Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • : Ce blog personnel de M. Amadou Bal BA est destiné à l'échange en politique, littérature, histoire, faits de société et le bien-vivre ensemble. Google News BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE ISSN 2555-3003 BNF GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • Contact

Recherche

10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 22:37

J'ai assisté, ce samedi 10 octobre 2015, au Café 108 chez Rosa, dans le 19ème arrondissement, à la dédicace du livre de Bakary SAKHO intitulé "Je suis", paru chez "Faces Cachées", un nouvel éditeur issu de l'économie sociale et solidaire. L’éditrice, Mme Ouafa MAMECHE, a pour ambition de "mettre en avant les auteurs aux parcours singuliers et à la plume talentueuse".

Bakary se définit comme «un inconnu qui prend la plume». Ce livre est le constat personnel d'un homme qui a grandi dans un quartier populaire et qui se bat à son échelle contre les problèmes que la population y rencontre. Bakary a révélé que le réveil de sa conscience politique est venu du combat de sa mère confrontée aux difficultés de logement. Le quartier populaire porte la marque du chômage, de la discrimination, l’exclusion et le manque de structures adaptées. En dépit d'une marque d'infamie que l'idéologie conservatrice et raciste veut faire endosser à son quartier Riquet-Curial, Bakary pense que la réalité est bien plus différente : "chaque jour, je vois plus de personnes honnêtes et courageuses se rendre sur leurs lieux de travail que d'individus commettant des délits", dit-il.

Avec d'autres amis, dont Christophe Adji Ahoudian, Bakary a fondé en 2001 une association "Les Braves Garçons d'Afrique". Bakary a été traumatisé par les événements qui ont agité les banlieues en novembre 2005, et qui ont initié chez lui «un besoin profond et vital d’agir». Pour Bakary, ces émeutes, loin de provoquer l’unité et la solidarité des exclusions, ont accentué l’individualisme, le repli sur soi, mais surtout la violence, la colère et le chaos. Or, la colère n’est pas une réponse adaptée pour faire face aux difficultés. La France a besoin d’une société multiculturelle soudée et ne devrait pas occulter une partie de son histoire ; c'est un Etat traversé par la diversité des cultures.

«Le temps n’est plus à la colère, à la plainte ou à la revendication, mais à l’action», entonne Bakary. Encore mieux Bakary pense qu'une personne maîtrisant son patrimoine culturel, échappe aux colères stériles, et devient un citoyen inspiré de valeurs positives et constructives. Par son témoignage, à travers ce livre, Bakary est fortement préoccupé pour l'avenir de ces nouvelles générations issues de l'immigration qui sont déroutées par un monde complexe et en crise. Il souhaite que ceux qui ont envie de faire publier leur ouvrage puissent avoir leur chance comme les autres.

Bakary refuse le communautarisme "on vit ensemble on meurt ensemble". Bakary a pensé son ouvrage, mais il a été mis en forme par ses mentors Jean-Jacques Samary et Samba Doucouré. Français, mais Noir, musulman et engagé, il s'intéresse au bien-vivre ensemble dans son quartier. Il ne veut pas aller vivre dans un autre quartier tranquille, parce qu'il fera tout pour que son quartier soit tranquille. «Je crois à une union des cœurs et des causes, sans aucune distinction de genre et de culture», souligne-t-il. Et Bakary pense que «nous sommes capables de décider comment voulons vivre notre vie, malgré les barrières et les difficultés».

Il veut, à travers son ouvrage, inviter les jeunes à s'intéresser à la lecture et prendre leur destin en main. Il souhaite en discuter avec les jeunes, là où ils sont, dans les cages d'escalier. "J'écris pour mettre en avant l'importance et la richesse que représentent les individus qui composent la société française", dit-il. Bakary exhorte le jeunes issus de l'immigration à être fiers d'être français, de passer du statut du "Qui suis-je?" à "Je suis". Il faut, selon lui, réclamer non pas l'égalité des chances, mais l'égalité des droits. L'histoire africaine il l'a porte en lui, mais faudrait-il encore la connaître. «Quand tu ne sais pas où tu vas, alors regardes d’où tu viens», dit un adage. En raison des forts préjugés raciaux dont sont victimes les jeunes des quartiers, Bakary les exhorte à ne pas verser dans la facilité, à être plus exigeants vis-vis d'eux-mêmes : "tu es vu comme un étranger mon enfant, tu dois travailler deux fois plus que les autres, et deux fois plus tenace, pour réussir dans la vie", dit-il.

Bakary rappelle qu’il y a deux catégories de personnes : «ceux qui font les choses et ceux qui regardent les choses se faire». Il déplore que les personnalités issues des quartiers n’usent pas davantage de leur notoriété afin de réveiller cette masse assoupie. Par leur art, elles ont «une responsabilité supérieure» Il faut trouver des moyens efficaces pour véhiculer des valeurs positives, telles que le sens de l’effort, du travail ou de la solidarité.

Bakary, comme Bilal, ce muezzin noir et esclave du temps de Mahomet, considère que son appartenance à la religion musulmane est avant tout «un acte de résistance» à l’oppression, à l’asservissement, un puissant apport à la construction de son identité, et non du prosélytisme. C’est un acte de foi que de croire en soi, «la foi permet l’espérance et un optimisme», afin de dépasser ses difficultés.

En fait, il ne suffit pas de lire l’ouvrage de Bakary, il faudrait surtout l’écouter. Bakary est un personnage truculent, "une grande gueule" comme il dit. C’est surtout un excellent communicateur, un griot des temps modernes pour bien-vivre ensemble, doté d’un grand sens de l’humour et de la pédagogie. Je ne doute pas, un instant, que sa parole, auprès des jeunes désorientés, pourra être intelligible, et porter tout son sens. Bakary pense que ce livre est un combat essentiel de sa vie. Pour lui «l’essentiel est d’être dans la cause, pour avoir le droit de dire, un jour, au moins, j’aurais essayé de faire ce que je pouvais». La volonté et l’organisation permettent d’atteindre les objectifs d’amélioration de nos conditions de vie. «Je souhaiterais pouvoir rencontrer sur mon parcours le plus de monde possible pour me rendre compte que je ne suis pas seul. Car vivre dans un monde où l’injustice est banalisée n’a aucun sens à mes yeux», dit-il.

Références bibliographiques :

SAKHO (Bakary), Je suis, Paris, Faces Cachées, 2015, 103 pages au prix de 12 €.

Paris, le 11 octobre 2015, M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/.

Partager cet article

Repost0

commentaires

Liens