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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 16:51

«Papa et maman étaient mômes à leur mariage ; lui avait dix-huit ans, elle seize ; moi, j’en avais trois. Maman travaillait comme bonne chez des Blancs. Quand ils se sont aperçus qu’elle était enceinte, ils l’ont foutue à la porte. (…), Mais les deux mômes étaient pauvres, et quand on est pauvre, on pousse vite», c’est ainsi que débute l’autobiographie de Billie HOLIDAY intitulée «Lady Sings the Blues». Avec un style peu châtié, mais tendu de bout en bout, écorché, comme l’a été cette voix, nulle part comparable, traînante, nonchalante et languissante, cette autobiographie est un remarquable et émouvant témoignage sur une existence plombée par la misère et le racisme. «Ma voix quand je chante est claire, mais rauque quand je parle», dit Billie HOLIDAY. La vie de Billie est un roman, mais un roman noir. Billie incarne trois dimensions : la femme, la Noire, la pauvre et l’artiste. Billie HOLIDAY, une légende du jazz vocal, a une histoire fascinante, marquée par des passages en prison et son addiction à la drogue, la bisexualité, la maltraitance, le masochisme, entre succès et désespoirs. Billie HOLIDAY chantait le jazz comme personne. Avec une voix fragile et fraîche, d'une troublante beauté, Billie avait tout pour plaire : le talent, le génie, la sensualité. Une voix lointaine semblait lui chanter qu'un jour viendrait où elle serait la plus belle de Baltimore. Elle aurait des robes en satin. Des bijoux d'or et de pierres précieuses. Et elle habiterait dans une immense maison, avec des fleurs multicolores partout. En effet, Billie HOLIDAY revient toujours au sommet de son art et s’impose définitivement après guerre. Billie doit son succès à sa voix unique, mais aussi aux collaborations exceptionnelles, tout au long de sa carrière, avec notamment Lester YOUNG, Louis ARMSTRONG, Count BASIE, Art TATUM, Benny GOODMAN, etc.

Billie HOLIDAY, de son vrai nom Eleanora FAGAN, une voix emblématique de la musique noire américaine, est née il y a 100 ans, le 7 avril 1915, à Philadelphie, mais a grandi à Baltimore. Décédée le 17 juillet 1959, à seulement 44 ans, elle a laissé l’empreinte d’une voix aussi extraordinaire qu’inoubliable. Son père, Clarence HOLIDAY (1898-1937), est un guitariste et banjoïste doué, mais sans ambition. Seulement âgé de 16 ans, il ne reconnaît pas sa fille à la naissance. «Papa avait des activités des garçons de son âge : vendre des journaux, faire des commissions, aller à l’école», dit Billie dans son autobiographie. Papa avait toujours considéré «la vie comme une fête, il aimait et vivait intensément, et il voulait que je fasse de même», dit-elle. Sa mère Sarah Sadie FAGAN (1896-1945), d'un tempérament indépendant et volontaire, à la naissance de Billie, a 13 ans. «Elle m’a aimée, dès l’instant où elle a senti dans son ventre un léger coup de pied, alors qu’elle frottait par terre. Elle est allée à l’hôpital et a proposé un marché à la directrice : pour payer son séjour et le mien, elle ferait le ménage, et servirait les autres femelles qui attendaient de faire leurs gosses», souligne Billie. «Maman adorait la compagnie. Elle redoutait la solitude et la gamberge au sujet de papa. Elle cherchait comment diable m’assurer une protection après sa mort. Elle aimait les êtres, mais elle croyait en eux, il y avait du bon en chacun d’eux, si bizarres, soient-ils, que ce soit les souteneurs, les prostituées, les voleurs ou les assassins», dit-elle.

Fille d’un guitariste de jazz absent, et d’une aide-ménagère débordée, Billie vagabonde, se prostitue, connaît la prison, subit un viol par un voisin alors qu’elle habite chez sa mère et son beau-père, elle est incarcérée en «centre d’éducation surveillée» en tant que témoin de l’accusation. Elle sera libérée quelques semaines plus tard seulement, mais il ne s’agira malheureusement pas de son dernier séjour dans ce genre de centres. Durant toute son enfance, trimbalée de maison en maison, entre Baltimore et Philadelphie, souvent sans sa mère, Eleanora n’est jamais vraiment à sa place seule avec sa mère. C'est une gamine bagarreuse, elle passe son temps à traîner dans les rues plutôt que d'aller à l'école et il lui arrive bien des malheurs. Billie faisait de petits boulots, avant ou après l’école, notamment le ménage en chantant : «que je monte à bicyclette ou que je frotte le carrelage sale d’une salle de bains, j’adorais chanter tout le temps. J’aimais la musique», dit-elle. Parfois, elle ne se faisait pas payer, elle se contentait d’écouter la musique, notamment Louis ARMSTRONG. «Les rares endroits où l’on pouvait entendre de la musique étaient les bals. Aussi, j’y allais le plus possible, pas pour danser, uniquement pour écouter la musique», confesse Billie.

En 1929, elle rejoint à New York sa mère qui vit dans une maison close. Après un passage en maison de correction suite à une descente de police, elle habite ensuite successivement à Brooklyn et Harlem. Afin de gagner son propre argent, elle se prostitue aussi de temps à autre, comme sa mère. «J’étais bien balancée : en quelques jours, j’ai eu la possible de devenir une call-girl à vingt dollars et j’ai sauté sur l’occasion», avoue-t-elle. Elle est si belle, Eleanora, avec ses origines irlandaise et noire, son visage d'ange, sa peau claire et ses cheveux lisses. «Mon arrière-grand-mère était la maîtresse d’un Blanc, sa bonne, sa concubine», dit-elle.

Billie a tant de rêves : retrouver son père et puis aussi chanter. A dix-huit ans, Eleanora signe son premier disque et devient une déesse du jazz, sous le nom de Billie HOLIDAY et reprend donc le nom de son père.

I – Billie HOLIDAY, un mélange de célébrité et de tragédie

A –Lady DAY : une vie d’artiste exceptionnelle

Billie a une passion pour la musique. Grande admiratrice de Louis ARMSTRONG, Billie a évoqué ses sources d’inspiration. «Je ne sais de qui je tiens ma façon de chanter. Si un air vous émeut, il n’y a pas à faire évoluer quoique ce soit. Il suffit que vous ressentiez quelque chose, et quand vous le chantez les gens ressentent la même chose que vous. Qu’on me donne une chanson qui me prend aux tripes, il n’y a pas de travail qui tienne», dit-elle. Sa mère étant menacée d’expulsion locative ; ce qui oblige Billie à rechercher un emploi de chanteuse occasionnelle, au Pod’s and Jerrys’, mais elle est rémunérée uniquement sur la base des pourboires consentis par les clients. Elle a chanté, pour la première fois, «Traveling All Alone». «La boîte entière a fait silence. Si quelqu’un avait laissé une épingle, ça aurait l’effet d’une bombe. Quand, j’ai eu fini, ils pleuraient tous dans leur verre, et j’ai ramassé trente-huit dollars par terre», dit-elle. Ses amies l’appelaient «Lady» parce que Billie refusait d’aller ramasser, sur les tables, «les foutus» pourboires des clients. C’est Lester YOUNG (1909-1959) qui a repris ce nom de «Lady» et lui a ajouté le «Day» de HOLIDAY : cela a donné «Lady Day».

Joe GLASER (1896-1969) lui a proposé un contrat au Grand Terrace, à Chicago ; elle était, pour la première fois, tête d’affiche. Mais son style original déroute le public. «A la première chanson, If you Were Mine, j’ai senti que personne ne comprenait ma façon de chanter ; ils ne m’aimaient pas, ils ne me détestaient pas, ils n’éprouvaient strictement rien. Or, quand on innove, il faut que le public soit préparé», confie-t-elle.

De célèbres personnalités venaient l’écouter, comme Bernie HANIGHEN, le célèbre parolier de «When A Man Loves A Woman» et lui donnait de gros pourboires quand il s’agissait de ses chansons. Benny GOODMAN (1909-1986) venait souvent et lui fait enregistrer son premier disque «Your Mother’s Son In Law» et «Riffing The Scoth», et elle touché trente-cinq dollars, à cette occasion. John HAMMOND (1910-1987), producteur chez Columbia, le présente à Joe GLASER, l’impresario de Louis ARMSTRONG et lui fait signer un contrat pour chanter dans les clubs de Harlem et partout où il se passait quelque chose.

Billie a collaboré avec de grands artistes comme Duke ELLIGNTONG, Benny GOODMAN, Louis ARMSTRONG, Miles DAVIS, Frank SINATRA, le saxophoniste ténor Lester YOUNG, avec qui elle noue une profonde amitié jusqu’à la mort. Billie a gardé un mauvais souvenir de sa collaboration avec l’orchestre de Count BASIE (1904-1984). «Je suis entrée dans l’orchestre de Count BASIE pour me faire un peu de blé et voir du pays. Or, pendant, près de deux ans, je n’ai vu rien d’autre que l’intérieur d’un car, et je n’ai pas eu de quoi envoyer vingt-cinq cents à la maison», dit-elle. Billie a interprété de grandes chansons comme «I'm A Fool To Want You», «Blue Moon», «Summertime», «Billie’s Blues». Cependant, «Strange Fruit» est sans doute le plus poignant. «Quand j’ai commencé au Café Society, j’étais une inconnue, deux après quand je l’ai quitté, j’étais une vedette», souligne Billie. Cette chanson engagée dénonce les lynchages des Afro-Américains qui avaient encore lieu à l’époque dans le sud des États-Unis. Les fruits étranges qu’elle évoque sont les Noirs pendus aux arbres de la Géorgie ou de l’Alabama, et en particulier, le double lynchage de Thomas SHIPP et d’Abraham SMITH, dans l’Indiana, dans le Midlewest. C’est un enseignant d’origine russe, juif et communiste, Abel MEEROPOL (1903-1986), qui a écrit ce poème en découvrant ces images de pendus par le biais de photographies que les familles blanches s’adressaient, sans vergogne, et sur lesquelles on les voyait rayonnantes à côté de leurs victimes. Choqué par cette pratique, MEEROPOL publia, en 1937 un poème (Bitter Fruit), sous le pseudonyme Aka Lewis Allan. Nous en connaissons les paroles métaphoriques :

Strange Fruit (Fruit étrange)
Southern trees bear strange fruit
Les arbres du Sud portent un fruit étrange
Blood on the leaves and blood on the root
Du sang sur leurs feuilles et du sang sur leurs racines
Black bodies swinging in the southern breeze
Des corps noirs qui se balancent dans la brise du Sud
Strange fruit hanging from poplar trees
Un fruit étrange suspendu aux peupliers
Pastoral scene of the gallant South
Scène pastorale du vaillant Sud
The bulging eyes and the twisted mouth
Les yeux révulsés et la bouche déformée
Scent of magnolia sweet and fresh
Le parfum des magnolias doux et printannier
Then the sudden smell of burning flesh
Puis l'odeur soudaine de la chair qui brûle
Here is a fruit for the crows to pluck
Voici un fruit que les corbeaux picorent
For the rain to gather, for the wind to suck
Que la pluie fait pousser, que le vent assèche
For the sun to ripe, to the tree to drop
Que le soleil fait mûrir, que l'arbre fait tomber
Here is a strange and bitter crop !
Voici une bien étrange et amère récolte !

«Strange Fruit» est un puissant et symbolique réquisitoire qui s’insurge contre une Amérique rongée par la ségrégation raciale. C’est au Café Society antiségrégationniste, de New York, que Billie chante en 1939, ce qu’elle appelle son «cri de révolte». La chanteuse sait de quoi elle parle : son père est mort d’une pneumonie après avoir été plusieurs fois refusé d’hôpitaux. Quand il a été admis dans le pavillon, Jim Crow, réservé aux Noirs, il était déjà trop tard. Il a déjà eu une hémorragie et on n’a pu faire pour lui que de lui donner un lit pour mourir. La maison de disques Columbia et John HAMMOND hésitent, craignant de s’aliéner les États du Sud. Beaucoup de Blancs n’en auront, cependant, jamais connaissance car «Strange Fruit» ne sera pas ce que l’on appelle aujourd’hui un tube. La déchirante et déchirée voix de Billie HOLIDAY a permis à ce poème de prendre conscience du pouvoir de l’art dans le combat des Noirs. En effet, «Strange Fruit» est la première chanson importante du Mouvement américain des droits civiques. Elle est devenue, une «Protest Song», le symbole de la lutte des Noirs pour l’égalité.

Billie est confrontée, perpétuellement au racisme «Manger n’était pas une sinécure, dormir était un problème, mais la pire de toutes les galères, c’était la chose la plus élémentaire du monde : trouver un endroit pour pisser», souligne Billie. En tournée dans des Etats sudistes au sein des Big bands de Count BASIE et Artie SHAW, elle même devait se maquiller pour s’éclaircir la peau, elle subit des interdictions de monter sur scène. «J’étais trop claire pour chanter avec tous ces Noirs. On pouvait croire que j’étais blanche. Alors, ils m’ont forcé à me passer un fond de teint très foncé. Il n'y a pas de pire boulot que celui d’artiste : il faut sourire et se retenir», dit-elle. Dans un boui-boui dégueulasse «une connasse de blonde a servi tout le monde et m’a ignorée, comme si je n’existait pas», dit-elle. Dans les longues tournées, c’est «la galère perpétuelle». Ainsi, quand l’orchestre parvenait à dégoter, difficilement, un hôtel, c’était à quatre par chambre. «Là-bas, dans le Sud, je peux comprendre ce genre de conneries, mais à New York, je ne l’encaisse pas !», dit-elle. Par ailleurs, les gens ne se doutent qu’il y a à faire un disque, et à le faire comme on veut. «Il m’est arrivé de me battre pendant dix ans pour l’obtenir», dit Billie.

Un jour face à une agression raciste, à Hollywood, Billie est défendue par un Blanc qui n’est d’autre que la star du cinéma Clark GABLE. Au Café Society, des célébrités venaient écouter Billie chanter, outre Clark GABLE, on notait Judy GARLAND, Bette DAVIS, Lana TURNER ; ce qui réchauffe le cœur. A d’autres moments, et face à la bêtise humaine, Billie ne cesse de vociférer : «On a beau se couvrir de satin blanc jusqu’aux nichons, se mettre de gardénias dans les cheveux, ne pas voir de canne à sucre à perte de vue, c’est comme si on travaillait toujours dans une plantation», dit Billie. Quand elle a commencé à fréquenter Orson WELLES, encore jeune réalisateur de cinéma, bien des Blancs ont estimé qu’elle gâchait sa carrière en se montrant avec lui. C’est l’époque où les âmes bien-pensantes ne supportaient pas de voir un Blanc sortir avec une négresse. «Aucun connard ne peut croire qu’un Blanc et une Noire puissent être ensemble autrement qu’au sortir du lit ou de s’y précipiter», dit Billie. «La seule fois où je me suis sentie libre à cet égard, c’était quand j’étais toute jeune, que j’étais call-girl et que j’avais des clients blancs. Là, personne ne s’en inquiétait, parce si vous faites ça pour du fric, alors cela devient admissible», vitupère Billie qui a eu une vie privée compliquée.

B – Billie HOLIDAY : une vie privée compliquée

Billie était une croqueuse d’hommes, mais elle est élogieuse à l’égard de Benny GOODMAN, musicien, pianiste, marié «c’était la première fois qu’on me faisait la cour, qu’on me respectait, qu’on m’entourait d’attentions. Avec lui, je me sentais femme. Il était patient et tendre», dit Billie. Elle a fait la connaissance Ralph COOPER, un réalisateur de films.

«My man don’t love me, treats me oh so mean. My man, he don’t love me, treats me awful mean. He’s the lowest man, that I’ve ever seen » chante-t-elle dans «Fine and Mellow». Des paroles qui témoignent de son vécu sentimental avec des hommes plus ou moins recommandables. Son premier mari s’appelle Jimmy MONROE, voyou et drogué, il lui fait découvrir la drogue dure. Après leur divorce, à la suite duquel Monroe repart faire le mac sur la côte Ouest, elle a une liaison avec Joe GUY, qui la fournit généreusement en héroïne. Comme beaucoup de ses amants, il n’hésite pas à la battre. John LEVY est sans doute le pire : il lui vole tout son argent, la frappe et la laisse, à leur rupture, ruinée et épuisée. Son dernier époux en date, Louis McKAY, sera plus clément à son égard. Billie avait remarqué, dans un bar de Harlem. Une femme allait voler le portefeuille d’un jeune homme assoupi sur son tabouret. Billie lui enjoint de renoncer à son forfait, parce que «c’est son mec». C’est inexact, évidemment. «C’est ainsi que j’ai fait la connaissance de Louis McKAY. Un jour qu’il était très mal, je l’ai emmené à la maison, et maman l’a retapé. Nous sommes restés ensemble un bon bout de temps. Je me suis aperçue que j’avais dit vrai, sans le savoir», confie-t-elle à propos de cette histoire d’amour. C’est au Café Society que Billie a fait la connaissance avec Orson WELLES (1915-1985) un réalisateur de films qui débutait Hollywood. «On s’aimait bien, il adorait le jazz ; on a commencé à sortir ensemble. Je l’emmenais jusqu’à Central Avenue, le ghetto noir de Los Angeles, et lui faisais connaître tous les cabarets et les boîtes louches. Il était passionné par tout, les choses aussi bien que les gens. Il voulait tout connaître et comprendre le pourquoi du comment. C’est le signe je crois, d’une personnalité exceptionnelle», souligne Billie.

Libérée et encouragée par sa mère à ne pas s’engager avec des hommes mais plutôt avec des femmes. Billie HOLIDAY était une bisexuelle qui s’assumait au su et au vu de tous. Parmi ses nombreuses conquêtes féminines, l’actrice sudiste Tallulah Bankhead.

Très jeune, Billie a été placée d’abord en prison, puis dans une institution religieuse, à la suite d’un viol dont elle avait l’objet. Pour s’être livrée à la prostitution, le juge, la croyant mineure, l’a envoyée à l’hôpital de Brooklyn. Mais dans cette institution une lesbienne a voulu la draguer. «Elle a voulu me toucher ; en la repoussant, je lui ai fait dégringoler dans l’escalier», dit-elle. Et voila Billie, à nouveau, devant le juge et à sa sortie de prison la moitié des maquereaux de New York était venue l’accueillir. «J’avais décidé que la prostitution, pour moi, était finie», dit-elle.

Adolescente Billie fumait déjà des joints. Mais c’est aussi à New York qu’elle sombre dans la drogue, l’alcool et qu’elle a affaire à la justice. Privée de carte professionnelle pour atteinte aux bonnes mœurs, elle ne pourra pas chanter pendant longtemps dans les clubs new yorkais vendant de l'alcool. Au sortir d’une soirée chez Joe LOUIS, Billie avait une rage de dents de tous les diables. «J’ai fait la connaissance d’un jeune mec qui m’a affirmé avoir quelque chose contre le mal aux dents : il avait de l’herbe», dit Billie. Jimmy MONROE l’a entraînée dans la drogue dure. «Notre amour s’effritait. C’est durant cette période que j’étais accro», reconnaît Billie. En 1947, Billie est condamnée à 2 ans de prison en raison de son addiction à l’héroïne. A sa sortie, elle remporte un immense succès au Carnegie Hall. En 1949, elle retombe à nouveau, sous l’emprise des stupéfiants. Titubant sous la fatigue et l’emprise de la drogue, Billie Holiday est hospitalisée le 30 mai 1959. Après sa disparition la légende peut commencer.

II – Billie HOLIDAY, et la postérité

La postérité de Billie dépassera celle de ses deux prestigieuses rivales du jazz vocal, Ella FITZGERALD, trop tonique et joyeuse, et Sarah VAUGHAN, trop glamour, abandonnant le simple statut de chanteuse pour revêtir la beauté funèbre d’une héroïne de tragédie. Inspiré de l’autobiographie parue en 1956, «Lady Sings the Blues», un biopic, du même nom, sorti en 1971 présente Diana ROSS dans le rôle de Billie, et une bande originale signée Michel LEGRAND. Un destin aussi tragique ne pouvait que faire sortir les mouchoirs de Hollywood. Si le pathos n’est pas évité, l’émotion n’en est pas moins étouffée, grâce à une Diana ROSS habitée par son personnage. D'autres grandes chanteuses, comme Nina SIMONE, ne cacheront pas leur admiration pour Billie.

Andy WARHOL et Jean-Michel BASQUIAT, dans l’œuvre Hommage à Billie Holiday, s’intéressent à elle. La publicité l’exploite. Il y a quelques années, le cinéaste Jean-Pierre Jeunet choisissait son interprétation de «I’m a Fool to Want You» pour illustrer son interprétation du parfum Chanel n°5, et accompagner une romance rétro chic avec Audrey TAUTOU. Le romantisme laissera vite la place à la légende noire. La jeune et amoureuse Billie s’efface alors devant la victime en bout de course. «Le crépuscule est l’heure où l’on vit le plus intensément», a écrit le romancier Bernard CLAVEL. Beaucoup feront ainsi l’éloge du dernier album de la diva, Lady in Satin, paru en 1958 et réédité à l’occasion du centenaire. Une œuvre vacillante, gorgée de violons, avec cette voix ravagée par l’alcool et la drogue que ses partisans encensent, y voyant une tour de Pise en péril, et par cela, d’une beauté magistrale.

Dans le superbe ouvrage de Julia BLACKBURN, «Lady in Satin», riche de témoignages de ses amis et collaborateurs, le chef d’orchestre Ray ELLIS raconte combien il a malmené cette diva fatiguée accrochée à sa bouteille de gin, en retard, rapportant ce genre d’anecdotes légendaires que l’on entendrait aussi beaucoup au sujet de Marilyn MONROE : «je lui ai dit : Espèce de salope ! Tu chantes tellement bien, et tu fais n’importe quoi. Tu bousilles toute cette foutue session. Je me suis rendu compte que cette garce ne connaissait pas les morceaux… Je l’ai traitée comme une écolière… Elle boudait». Cette plongée funèbre dans la psyché autodestructrice d’une chanteuse aura donné de très beaux textes : le polémiste sulfureux Marc-Édouard NABE qui, en mal de publicité, a montré son visage le plus sincère et émouvant dans son long poème, L’Âme de Billie Holiday (1986) ; le talentueux romancier Alain GERBER, avec Lady Day : Histoire d’amours (2005), et la chanteuse et écrivain Viktor LAZLO, auteur de My Name Is Billie Holiday (2012), ont puisé chez elle une lumineuse poésie. Elle est aussi l’héroïne d’une bande dessinée du duo argentin José MUNOZ et Carlos SAMPAYO, sortie en 1991, et rééditée en 2015.

Les jours meilleurs semblent définitivement enfuis dans le roman enquête de Philippe BROUSSARD, Vivre cent jours en un. Le récit se déroule pendant cette période du soleil couchant qu’est novembre 1958. Billie HOLIDAY, l’icône du jazz, débarque en Italie, puis en France pour la deuxième fois de sa vie. À quarante- trois ans, cette femme au destin chaotique, minée par l’alcool et la drogue, n’a plus que huit mois à vivre. À Paris, la voici à l’Olympia, et ensuite au Mars Club où elle se livre à l’état brut, tour à tour pathétique et grandiose. Chaque soir, elle s’y produit jusqu’à l’aurore devant quelques dizaines de fidèles, parmi lesquels Sagan, Bardot, Duke Ellington. M. BROUSSARD raconte la tournée désastreuse de Billie en Europe, devant un public italien qui ne comprend pas son style, la hue, puis au Mars Club, mythique scène parisienne près des Champs-Élysées. Les lieux qu’elle a foulés n’existent plus. L’auteur a patiemment reconstruit un passé fugitif, ressuscitant, dans son récit tendre et triste, de part et d’autre des Alpes, la dérive d’une artiste en passe d’atteindre le mythe mais que ses contemporains méprisent, la considérant comme une chanteuse démodée, juste un peu ivre. «Sur scène, avec sa robe crème, elle ressemble à une princesse qui se serait trompée de bal et d’époque», écrit joliment le romancier, la transformant en Cendrillon, le plus beau personnage que la littérature ait inventé.

Naturellement, les auteurs de langue anglaise ont rendu un hommage à cette immense et tragique diva, offrant au passage une chronique à la fois flamboyante et crue sur une période entière de l’histoire du jazz. Pour Bud KLIMENT «Billie HOLIDAY’s breathtaking vocals made her one of the most widely admired jazz singer of all times». Suivant Meg GREENE “Billy HOLIDAY, the legendary jazz singer whose vocal styling was deeply affecting, continues to enthrall”. Earle RICE évoquant notre star parle de “A unique voice and songs sung sad”.

Le mieux encore, c’est d’écouter la puissante et émouvante musique de Billie Holiday, et à titre purement suggestif :
I’m Fool to Want You
Strange Fruit
The Blues are Brewing (avec Louis Armstrong)
My Man
Don’t Explain
Easy Living
You have changed
God bless the child
All of Me
Gloomy Sunday
The End of Love Affair.

Bibliographie très sélective

1 – Autobiographie

HOLIDAY (Billie), Lady Sings the Blues, Marseille, récit recueillis par William Dufty, traduction de Danièle Robert, éditions Parenthèses, collection Eupalinos, 1984, 170 pages ;

2 – Critiques

2- 1 – Critiques en langue française

«Centenaire de Billie Holiday, hommage», A Nous Paris, édition du 18 mai 2015 ;
BLACKBURN (Julia), Lady in Satin : Billie Holiday, portrait d’une diva par ses intimes, traduit par Nicolas Guichard, Paris, Rivages Rouges, 2015, 336 pages ;

 

BROUSSARD (Philippe) Vivre Cent jours en un, Paris, Stock, Collection Bleue, 2015, 240 pages ;
 

BURNETT (James), Billie Holiday, traduction Paul Couturiau, Paris, Garancière, 1984, 123 pages ;


CHALMET (Véronique), Billie Holiday, Paris, Payot, 2005, 202 pages ;
 

DELANNOY (Luc), Billie Holiday, Paris, J’ai Lu, Collection Librio musique, 2002, 96 pages ;
 

FOL (Sylvia), Billie Holiday, Paris, Gallimard, Folio biographies, 2005, 340 pages
 

FONTANES (Michel), Billie Holiday et Paris : chronique de la vie de Billie Holiday à Paris entre 1954 et 1958, Paris, Rive Droite, 1999, 198 pages ;
 

GERBER (Alain), Lady Day : histoires d’amour, Paris, L.G. Fayard., Le livre de poche, 2008, 616 pages ;
 

NABE (Marc-Edouard), L’âme de Billie Holiday, Paris, Denoël, Collection Infini, 1986, 250 pages ;
 

O’MEALLY (Robert), Billie Holiday : les multiples facettes de Lady Day, traduit par Isabelle Barbet, Paris, Denoël 1992, 207 pages ;
ROBERT (Danièle), Les chants de l’aube de Lady Day, Paris, Le temps qu’il fait, 1993, 174 pages ;

 

SAGAN (Françoise), Avec mon meilleur souvenir, Paris, Gallimard, Collection Blanche, 1984, 220 pages.
 

2-2 – Critiques en langue anglaise
 

ALAGNA (Magdalena), Billie Holiday, New York, Rosen Pub Cie, 2003, 112 pages ;


GREENE (Meg), Billie Holiday, a Biography, Wesport, Connecticut, Greenwood Press, 2007, 112 pages ;
 

KLIMENT (Bud), Billie Holiday, Singer, Los Angeles, Melrose Publishing Cie, 1990, 177 pages ;

O’MEALLY (Robert) O’MEALLY (Robert, G), Lady Day : the Many Faces of Billie Holiday, Arcade Publishing, 1993, 207 pages
 

WEATHFORD (Carole, Boston), Becoming Billie Holiday, Honsdale Pensylavannia, Highlights Press, 2014, 120 pages.

Paris, le 18 octobre 2015, par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/

Billie HOLIDAY, chanteuse de jazz (1915-1959).
Billie HOLIDAY, chanteuse de jazz (1915-1959).
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Billie HOLIDAY, chanteuse de jazz (1915-1959).
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