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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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22 février 2015 7 22 /02 /février /2015 16:20

  «Je suis un homme qui n’accepte pas de se bercer d’illusions. Je n’irai pas m’asseoir à votre table pour vous regarder manger, sans rien dans mon assiette, et déclarer que je dîne. Il ne suffit pas d’être assis à table pour dîner ; encore faut-il manger de ce qui se trouve dans l’assiette. Il ne suffit pas d’être ici, en Amérique, pour être Américain. Il ne suffit pas d’être né ici, en Amérique, pour être Américain. (…) Non, Je ne me considère pas comme Américain. Je fais partie des 22 millions de Noirs victimes de l’américanisme (…) C’est en victime que je porte les yeux sur l’Amérique. Et ce que j’aperçois ce n’est pas le rêve américain, mais le cauchemar américain» disait-il, le 22 mars 1964. Ce qu’il réclamait, en ces temps durs de ségrégation c’est «le bulletin de vote ou le fusil». Malcolm prônait aussi la révolution mondiale. Assassiné le dimanche 21 février 1965, Malcolm X, est le dirigeant charismatique du mouvement des droits civiques aux Etats-Unis, abattu, à 39 ans, à Harlem de seize balles tirées à bout portant. Selon ses biographes, Malcolm X avait déclaré à ses proches, seulement quelques jours avant sa mort, que «dans sa famille, les hommes ne mouraient pas de mort naturelle». Et ce qui devait arriver arriva. Malcolm avait vu pendant son enfance sa maison brûler suite à une attaque punitive des hommes du Ku Klux Klan. Orateur charismatique, l’homme venait de prendre la parole dans une salle de spectacle de Harlem, à New York (Etats-Unis), quand, à la faveur d’un brouhaha provoqué pour faire diversion, trois hommes ouvrent le feu sur lui. Malcolm s’effondre, mortellement touché. Les trois tueurs, dont deux réussirent à échapper avant d’être finalement appréhendés par la police, étaient tous membres de la secte Nation of Islam (N.O.I.).

Depuis sa mort, Malcolm X est devenu bien plus qu'un militant de la libération noire : son héritage et sa mémoire font l'objet de luttes acharnées. Prédicateur sectaire de la Nation of Islam, ou musulman orthodoxe converti à la tolérance, nationaliste noir ou révolutionnaire ouvert à toutes les alliances, ancien dealer, ex-prisonnier, partisan de l'autodéfense armée, dirigeant panafricain : dans les années, puis les décennies qui ont suivi sa mort, tout ou presque a été dit sur Malcolm X. Passionné, intense et électrique, il incarnait, face à Martin Luther KING, l’autre aspect de la lutte pour les droits civiques, celui d’un nationalisme noir qui ne se contenterait plus des marches pacifistes et des sit-in, dans une Amérique secouée par les émeutes raciales. Adepte de l’autodéfense, parrain éloigné des Black Panthers, créées peu après sa mort, il demeure une figure révolutionnaire radicale et visionnaire, même s’il fut controversé, et à laquelle même Barack OBAMA n’a pas été insensible. «Malcolm X fut et demeure une figure irrécupérable aux yeux de l’establishment blanc. Ce n’est pas par hasard qu’aucune ville américaine ne compte de route, d’avenue, de rue portant son nom en dehors de quartiers spécifiquement noirs» écrit Serge Molla.

Devenu une icône de la culture populaire africaine-américaine et plus largement de la culture populaire et révolutionnaire dans de nombreux pays, la vie et le parcours politique de Malcolm X restent paradoxalement très mal connus, principalement au travers de son autobiographie écrite dans des conditions très controversées. Pour certains, Malcolm X ne serait qu’un dangereux militant radical, de la cause des Noirs aux Etats-Unis et qui appelait à la violence. Pour d’autres, la personnalité de Malcolm, tant décriée, serait plus complexe et emblématique des années 60, dans la lutte pour les droits civiques. Il a fini par comprendre l’Amour est plus fort que la haine.

La vie de Malcolm X est connue principalement à travers son «Autobiographie», coécrite avec Alex Haley, et le film réalisé par Spike LEE en 1992, «Malcolm X». Malcolm X est né Malcolm Little, le 19 mai 1925 à Omaha, Nebraska. En 1931, son père Earl LITTLE, pasteur baptiste et disciple de Marcus GARVEY, qui militait pour le retour des Noirs d’Amérique en Afrique, était assassiné par des proches de l’organisation suprémaciste blanche. Le père de Malcolm mourut dans des conditions épouvantables ; il fut poussé sous un tramway et son corps fut coupé en deux. Ses parents, Louise Langdon Norton LITTLE (1894-1989) et Earl LITTLE (1890-1931), ont 7 enfants ensemble. Le père de Malcolm est un prédicateur baptiste, sans paroisse. Aussi bien lui, que son épouse, sont de fervents adeptes de Marcus GARVEY, une Afrique libre et le retour des Noirs à la mère-patrie. Earl LITTLE est en outre le dirigeant local de l’Universal Negro Improvement Association (UNIA) de GARVEY, et Louise est reportrice pour le Negro World, l’hebdomadaire d’UNIA. Dès leur plus jeune âge, Louise inculque à Malcolm et à ses frères la fierté de leur couleur de peau. Malcolm est fier de ses parents qui ne ressemblent pas aux autres Noirs de la ville ne craignant pas les Blancs. En 1926, sa famille déménage à Milwaukee, Wisconsin, en raison de menaces du Ku Klux Klan, et peu de temps après à Lansing, Michigan. À chaque fois, ses parents doivent faire à nouveau face à des menaces, de nature toujours plus agressive. En 1929, leur maison est incendiée et peu de temps après, Earl LITTLE meurt, selon la version officielle dans un accident de tramway, mais après les nombreuses menaces, un acte malveillant paraît plus vraisemblable. Dans les années qui suivent, la mère de Malcolm connaît de grandes difficultés financières qui pèsent fortement sur son psychisme. Le jeune Malcolm fut traumatisé de voir sa mère perdre son équilibre mental, après la disparition brutale du père. Louise NORTON, nerveuse et bouleversée, dut être placée dans un asile psychiatrique, alors, en 1938, elle est internée dans une institution psychiatrique et les enfants sont placés dans différentes familles d’accueil.

Recueillis par une famille de Blancs du Michigan, Malcolm, lui, put s’inscrire à l’école. Il se prit d’affection pour ce couple Blanc et devient leur «mascote» te fut élu président de sa classe. Il se révéla brillant élève, mais perdit rapidement l’intérêt pour les études lorsqu’il se rendit compte qu’en tant que jeune Noir défavorisé, il n’avait aucune perspective de mobilité sociale. En effet, son professeur Blanc le dissuadait d’entamer une carrière d’avocat, non sérieuse pour un Noir, au profit de celle de menuisier. Malcolm comprend vite que l’avenir qui lui est réservé n’est pas le même que celui de ses condisciples Blancs. Au bout de quelques années, Malcolm quitte sa famille d’accueil pour partir vivre chez sa demi-soeur, Ella COLLINS, à Boston. C’est là qu’il fait ses premiers pas dans la vie nocturne. Il part ensuite s’installer à New York et atterrit à Harlem. Il exerce d’abord de petits boulots avant d’être attiré par les milieux du crime (drogue, prostitution, jeux).

A Boston, il organisa un petit cercle de cambrioleurs qui fut à l’origine de son arrestation en janvier 1946. Malcolm est arrêté et écope d’une peine de prison de 8 ans. Or, paradoxalement, c’est derrière les barreaux que le jeune homme acquit sa solide culture. La plongée dans les livres de la bibliothèque de la prison, qui portaient autant sur l’histoire africaine-américaine que sur l’antiquité occidentale, la philosophie et la rhétorique, éveilla chez Malcolm «le désir profond, latent, de vivre intellectuellement». C’est pendant cette période qu’il découvre l’islam, commence à s’instruire et à faire un examen de conscience. Un codétenu initie Malcolm à la vision de Nation of Islam. Durant son incarcération, Malcolm ale temps d’étudier leurs idées en profondeur et correspond avec Elijah Mohammed, le leader de Nation of Islam, et découvrit ses idées sur la séparation des races et l’affirmation du «pouvoir noir». Malcolm se rend compte que la criminalité, forme de protestation, trahit une volonté d’évoluer en dehors des valeurs dominantes de la société, mais l’ambition n’est pas de changer celle-ci. Cette expérience révèle, pour lui, la véritable nature des relations sociales aux Etats-Unis, contre lesquelles il va se battre. Après sa libération en 1952, Malcolm rencontre Elijah Mohammed en personne à Chicago. C’est à ce moment qu’il remplace son nom de famille par un X, en signe de résistance contre la domination blanche.

Dès sa libération sur parole en 1952, Malcolm rejoignit Elijah Muhammed (1897-1975), adepte de la Nation of Islam qui se basait sur un antogonisme des races, une dichotomie Blancs-Noirs. Selon Wallace FARD Muhammad, fondateur et dirigeant de la Nation of Islam entre 1930 et 1934, s’appuyant sur une révélation religieuse, les Noirs, les SHABBAZ, premiers êtres créés par Dieu ; la puissance de la race blanche fondée sur une sélection génétique, est de source démoniaque et criminelle. Par conséquent, les Blancs ne sont pas dignes de confiance et les Noirs devraient comprendre et retrouver leur glorieuse histoire laissée en Afrique. Les raisons d’adhérer à Nation of Islam ne sont pas forcément religieuses, il peut s’agir d’un sentiment d’appartenance à un groupe fondé sur la fraternité, possédant un pouvoir pour affirmer l’identité et la dignité, de sa communauté, brisant ainsi l’image caricaturale des Noirs. Ce mouvement défendait des valeurs morales dans lesquelles certains exclus se reconnaissaient (drogués, prostitués, alcooliques, anciens prisonniers). Malcolm X changea de nom, remplaçant le patronyme «LITTLE» hérité de l'époque de l’esclavage par la lettre X, symbole de l’inconnu en mathématiques. Cette étape, même si elle est parfois gommée ou minimisée, est déterminante pour la formation idéologique de Malcolm, prônant une révolution noire, mondiale et culturelle. Il a fustigé cette situation de servilité qui régnait en Amérique : «Il y avait deux types d’esclaves : ceux des champs et ceux de la maison. Le Noir d’intérieur vivait dans le foyer, près de son maître, ou bien dans la cave, ou bien au  grenier. Il était vêtu et le maître lui laissait les restes de sa table et il révérait son maître. Je crois qu’il aimait son maître plus que le maître s’aimait lui-même» écrit Malcolm. «L’honorable Elijah Muhammed nous a rendu nos racines culturelles, notre identité raciale, notre fierté raciale et notre confiance racial. Il nous a donné l’envie et l’énergie de nous lever sur nos propres pieds et de marcher pour nous-mêmes» dit-il.  Au service de la Nation of Islam, il propageait le message de la confrérie appelant au séparatisme noir. Son charisme, sa dialectique caustique et son sens de la provocation et de la rhétorique contribuèrent au succès grandissant du mouvement dont le nombre d’adhérents sextupla en l’espace de dix ans. Mais la popularité grandissante de Malcolm fit de l'ombre au chef suprême de la NOI qui décida de l’écarter.

En 1958, il se marie avec Betty Dean SANDERS, alias Betty SHABAZZ, à Lansing, Michigan. Ils ont six filles, dont des jumelles nées après le décès de Malcolm en 1965. Betty, une infirmière et militante fidèle de Nation Islam, est très importante pour Malcolm et restera à ses côtés jusqu’à sa mort. Toute sa vie durant, Malcolm aura été entouré de femmes de caractère. À commencer par sa mère, Louise Little, elle-même activiste et journaliste, qui lui apprend dès sa plus tendre enfance à être fier de son identité. Sa demi-soeur, Ella Collins, une femme forte, elle aussi, et émancipée, qui l’a accueilli chez elle quand il a quitté sa famille d’accueil et le lycée pour Boston. Malcolm est tellement impressionné par Ella qu’il l’aurait décrite comme «la première femme noire réellement fière qu’il ait jamais rencontrée». Des femmes comme Audley MOORE, Maya ANGELOU et Shirley GRAHAM du BOIS l’ont également influencé.

La rupture entre Elijah Muhammed et Malcolm fut consommée en 1964 quand ce dernier quitta la NOI pour fonder la Muslim Mosque Incorporated (MMI) et, surtout, l’Organization of Afro-American Unity (OAAU), une branche américaine du mouvement panafricaniste. Cette organisation fut le point culminant du développement internationaliste de la pensée de Malcolm X, qui effectua dans les années 1960 de nombreux voyages au Proche-Orient et en Afrique où il rencontra, Kwamé N’KRUMAH, le pape du panafricanisme. Depuis sa rupture avec la confrérie d’Elijah Muhammad où il ne comptait pas que des amis, Malcolm avait fait l’objet de plusieurs tentatives d’assassinat. Une semaine avant l’attentat qui lui coûta la vie, sa femme et ses filles avaient failli mourir dans un incendie criminel qui avait ravagé sa maison.

Hollywood présente aujourd’hui Malcolm X comme «une des figures les plus marquantes de l’histoire et de la politique américaines». Etrange renversement d’attitude de la part de ceux qui, longtemps, n’ont vu dans cet homme que le «terroriste extrémiste», le «symbole de la violence raciale». En effet, en 1965, peu après l’assassinat de Malcolm X, Columbia Pictures achète les droitscinématographiques de l’Autobiographie et approche BALDWIN pour lui demander d’en tirer un scénario, «Le jour où j’étais perdu : la vie de Malcolm X, un scénario». Contre l’avis de ses proches, BALDWIN, qui a toujours voulu écrire pour le cinéma, accepte cette offre. Mais un désaccord va survenir. De manière assez surprenante pour l’époque, Columbia envisage de recourir au vieil artifice raciste hollywoodien du «blackface» qui veut que le rôle principal soit tenu par un Blanc, «un peu assombrie». Le nom de Charlton HESTON circule un temps. Les producteurs demandent également à Baldwin de profondes réécritures, qu’il refuse, et lui adjoignent un «assistant technique», Arnold PERL. Ces difficultés s’ajoutant à d’autres, d’ordre personnel, conduisent Baldwin à abandonner l’idée de voir son texte porté à l’écran. Il se résout alors à le publier sous forme de livre. L’Autobiographie et le film de Spike EE ont une structure similaire : la vie de Malcolm X est segmentée en étapes qui dessinent une évolution menant du Malcolm X, séparatiste noir condamnant les «diables blancs», au dernier Malcolm, prêchant, après son retour de La Mecque, un message de «tolérance». «Pour nombre de Blancs, on message se réduit à son passage du séparatisme noir à ce qui peut être décrit comme un universalisme multiculturel», note Manning MARABLE.

A contrario, la perception de Malcolm X par James BALDWIN n’est pas construite selon cette supposée progression. Elle met plutôt au centre les contradictions, les tensions de la vie, de la pensée et de l’action de Malcolm X et nous permet de comprendre tout à la fois Malcolm X et James BALDWIN dans leur complexité, dans leur époque et dans les continuités/discontinuités du mouvement de libration des Noirs américains. Ainsi, la haine des «diables blancs» de Malcolm X n’est pas circonscrite à l’époque particulière de sa vie où il aurait été «fanatique» avant de se convertir à la «tolérance». La place occupée par les flashbacks dans l’œuvre de BALDWIN traduit cette volonté de montrer la vie de Malcolm X comme elle était : un enchevêtrement d’influences et de positions, parfois contradictoires, mais toujours tendu vers la libération noire.

Présenté par ses adversaires comme «un intégriste», il est indéniable, au départ, Malcolm X était de la mouvance très radicale. Cette prise de position ne reposait que sur un rapport de force, un seul groupe, les Blancs, avait le pouvoir et avait décidé à imposer aux Noirs la ségrégation raciale. Le séparatisme, qui est en fait un objectif lointain, de Malcolm X découle de cette idée que les Noirs sont exclus de la société américaine : «C’est la séparation qui constitue la meilleure solution, nos gens rentrant au pays dans notre patrie africaine. Mais la séparation, le retour en Afrique, est un programme dont la réalisation est encore lointaine, et tandis qu’elle reste encore à réaliser, 22 millions des nôtres, qui sont encore ici, en Amérique, ont besoin immédiatement d’être mieux nourris, mieux vêtus, mieux logés, mieux éduqués et de trouver du travail à de meilleures conditions» précise-t-il. Par conséquent, et dans l’immédiat, il voulait donc instaurer un ordre  nouveau, en Amérique, fondé sur l’égalité réelle. Initialement, il était sévère avec Martin Luther KING : «Martin Luther King est un homme “responsable” aux yeux des Blancs. C’est normal. Quiconque invite les Noirs à tendre l’autre joue, à pratiquer la non-violence, à se montrer passifs en face des brutalités dont ils sont l’objet, fait preuve de “responsabilité” à l’égard du système et est en partie coupable de ces brutalités. Le but est clair : il s’agit de nous empêcher de riposter à la violence que nous subissons. Cela a valu le prix Nobel de la Paix à Martin Luther King. Si on m’offrait le prix Nobel, je me suiciderais» dit-il.  Cependant, par la suite, la vision de Malcolm s'est élargie, et il a compris que la bêtise et la haine, comme la sagesse et l'amour, ne sont pas l'apanage d'une «race», ou, pour être plus juste, d'une culture, d'une civilisation, d'une origine. Progressivement, Malcolm X a senti que la haine et la violence menaient à l’impasse ; seule l’ouverture d’esprit et de cœur peuvent permettre des solutions durables, pour le bien-vivre ensemble. «Il y a un peu de Martin et de Malcolm en chaque noir américain» écrit James CONE. En effet, Martin Luther KING récupéra la compréhension blanche de la foi chrétienne et la libéra pour ceux qui en avait été la victime, Malcolm X se proposa comme étant l’interprète majeur de l’identité noire, de la Blackness. Malcolm X est devenue une figure mythique et les comparaisons rapides entre les deux personnages le Saint contre le Démon, le pacifique contre le violent, ne nous renseignent pas vraiment sur l’évolution de la pensée de ce personnage. Malcolm évoque souvent le concept de «cauchemar» tant que Martin fait référence «au rêve américain».

Franck STEIGER a bien décrit le cheminement de la pensée de Malcolm X, un révolutionnaire, qui a évolué vers les positions de Martin Luther KING «Mme King, voulez-vous dire au docteur King, que j’avais l’intention de lui rendre visite en prison. Je veux que le docteur King sache que je ne suis pas venu à Selma pour lui créer des difficultés. Je suis venu en réalité pour lui faciliter la tâche. Si les Blancs se rendaient compte de ce qu’est l’autre possibilité, sans doute seraient-ils plus disposés à entendre le docteur King» dit-il à Coretta KING, l’épouse de Martin. Malcolm se rallie, en grande partie, ainsi à sa théorie de non-violence. Malcolm et Martin avaient pris rendez-vous le 22 février 1965, mais le 21 février, Malcolm a été assassiné.

En dépit des caricatures et de l’animosité dont il a fait l’objet, Malcolm n'a cessé de croître, faisant de lui l'un des Afro-Américains les plus célèbres du XXe siècle. A l'instar de Martin Luther KING, il est devenu un symbole bien au-delà des États-Unis. Intellectuels, artistes ou simples citoyens de tout horizon ont trouvé dans ses discours une source d'inspiration. La pensée de Malcolm X nous interpelle encore à l’aube du XXIème siècle avec ces policiers qui étouffent les jeunes noirs aussi en France qu’aux Etats-Unis ; la violence n’est pas acceptable dans une société démocratique, mais comment résoudre, pacifiquement, les problèmes d’inégalités, d’injustice, de racisme, de religion, de conflit entre l'individu et les modèles sociaux ou l'acceptation de soi ?

Dans le livre Philippe GODARD, montre le cheminement de la pensée de Malcolm X, ses derniers mois, à partir de sa rupture avec la Nation de l'Islam. Il a fini par comprendre que la fraternité, avec les Blancs, et le respect des autres sont des éléments fondamentaux du bien-vivre ensemble. Le message et la pensée politique de Malcolm X, sont de ce point de vue, d'une brûlante actualité. Sa célèbre devise, "par tous les moyens nécessaires", n'est pas une exhortation à se livrer à n'importe quel type de violence, à foncer tête baissée sans se remettre en question, sans se lancer, finalement, dans le combat politique. Le premier «moyen nécessaire» à toute libération est de réfléchir profondément à ce qui doit être mis en œuvre pour vaincre l'oppression. C'est ce qu'a fait Malcolm X, en reconnaissant ses erreurs de jeunesse et en se livrant à une autocritique approfondie de son rôle comme porte-parole de la Nation de l'Islam. Ainsi, après avoir demandé un État séparé pour les Noirs, il a fini par prôner l'abandon définitif de la ségrégation entre Noirs et Blancs. Il a réalisé que son objectif : obtenir que le monde respecte en tant qu'êtres humains le peuple noir, ne pouvait se réaliser qu'en édifiant une société autre, fondée sur la fraternité entre tous les êtres humains.

James CONES, pense Malcolm et Martin Luther KING ont mené la «même cause, le même combat». Pour saisir le sens de l'Amérique dans sa relation avec l'héritage africain, il est nécessaire de mettre en regard les figures de Malcolm X et Martin Luther King qui symbolisent tous deux, et ensemble, la tradition de résistance dans l'histoire noire : intégrationnisme et nationalisme noir. Comment recouvrer une identité dans la société du rêve américain qui se passe encore et toujours de ses composantes noires ? Malcolm X et Martin Luther KING incarnèrent les dimensions de la lutte afro-américaine pour l'identité. Retenir l'un et rejeter l'autre revient à devenir schizophrène. La lecture du portrait croisé de deux figures charismatiques et religieuses de la résistance à la discrimination donne incontestablement à réfléchir.

Finalement, James CONES, a démontré Malcolm X et Martin Luther KING étaient bien plus liés que ce qu'on veut bien nous faire croire. Ils avaient deux méthodes de combat qui se sont rapprochés au fil du temps et ils ont apporté tous les deux une contribution énorme à la lutte pour l'égalité aux Etats-Unis. L'un ne va pas sans l'autre, Luther King ne serait pas ce qu'il est sans Malcolm X et vice-versa.

Malcolm X, un personnage controversé, mais qui a réévalué sa doctrine vers la fin de sa vie. Manning MARABLE, un africain-américain, professeur d’histoire à l’université de Columbia, parle de Malcolm X, avec un très grand respect voire avec admiration. Il s’oppose très fermement à l’appréciation de ses adversaires blancs qui ne cessaient de dénoncer en Malcolm un démagogue dangereux et irresponsable, prophète de la haine etc. Mais il ne cherche pas non plus à en faire un héros infaillible ni à gommer les limites et les contradictions du personnage. On apprend beaucoup, par exemple, sur la carrière de truand qui a amené Malcolm X en prison (1946-1952), où il a été recruté par la Nation of Islam (NOI). Une brève rencontre homosexuelle, probablement le fruit de la nécessité économique, est mentionnée au passage, ce qui n’a pas manqué de scandaliser certains admirateurs inconditionnels (et homophobes) de Malcolm X.

MARABLE ne se voyait ni comme intégrationniste, ni comme séparatiste ou black nationalist, mais comme «transformationniste» et ses références théoriques venaient en grande partie du marxisme. L’un des leitmotivs de l’épilogue est que Malcolm – tout en s’impliquant de plus en plus dans les luttes anticolonialistes et révolutionnaires du tiers monde, et tout en accueillant le dialogue avec l’extrême gauche trotskyste états-unienne – était de plus en plus convaincu de la nécessité pour les Noirs américains de s’impliquer dans la vie politique institutionnelle, sans illusions, mais sans abandonner ce terrain. Il n’était pas intégrationniste car il n’a cessé de se concevoir d’abord comme Noir, c’est-à-dire comme homme d’origine africaine, avant d’être citoyen des États-Unis. Il «percevait les noirs américains comme une «nation opprimée au sein d’une nation», dotée de sa propre culture, ses propres institutions», ses propres «mémoires de luttes pour la liberté». Cependant, à la fin de sa vie, écrit MARABLE, «il s’est rendu compte du fait que les Noirs pouvaient atteindre une représentation et même du pouvoir au sein du système constitutionnel états-unien». Son objectif était «une restructuration fondamentale de la richesse et du pouvoir aux États-Unis : pas une révolution sociale violente mais néanmoins un changement radical et significatif». Il rejetait «l’indifférence à la couleur» (color­blindness) mais, comme Frantz FANON, il croyait que les «hiérarchies dans la société pouvaient être démantelées». Si Malcolm n’a cessé de défendre le droit à l’autodéfense armée face aux violences racistes, il ne défendait pas, écrit MARABLE, «la violence pour la violence» (violence for its own sake). Pour résumer son propos, MARABLZ qualifie Malcolm, à la fin de sa vie, d’«humaniste radical», plus proche de la vision de James BALDWIN, qui appréciait la «douceur» (gentleness) de Malcolm.

Bibliographie sélective

1 – Contributions de Malcolm X

X (Malcolm), Derniers discours, traduction Isabelle Chapman et Edith Ochs, introduction de Bruce Perry, Paris, Dagorno, 1993, 188 pages ;

X (Malcolm), HALEY (Alex), The Autobiograpgy of Malcolm X, préface M. S Handler, New York, Ballantine Books, 1973, 460 pages et Paris, Pocket et Bernard Grasset, 1993, 336 pages ;

X (Malcolm), Le pouvoir noir, textes réunis et présentés par Georges Breitman, traduits par Guillaume Carle, et préface de Claude Julien,  Paris, François Maspéro, 1968, 203 pages ;

X (Malcolm), Nous les Nègres, entretien avec Kneth B Clarke, traduit par André Chassigneux, préface d’Albert Memmi, Paris La Déocuverte, 2008, 101 pages ;

X (Malcolm), Pensez par vous-mêmes, introduction Philippe Godard, Paris, Syros, 2006, 111 pages ;

X (Malcolm), Sur l’histoire afro-américaine, préface M. Lydia Zaid, Bruxelles, Aden, Les Belles Lettres, 2008, 105 pages.

2  - Critiques de Malcolm X

ADOFF (Arnold), Malcolm X, New York, Crowell, 1970, 41 pages ;

BREITMAN (George), CLIFTON (Deberry), Malcolm X, révolutionnaire noir, Montreuil, La Brèche, 1994, 165 pages ;

BREITMAN (George), The Assassination of Malcolm X, New York, Pathfinders Press, 1991, 196 pages ;

COHEN (Jim), «A propos du livre de Malcolm X : A Life of Reinvention, de Manning Marable, Penguin Book, 2011», Mouvements, 2012, (4) n°72, 168-170 ;

CONE (James, H), Malcolm X et Martin Luther King : les effets d’une colère noire, traduction de Serge Molla, Genève, Labor et Fides, Paris, Cerf, 1993, 143 pages ;

CONE (James, H), Malcolm X et Martin Luther King, même cause, même combat, traduction de Serge Molla, Genève, Labor et Fides, 2008, 124 pages ;

GODARD (Philippe), Malcolm X : pensez par vous-mêmes, Paris, Nathan, 2010, 113 pages ;

GOLDMAN (Peter, Louis), The Death and Life of Malcolm X, Urbana, London, University of Illinois Press, 1979, 470 pages ;

KHIARI (Sadri), Malcolm X, stratège de la dignité noire, Paris, éditions Amsterdam, 2013, 123 pages ;

MARABLE (Manning) X (Malcolm), une vie de réinvention, Manning Marable, traduit par Emmanuel Dalgo Hoch, Patrick Le Tréhondat et Patrick Silberstein, Paris, Syllepse, collection Militantisme, Québec, M. éditeur, octobre 2014,  752 pages ;

NATAMBU (Koffi), The Life and Work of Malcolm X, Indianapolis, Alpha, 2002, 330 pages ;

ROULET (Daniel), Malcolm X : par tous les moyens nécessaires, Strasbourg, Desmaret, 2004, 56 pages ;

STEIGER (Frank), Les trois dimensions de la révolution inachevée, préface de Serge Molla, Paris, L’Harmattan, 2003, 142 pages ;

SYLLA (Fodé), KOWALESKI (Sbignew), Qui a peur de Malcolm X ?, Paris, Ramsey, 1993, 170 pages.

Paris, le 22 février 2015 et actualisé le 30 mai 2018, par Amadou Bal BA  -  http://baamadou.over-blog.fr/

Malcolm X (1925 - 1965).
Malcolm X (1925 - 1965).
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commentaires

serrurier paris 09/03/2015 08:03

J'apprécie votre blog, n'hésitez pas a visiter le mien.
Cordialement

Le blog de BA Amadou 30/03/2015 21:45

ok bonne soirée

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