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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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27 juin 2015 6 27 /06 /juin /2015 23:22

André GIDE est un écrivain français de la première moitié du XXème siècle à la fois éminent et provocateur. Sa vie et son oeuvre se confondent ; il excelle en tout. Sa contribution littéraire est prolifique, ésotérique et cénaculaire. Cet écrivain semble mettre autant de soins à fuir la publicité que d'autres à la rechercher. A première vue, on a le sentiment qu’il n’écrit que pour lui-même, ou tout au plus comme Stendhal, pour cent lecteurs. L’art ne semble pas lui apparaître comme une fin, ni son œuvre comme un être qui, une fois détaché de lui, doive avoir une vie propre, durer et perpétuer. «C’est un esprit foncièrement subjectif. Ses livres ne sont que des confidences, où il a exprimé, par une sorte de besoin personnel, un moment de sa pensée», souligne Pierre SOUDAY. Avec André GIDE «les extrêmes se touchent», confesse-t-il. Hédoniste, narcissique et ouvert aux autres, artiste et critique, sincère jusqu’à l’artifice, torturé et retors, André GIDE, cet empereur de l’ambigu, est en conflit, sans cesse, avec lui-même. André GIDE est le symbole du culte du moi : «A cet âge innocent où l’on voudrait que toute âme ne soit que transparence, tendresse et pureté, je ne revois en moi qu’ombre, laideur et sournoiserie», dit-il son autobiographie. «Si le grain ne meurt» reflétant états d’âme et sentiments profonds à certains moments de l’enfance, est devenu la grande référence pour qui souhaite entamer son autobiographie.

Pourtant, la contribution d’André GIDE dépasse largement cette démarche intimiste. Prix Nobel de littérature en 1947, «contemporain du Capital», comme le dira André MALRAUX, notre auteur est une figure littéraire majeure du XXème siècle qui a mis son talent au service des nobles causes. En effet, André GIDE fait partie de cette race d’intellectuels, comme le dit Julien BENDA (1867-1896, critique, philosophe français), ces "clercs", dont la fonction est «de défendre les valeurs éternelles et désintéressées, comme la Justice et la Raison". L’Eglise a mis à l’index André GIDE. Incarnation de l’esprit libérateur, André GIDE confie dans son Journal que la fonction de l’intellectuel est celle «d’inquiéteur». Les audaces et les transgressions de GIDE, comme l’affirmation la liberté individuelle face aux pesanteurs de la morale conventionnelle, son culte de la jeunesse, son goût pour le voyage, ses engagements pour défendre l'homosexualité, pour dénoncer le colonialisme ou les totalitarismes en général et le stalinisme en particulier, sont des combats largement d’actualité.

André GIDE est un intellectuel au service de nobles causes. "Tout ce que tu résignes en toi prendra vie. Tout ce qui cherche à s'affirmer se nie ; tout ce qui se renonce s'affirme. La possession parfaite ne se prouve que par le don. Tout ce que tu ne sais pas donner te possède. Sans sacrifice il n'est pas de résurrection", dit-il dans les "Les nourritures terrestres". "Elever l'homme au-dessus de lui-même, le délivrer de sa pesanteur, l'aider à se surpasser, en l'exaltant, le rassurant, l'avertissant, le modérant, n'est-ce pas là le but secret de la littérature ?", tel est le but qu’assigne André GIDE. En effet, dans sa contribution littéraire considérable d’une haute valeur artistique, il a exposé les grands problèmes humains avec un amour audacieux de la vérité et une grande pénétration psychologique, et décrit le changement continu du paysage dans un style fin et pur. GIDE disait de La Bruyère : «il peint les hommes tels qu’ils sont, mais ne dit pas comment ils le deviennent». Son influence a marqué plusieurs générations, non seulement en France, mais aussi dans le monde entier.

André GIDE naît à la rue Médicis, à Paris, au Quartier Latin, dans le 6ème arrondissement, le 22 novembre 1869, dans une famille bourgeoise protestante. Sa mère, Juliette RONDEAUX (1835-1895) est issue de la haute bourgeoisie de Rouen. Pendant son enfance, il a partagé sa vie entre Paris, le Languedoc et la Normandie : «Selon des habitudes immuables, le jour de l'an se passait à Rouen, la pâque à Uzès, les mois d'été à La Roque-Baignard dans le pays d'Auge et à Cuverville dans le pays de Caux», dit GIDE. Il reçoit une éducation austère dont la marque se retrouve dans une œuvre littéraire considérable, où la hantise du péché et la recherche du bonheur s’opposeront continuellement. Son père, Paul GIDE (1832-1880) juriste, originaire d’Uzès, est titulaire d’une chaire de droit romain à la Faculté de Droit de Paris, à partir de 1862. Paul GIDE meurt en 1880, laissant l’éducation de son fils unique à sa femme très rigide, marquée elle-même par une mère d’un calvinisme quasi fanatique et par le souvenir du grand-père, Tancrède GIDE dont André GIDE dira plus tard qu’il était de la race des «tutoyeurs de Dieu».

Après des études, sans éclat, à l’École Alsacienne, coupées par de fréquents séjours dans des lieux de cure, nécessités par une santé fragile que surveille une mère très précautionneuse, André GIDE fait sa «rhétorique» au lycée Henri IV, à Paris, où il se lie avec son condisciple Léon Blum.

GIDE est bachelier en juillet 1889, contrairement à ce qu'affirme «Si le grain ne meurt», de manière erronée, qui situe le succès à la seconde session, en novembre. Pour fêter ce succès et sa liberté, il effectue un voyage en Bretagne, presque seul, sa mère le suivant à une étape de distance. Quoique décidé à se consacrer à la littérature, il s'inscrit en Sorbonne pour préparer une licence, mais c'est surtout pour bénéficier d'un sursis. Il lit, avec enthousiasme «Un Homme libre» de Maurice BARRES (1862-1923). André GIDE commence à fréquenter certains cercles et salons littéraires. Le 1er mars 1890 meurt Émile RONDEAUX, qu'André GIDE et Madeleine RONDEAUX veillent ensemble : «Il me semblait que s'étaient consacrées nos fiançailles».

André GIDE s’est lié très jeune avec François de Witt- Guizot, dont la maison familiale du Val Richer est proche de celle de sa famille maternelle : La Roque dans le village de Cuverville en Normandie. GIDE est l’ami de ses années d’école, de Pierre Louÿs (1870-1925), le futur poète symboliste. En 1890, à l’occasion d’un séjour à Montpellier, chez son oncle Charles GIDE, l’économiste, il rencontre Paul VALERY (1871-1945) dont il dira qu’il fut pour lui «l’âme frère».

Sa mère l’ayant enfin autorisé à découvrir la bibliothèque de son père, il se jette à corps perdu dans la lecture de Saint-Augustin, Pascal, Bossuet et Goethe pour lequel il professera toujours une véritable vénération. Le «Journal intime» d’Amiel et les «Confessions» de Jean-Jacques Rousseau le poussent vers une introspection passionnée. Elle se traduira dès 1887 par le début de la rédaction d’un «Journal», qu’il tiendra presque au jour le jour, sa vie durant. «Le Journal d’André GIDE peut être considéré comme la pièce maîtresse de l’écrivain. Texte original, transgressif à plus d’un titre par rapport à la morale courante – les tabous de la sexualité, les idées reçues, les lieux communs, les idéologies, la religion – à la fois sérieux et drôle, grave et léger, rapide et lent – il reste d’une ampleur et d’une amplitude insoupçonnées», souligne Peter SCHNYDER.

André GIDE voyage aussi avec des amis, connaît de grandes exaltations lors d’un premier séjour en Algérie en 1893-94, où il s’abandonne à ses penchants homosexuels et c’est là qu’il rencontre pour la deuxième fois Oscar WILDE (1854-1900), dont il avait fait la connaissance en 1891.

La mort de sa mère, le 31 mai 1897, le soulage d’une tutelle oppressante et le pousse quelques mois plus tard vers le mariage avec sa cousine germaine Madeleine RONDEAUX (1867-1938). Ce mariage «blanc» désiré par André GIDE dès son adolescence, sera malgré son échec, un point d’ancrage affectif et moral dont sa nature perpétuellement tourmentée par des pulsions contraires, avait besoin.

I – André GIDE, un engagement littéraire exceptionnel, pour une célébration de la vie

André GIDE a mené des combats et gagné ses batailles sur un seul terrain : la littérature, manifestation vivante des efforts des hommes pour enfin devenir hommes.

En 1891, Gide publie «Les Cahiers d’André Walter» dont il a fait son double. Cette première fiction de GIDE se présente sous la forme d’un journal fictif où le héros, retiré en Bretagne après que sa mère mourante lui ai demandé de renoncer à épouser sa cousine Emmanuelle, au travers de l’écriture journalière et du projet d’écrire un roman intitulé «Allain», met en pratique ce que Jean-Paul Sartre appelles, «les techniques d’irréalisation de soi». Le désir d’anéantissement s’appuie sur le discours d’Arthur Schopenhauer (1796-1860, philosophe allemand) pour qui le monde est irréductible aux notions de volonté et de représentation. La volonté, ou le vouloir-vivre, signifie, en fait, que le monde est volonté. L’ouvrage est immédiatement remarqué par quelques grandes figures de cette époque : Maurice Barrès, José-Marie de Heredia, Maurice Maeterlinck, et surtout Stéphane Mallarmé (1842-1898), le chef incontesté de l’École Symboliste. À partir de ce moment GIDE «entre en littérature».

Passé par la Suisse pour soigner son état nerveux, il écrit «Paludes» en 1895. «Avant d’expliquer aux autres mon livre, j’attends que d’autres me l’expliquent. Vouloir l’expliquer c’est en restreindre le sens ; car si nous savons ce que nous voulons dire, nous ne savons pas si nous ne disons que cela (…). J’y mis, sans le savoir, cette part d’inconscient que je voulais appeler la part de Dieu» confesse André GIDE. «Paludes», ou la semaine au jour le jour d'un littérateur en mal de voyage. Dans le microcosme étrangement fidèle que nous restitue le récit d'André GIDE, domine la figure de Tityre, berger de tous les temps, habitant des marécages où fourmille une vie insolite. Mais quel est au juste ce Tityre, qui se nourrit de vers de vase, faute de pêches plus consistantes? Richard, peut-être, l'orphelin besogneux par nécessité et pauvre par vertu, dévoué jusqu'à épouser une femme par dignité, sans amour. Ou bien Hubert, le rationnel, dont la spécialité est de chasser la panthère à l'escarpolette. Ou, plus simplement, le narrateur cet amoureux - fou du changement qui, le cœur en fête, part en voyage avec Angèle mais ne va pas plus loin que Montmorency. «Paludes», ou la sotie (pièce politique), raconte la vie d’un personnage languissant, retranché seul, dans une maison au bord de l’étang. André GIDE critique la vie ennuyeuse et enfermée de son entourage. L’auteur invite à rompre avec cette atonie. Puisque, quelle que soit la direction choisie, l'individu revient toujours sur soi-même.

Après la mort libératrice de sa mère, il épouse sa cousine Madeleine RONDEAUX, et achève les «Nourritures terrestres». Ce livre a suscité à sa parution, en 1897 une sévère critique des conservateurs qui n’y voyaient que l’apologie d’un anti-moralisme et d’un individualisme débridés, confinant à un égoïsme qui reposerait sur un abandon incontrôlés des instincts (l’homosexualité). La prose lyrique et novatrice perturbe, tout comme la description sans fin des paysages. «Les Nourritures Terrestres" sont une de ses œuvres les plus célèbres, qui prône le refus des servitudes de tous ordres, la recherche du plaisir, du bonheur de vivre, sorte de traité hédoniste. Il est vrai que la philosophie jouissive tranche avec la pensée dominante de l’époque. Ce livre provocant est une célébration de la vie. Mais cette soif du bonheur qu’il communique peut conduire à tous les excès.

Après alterneront des oeuvres d’un grand puritanisme : «La Porte étroite», récit transposé de son échec conjugal en 1909. Dans la «Porte étroite», Jérôme et Alissa, l'aînée de ses cousines, s'aiment d'un fervent amour. Autour d'eux, on y consent : l'harmonie familiale semble parfaite. Mais peut-on concilier les hauteurs de l'idéal spirituel auquel ils aspirent avec le simple bonheur humain ? Le récit bascule alors vers les déchirures intimes entre les protagonistes. De ce combat éternel entre Éros et Thanathos, Alissa sortira par le renoncement à l'amour et à la vie. Histoire d'un sacrifice, ce roman de l'abnégation rend compte d'une société refoulée et pesamment terre à terre. Il faut lever les yeux vers le ciel pour respirer.

Une des contributions majeures d’André GIDE, et qui est, à mon sens d’une actualité brûlante en ce début du XXIème siècle, est l’acte gratuit. En effet, des fondamentalistes religieux ou politiques prônent, de façon absurde, l’assassinat froid de victimes innocentes ou l'exclusion des autres sur la base de critères raciaux. La théorie de l’acte gratuit, acte libre par définition, car indépendant de toute contrainte, et ne répondant à aucun critère de vengeance, de haine ou de méchanceté ou de pitié, apparaît dans certaines contributions d’André GIDE. Ainsi, dans les «Caves du Vatican», publié en 1914, le héros, Lafcadio, précipite dans le vide un vieillard assis en face de lui, dans un train. Ce thème de la représentation du Mal ou la présence démonique, ressort également dans «l’Immoraliste», publié en 1902, dont le héros, Michel, délaissant sa femme cède aux séductions de jeunes compagnons de voyage. En effet, il entraîne sa femme, épuisée à la suite d’une fausse couche, à Paris, dans une impitoyable descente et incursion au désert, au terme de laquelle, épuisée, Marceline mourra.

«La Symphonie Pastorale» en 1919, dont le réalisateur Jean Delannoy fera un film célèbre mettant en scène un pasteur – avec celles célébrant la joie des sens. «Si le Grain ne meurt» qui paraît en 1920 est une sorte d’autobiographie de sa jeunesse, où le talent de l’écriture rend encore plus cruel son jugement sur son éducation protestante.

En 1924, paraît «Corydon», médiocre apologie de l’homosexualité qui déclenche les foudres de ses amis catholiques, puis Les «Faux Monnayeurs» en 1925 son roman le plus ambitieux.

Gide s’est aussi affronté, dès 1901, au théâtre avec «Le Roi Candaule», qui n’aura qu’une représentation – «Œdipe» en 1931 et enfin «Thésée» - sorte de testament littéraire en 1946. «Il m'est doux de penser qu'après moi, grâce à moi, les hommes se reconnaîtront plus heureux, meilleurs et plus libres» ; ce Thésée, vieux et sage, calme enfin devant son destin, n'est-ce pas un peu André Gide, arrivé à l'heure du bilan ? Thésée a été audacieux, aventureux pour le bien des hommes. Il a échappé aux pièges du Labyrinthe. Il a fondé Athènes, capitale de l'esprit. Et surtout, il est toujours demeuré clairvoyant.

II – André GIDE, un engagement pour des causes humanistes

1 – GIDE, le tiède Dreyfusard

«Il n’existe presque rien sur quoi je n’ai pas changé d’avis» écrira GIDE dans son journal à la fin de sa vie. Cette confession est sans aucun doute, particulièrement vraie concernant ses positions sur les problèmes politiques de son temps.

Il s’engagera, sans enthousiasme excessif, aux côtés des dreyfusards en 1898-99, mais flirte aussi avec l’Action Française par admiration pour Maurice Barrès. André GIDE soutient le combat des Dreyfusards, mais sans militantisme, préférant les amitiés littéraires.

Il est un des initiateurs de la Nouvelle Revue Française, dont le premier numéro paraît en novembre 1908, et à laquelle participeront tous les écrivains de sa génération qui sont en même temps ses amis : Paul Claudel, Jean Schlumberger, Roger Martin du Gard, Francis Jammes, Paul Valéry, Henri Ghéon et d’autres.

2 – GIDE, l’enthousiaste mentor littéraire

André GIDE exerce une activité de mentor littéraire dans les années si riches du début du siècle. «Assumer le plus possible d’humanité, voila une bonne formule», dit-il dans «Les Nourritures terrestres». Le cosmopolitisme littéraire d’André GIDE a fait dire à Jacques COTMAN qu’il recherche la compagnie d’auteurs appartenant à une famille d’esprit fort différente de la sienne. André GIDE est en permanence en mouvement, à la recherche de l’autre : «Assis je me sentirai mal à l’aise ; si commode que soit le siège, j’y aurais des inquiétudes, je ne me sens vivre qu’en marchant», souligne André GIDE. Par conséquent, André GIDE refuse le nationalisme étriqué et cultive, savamment, le déracinement culturel. «La génération dont je fais partie était casanière ; elle ignorait beaucoup l’étranger, et loin de souffrir de cette ignorance, était prête à s’en glorifier. (…) Pour ma part, c’est en milieu étranger que j’ai le mieux compris, le plus aimé la France : on ne peut juger sans quelque recul ; c’est aussi là ce qui fait qu’il faut se renoncer pour se connaître», affirme André GIDE.

C’est André GIDE qui a fait traduire deux œuvres majeures de Rabindranath TAGORE (1861-1941, écrivain indien de langue Bengalie) en France : «L’Offrande lyrique» et «Amal et la lettre du Roi». L’Offrande lyrique (Gitanjali), est une invitation à soutenir les valeurs essentielles de l'existence humaine. Cet ouvrage poétique représente le dépassement de la foi brāhmanique familiale vers la quête d'un dieu personnel, celui que TAGORE a appelé «le Seigneur de la Vie» : sa perception paradoxale, d'une présence bienveillante immanente et de l'impossibilité de la connaître, de l'appréhender, s'aiguise au fur et à mesure que lui sont dévoilées à travers une série d'expériences tantôt douces, tantôt aigres, les règles de sa participation à un jeu cosmique. TAGORE sera le premier Prix Nobel de littérature, non-européen en 1913.

André GIDE a également préfacé les «Noces de sang», de Federico Garcia Lorca (1898-1936), avec une traduction de Marcelle Auclair et J. Prévost.

André GIDE a parrainé, en 1947, la revue Présence Africaine d’Alioune DIOP, dont le siège est resté au Quartier Latin.

André GIDE a préfacé 105 livres dont certaines œuvres de William Shakespeare, de William Blake ou de Pouchkine.

3 – GIDE, le fervent anticolonialiste.

Après la guerre Gide se passionne pour les problèmes posés par le colonialisme. Porté par un désir d’ailleurs et un rêve de jeunesse, André GIDE part pour l’Afrique Équatoriale Française, au Congo et au Tchad de 1926 à 1927, où il réalise un voyage à pied, en bateau et en voiture. C’est au plus près des indigènes qu’il passe ses journées découvrant ainsi les merveilles du pays autant que les atrocités coloniales qu’il prend le parti de dénoncer dans son texte. Le grand sens de l’observation ainsi que la recherche perpétuelle de sentiers nouveaux qui caractérisent la démarche d’André Gide font tout le prix de ce récit de voyage qui s’avère être beaucoup plus qu’un compte-rendu des événements au jour le jour. L’émerveillement, la stupéfaction et l’horreur se conjuguent dans ce texte pour venir former. Ainsi de passage à Dakar, au Sénégal, il note : «Dakar la nuit. Rues droites désertes. Morne ville endormie. On ne peut imaginer rien de moins exotique, de plus laid. Un peu d’animation devant les hôtels. Terrasses des cafés violemment éclairées. Vulgarité des rires. Nous suivons une avenue qui bientôt quitte la ville française. Joie de se trouver parmi les nègres». A Libreville, au Gabon, il est perplexe : A Libreville, dans ce pays enchanteur, où la nature donne des arbres singuliers et des fruits savoureux, l’on meurt de faim».

André GIDE livrera ses impressions de voyage à son ami Léon Blum qui dirige à ce moment-là le quotidien socialiste «Le Populaire». Ces récits seront ensuite publiés sous les titres : «Voyage au Congo», en 1927 et «Le Retour du Tchad», en 1928. La description des conditions de vie des Noirs le long du Congo et au Tchad forme un véritable réquisitoire contre l'administration coloniale, et a fait sensation. En effet, les accusations contre les grandes compagnies concessionnaires, exploiteuses et massacreuses d'indigènes l'exploitation économique, la répression cruelle, l'incurie des administrateurs, la nonchalance criminelle ou les exactions des «civilisés», colons et militaires, avaient d'autant plus frappé les esprits qu'elles venaient d'un écrivain que les lettres bourgeoises honorent. Si l’auteur est si rigoureux, c’est qu’il pressent qu’il s’apprête à émettre une critique grave et lourde : «Il ne me suffit pas de me dire, comme l’on fait souvent, que les indigènes étaient plus malheureux encore avant l’occupation des français. Nous avons assumé des responsabilités envers eux auxquelles nous n’avons pas le droit de nous soustraire. Désormais, une immense plainte m’habite ; je sais des choses dont je ne puis pas prendre mon parti. Quel démon m’a poussé en Afrique? Qu’allais-je donc chercher dans ce pays? J’étais tranquille. A présent je sais ; je dois parler». La bêtise du Blanc à l'égard du Noir a, dit GIDE, «quelque chose de monstrueux». Une phrase d'enfant de colonial, citée par GIDE : l'enfant parle d'un mauvais musicien et dit : «il tape sur le piano comme on donne des coups de pied à un nègre !». Non seulement les colons maltraitent et exploitent les nègres, mais encore ils les méprisent ; et GIDE, nettement, montre combien ces opprimés dépassent, par leur âme, leurs oppresseurs. «Moins le Blanc est intelligent, plus le Noir lui paraît bête», assène André GIDE.

Au début des années 1930, il s'intéresse au communisme, s'enthousiasmant pour l'expérience soviétique, mais désillusionné par son voyage sur place en été 1936, il publie son témoignage la même année, Retour de l'U.R.S.S., qui lui vaut les attaques haineuses des communistes. Il persiste cependant dans sa dénonciation du totalitarisme soviétique au moment des procès de Moscou et s'engage, parallèlement, dans le combat des intellectuels contre le fascisme. En 1940, accablé par les circonstances, il abandonne la NRF et quasiment l'écriture en se repliant sur la Côte d'Azur, puis en Afrique du Nord durant la guerre. Après la guerre, il est mis à l'écart de la vie littéraire, mais honoré par le prix Nobel de littérature en 1947.

André Gide a toujours eu une notoriété contrastée. Malgré l’insuccès relatif de ses romans au moment de leur parution, malgré le scandale que soulèvent certaines de ses prises de position sur les problèmes de mœurs, et une certaine désaffection pour son œuvre de nos jours, il reste par son importance dans la vie littéraire, par la beauté classique de sa langue.

Une congestion pulmonaire provoque la mort d’André GIDE le 19 février 1951, à Paris.

Bibliographie très sélective


1 – Les principaux ouvrages d’André GIDE

GIDE (André), Les cahiers d’André Walter, Paris, Perrin, 1891, 279 pages ;
GIDE (André), Le journal, une anthologie (1889-1849), Paris, Gallimard, collection Folio, 2012, 464 pages ;
GIDE (André), La symphonie pastorale, Paris, Gallimard, collection Folioplus classiques, 2008, 192 pages ;
GIDE (André), Les faux-monnayeurs, Paris, Gallimard, collection Folioplus classiques, 2008, 512 pages ;
GIDE (André), Essais critiques, Paris, Gallimard, collection bibliothèque de la Pléiade, 1999, 1408 pages ;
GIDE (André), Dostoïevski, Paris, Gallimard, collection les essais, 1981, 200 pages ;
GIDE (André), Les caves du Vatican, Paris, Gallimard, collection Folio, 1972, 256 pages ;
GIDE (André), Le voyage au Congo, suivi du retour du Tchad, Paris, Gallimard, collection idées, 1981, 512 pages ;
GIDE (André), Si le grain ne meurt, Paris, Gallimard, Livre de Poche, 1954, 384 pages ;
GIDE (André), Thésée
, Paris, Gallimard, 1946, 116 pages.

2 – Les contributions sur André GIDE

SOUDAY (Paul), André GIDE, Paris, 13ème édition, Les documentaires, Simon Kra, 1927, 126 pages ;
POUCEL (Victor), L’esprit d’André Gide, Paris, L’Art Catholique, 1929, 75 pages ;
MANN (Klaus), André Gide et la crise de la pensée moderne, traduit de l’allemand par Michel-François DEMET, Paris, Grasset, 1999, 337 pages ;
COTMAN (Jacques), «André Gide et le cosmopolitisme littéraire », in Revue d’histoire littéraire de la France, mars-avril 1970 (numéro spécial sur GIDE), pages 267-285 ;
DELAY (Jean), La jeunesse d’André Gide, tome 1, (1896-1890), Paris, Gallimard, 1992, 612 pages et tome 2, (1890-1895), Paris, Gallimard, 683 pages ;
LEPAPA (Pierre), André Gide, le messager : biographie, Paris, Seuil, 1997, 507 pages ;
DELAY (Jean), La Jeunesse d'André Gide, préfacé par Pierre Masson, Lyon, Centre d'études gidiennes, 1997, 48 pages ;
ANGLÈS (Auguste), André Gide et le premier groupe de "La Nouvelle Revue Française", 1978-86, Paris, Gallimard, t. I : La formation du groupe et les années d'apprentissage (1890-1910), 479 pages, t. II : L'âge critique (1911-1912), 623 pages et t. III : Une inquiète maturité (1913-1914), 579 pages ;
BOISDEFFRE de (Pierre), Vie d'André Gide, t. I : Avant la fondation de la "Nouvelle Revue Française" (1869-1909), Paris, Hachette, 1970, 573 pages ;
THIERRY (Jean-Jacques), André Gide, Paris, Hachette, 1986, 211 pages ;
DESCHODT (Eric), Gide, le "contemporain capital", Paris, Perrin, 1991, 338 pages ;
LEPAPE (Pierre), André Gide, le messager, Paris, Seuil, 1997, 511 pages ;
MARTIN (Claude), André Gide ou la vocation au bonheur. Tome I : 1869-1911. Paris, Fayard,1998, 699 pages ;
SHERIDAN (Alan), André Gide. A Life in the Present, London, Hamish Hamilton, 1998, 709 pages ;
AUSSEIL (Sarah), Madeleine Gide ou De quel amour blessée, Paris, Robert Laffont, 1993, 324 pages ;
MARTIN du GARD (Roger), Notes sur André Gide (1913-1951) Paris, Gallimard, 1951, 155 pages ;
MAURIAC (Claude), Conversations avec André Gide. Extraits d'un journal, Paris, Albin Michel, 1951, 287 pages, réédité et augmenté, Paris, Albin Michel, 1990, 311 pages ;
HERBART (Pierre), À la recherche d'André Gide, Paris : Gallimard, 1952, 81 pages ;
LIME (Maurice), Gide, tel je l'ai connu, Paris, Julliard, 1952, 183 pages ;
SCHLUMBERGER (Jean), Madeleine et André Gide. Paris, Gallimard, 1956, 255 pages ;
LAMBERT (Jean), Gide familier, Paris, Julliard, 1958, 205 pages ;
COPEAU (Jacques), Journal, Paris, Seghers, 1991, 2 vol.
MARCHAND (Max), L'Irremplaçable mari, Oran, Impr. Fouque, 1955, 214 pages ;
MERCIER-CAMPICHE (Marianne), Retouches au portrait d'André Gide jeune. Lausanne, L'Age d'Homme, 1994, 322 pages ;
SAGAERT (Martine) SCHNYDER (Peter), Gide : l’écriture vive, Bordeaux, Presses universitaires de Bordeaux, 2008, 162 pages ;
MARTY (Eric), «André GIDE ou l’autre école», Revue d’histoire littéraire de la France, 2002, n°3, vol 102, pages 405-416 ;
MARTY (Eric), «Métaphysique ou névrose : les cahiers d’André Walter, in Li
ttérature, 1987 (67), p. 39-59.
Paris le 28 juin 2015, par M. Amadou Bal BA, http://baamadou.over-blog.fr/

André GIDE, prix Nobel de littérature en 1947.

André GIDE, prix Nobel de littérature en 1947.

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