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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 22:19

L’autre jour, ma petite Arsinoé m’assène cette terrible remarque : «papa tu es vieux». Désarçonné, un certain temps, j’ai, comme mon Jean-Philippe, bredouillé. Puis vint le temps de ma réplique : «selon toi, ma petite chérie, à partir de quel âge devient-on vieux ?». «17 ans», me répond-t-elle. Alors en cette auguste journée, je crois que tout est foutu pour moi. Venu retirer mon billet SNCF, à la gare de l’Est, pour aller au Congrès de Poitiers, la vendeuse me conseille d’attendre le mardi 2 juin, j’aurai droit aux réductions de la carte Sénior. Trop c’est trop.

Ce temps qui passe, inexorablement, nous questionne sur le sens de notre existence. En Europe, dans un monde matérialiste et inspiré de l’hédonisme, la vieillesse, même prématurée à 17 ans, est un «naufrage» en référence à une expression du Général de Gaulle. Pour le continent noir, berceau des valeurs ancestrales, l’âge avancé est une source de sagesse. «En Afrique, un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle», disait Amadou Hampâté BA, un gardien de la tradition africaine.

On a comparé la vie à une colline dont on gravit l'un des coteaux pendant la jeunesse ; la maturité se passe sur le plateau culminant, à dominer d'une vue perçant et exercée les vastes horizons du monde ; puis les poumons ne peuvent plus supporter l'air vif du sommet ; la vieillesse nous pousse à descendre, en trébuchant, vers l'autre versant, au pied duquel s'étend la vaste plaine semées de pierres blanches tumulaires.

Enfant, je n’ai pas vu le temps passer. L’insouciance et le bonheur infini de chaque instant de cette époque, comme la madeleine de PROUST, me font maintenant savourer tous les moments fugaces de la vie qui nous délivrent du poids de l’âge. A défaut de pouvoir retourner à ces heures privilégiées et choyées, je ne cesse de rêver, chaque instant, de redevenir l’enfant que je fus.

J’ai vécu l’adolescence tantôt comme une force irrésistible qui me faisait pousser des ailes, tantôt comme une étape anxiogène sur l’existence. Discuter, contester, négocier, je me pose, m’oppose en m’opposant à tout. Entre séduction et impertinence, je ne savais plus où me situer, dans le degré de la rébellion. Me croyant autonome, instruit de tout, j’ai brûlé ces années de ma vie dans la musique, les palabres interminables avec ma classe d’âge, mes tentatives maladroites de séduire la gente féminine. Et puis, soudain, Gustave FLAUBERT, avec son «éducation sentimentale», et Ousmane Socé DIOP, auteur de «Mirages de Paris», me font découvrir le goût de la lecture ainsi que l’amour infini de Paris.

Curieusement, c’est à l’âge de 30 ans que m’est venue la crise existentielle. Passé ce temps que je définirai comme un passage à vide, un trou d’air, j’ai fini par reprendre le dessus et vaquer à mes activités habituelles. Les moments de joie, de doute et d’espérance se sont succédé ou alterné. Le rapport au temps est finalement devenu une ardente invitation à savoir «écouter la forêt qui pousse plutôt que l’arbre qui tombe», disait Hegel.

Certains pensent que la quarantaine ou cinquantaine sont un moment difficile à passer. Les outrages du temps commencent à faire leur oeuvre sur notre corps fragile. "Oh temps suspend ton vol", supplie Alphonse de LAMARTINE. C’est, en effet, une période qui correspond à un bilan et aussi à une profonde remise en cause de notre vie. C’est un moment silencieux qui peut nous perturber, mais c’est également une occasion d’un nouveau départ, pour nous épanouir. «Celui dont l’âme est heureuse ne ressent pas le poids des ans», disait Platon. J’ai donc décidé de profiter, pleinement, du jour présent «Cueillez, dés aujourd’hui, les roses de la vie», s’exclame Ronsard, dans ses sonnets pour Hélène.

Comme Julien SOREL, un personnage de Stendhal dans le «Rouge et le Noir», j’ai souvent vu mes rêves se fracasser devant la puissante force des réalités. A force d’hésiter, Julien SOREL a fini par perdre la vie. Enfant, là où mes camarades de classe voulaient être Président ou aviateur, je rêvais, secrètement, de devenir médecin pour soigner tous les maux de la terre. Ma petite sœur, Sally, est morte de coqueluche, à l’âge de 4 ans. Je voyais souvent des enfants arrachés, prématurément, à la vie. Entre l’enseignement et le barreau, j’ai finalement choisi, péniblement, l’administration territoriale. Et j’ai fini par y prendre goût.

Ma femme, inspirée d’une tradition bouddhiste, pense que je brûle ma vie à de futiles et vains combats. Il vaudrait mieux que je me consacre davantage à gagner plus d’argent. Pour les Bouddhistes, la notion centrale de leur pensée est le perfectionnement, constant de l’Individu. La réussite suppose, d’abord et avant tout, d’être utile à soi-même, puis à sa famille, et viendront, par la suite, les objectifs communs à la société. Cette perfection nécessite six vertus : la générosité, la discipline, la patience, la volonté, la méditation et la sagesse.

Qu’est-ce que donc en référence au titre d’un ouvrage de Luc FERRY, «une vie réussie» ou heureuse ? Qui suis-je ? Qu’est-ce que cette réalité insaisissable dans laquelle je vis ? Que dois-je croire ? Qu’ai-je donc fait de ma vie ?

Une partie de notre société pense que la réussite dépend de la position sociale et des valeurs matérielles. En réalité, une vie heureuse revêt tant de significations diverses qui dépendent de notre culture et de nos valeurs. Quelle vie mener pour atteindre notre bonheur ?

Pour Descartes, dans son «Discours sur la méthode», l’homme est sujet, il l’est, pour ainsi dire, trois fois : «conscient de ce qu’il est, maître de ce qu’il fait, auteur de la science».

En accord avec Antoine de SAINT-EXPURY, dans son Petit Prince, je n’ai jamais cessé de rêver. «C’est une folie de haïr toutes les roses parce qu’une épine vous a piqué, d’abandonner tous les rêves parce que l’un d’eux ne s’est pas réalisé, de renoncer à toutes les tentatives parce qu’on a échoué. C’est une folie de condamner toutes les amitiés parce qu’une d’elles vous a trahi, de ne croire plus en l’amour juste parce qu’un d’entre eux a été infidèle, de jeter toutes les chances d’être heureux parce que quelque chose n’est pas allé dans la bonne direction. Il y a toujours une occasion, un autre ami, un autre amour, une force nouvelle. Pour chaque fin, il y a toujours un nouveau départ».

Inspiré de Socrate, j’aspire à devenir ou rester moi-même et réaliser mes profondes aspirations. Se respecter, respecter ses propres choix, nécessite d’être à l’écoute de notre ressenti, d’être centré en soi et non pas de répondre aux attentes des autres et des normes de la société. A ce titre, j’ai plusieurs confidences à vous livrer.

Je crois à la force de l’Amour et à ses vertus curatrices. Comme mon maître Gandhi, Dieu est Vie, Vérité et Lumière. Il est Amour. Il est le Bien suprême. «De même que le feu n’éteint pas le feu, le mal ne peut éteindre le mal. Seul le bien, face à face avec le mal, sans en subir la contagion, triomphe de lui», disait TOLSTOI. Je rejette, sans concession et sans ménagement, la violence et la haine, destructrices de la cohésion sociale. Je prétends que l’Amour est une puissante ligne directrice qui nous sauve du désespoir.

Je crois aux forces des valeurs républicaines d’égalité, de fraternité et de liberté. Il faut défendre la République contre les impostures de la Droite et de l’Extrême-droite qui tentent de saper le Bien-vivre ensemble, dans le respect mutuel.

Je crois «aux forces de l’esprit», en référence à une expression de François MITTERRAND.

Je crois au souffle des Ancêtres : «Ecoute plus souvent les Choses que les Etres, la Voix du Feu s’entend. Entends la Voix de l’Eau. Ecoute dans le Vent Le Buisson en sanglots : C’est le Souffle des ancêtres», nous dit Birago DIOP, un poète sénégalais (1906-1989). Wole SOYINKA, Prix Nobel de littérature, nous rappelle les exigences de ces civilisations premières : «Mon esprit est une conscience de coton ; il prend tout et ne rend rien. Dans la mort du caveau, je suis immobile dans le soleil, et j’attends».

Je crois au message de Paix et d’Amour de ma religion l’Islam, telle qu’elle m’a été enseignée par mon aïeul Thierno Souleymane BAL et par El Hadji Omar TALL Foutiyou.

Face aux doutes et aux interrogations, aux heures sombres, j’ai retenu, comme un jaillissement de l'optimisme, le puissant message de Jean-Paul II : «N’ayez pas peur. Entrez dans l’Espérance». En paix avec moi-même, j’ai donc décidé de foncer, tête baissée. Faisons-confiance à la vie.

Paris, le 2 juin 2015, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/.

«Ce temps qui passe, inexorablement», par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/.

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