Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • : Ce blog personnel de M. Amadou Bal BA est destiné à l'échange en politique, littérature, histoire, faits de société et le bien-vivre ensemble. Google News BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE ISSN 2555-3003 BNF GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
  • Contact

Recherche

31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 21:50

Le professeur Amady Aly DIENG, disparu le 14 mai 2015, docteur ès sciences économiques et ancien fonctionnaire international à la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), a enseigné à l'université Cheikh Anta Diop. Il a été parmi les dirigeants de l'Association Générale des Etudiants de Dakar (AGED), créée en 1950 et devenue, en 1956, l'Union Générale des Etudiants d'Afrique Occidentale (UGEAO). Amady Aly DIENG a été aussi président de la Fédération des étudiants d'Afrique noire en France (F.E.A.N.F.) pendant deux ans en 1961 et en 1962.

En raison d’une lecture critique des aînés, Amady Aly DIENG «est le dernier grand intellectuel», souligne le professeur Peinda M’BOW. Amady Aly DIENG imposait le respect par sa mémoire extraordinaire, sa rigueur dans le débat et son sens du compromis pour sauver l’unité de la grande organisation estudiantine. «Ce qui m’a toujours fasciné chez Amady Aly DIENG est ailleurs : j’ai toujours perçu en lui l’homme de savoir et de conviction», souligne le Paulin HOUNTOUDJI. Le professeur Amady Aly DIENG «est obstiné et critique au point que beaucoup pensent, à tort ou raison, qu’il est un insatisfait. Ses critiques radicales tous azimuts laissent parfois pantois, si elles ne provoquent pas une certaine amertume, voire une aversion», souligne le professeur Abderahmane N’GAIDE, professeur au Département d’Histoire de la faculté des lettres à l’Université Cheikh Anta DIOP, qui s’est entretenu, pendant plus d’un an, avec Amady Aly DIENG. Le professeur Amady Aly DIENG est véritablement un déconstructionniste, il appelle non seulement à la réinterprétation des faits de société, mais aussi à l’autocritique. L’effervescence intellectuelle qu’il suscite perturbe l’ordre du discours. «Il m’a appris la valeur de la contradiction et son poids dans la formation et la consolidation de l’esprit critique», dit le professeur N’GAIDE. Iconoclaste et «icono-clash», suivant une expression d’Ibrahima NIANG, il a critiqué à tout-va nos grands penseurs. Cheikh Anta DIOP est critiqué sans retenue : «Il n’est pas logique de combattre le miracle grec pour lui substituer le miracle égyptien. En réalité, il n’y ni miracle grec, ni miracle égyptien», assène Amady Aly DIENG. Selon lui Cheikh Anta DIOP procède à des «affirmations insuffisamment démontrées ou étayées de preuves».

Certains disent qu’Amady Aly DIENG préfère le livre au chapelet. Pour s’attaquer au système colonial, il fallait refuser la ghettoïsation et éviter le savoir égoïste. Le livre permet de dialoguer avec l’autre. Une des faiblesses de la civilisation africaine, c’est son oralité. Sur la pensée d’Amadou Hampâté BA, gardien de la tradition orale, il estime que la vieillesse n’est pas nécessairement source de sagesse. Il a dénoncé ces philosophes africains qui continuent de faire trop de bruit. Ce n’est pour lui que de «l’ethnophilosophie», une philosophie sur la défensive. «La principale faiblesse des jeunes philosophes progressistes, comme Paulin HOUNTONDJI, TOWA, réside dans leur silence sur la langue qui devait servir de véhicule à l’intervention philosophique», souligne le doyen DIENG.

Amady Aly DIENG était un éternel étudiant. «On apprend jusqu’à la tombe», dit Amady Aly DIENG au cours d’un entretien télévisé du 16 avril 2012, avec Sada KANE, notre Bernard PIVOT du Sénégal. Le monde universitaire est pour lui une seconde famille. «Lecteur infatigable, il savait se frayer son propre chemin à travers cette forêt d’idées, des plus sottes aux plus brillantes, des plus fantaisistes aux plus créatives », remarque Paulin HOUNTONDJI. Il a légué sa bibliothèque, composée de plus de 10 000 livres, à l’Université Cheikh Anta DIOP. «Il y a un côté mystérieux qui maintient le doyen (Amady Aly DIENG) encore jeune et vivace», souligne M. N’GAIDE. «L’intérêt qu’il porte à la connaissance ôte en lui toute relation de condescendance filiale, même si les critiques acerbes dérangent, agacent et/ou instaurent de vives polémiques. Les discussions souvent très énergiques, parfois houleuses, ne perturbent pas cet amoureux du livre. Il aime les livres et leur consacre le temps nécessaire pour en rendre compte aux lecteurs des quotidiens de Dakar. En réalité, Amady Aly DIENG brûle encore de jeunesse», dit le professeur N’GAIDE.  «Amady Aly Dieng déroute par sa jeunesse et sa fraîcheur d’esprit. Il est souvent taquin lorsqu’il n’est pas moqueur avec un langage anecdotique, plein de sarcasmes et d’humour ! Il fait sourire et détend l’atmosphère s’il n’énerve pas. Les débats engagés, voire vigoureux, qu’il entretient avec les jeunes en témoignent amplement», souligne Abderahmane N’GAIDE qui lui a consacré un ouvrage important publié par les éditions Codesria, à Dakar. Il a toujours «ce petit mot qui incite à la réflexion» ajoute le camerounais Jean-Godefroy BIDIMA. Ce livre d’entretiens, avec le professeur N’GAIDE ne retrace pas seulement l’itinéraire personnel d’un homme, mais interroge un temps. À travers ces entretiens, se déroule donc l’histoire d’un demi-siècle plein de bouleversements, d’espoirs mais aussi d’incertitudes fondées sur les interrogations que posent le présent et l’avenir du continent africain. Amady Aly DIENG apprécie l’ambiance intellectuelle et court à toutes les conférences. Il est notamment présent aux conférences qui se tiennent, depuis mars 2007, tous les vendredis, à l’espace Clairafrique, à l’Université de Dakar.

En effet, engagé, nationaliste, marxisant, polémiste et connu pour son franc-parler, Amady Aly DIENG est un témoin majeur de notre temps. En effet, en nouant une conversation avec lui, on est plongé dans un monde dont l’effervescence intellectuelle n’a d’égale que la profondeur des changements que la période annonçait. Il fut un acteur intellectuel à des moments où le doute politique dominait, la soif de connaître empruntait des chemins aussi multiples que les défis qui attendaient le continent et la volonté de prouver l’historicité des sociétés africaines conduisait encore aux hypothèses les plus osées. C’est cette période qu’il raconte avec un brin d’émotion, mais aussi avec cette verve provocatrice qui lui sied.

Ce qui caractérise le professeur Amady Aly DIENG c’est la fidélité à ses engagements politiques. Au moment où certains sont «allés à la soupe», il n’a jamais, jusqu’au bout renoncé à l’idéal qu’il s’était tracé. «Amady Aly DIENG est resté intransigeant par rapport à sa ligne de conduite : ne jamais se compromettre, tout en continuant de respecter la parole donnée. Cette ligne de conduite est la marque essentielle de sa lucidité et le sceau indélébile de la vitalité de son engagement», dit le professeur N’GAIDE. Naturellement, il désapprouve l’entrée en politique, en juin 1979, de son ami d’enfance, Ousmane CAMARA. Penda M’BOW égratigne tout de même un peu Amady Aly DIENG : «Qui est-il réellement ? Un bourgeois au discours révolutionnaire ? un grand banquier conduisant toujours une superbe bagnole, à l’esprit râleur ?».  Il est tout à la fois.  

I – AMADY ALY DIENG, UN TEMOIN MAJEUR DE NOTRE TEMPS

1 – Naissance dans une ville musulmane,

multiculturelle, semi-urbaine

Amady Aly DIENG est né le 22 février 1932, à Tivaouane, une ville semi-urbaine, arachidière, avec ses manguiers, dans le Cayor. «Je fais partie de cette génération née pendant les années néfastes de la crise de la fin des années 1920 finissant par détériorer les conditions de vie des populations dans les colonies», dit Amady Aly DIENG. La famille d’Amady Aly DIENG, pourtant noble, habitait dans le quartier des castés, Koulikidiané, non loin de celle du marabout de la ville. En effet, Tivaouane est la capitale de la confrérie musulmane des Tidjiane. El Hadji Malick SY, un illustre marabout Foutanké, (1855 Dowfal près de Gaé à l’Est de Dagana -27 juin 1922, Tivaoune) avait dirigé cette confrérie Malikite. Après un séjour en Mauritanie, à Louga, à Pire, El Hadji Malick SY s’installe à Tivaoune à partir de 1902. Ce marabout Haal Pulaar œuvre pour la célébration du Maouloud, «Gamou» pour les Ouolofs, qui célèbre, chaque année, à Tivaoune, l’anniversaire du Prophète Mohamed, paix soit sur lui.

Le père d’Amady Aly DIENG s’appelait Baïdy DIENG, un Haalpular (Peul), originaire de Touldé Gallé, près de N’Dioum. Le grand-père paternel d’Amadou Aly DIENG était un Peul et s’appelait Alassane DIENG. Il était originaire d’Oré Fondé, dans la région de Matam. Sa mère, Aminata DIALLO, une vendeuse, est une métisse de père Peul et de mère Soninké. Son grand-père maternel, Samba Bou Hama DIALLO, est un Peul originaire du Macina, Il était spécialisé dans la confection d’habits, richement, brodés. Sa grand-mère, Oumoul Khaïry DRAME, fille d’un marabout de Bakel, est une Soninké.

Son oncle paternel, un demi-frère de son père, Amadou Samba DIA, chauffeur, l’initie au Coran. Il sera confié, par la suite à un marabout Haalpoular. «J’avais l’avantage, durant cette période, de maîtriser l’écriture des caractères arabes. Je ne récitais pas seulement, mais je pouvais lire, et c’est l’une des raisons pour lesquelles, le marabout me confiait la garde du foyer, quand il était absent», dit DIENG.

Le père d’Amady Aly DIENG était un chef de gare à M’Backé, dans le Baol. Il sera muté, par la suite, à Kidira, ville de melting habitée par plusieurs ethnies (Soninké, Haalpoular, Maures, Bambara, Ouolof, Khassonké. Amady Aly DIENG y apprend plusieurs langues. «Cette émulation sociale m’a instruit et m’a ouvert de nouveaux horizons que je n’aurais pas pu acquérir, si j’étais resté à Tivaouane. En effet, le Sénégal a toujours semblé uniforme, homogène, alors que dans la réalité, il est d’une diversité culturelle et ethnique enrichissante», souligne Amady Aly DIENG.

2 – Une jeunesse studieuse

mais marquée par les privations de la guerre

 Amady Aly DIENG fait ses études primaires à Diourbel (1939-1945), une période de guerre marquée par les privations et le pétainisme.

Amady Aly DIENG s’est inscrit au lycée Faidherbe de Saint-Louis (1945-1952) et explique son goût pour la lecture en ces termes : «Dès le lycée, et en seconde, j’avais été influencé par le professeur qui s’appelait Jean GALET. Il nous indiquait une méthodologie qui me paraissait encore aujourd’hui, tout à fait : avoir un cahier et écrire sur une page tous les mots que ne connaissons pas et à charge pour nous de consulter le dictionnaire, la seconde phrase est réservée aux belles phrases que l’auteur avait pu écrire».

De 1952 à 1957, il a ensuite préparé et obtenu une licence à la Faculté de Droit de Dakar. «Arrivé à l’université, j’ai évidemment rencontré le mouvement nationaliste. Ce qui m’a conduit à adhérer aux idéaux des associations syndicales et/ou religieuses. J’étais membre de l’Association des Etudiants Musulmans de Dakar, dirigé par Ciré LY, étudiant en médecine», dit DIENG. Les grands partis de l’époque étant des partis collaborationnistes, Amady Aly DIENG a senti la nécessité de s’armer, intellectuellement. Il lit alors, la philosophie bantoue du révérend Père, Placide Tempels. Une sorte de discours de la méthode des Négres. «Il faut noter que l’influence d’Alioune DIOP et de Léopold SENGHOR y était pour quelque chose. Tous les deux recommandent la lecture de ce livre de chevet pour tout Africain», précise DIENG. Il s’est présenté en 1957 au concours d'entrée à l'Ecole nationale de la France d'Outre-mer (ENFOM). C’est pendant son séjour en France qu’il a rencontré Cheikh Anta Diop, à la bibliothèque de l’ENFOM.

Amady Aly DIENG a une théorie curieuse sur les intellectuels. Il pense que pour être intellectuel, il faut être marié à une femme étrangère, comme l’ont été Léopold Sédar SENGHOR, Cheikh Anta DIOP et Ousmane Socé DIOP. Un intellectuel est, selon lui, qu’un de suffisamment intégré à la société, mais qui est un marginal. Cette théorie, il se l’applique à lui, en se mariant, le 5 juin 1964, à une ressortissante guinéenne, d’origine peule, Mme Adamadian DIALLO.

3 – Une carrière universitaire contrariée

De 1967 à 1970, Amady Aly DIENG, pendant qu’il préparait sa thèse, a été enseignant à l’Université de Dakar, exécutait les travaux pratiques de maître Abdoulaye WADE (président du Sénégal de 2000 à 2012), sur l’économie monétaire en deuxième année, Amady Aly DIENG donnait des cours d’économie aux juristes et assurait en même temps ceux d’économie politique aux étudiants de capacité en droit.

Amady Aly DIENG soutiendra sa thèse, «Le rôle du système bancaire dans le développement de l’Afrique de l’Ouest», en novembre 1971, sous la direction d’Abdoulaye WADE, avec comme membres du jury, Paul DESNEUF et Samir AMIN. En raison de son nationalisme intransigeant, Amady Aly DIENG a été obligé de quitter l’université de Dakar. «Si j’ai souffert à l’université, c’est à cause de Léopold Sédar SENGHOR. Je ne lui en ai pas voulu et jusqu’aujourd’hui, je ne lui en veux pas. Parce qu’il défendait ses idées en étant au service de l’impérialisme», dit DIENG.

Après sa soutenance, M. DIENG va intégrer l’UNESCO comme assistant de recherche, sur recommandation de l’éminent égyptologue, Cheikh Anta DIOP. Par la suite, il deviendra consultant du BREDA, section régionale de l’UNESCO. Il est recruté en 1976, à l’agence nationale de la BCEAO, en qualité d’économiste principal.

En 1987, Amady Aly DIENG prend sa retraite, mais retrouve le chemin de l’Université où il va assurer un cours sur l’histoire des faits économiques en 1ère année et un autre cours sur l’histoire de la pensée économique en 2ènne année. Parallèlement, à cela il donne des cours à l’école nationale d’administration et de la magistrature (ENAM), au Centre d’Etudes de Sciences et Techniques de l’Information et de la Communication (CESTI) et à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis. Il renoue avec le CODESRIA et assiste à ses manifestations internationales et anime ses ateliers.

II – AMADY ALY DIENG, UN INTELLECTUEL

NATIONALISTE ENGAGE ET POLEMISTE

«Amady Aly DIENG est connu pour être un intellectuel polémiste et engagé. Il répond toujours avec un franc-parler. S’il en est ainsi, c’est parce que DIENG se prend au sérieux. Personne n’a pu le corrompre et encore moins le capturer pour domestiquer sa pensée et l’enfermer ensuite dans une logique terrible du soutien mercenaire», souligne Momar Coumba DIOP. C’est un homme indépendant et libre qui affiche son goût prononcé pour la polémique, en allant bien au-delà de ce que Djibril SAMB appelle «la critique hostile».

«Amady Aly DIENG est le dernier grand intellectuel, ni assoiffé d’honneurs et de pouvoir, ni à la recherche de reconnaissance. Seule la quête du savoir, le fait débattre, de rendre compte de ses lecteurs restent ses crédos», souligne Penda M’BOW.

1 – Amady Aly DIENG, un engagement politique et syndical.

Le système colonial n'a jamais favorisé l'accès des Africains à l'enseignement supérieur, il avait pour objectif majeur de former des fonctionnaires auxiliaires et de ne délivrer que des diplômes locaux. A la fin de la Deuxième guerre mondiale, le nombre d'étudiants africains a augmenté grâce à des bourses et la période 1945-1950 a vu naître des organisations politiques et syndicales d'étudiants africains (AGED/FEANF/AERDA), pour lutter en faveur de l'indépendance. A ses débuts, la F.E.A.N.F, la Fédération des Etudiants d'Afrique Noire créée en 1950 au moment de la guerre de Corée et en pleine guerre froide, a joué un rôle important dans la lutte pour l'indépendance et l'unité des pays africains sous domination française, d'autant plus que la plupart des dirigeants africains avaient refusé de combattre pour l'indépendance totale. Grâce aux archives qu'il a pu sauvegarder, l'auteur retrace les premiers pas de la FEANF dans le combat pour obtenir l'indépendance. «Les grands combats de la F.E.A.N.F.», la période allant de 1955 à 1960 est la période des grands combats menés par le mouvement étudiant africain. Le souffle de la conférence de Bandung, tenue en 1955, a profondément touché le continent africain devenu un grand théâtre de la lutte pour l'indépendance. La France a subi sa plus cuisante défaite à Dien Bien Phu en Indochine en 1954. Elle a connu de grands revers en Afrique du Nord avec les indépendances du Maroc et de la Tunisie. La guerre d'Algérie est le plus grand coup porté à la France coloniale. L'indépendance du Ghana en 1957 a ouvert une large brèche dans l'édifice colonial. La loi-cadre de Gaston Defferre a été conçue pour arrêter le mouvement de libération africain. L'année 1960 a été baptisée année de l'Afrique à la suite de l'octroi des indépendances formelles à ses colonies par la France. Les autorités coloniales ont décidé de liquider la F.E.A.N.F en créant des mouvements sécessionnistes. Le ver de la division est dans le fruit. Ainsi la glorieuse F.E.A.N.F. va entamer une période de déclin qui la conduira à sa mort décrétée en 1980 par le gouvernement de Valéry GISCARD D'ESTAING.

2 – Amady Aly DIENG, une fascination pour la philosophie et la sociologie allemandes

On a du mal à classer Amady Aly DIENG dans une discipline. «Parce qu’on veut me confiner à l’économisme et moi je refusais d’être enfermé dans ce ghetto», souligne t-il. C’est un économiste atypique s’intéressant à la philosophie. Pour lui, beaucoup d’économistes, comme Stuart MILLS ou Adam SMITH, sont non seulement, en même temps des politistes, mais aussi des philosophes. «Hegel et l’Afrique : Hegel était-il raciste ?»,

Contrairement au titre provocateur de ce livre, Amady Aly DIENG est un admirateur de la philosophie allemande. Georg Wilhelm Friedrich HEGEL (27 août 1770 – 14 novembre 1831) avait considéré que l’Afrique ne pouvait pas accéder à l’Histoire et à la philosophie. Elle n’appartient pas à la civilisation ; elle est à l’état de barbarie. Certains auteurs dont Amady Aly DIENG, avaient tiré des conclusions hâtives.  HEGEL aurait un «européocentriste forcené».

Amady Aly DIENG finira par disculper HEGEL en ces termes : «Il faut dire en le lisant, j’ai été victime de l’opinion que certains philosophes africains avaient sur Hegel. Je pense qu’ils ne l’ont pas bien lu. Ils ne connaissaient pas certainement pas les positions dissimulées du philosophe. N’oublions qu’à l’époque la censure battait son plein en Europe. Les gens étaient obligés de se cacher et d’utiliser le langage d’Esope. Donc, je dois avouer que je me suis trompé sur Hegel». En effet, Amady Aly DIENG lira, par la suite, un ouvrage de Jacques DHONT, un grand spécialiste de Hegel, intitulé «Hegel secret».  Amady Aly DIENG trouve même des excuses au philosophe allemand qui s’est fondé sur les travaux de Karl RITTER (1779-1859) ; cet auteur n’avait pas de connaissance suffisante sur l’Afrique. RITTER avait développé les origines éthiopiennes de la civilisation égyptienne. «La méconnaissance de cet ouvrage de Karl Ritter (sur l’Afrique), déniant à l’Afrique d’être un continent sans histoire, sans philosphie et sans religion, est un fait réel qui a contribué à jeter la confusion dans le débat relatif à la question africaine de l’hégélianisme. Hégel a été traité de raciste, par beaucoup d’Africains qui n’ont pas lu l’ouvrage de Karl Ritter qui a inspiré l’attitude de maître Berlin à l’égard de l’Afrique Noire» écrit Amady Aly.

Amady Aly a remarqué que pendant la période coloniale, les étudiants africains étaient obligés de s’inscrire en philosophie ou en psychologie. Par conséquent, la sociologie s’ils allaient l’enseigner, occupait une place marginale dans leur formation. Initialement, l’Allemagne, pays arrièré économiquement et politiquement, avec un surdevéloppement idéologique et théorique de sa philosophie et sa sociologie, a transformé son handicap en force. Amady Aly DIENG voue une admiration profonde pour la sociologie allemande. «La sociologie, c’est aussi, grâce à l’influence du marxisme et de la pensée allemande que j’y intéresse», dit-il. «Faute de pouvoir faire la révolution, les Allemands pensent et réfléchissent. C’est l’une de leurs forces. Ils ont prolongé toute cette réflexion jusqu’à la naissance de la sociologie», précise Amady Aly DIENG. C’est sans nul doute, le sociologue Max WEBER, à travers son ouvrage le «savant et le politique» qui a le plus influencé Amady Aly DIENG. Pour ce sociologue allemand, les hommes en tant qu’êtres conscients, forgent des institutions et les modifient continuellement avec l’évolution culturelle. La sociologie, à travers l’étude de la société, élabore des concepts, utiles pour les autres sciences, afin de transformer le monde dans lequel on vit. «Pierre BOURDIEU ne m’a pas accroché avec son histoire d’habitus. Pour Pierre BOURDIEU «l’habitus est cette présence du passé au présent qui rend possible la présence au présent de l’à venir». «Par contre, Georges BALANDIER oui, je l’ai lu quand j’étais à l’ENFOM, Sociologie actuelle de l’Afrique Noire. C’est notre bréviaire», dit-il.

3 – Amady Aly DIENG, un marxiste, jusqu’au bout.

Amady Aly DIENG aime les librairies, mais celles de sa jeunesse n’étaient pas pourvues d’ouvrages marxistes. Au contraire, on y trouvait des ouvrages dirigés contre le marxisme. Fréquentant les jeunesses du Rassemblement démocratique africain (R.D.A), un cercle d’études, autour des idées marxistes est créé en 1953, à la Cité Universitaire.

 «Ce cercle nous permettait d’examiner la pensée de Marx, et c’est dans ce cadre que je vais rencontrer, pour la première fois, le livre de Poltizer, les principes fondamentaux de la philosophie», dit DIENG. La formation scientifique de DIENG a été influencée par la lecture du Capital avec l’aide en France, notamment de Maurice BOUVIER-AJAM, un économiste et d’un philosophe Maurice GODELIER. «J’avoue que j’ai étudié l’œuvre de Marx, huit durant, avec un premier groupe. Ensuite, le Capital presque pendant douze ans, à raison d’une réunion tous les quinze jours. Nous avions découvert que le Capital était une œuvre difficile et qu’une lecture collective était plus rentable qu’une lecture individuelle et isolée», confesse Amady Aly DIENG. Amady Aly DIENG voulait utiliser les principes fondateurs du marxisme pour les appliquer à l’Afrique.

Il pense que le marxisme insiste sur la notion de transformation et non d’interprétation. «Le marxisme était surtout fait pour les pays développés, surtout pour le prolétariat. Néanmoins, on peut s’inspirer de la logique qui se dégage du Capital pour appliquer ces propres logiques, dans nos pays, sans servilité et en faisant preuve d’indépendance et d’ouverture d’esprit», dit DIENG.

Né dans un pays musulman, cette fascination pour une théorie athée et antireligieuse ne déroute pas Amady Aly DIENG. «Marx était instrumentalisé par notre génération. Et pourquoi ? Parce que c’est l’intellectuel qui a fait la critique la plus intéressante du capitalisme et de la version coloniale du capitalisme. Il nous ouvrait des horizons qui nous permettaient de penser notre situation et d’agir en conséquence par rapport au fait colonial», assène Amady Aly DIENG. «Marx et Engels constituaient des sources pour nos réflexions politiques et philosophiques. Ce qui m’intéressait, c’était la dimension sociale de sa pensée et cette dynamique qu’elle ne manquerait pas de susciter en moi. Sa position religieuse m’importait peu et les bruits faits tout autour ne me divertissaient pas», précise DIENG qui est l’auteur d’un ouvrage «Hegel, Marx, Engels et les problèmes de l’Afrique Noire». «Le marxisme était notre viatique. En face, il n’y avait pas grand-chose», entonne Amady Aly DIENG.

Finalement Boubacar BARRY, du CODESRIA pense qu’Amady Aly DIENG, ce penseur public, peut-être solitaire, cet exemple parfait de l’intellectuel anti-mercenaire, est l’honnêteté incarnée, «un Aristote à l’africaine, à la fois encyclopédique et partisan d’une école péripatéticienne».  Amady Aly DIENG est un avertisseur avant l’incendie ; il refuse obstinément tout mimétisme, suivant Jean-Godefroy BIDIMA. «Tel un général sans armée, il sonne le remobilisation des chercheurs et des universitaires afin de leur éviter tout enlisement dans des conjectures», souligne Ibrahima NIANG.

BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE :

1 – Contributions d’Amady Aly DIENG

DIENG (Amady Aly), «Karl Ritter : un géographe allemand peu connu en Afrique», Mélanges offerts au professeur Cheikh BA, Dakar, Faculté des Lettres, pages 441-454 ;

DIENG (Amady Aly), «Les chercheurs africains et la sociologie allemande», Sociétés en devenir : Mélanges offerts au professeur Boubakar Ly, Dakar, Faculté des Lettres, 2006, pages 63-85 ;

DIENG (Amady Aly), Blaise DIAGNE, député noir de l’Afrique, Paris-Dakar, Chaka, 1990, 187 pages ;

DIENG (Amady Aly), Classes sociales et mode de production esclavagiste en Afrique de l’Ouest, Centre d’études et de recherches marxistes, 1974, 86 pages ;

DIENG (Amady Aly), Contribution à l’étude des problèmes philosophiques en Afrique Noire, Paris, Nubia, 1983, 181 pages ;

DIENG (Amady Aly), Hegel et l’Afrique : Hegel était-il raciste ?, Dakar, Codesria, 2006, 138 pages ;

DIENG (Amady Aly), Hegel, Marx, Engels et les problèmes de l’Afrique Noire, Paris-Dakar, Nubia, Sankoré, 1978, 159 pages ;

DIENG (Amady Aly), Lamine Guèye, une des plus grandes figures politiques africaines (1891-1968), L’Harmattan, 2013, 180 pages ;

DIENG (Amady Aly), Le marxisme et l’Afrique : bilan d’un débat sur l’universalisme du marxisme, Paris, Nubia, 1985, 146 pages ;

DIENG (Amady Aly), Le rôle du système bancaire dans le développement économique de l’Union monétaire Ouest-africaine, thèse sous la direction d’Abdoulaye Wade, Dakar, novembre 1971, 94 pages ;

DIENG (Amady Aly), Les étudiants africains et la littérature négro-africaine d’expression française,  African Books Collection, 2009, 166 pages ;

DIENG (Amady Aly), Les grands combats de la F.E.A.N.F (Fédération des étudiants d’Afrique Noire) : de Bandoung aux indépendances, (1955-1960), l’Harmattan, 2009, 267 pages ;

DIENG (Amady Aly), Les premiers pas de la F.E.A.N.F (Fédération des étudiants d’Afrique Noire) : de Bandoung aux indépendances, (1950-1955) (de l’Union française à Bandoung), préface de Samir Amin, L’Harmattan, 2003, 374 pages ;

DIENG (Amady Aly), Mémoires d’un étudiant africain : de l’école régionale de Diourbel à l’Université de Paris, (1945-1960), African Books Collection, 2011, 202 pages ;

DIENG (Amady Aly), Mémoires d’un étudiant africain : de l’Université de Paris à mon retour au Sénégal, (1960-1967), African Books Collection, 2011, 201 pages ;

DIENG (Amady Aly), N’DIAYE (Mamadou Abdoulaye) et SY (Amadou, Alpha), Africanisme et théorie du projet social, Paris, L’Harmattan, 2000, 320 pages ;

DIENG (Amady Aly), Notes de lecture d’un dissident africain, Paris, Le Nègre éditeur, 2010, 554 pages ;

DIENG (Amady, Aly), Le Sénégal, à la veille du troisième millénaire, Paris, l’Harmattan, 2000, 489 pages.

2 – Critiques d’Amady Aly DIENG

KANE (Sada), Entretien télévisé avec Amady Aly DIENG du 16 avril 2012, 2STVSénégal, disponible sur Youtube ;

N’GAIDE (Abderrahmane), Entretien avec Amady Aly DIENG : lecture critique d’un demi-siècle de paradoxes, Dakar, Codesria, 2012, 148 pages ;

DIOP (Momar Coumba), DIOUF (Mamadou), «Amady Aly DIENG : La trajectoire d’un dissident africain», in Notes de lecture d’un dissident africain, Québec, tome 1, Le Nègre éditeur, 2010, page 13, et Sud Quotidien, 1er février 2007.

Paris, le 31 mai 2015, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

Le professeur Amady Aly DIENG (1932- 2015).
Le professeur Amady Aly DIENG (1932- 2015).
Le professeur Amady Aly DIENG (1932- 2015).
Le professeur Amady Aly DIENG (1932- 2015).
Le professeur Amady Aly DIENG (1932- 2015).
Le professeur Amady Aly DIENG (1932- 2015).
Le professeur Amady Aly DIENG (1932- 2015).
Le professeur Amady Aly DIENG (1932- 2015).
Le professeur Amady Aly DIENG (1932- 2015).
Le professeur Amady Aly DIENG (1932- 2015).
Le professeur Amady Aly DIENG (1932- 2015).

Le professeur Amady Aly DIENG (1932- 2015).

Partager cet article

Repost0

commentaires

Liens