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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 19:26

Chaque matin, avant d’aller au travail, je passe par la rue Lassus, au café Le Nouvocosmos. Je n’avais pas, en fait, réalisé que cette église, comme mon quartier, sont chargés d’histoire.

J’ai voulu en savoir un peu plus. Première surprise, l’appellation officielle, de ce lieu de culte, est l’église Saint-Jean-Baptiste de Belleville ; elle est une des premières églises d’architecture néogothique construite à Paris. Située au n°139 de la rue de Belleville à Paris, dans le 19ème, et au métro de Jourdain, ligne 11, d’où la confusion, notre église a été construite entre 1854 et 1859. Jean-Baptiste est le saint patron de l’église et de la paroisse. Né d’une vieille femme stérile, Saint-Jean-Baptiste est le précurseur du Christ ; il affronte l’incrédulité des hommes et son père devient muet. C’est pourquoi la façade lui est consacrée.

Parce qu'elle est son dernier chantier, l'église Saint Jean-Baptiste de Belleville est l'œuvre la plus aboutie de Jean-Baptiste Antoine LASSUS (19 mars 1807, à Paris – 15 juillet 1857, à Vichy) l'un des premiers architectes du style gothique au milieu du XIXe siècle en France. Une rue longue de 110 mètres, entre le n°1 de la rue Fessart et le n°137 de la rue de Belleville, porte le nom de l’architecte, depuis 1864. En marge des grandes restaurations qu’il mène avec Viollet-le-Duc à Notre-Dame et la Sainte-Chapelle, LASSUS réalise une église d’un très pur style gothique, authentique, au service d’un édifice entièrement original. LASSUS, qui meurt en 1857, ne verra jamais le chef d’oeuvre dont il a rêvé. L’église sera achevée par son élève Truchy en 1859. Elle reste un modèle de création historiciste. L'église Saint-Jean-Baptiste-de-Belleville suit les principes traditionnels du néogothique du XIXe : grande nef à arcades brisées, piliers multilobés ornés de chapiteaux à crochets, voûte sur croisée d'ogives, large verrière au troisième niveau de l'élévation, déambulatoire, chapelle axiale de la Vierge décorée à la mode du XIXe siècle, etc. L'église est intéressante pour ses vitraux. Réalisés par les maîtres verriers Louis-Charles Steinheil et Auguste de Martel, ils représentent des épisodes de l'Ancien Testament, de la vie de Saint Jean, de la vie de la Vierge dans un style qui pastiche celui des maîtres du XIIIe siècle.

En fait, l'ancienne église qui a été détruite remonte à la Renaissance. Sans paroisse propre à leur village, les Bellevillois obtiennent de l'évêché une chapelle en 1543. Construite en 1548 elle est remplacée par une première église Saint-Jean-Baptiste en 1635. Lors des travaux de 1854, la première pierre de l’église édifiée en 1645 a été retrouvée. Elle portait cette inscription : «Cette première pierre a été posée par M. Charles de Hillerin, docteur en théologie, curé de Saint-Médéric, à Paris, le IIIe jour de juillet 1645».

À Jourdain, LASSUS détermina la structure, fixa le programme iconographique et dessina le mobilier de l'église ; le décor sculpté est l'œuvre d'Aimé-Napoléon Perrey et les verrières furent réalisées par Auguste de Martel, d'après des cartons de Louis Steinheil. On y retrouve bien entendu des réminiscences de l’érudition de LASSUS, acquise au contact des monuments historiques. Le jugement de Viollet-le-Duc sur l'église Saint Jean-Baptiste de Belleville est flatteur : «Lassus a déployé beaucoup d’érudition, de goût et même mis un certain caractère original dans cette étude en grand de l’architecture du XIIIe siècle». LASSUS, élève d’Henri LABROUSTE spécialiste de l’architecture du Moyen-Age, a de solides références il a été chargé de monuments nombreux et considérables : la Sainte-Chapelle et Notre-Dame, Saint-Séverin et Saint-Germain-L’Auxerrois, les cathédrales de Chartres et du Mans, et de nombreux édifices bretons.

En effet, LASSUS dessine cette église avec la ferveur qu’il imagine animer les bâtisseurs du Moyen-Âge, prenant une part quasi mystique à leur travail. Le résultat est autrement plus libre et délié qu’à Sainte-Clotilde. Le soin apporté aux divers points de vue est remarquable, en apportant des notes pittoresques qui donnent de la vie à l’ensemble. Il confie le décor sculpté, auquel il attache une importance particulière, à Aimé-Napoléon Perrey. Il dessine lui-même le mobilier, qui retient tout autant son attention. Malheureusement, la mise en pratique du concile Vatican II conduit à des modifications regrettables en supprimant le maître-autel et les stalles. Cette église est composée d'une nef de cinq travées à deux collatéraux et huit chapelles latérales, un transept, un chœur avec une travée dans le prolongement de la nef, un déambulatoire donnant accès à sept chapelles, de deux sacristies et de deux clochers surmontés de flèches. L'église mesure 68 m de longueur hors d'œuvre sur 25 m de largeur, l'élévation de la façade jusqu'au faîtage est de 26 m, la hauteur de chaque flèche est de 57 m, les hauteurs de voûte sont pour la grande nef de 19 m et de 8 m pour les bas côtés.

En 2008, le chœur fit l'objet de travaux destinés à aménager un baptistère et à rénover le sanctuaire, sous la direction de l'architecte François Lacoste.

L’église de Jourdain est un lieu de vie, d’histoire et de luttes politiques. Elle se situe au cœur du quartier dit «Hameau de Belleville», et jouxte le parc des Buttes Chaumont.

Le Hameau de Belleville, qui se trouvait hors de Paris est rattaché le 1er janvier 1860, à la capitale, mais divisé entre deux arrondissements. Jadis, Arméniens, Italiens, Portugais, Grecs mais aussi Parisiens évincés du centre ville peuplent cet espace niché dans les hauteurs de la capitale, à côté des vignes. Ces premières vagues d'immigration, particulièrement importantes dans les années 1940-1950, forgent ainsi de cette mixité de mon quartier. Aujourd’hui encore différentes communautés, notamment maghrébines, juives, asiatiques, africaines ou Gays, vivent ensemble en parfaite harmonie.

Un vibrant hommage a été rendu à Edith PIAF, 50 ans après sa mort, en octobre 2013, à l’église de Jourdain. Le chanteur Eddy Mitchell, qui a grandi dans ce quartier, lui a consacré une chanson. C’est au n°51, de la rue de la Villette, que naquit le 27 mai 1871, au fond de la cave le peintre et graveur Georges ROUAULT (1871-1958), lors d'un bombardement des Versaillais sur Paris. De nos jours, on ne mesure pas l’importance de cet artiste. L’oeuvre de ROUAULT, souvent tragique et sombre, se veut spirituelle, méditative sur un XXe siècle accablé par l’horreur des guerres, le misérabilisme ouvrier, la vanité des Puissants, les faux-semblants, la tristesse des banlieues, la mort. En effet, Georges ROUAULT, fils d’un ébéniste breton et d’une fruitière parisienne, conservateur du Musée Gustave Moreau à Paris, il fonde avec Henri Matisse, le Salon d’Automne en 1903. Il expose son œuvre gravée, en 1938, au Muséum d’Art Moderne à New York. A sa mort, des funérailles nationales lui sont consacrées en l’église de Saint-Germain-des-Près. Un collège, dans le XIXème arrondissement porte son nom.

En 1897, Léon GAUMONT (1864-1946, pionnier du cinéma) fait construire, rue des Alouettes, un atelier cinématographique. Plus tard, en 1956, naissent les studios des Buttes Chaumont. Studios de cinéma puis de télévision, il s’y tourna un grand nombre d’émissions télévisées de la RTF, de l’ORTF, ainsi que toutes les émissions de variétés produites par la Société Française de Production pour TF1, Antenne 2 et FR3. Ils sont aujourd’hui démolis et remplacés par des immeubles résidentiels. La seule trace restante de cette époque est le nom donné à une ruelle : cours du 7ème art.

A quelques mètres de là, le Parc des Buttes Chaumont couvre un terrain de 25 hectares. Ancienne décharge publique, c’était au XVIIIème siècle une carrière pour l’extraction du gypse. Le Baron Haussmann, sous Napoléon III, choisit l’architecte Alphand pour réaliser, entre 1864 et 1867, ce parc du Second Empire. Au centre on découvre un lac de 2 hectares, au milieu duquel s’élance à une hauteur de 30 mètres, une masse de rochers escarpés, couronnés d’un temple. On y accède par un pont. Inauguré en à l’Exposition universelle de 1867, la ville de Paris a entrepris de rénover les Buttes-Chaumont en 2015. Le succès de ce parc est considérable en ce début du XXIème siècle.

C’est dans le quartier de Belleville, que Léon GAMBETTA (1838-1882), un des éminents fondateurs de la République, candidat aux élections du 23 mai 1869, avait posé son projet dénommé «programme démocratique radical» et qui exigeait :

– l'application la plus radicale du suffrage universel,

– la reconnaissance des libertés individuelles, de réunion complète, de la presse,

– la séparation des Églises et de l'État,

– l'instruction primaire laïque, gratuite et obligatoire,

– la suppression des armées permanentes.

De nos jours, le 1er mai de chaque année, la gauche radicale défile sur la rue de Belleville. C’est avec tristesse que je l’évoque, ma voisine et éminente militante du Parti communiste, une grande dame, Martine DURLAC, disparue en 2014, avec sa famille et Pierre LAURENT qui habite en face, venaient distribuer, chaque week-end, leurs publications au métro Jourdain.

Cette église est devenue un lieu de ralliement de tous les nostalgiques de cette histoire évoquée. Les commerçants se sont bien mobilisés pour les illuminations de Noël, et l’église est bien décorée. Les artistes, avec "les journées portes ouvertes", en juin de chaque année, les différentes brocantes, ainsi que le dynamisme du Conseil de quartier, ont contribué à faire de cet endroit, et autour de son église, un lieu teinté d’une douceur de vie.

Une autre église, plus discrète, l’église orthodoxe Saint-Simon des Ukrainiens, au 6 rue de Palestine, a eu la bonne idée d'accueillir la communauté chinoise. A l’angle, à la rue des Solitaires, un temple discret bouddhiste est fréquenté par des Indiens.

L'église de Jourdain, en dépit du recul du fait religieux, reste bien fréquentée et animée. Voici ses horaires d’ouverture :

• Messes dominicales (hors périodes de vacances scolaires) :

- Eglise paroissiale : samedi à 18h30 (messe anticipée du dimanche) ; dimanche à 9h00, à 11h15 et à 18h30.

- Chapelle N.D. de Belleville, Reine des familles : dimanche à 10h00 (5 allée Gabrielle d'Estrées - entrée de l'allée au 3, rue Rampal, 19e- Métro Belleville).

- 2014 : 5 octobre, 1er (Toussaint) et 23 novembre, 7 et 25 décembre (Noël).

- 2015 : 4 (Epiphanie) et 11 janvier 2015, 8 février, 15 et 29 mars (Rameaux), 5 (Pâques) et 12 avril, 10 et 24 mai (Pentecôte), 14 et 28 juin.

• Messes en semaine (hors périodes de vacances scolaires) :

- lundi à 19h00 ;

- mardi, mercredi, jeudi, vendredi à 9h00 et à 19h00 ;

- samedi à 9h00 ;

- Adoration du Saint Sacrement après la messe du lundi et du vendredi, de 19h30 à 20h30 (le vendredi: possibilité de se confesser).

• Ouverture de l’église (hors périodes de vacances scolaires) :

- dimanche, mercredi, jeudi, vendredi: 8h15 - 19h30

- lundi: 9h30 - 20h30

- mardi: 8h15 - 19h30 / 21h30 lorsqu'il y a le Groupe de prière, Louange et Intercession

- vendredi: 8h15 - 20h30.

Bibliographie sélective :

LENIAUD (Jean-Michel), Jean-Baptiste Lassus (1807-1957) ou le temps retrouvé des cathédrales, Genève, Droz, 1980, 296 pages.

Paris, le 24 juillet 2015, par Amadou Bal BA http://baamadou.over-blog.fr/

Eglise de Jourdain, Paris 19ème.
Eglise de Jourdain, Paris 19ème.
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