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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 19:25

Ce texte a été publié dans le journal FERLOO, édition du 17 septembre 2015

Ce sont les victoires d’Italie et d’Égypte qui ont porté le général Bonaparte au pouvoir et c’est une défaite en Belgique qui l’en a chassé définitivement. Autant dire que le génie politique est chez lui inséparable du génie militaire. "Il y a longtemps que la place prise par Napoléon Bonaparte dans l’imaginaire national m’intrigue. Longtemps que je m’interroge sur la gloire qui s’attache à son nom. Longtemps que je suis frappé par la marque qu’il a laissée dans notre histoire», souligne d’emblée Lionel JOSPIN dans un ouvrage intitulé «Le mal napoléonien».

Si Napoléon a connu autant de succès posthume, c’est parce qu’il a incarné aux yeux de beaucoup, en France comme à l’étranger, non seulement le fils de la Révolution, mais aussi l’homme de la modernité, exprimée notamment dans le Code civil. Pour les Français, plus spécifiquement, il est aussi celui qui a fait flotter au travers de l’Europe entière un drapeau tricolore victorieux. Il est également celui qui a laissé le souvenir d’un souverain proche de son peuple, issu de lui et sachant manifester son amour des Français. Enfin, sa personnalité même a nourri la légende d’un chef d’État suscitant l’admiration pour sa formidable ascension et pour son génie multiforme, lui permettant la maîtrise de la guerre comme l’intelligence de la politique et l’art de l’efficacité administrative.

Mais ces mythes ont été initialement fabriqués du vivant même de Napoléon : dès la première campagne d’Italie, les journaux diffusés dans son armée et dont il contrôle la rédaction le présentent précisément sous le jour d’un chef aux capacités extraordinaires. Sous le Consulat, la propagande s’emploie à rappeler comment la deuxième campagne d’Italie s’inscrit dans la continuité des guerres de la Révolution, puis elle souligne l’intense travail fourni par le nouveau maître de la France pour mener sa fonction administrative. Sous l’Empire, les rares journaux qui subsistent restent dans ce ton tandis que l’art est tout entier mis au service de la célébration de la gloire des armées et de leur chef. Après 1815, chansons et littérature populaires, jusqu’aux pièces de théâtre, mettent l’accent sur l’homme de guerre proche de ses soldats et remportant victoire sur victoire au profit de la Révolution, contre des souverains européens despotiques. Dès 1823, date de la première publication du «Mémorial de Sainte-Hélène» de LAS CASES, les diverses facettes de la légende apparaissent clairement : le jeune héros, le maître du monde, le proscrit. Les romantiques, avec, en 1827, le ralliement de Victor Hugo, leur donnent un écho tout particulier. La légende s’enrichit alors de ces souvenirs souvent recomposés et embellis. Après quoi elle est enracinée par le culte officiel célébré sous la Monarchie de Juillet, particulièrement à l’occasion du retour des Cendres le 15 décembre 1840, puis, plus encore, sous le Second Empire, où le 15 août, date anniversaire de la naissance de Napoléon Ier, devient une véritable fête nationale. «Napoléon qui a tant à nous apprendre n'est pas considéré comme une référence ni un exemple. Il reste un mal-aimé dans l'histoire de France. Il lui est surtout reproché d'avoir mis fin à la Révolution. Mais il ne faut pas oublier que la France est plongée durant cette période dans le chaos et le désespoir. S'il n'avait pas osé et réussi le 18 brumaire, les royalistes auraient restauré l'Ancien Régime en 1799», souligne Jean TULARD.

Le mythe napoléon est encore immense en France, notamment chez les partis conservateurs. Le professeur René RAYMOND a bien souligné qu’il n’y a pas, en France, une Droite mais trois : droites légitimiste, orléaniste et bonapartiste. La droite bonapartiste est inspirée par un pouvoir personnel et fort, qui met l’accent sur le rôle d’un chef, sur la faiblesse des corps intermédiaires et sur le recours au peuple, notamment par la voie du referendum. Pour M. Eric ZEMMOUR la France serait patriarcale, au sens même du Code civil napoléonien. Pour ce polémiste, la victoire de la Révolution passait par «la mort du père. De tous les pères». Or Bonaparte, avec le Code Civil, avait remis le père sur le trône. De Gaulle avait même réussi, au bout de cinquante ans de tâtonnements institutionnels, à remettre le patriarcat à la tête de l’Etat. Alain DUHAMEL a eu l’audace de comparer M. SARKOZY à Napoléon 1er : «Le Consulat est de retour. Il y a chez Nicolas Sarkozy bien des aspects d'un Premier consul contemporain. Certes, il n'est pas Bonaparte mais c'est un bonapartiste grand teint. Lui comme le Corse à ses débuts ont tendance à tout vouloir réinventer eux-mêmes. Ils avancent sur tous les terrains à la fois, s'étonnent qu'on s'asphyxie à les suivre, trébuchent en galopant. Leur ambition est immense. Issus l'un et l'autre d'une petite noblesse fraîchement établie en France après des épreuves, ils tiennent à démontrer leur supériorité. Dominateurs et sujets à de brusques anxiétés, ils ne doutent pas de leurs qualités mais ils craignent souvent que le destin ne se dérobe. Ils ont de grands espoirs et de sombres pressentiments. Ils ne résistent pas à l'ostentation. Ils aiment aussi beaucoup les femmes, avec emportement, non sans de cruelles déconvenues, non sans d'enviables succès. Là encore, la discrétion n'est pas leur fort. Ils ont de l'orgueil à revendre, une impressionnante promptitude d'esprit. Ils aiment décider, ils n'ont pas peur d'imposer. Ils attachent semblablement le plus grand prix à la mise en scène publique de leur action».

Il serait présomptueux d’enfermer Napoléon dans des jugements hâtifs : «il est insaisissable, non parce qu’il est infini, mais parce qu’il a varié comme les situations où le sort le mettait», dit Jacques BAINVILLE. Lionel JOSPIN prend soin de préciser l’objet de sa recherche sur Napoléon : «éclairer certains aspects du présent». Il ne s’inscrit ni dans la «légende dorée», ni dans la «légende noire» de Napoléon. La gloire de l’Empereur est une évidence à laquelle il ne souhaite pas écorner. M. JOSPIN ne discute pas, non plus, de la grandeur du personnage, le talent du soldat, la puissance de travail de l’administrateur, ni même le brio du propagandiste. La thèse principale de son livre est d’examiner si les quinze années fulgurantes du trajet du Premier Consul et de l’Empereur ont servi la France. Si elles ont été fructueuses pour l’Europe. La réponse à cette question du professeur JOSPIN est cinglante : «à mesurer l’écart entre les ambitions proclamées, les moyens déployés, les sacrifices exigés et les résultats obtenus, la réponse est non. L’Empire de Napoléon Ier, puis le second Empire, se sont achevés sur des désastres. Le général Boulanger dans l’opposition et le maréchal Pétain au pouvoir, apparentés au bonapartisme, n’évoquent pas des souvenirs glorieux».

Napoléon est un homme à qui la vie a tout dispensé, au-delà de toute mesure, mais qui a été meurtri dans sa sphère privée. La première femme n’a pas été fidèle, la seconde l’a abandonné. Il s’est séparé de son fils. Ses frères, ses sœurs l’ont toujours déçu. «Tu grandis sans plaisir», lui dit, admirablement, Alphonse de LAMARTINE. Un religieux ajoute ce sévère jugement : «l’immortalité de son nom lui paraissait d’une bien autre importance que celle de son âme».

Dans ses souvenirs, Chateaubriand a en quelque sorte statufié Talleyrand et Fouché, respectivement ministre des Affaires étrangères et chef de la police de Bonaparte, en évoquant le «vice appuyé sur le bras du crime». L’historiographie de notre temps met en évidence les aspects despotiques du pouvoir napoléonien en même temps que l’entêtement du chef militaire peu enclin à ménager le sang de ses soldats.

Napoléon n’a pas changé le cours de l’histoire en Europe. Il l’a au contraire figé. «Je ne crois pas qu’il ait tiré les Française l’abîme», dit JOSPIN.

Le bonapartisme met l’autorité au cœur de l’Etat et de la société. De haut en bas de la hiérarchie, l’uniformité et la discipline s’imposent, dans l’intention de disposer avec l’administration d’un outil efficace. Le suffrage qui est censitaire n’a pas pour objet d’associer le peuple au pouvoir, mais d’approuver, massivement un chef considéré comme charismatique. Le pouvoir législatif est fractionné et faible. En effet, les membres du Sénat étant recrutés par cooptation ou directement par le chef de l’Etat, sont un instrument de l’Empereur. Quant aux Tribunat, la seconde chambre du parlement, n’ayant ni initiative des lois, ni droit d’amendement, n’a qu’un pouvoir consultatif.

Bonaparte a mis en place un régime despotique et policier : «La personnalité d’un chef : un soldat passionné, impérieux, impatient qui ne supporte pas l’opposition», entonne JOSPIN. Le chef de la police, Fouché condamne sans preuve, sans jugement. Le contrôle de la presse est absolu. «Napoléon déteste la presse et méprise les journalistes. Indépendants, ils lui déplaisent ; serviles, ils sont jugés sans intérêts», précise JOSPIN. Pour l’Empereur, il ne s’agit pas d’interdire et de contrôler, il faut que la presse soit son porte-voix. Ce sera le rôle du Moniteur. Napoléon est bon communiquant. Il a compris très tôt le rôle de la presse pour la conquête et la conservation du pouvoir. Homme providentiel et héros de la Grande nation, il a construit, méthodiquement, son charisme.

Le Code napoléon, ou Code civil, un mélange de coutumes de l’Ancien régime, du droit romain et du droit révolution, est très conservateur. Ce code se manifeste par l’autorité sur les enfants dont la majorité est fixée à 25 ans et la tutelle du mari sur sa femme qui reste considérée comme mineure.

Napoléon est constamment en guerre ; ce qui occasionne 600 000 pertes pour les Français, deux millions d’incorporés, de lourds impôts non pas au profit du trésor, mais de l’Armée. «Napoléon n’a émancipé aucun peuple, ni le sien qu’il a dominé, ni les autres qu’il a soumis», dit JOSPIN. Finalement, Napoléon a renforcé l’Angleterre et réduit l’influence de la France en Europe.

L’esclavage aboli en 1794 est rétabli un décret du 20 mai 1802 par Napoléon.

En définitive, le professeur Lionel JOSPIN, en enseignant rigoureux et honnête a dressé un bilan sans complaisance de Napoléon et la postérité. J’ajoute que la qualité de son expression écrite vaut bien l’acquisition de ce livre. M. JOSPIN est déjà l’auteur d’abondants ouvrages. Ainsi, en 2013, dans un entretien accordé à deux journalistes, «Lionel JOSPIN raconte Jospin», 2013, l’ancien premier nous brosse le récit d'une vie. Il nous décrit un jeune homme un peu brut, passionné de sport, de livres et de cinéma, s'engager dans les événements de son temps, rencontrer l'idéal révolutionnaire, tout en devenant diplomate, puis professeur. Ensuite, aux côtés de François Mitterrand et avec les socialistes, désireux non seulement de rêver mais de réaliser, il a apprend à faire de la politique et participe à la conquête du pouvoir. Premier secrétaire du Parti socialiste, ministre, candidat à l’élection présidentielle de 1995, puis premier ministre de 1997 jusqu’à ce funeste 21 avril 2002, M. JOSPIN se livre, sans détours, sans tabou, sur le ton de la confidence. C’est sa vie et c’est notre histoire.

En 2007, dans «L’impasse» et après la défait de 2002, Lionel JOSPIN engage une réflexion pour sortir de l'impasse et opérer un retour vers une exigence fondamentale : faire ensemble de la politique. Auparavant, et dans cette quête de sens, M. JOSPIN avait publié «l’invention du possible». L'histoire qui nous entraîne voit son sens se brouiller. Si se marque ainsi la fin des «grandes illusions» historiques et des certitudes idéologiques, il ne faut pas s'en plaindre : ce siècle aura été celui des tragédies. Même si les valeurs se troublent, si les idées s'effacent, si le sentiment gagne qu'il n'y a plus ni projets à former, ni choix à faire, si l'extrémisme se nourrit chez nous de l'égoïsme et de l'indifférence, cependant qu'ailleurs s'étendent la misère et le fanatisme, faut-il s'y résigner ? Ce serait consentir à de nouveaux drames. Pour M. JOPSIN : «Ma crainte serait que les socialistes soient absents de ce débat. Qu'en cette fin de siècle où le communisme dépose son bilan et où l'idéologie libérale se fait pesante, le socialisme démocratique par timidité ou conformisme, ne renonce à avancer des idées et ne cède le pas au conservatisme». M. JOSPIN reste optimiste. «L'avenir n'est pas donné d'avance. Si tous les futurs ne sont pas possibles, si l'épreuve du réel n'autorise pas tous les rêves, le possible ne se déduit pas non plus mécaniquement de la réalité présente. Il est ouvert et multiple, il se crée. A nous de décider ce qu'il doit être sans nous laisser enchaîner aux seules nécessités du présent. La démocratie ne vit que d'inventer ses possibles», souligne-t-il.

Dans «Ma vision de l’Europe et de la mondialisation», paru en 2001, M. JOSPIN s’est penché sur la mondialisation et l'avenir de l'Union européenne. Il a poursuivi cette recherche, en 2005, «Le monde comme je le vois», Ce livre est né d'une interrogation sur le monde et d'une inquiétude pour la France. Peut-on comprendre le monde dans lequel nous vivons ? Peut-on le changer ? La France est-elle vouée au malaise et au désenchantement qu'elle éprouve aujourd'hui ? Ce n’est pas un livre-programme. JOSPIN avant même d’entrer au Conseil constitutionnel est ce grand sage : «Mon souhait est que le lecteur trouve ici des réflexions utiles à son orientation dans le monde d'aujourd'hui».

Bibliographie très sélective

1 – Ouvrages de Lionel JOSPIN

JOSPIN (Lionel), Le mal napoléonien, Paris, Seuil, 2014, 233 pages ;

JOSPIN (Lionel), L’impasse, Paris, Flammarion, Café Voltaire, 2007, 144 pages ;

JOSPIN (Lionel), Lionel Jospin raconte Jospin, entretiens avec Patrick Favier et Patrick Rotman, Paris, Seuil, 2013, 288 pages

JOSPIN (Lionel), Ma vision de l’Europe et de la mondialisation, Paris, Fondation Jean Jaurès, 2001, 88 pages ;

JOSPIN (Lionel) et BARRE (Virginie), La parité dans la vie politique, Paris, La Documentation française, 1999, 191 pages ;

JOSPIN (Lionel), L’invention du possible, Paris, 1991, Flammarion, 321 pages ;

JOSPIN (Lionel), 1995-2000, propositions pour la France, Paris, Stock, 1995, 122 pages ;

JOSPIN (Lionel), Le monde comme je le vois, Paris, Gallimard, 2005, 328 pages.

2 – Ouvrages sur Napoléon

BAINVILLE (Jacques), Napoléon, Paris, Arthème Fayard, 1931, 460 pages ;

BRANDA (Pierre), Napoléon et ses hommes, Paris, Fayard, 2011, 576 pages ;

CASTELOT (André), Histoire de Napoléon, Paris, 1997, Le Grand livre du mois, 394 pages ;

DUHAMEL (Alain), La marche consulaire, Paris, EDI8 2013, 159 pages ;

GIRARD (Louis), Napoléon III, Paris, Hachette Littérature, 2002, 552 pages ;

JOFFRIN (Laurent), Les batailles de Napoléon, préface Jean Tulard, Paris, Seuil, 2000, 243 pages ;

LAS CASES (Emmanuel, Comte de, 1766-1842), Mémorial de Sainte-Hélène, suivi de Napol des restes mortels de Napoléon aux Invalides, Paris, 1842, vol. 1, 826 pages et vol. 2, 935 pages ;

LENTZ (Thierry), Napoléon, Paris, 2013, La Boétie, 224 pages ;

LENTZ (Thierry), YVERT (Benoît), sous la direction de, Napoléon et l’Europe : regard sur une politique, colloque «regards sur la politique européenne de Napoléon», 18 et 19 novembre 2004, Paris, Fayard, 2005, 445 pages ;

PAGE (Alain), Le mythe napoléonien, de Las Cases à Victor Hugo, Paris, C.N.R.S., 2013, 220 pages ;

SOBOUL (Albert), Le premier Empire, 1804-1815, Paris, P.U.F., 1980, 124 pages ;

TULARD (Jean), Napoléon ou le mythe du sauveur, Paris, Fayard, 1983, 524 pages ;

TULARD (Jean), Napoléon, chef de guerre, Paris, Tallandier, 2012, 384 pages.

3 – Autres références

GARRIGUES (Jean), Le général Boulanger, Paris, Perrin, 1999, 383 pages ;

LENTZ (Thierry), Le congrès de Vienne : une refondation de l’Europe, 1814-1815, Paris, EDI8, 2013, 425 pages.

MADELIN (Louis), Joseph Fouché, Paris, Nouveau monde éditions, 2010, 895 pages ;

MURAT (Laure), L’homme qui se prenait pour Napoléon, Paris, Gallimard, 2011, 384 pages ;

RAYMOND (René), Les droites en France, Paris, Flammarion, 2014, 544 pages.

Paris le 15 septembre 2015, par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/

Lionel JOSPIN et son ouvrage : Le mal napoléonien, par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/
Lionel JOSPIN et son ouvrage : Le mal napoléonien, par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/

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