de France,  15 février 1927, n°688, 38ème année,  pages 5-28 ;

TOUR et TAXIS, de la (Marie), Souvenirs sur Rainer-Maria Rilke, préface de Maurice Betz, Paris, Emile-Paul frères, 1936, 217 pages ;

VALERY (Paul), Reconnaissance à Rilke, Paris, Emile-Paul Frères, 1926, 160 pages ;

VAUDOYER (Jean-Louis), «Hommage à RILKE», La revue hebdomadaire, 15 janvier 1927, 36ème année, n°3, pages 354-357 ;

WINKELVOSS (Karine), Rainer Maria Rilke, Paris, Belin, collection “voix allemandes”, 2006, 191 pages ;

WINKELVOSS (Karine), Rilke, la pensée des yeux, Paris, Presse Sorbonne Nouvelle, 2004, 360 pages ;

WINKELVOSS (Karine), Rilke, la pensée des yeux, préface de Georges Didi-Huberman, Paris, Presse de l’Institut d’allemand, Université de la Sorbonne Nouvelle, 2004, 360 pages ;

ZERMATTEN (Maurice), Les dernières années de Rilke, Fribourg (Suisse), éditions Le Cassetin, 1975, 235 pages ;

ZYLBERBERG (Hélène), «Rilke et Rodin», Revue d’Allemagne et des pays de langue allemande, 15 janvier 1933,  pages 36-51.

Paris, le 1er novembre 2015, actualisé le 27 juillet 2018, par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/

Rainer Maria RILKE, écrivain allemand, amoureux de la France et ami de RODIN.
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