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7 septembre 2014 7 07 /09 /septembre /2014 07:09

Valérie TRIERWEILER : une puissance médiatique dévastatrice, par Amadou Bal BA - Baamadou.over-blog.fr.

N.B. Cet texte a été publié dans le journal Ferloo, édition du 11 septembre 2014.

Comme tout le monde, face au déchainement médiatique du livre de Valérie TRIERWEILER, «Merci pour ce moment», je m’étais dit que je ne vais pas lire ce règlement de comptes. Puis je me ravisé. Ce n’est pas seulement que de la curiosité malsaine. Tout d’abord, le témoignage d’une ancienne compagne d’un Président, même si on doit en prendre connaissance avec une distance critique, sans se faire instrumentaliser, est une information non négligeable. Mme TRIERWEILER, en sa qualité de journaliste politique suit, notamment le Parti socialiste, depuis 1988. C’est à cette occasion qu’elle a côtoyé François HOLLANDE, puis est devenue sa compagne, après une longue hésitation, dit-elle, à partir du 14 avril 2005. Par conséquent, même s’il est à charge, c’est un réquisitoire, de premier choix. Ensuite, il serait réducteur de n’y voir qu’un déballage d’affaires privées. Le fait qu’un chef de parti choisisse une compagne, journaliste politique, l’abandonne quelque temps après où il accède à la présidence, ce sont des faits privés. J’en conviens. Cependant ces faits privés ont de fortes répercussions politiques. La vie du chef de l’Etat donne lieu à des scandales à répétition, alors que pendant la campagne électorale François HOLLANDE, sur le slogan «Moi, Président de la République», s’était engagé, très fortement, à séparer la vie publique et la vie privée, en vue d’une «République exemplaire et irréprochable». Mme TRIERWEILER, en femme qui s’est sentie répudiée, sans élégance, avec une grande dose de goujaterie et de cruauté, a accumulé d’importantes informations, et non des moindres, sur la vie politique depuis 1988. Je ne suis pas sûre qu’elle ait tout dit. Peut-on raisonnablement penser qu’une journaliste politique, blessée de surcroît, observe, durablement, le silence et la retenue ? Comment pourrait t-on trier le vrai du faux ? Il se peut que cet ouvrage ne soit qu’une entrée en matière, pour de futures secousses politiques. Ça va saigner. Enfin, j’ajoute que j’ai une aversion profonde pour les préjugés. En effet, si on n’a pas lu un ouvrage comment peut-on apprécier sa vraie valeur ?

Une Fatwa est posée : il serait vil de lire l’ouvrage de Mme TRIERWEILER, une femme éconduite, séduite, puis abandonnée, et terriblement jalouse. Les propos de Mme TRIERWEILER, relatant des histoires d’alcôve, inspirés par un désir manifeste de vengeance, n’auraient aucune signification politique, et ne seraient, en aucune façon, fiables. Je m’insurge contre cette lecture politique simpliste de la situation. En effet, il ne faut pas perdre de vue que les données privées, dans ce feuilleton dramatique, ont de très fortes répercussions politiques. Et cela, pour deux raisons essentielles.

D’une part, la qualité particulière des protagonistes (un Président en exercice, une éminente femme politique qu’est Ségolène prétendante au perchoir, mais devenue Ministre, et une journaliste politique), donne au récit de Mme TRIERWEILER un éclairage politique sur le drame qui se trame chaque jour sous nos yeux. Jamais la confusion des genres n’a atteint un tel sommet. L’affaire Julie GAYET, ce vaudeville, cette affaire de cœur, de casque intégral et de dérobades à scooter, a abîmé, encore plus, l’image du Président HOLLANDE. Par ailleurs, la présence dans le paysage politique, d’une grande dame, aussi charismatique que Ségolène qui a eu des enfants avec le Premier secrétaire du PS, lui-même devenu président de la République, est un fait majeur où le public se mêle privé. Ségolène, première femme qui a battu les phallocrates socialistes aux primaires de 2006, a réalisé un score honorable aux présidentielles de 2007. Ségolène devenue, à ce titre, un personnage politique incontournable, alors que son compagnon l’a humiliée en privé, avait toutes les raisons de s’emporter. Cependant, elle est restée digne, comme une Sénégalaise de Ouakam. Elle a gardé tout son sens politique et son l’honneur. De surcroît, Mme ROYAL a rallié, de façon décisive, François HOLLANDE aux primaires de 2011, et a conclu un pacte avec lui pour devenir présidente de l’Assemblée nationale. Mme TRIERWEILER, en fine journaliste politique, n’ignore pas l’envoûtement de Ségolène qui a conquis le cœur des Français. Mme TRIERWEILER s’est toujours sentie illégitime et menacée dans son rôle de première dame.

D’autre part, si on ne devrait s’intéresser qu’aux contributions désincarnées, n’existant que par elles-mêmes, notre champ de lecture serait terriblement réduit ou inexistant. En effet, peu de choses, aussi bien dans la sphère publique que privée, sont innocentes. Ainsi, quand je lis le Figaro, un journal conservateur, je sais que cet organe de presse valorise, sans nuances, les activités de la Droite, et pour le gouvernement de Gauche, il appuie sur ce qui fait mal. Mais le Figaro n’est jamais inintéressant. En conséquence, pour décoder un message, Aristote, dans sa Rhétorique, a soulevé différentes interrogations, toujours d’actualité : Qui parle ? Pourquoi parle t-on ? Devant qui parle t-on ? Il faudrait donc prendre connaissance de l’ouvrage de Mme TRIERWELER, souffrant de sa très mauvaise image auprès des Français, dans un contexte de séparation difficile. Même si cet ouvrage est la vérité de Mme TRIERWEILER, c’est une part de vérité qu’il ne faudrait ni sous-estimer, ni négliger. C’est bien connu que certaines informations importantes sont lâchées, sous le coup de la colère, par un entourage aigri ou humilié (licenciement humiliant d’un collaborateur, femme divorcée). Ainsi, les emplois fictifs de la ville de Paris sous l’ère CHIRAC et l’affaire CAHUZAC résultent d’une dénonciation. Moralement, la délation est condamnable, et pourtant, ces délateurs ont dit la vérité. La question que je me suis posée est la suivante : comment un homme politique aussi avisé que M. HOLLANDE, que j’ai soutenu et que je soutiendrai, avec des réserves sur l’attention à porter aux exclus et à la diversité, a-t-il pu désespérer la Gauche, en si peu de temps, au point de rendre crédible l’arrivée du FN au pouvoir ?

Les hommes politiques portent souvent une carapace pour se protéger, et c’est normal. Et pour la première fois, qu’une journaliste politique nous livre, de l’intérieur, ses appréciations après avoir séjourné avec le Président à l’Elysée pendant 23 mois, il est légitime d’examiner, avec sans doute des précautions, son voyage inédit au cœur du pouvoir politique. François HOLLANDE, dont l’honnêteté est incontestable, voulait une «République exemplaire». Il est perçu comme un homme accessible, sympathique et n’aime pas les riches. Et voila qu’un doute sérieux s’insinue sur ces formules dont l’authenticité n’est pas encore démontrée : la famille de Mme TRIERWEILER serait appelée des «pas jojo» et les pauvres qualifiés de «Sans-dents». Et si Mme TRIERWEILER disait la vérité ? Personne ne peut contester la puissance médiatique dévastatrice de Mme TRIERWEILER. Sa capacité de nuisance, notamment à travers son tweet soutenant Olivier FALORNI un adversaire aux législatives de Ségolène, et maintenant ce brûlot contre M. HOLLANDE, ont fait l’effet d’un cataclysme. Militant de longue date au Parti socialiste, je suis gravement troublé. Faut-il attendre le prochain ouvrage d’Arnaud MONTEBOURG pour en avoir le cœur net ? C’est en tout cas, le moment où Martine AUBRY, représentante de l’aile gauche du PS et principale challenger de François HOLLANDE, qui avait gardé le silence pendant plus de 2 ans, choisit de peser sur le débat politique.

Ma Gauche à moi, c’est celle qui est morale, défend l’égalité, les exclus et la diversité. Tous ne sont pas pourris. Tant mieux pour notre démocratie. Mais certains personnages (Jérôme CAHUZAC, Aquilino MORELLE, Mme Yamina BENGUIGUI, et maintenant Thomas THEVENOUD) ont abîmé, durablement et gravement, l’image de mon parti. Je leur en veux terriblement. Force est de reconnaître que nous vivons une ambiance délétère, une ère du soupçon et du doute. Nous Socialistes, nous avons des idées généreuses, mais le rapport que nous entretenons avec le pouvoir est souvent dramatique. Ainsi, après le gouvernement de Léon BLUM, certains de nos députés ont voté pour les pleins pouvoirs au Maréchal PETAIN. Après le virage à droite, en 1983, le Front National s’est installé, pour longtemps, dans le paysage politique, au point d’être «à la porte du pouvoir», suivant une expression du premier ministre Manuel VALLS. Après la débâcle des législatives de 1993, sur fond de lynchage médiatique autour d’une «Gauche caviar», l’ancien premier ministre Pierre BEREGOVOY s’est donné la mort. En 2002, l’élimination au premier tour de notre candidat Lionel JOSPIN, au profit du Front National avait sonné comme un tremblement de terre. A chaque fois, on répète «Plus jamais ça». Mais encore plus que jamais, aujourd’hui, la peste brune menace. Même si l’ouvrage de Mme TRIERWEILER tombe au pire moment pour François HOLLANDE, il faut convenir qu’il existe un décalage saisissant entre le discours du Bourget, fondé sur une flétrissure de la finance, et la pratique gouvernementale actuelle inspirée d’un libéralisme assumé. «Le changement a eu lieu. Pas le changement qu’on attendait», dit Mme TRIERWEILER évoquant dans son ouvrage l’irrésolution de François HOLLANDE, notamment à travers les affaires CAHUZAC et Léonarda. La gestion calamiteuse des affaires publiques, comme privées, de notre chef de l’Etat, est devenue une grande préoccupation au point que le Front National réclame immédiatement le pouvoir. Il y a quelque chose de dramatique et de tragique qui se trame. Je redoute l’issue fatale.

Certains aspects de l’ouvrage de Mme TRIERWEILER soulèvent un grave problème moral et éthique. J’en conviens. En effet, Mme TRIERWEILER est une femme blessée qui charge un maximum son ancien compagnon, président en exercice, de surcroît. En tant que journaliste politique, qui suivait le Parti socialiste de longue date, Mme TRIERWEILER n’est pas une novice en politique ; elle connaît la portée dévastatrice de sa puissance médiatique. Elle a choisi d’enfoncer François HOLLANDE au pire des moments. Comment peut-on cracher sur ce qu’on avait adoré ? En effet, François HOLLANDE est présenté, notamment comme un cynique, un menteur, un colérique, incapable d’être attentionné et défendre la femme qui l’aime. «Le silence de l’être aimé est un crime tranquille», dit Tahar Ben JELLOUN que cite Mme TRIERWEILER. Par ailleurs, bien qu’elle ait conquis M. HOLLANDE, la lecture de cet ouvrage m’a donné le sentiment d’une femme dévorée par la jalousie, peu sûre d’elle-même, obsédée par le magnétisme et l’hypothétique retour de Ségolène ROYAL. La France est un pays de couples recomposés. Ce sont des drames personnels fréquents. Des femmes célèbres sont restées d’une grande dignité, et c’est à leur honneur (Mmes Danielle MITTERRAND, Hilary CLINTON, Anne SINCLAIR, Anne-Anémone GISCARD d’D’ESTAING, Ségolène ROYAL). Pourquoi ce grand déballage au moment où M. HOLLANDE est très fragile ? Pourquoi le président HOLLANDE a-t-il mal géré cette séparation au risque de s’exposer à des révélations d’une journaliste politique devenue une ex compagne ? Comment se fait t-il que l’Elysée ne soit pas au courant de cet ouvrage explosif, et n’ait pas pu déminer, au préalable, cette bombe politique ?

A d’autres égards, c’est un ouvrage qui est plus riche que ne le dit la presse à sensation. Tout d’abord, il est captivant et se lit aisément. Je l’ai acheté vendredi après-midi et viens de finir le lire le samedi vers 14 heures. Ensuite, j’ai appris beaucoup de choses sur Mme TRIERWEILER que je ne connaissais pas vraiment. La première fois que j’ai entendu parler de Mme TRIERWEILER c’était en janvier 2007. Yaya, un chauffeur au Parti socialiste, alors que Ségolène, au sommet de sa gloire, venait d’être désignée comme candidate socialiste aux présidentielles, me dit tout de go : «Hollande a nouvelle amie». Je n’ai apporté aucun crédit à cette indiscrétion. J’avais vu Ségolène et Hollande au local du PS dans le 18ème, à la suite d’une victoire aux législatives partielles d’Annick LEPETIT. Leur entente me paraissait parfaite. Pendant l’été 2012, le palais de l’Elysée est ouvert, je fais la queue, un dimanche matin, avec mon fils, Jean-Philippe depuis 6 heures du matin. Arrivé au niveau de la grille du parc de l’Elysée une voiture s’arrête, François HOLLANDE en sort et vient, spontanément, nous saluer. Mme TRIERWEILER est restée en retrait. Je lui lance cet appel : «Valérie vient nous dire bonjour». Elle est venue, avec joie, suivre le Président qui adore les bains de foule. Enfin, dans cet ouvrage, j’ai apprécié la sincérité de cette femme de la ZUP Nord d’Angers, venant d’un milieu modeste, socialiste de gauche, antiraciste, passionnée pour l’humanitaire, qui crie son amour. Mme TRIERWEILER dresse une galerie de portraits détonants et sans nuances : elle apprécie ou elle massacre. On sent une femme qui souffre d’avoir été abandonnée et que les Français ne l’apprécient pas. «Ma seule manière de reprendre le contrôle de ma vie était de la raconter. J’ai souffert de n’avoir pas été comprise, d’avoir été trop salie», dit-elle. Mme TRIERWEILER, à travers ses écrits, est une femme combative affirmant son indépendance, en quête de notoriété, elle veut se reconstruire. Ce livre est une thérapie, une forme d’exorcisation d’un présent douloureux blindé de somnifères. Mme TRIERWEILER estime que le portrait qui est fait d’elle lui ressemble peu, avec des miroirs déformants, décalés, construits avec des supputations. «Cette femme avait mon nom, mon visage, pourtant je ne l’ai pas reconnue», précise-t-elle. «J’ai trop besoin de vérité. Ecrire est devenu vital», confesse-t-elle.

L’ouvrage comporte, parfois des redites, une structuration perfectible, des contradictions sur certains points, ou un manque de discernement provoqué par la colère, mais demeure un témoignage exceptionnel sur une période politique troublée, et dont l’issue pourrait être tragique pour la République. C’est le récit d’une femme outragée, fidèle à ses origines sociales modestes, qui voulait s’élever au rang de première dame de France. Comme Icare, dans la mythologie grecque, Mme TRIERWEILER qui voulait accéder à la lumière, a fait une lourde chute pour s’être approchée du Soleil. C’est aussi une remarquable description des mœurs politiques au moment où le public et le privé s’entrelacent, les valeurs morales s’affaissent, le cynisme, la duplicité et le double langage triomphent. Ce conflit du Bien et du Mal, du respect de la parole donnée, dans un contexte de crise, nous dirige au bord du gouffre, dans l’inconscience générale, de la menace de la peste brune.

I – Valérie TRIERWEILER, une femme de la ZUP Nord d’Angers

qui voulait devenir Première Dame de France

1 – Une journaliste politique spécialiste du Parti Socialiste,

Titulaire d’un D.E.S.S. de communication politique et sociale de la Sorbonne, née Valérie MASSONNEAU le 16 janvier 1965 à Angers (Maine et Loire), Mme TRIERWEILER est arrivée à Paris, en 1988, à l’âge de 23 ans, pour suivre son premier conjoint, Franck THURIEAU, un ami de jeunesse. A l’époque c’est une provinciale qui n’a jamais ni pris l’avion, ni vu la mer, et n’a été au théâtre qu’une fois. Mme TRIERWEILER confesse, qu’à ses débuts de journaliste, elle ne connaissait ni le monde politique, ni ses codes et ses dîners en ville, et n’avait pas une vaste culture. Elle a dû travailler dur pour rattraper le retard : «Lire m’a ouvert tous les horizons et les possibles», dit-elle. Dès 1988, elle débute en qualité de journaliste politique à la revue «Profession politique», et rencontre, de façon incidente, François MITTERRAND, en 1988, à la Maison d’Amérique Latine, venu fêter sa victoire. Journaliste politique, son premier reportage sera la «résurgence des vieux courants au Parti socialiste». Mme TRIERWEILER se sent en affinité avec le courant de Jacques DELORS, dont M HOLLANDE fait partie. Evoquant les différentes rencontres de Socialistes «La gaité c’est François qui la met, comme partout où il se trouve. J’aime son contact. François aime les journalistes, et je ne tarde pas à devenir sa journaliste préférée». Leur relation se limitera, pendant longtemps, sur le plan professionnel. Mariée deux fois et divorcée deux fois, Mme TRIERWEILER a trois enfants.

Mme TRIERWEILER est engagée en 1989, chez «Paris-Match», en qualité de pigiste, et contrairement aux dires de certains, non pas en raison de ses charmes, mais uniquement sur recommandations de Mme Laurence MASUREL. Son travail est d’être reportrice sur le terrain, et en particulier de suivre le Parti Socialiste. C’est là elle où rencontre Denis TRIERWEILER, son deuxième mari, qu’elle décrit comme «beau, intelligent, mais sombre». Il est d’une «culture pointue». Valérie conservera le nom de son second époux, pour ses enfants et parce qu’elle est, désormais, mieux connue sous ce nom, que celui de MASSONNEAU, son nom de jeune fille.

Jusqu’à ce jour du 14 avril 2005, à Limoges, Mme TRIERWEILER affirme qu’il ne se passe rien entre elle et le Premier secrétaire du Parti socialiste : «François HOLLANDE n’a jamais de paroles ou de comportements déplacés à mon égard, contrairement à bien d’autres hommes politiques». Le 21 avril 1993, c’est la bérézina pour le PS qui ne conserve que 52 députés. M. HOLLANDE est sonné et envisage d’abandonner la Corrèze une terre électorale difficile pour la Gauche. «S’il me donne des tuyaux, il m’arrive aussi de l’informer car je connais bien le Parti Socialiste», dit Mme TRIERWEILER.

2 – Une femme indépendante, militante de gauche, fidèle à ses origines modestes.

Mme TRIERWEILER revendique fièrement son indépendance. Une indépendance professionnelle, morale, financière et intellectuelle, conquise de haute lutte. Mme TRIERWEILER se définit comme une femme indépendante, antiraciste et résolument de gauche. «L’argent n’a jamais été mon moteur, mais j’ai peur du lendemain, c’est viscéral. Sa mère avant de trouver un emploi de caissière dépendait de mon père. Je me suis construite sur ce rejet : jamais je ne dépendrai de personne». Aux municipales de 2014, Mme TRIERWEILER confesse ceci : «je viens de voter à Gauche, et je pense à ma famille, ce brillant mari et ces garçons magnifiques que j’ai quittés pour François ».

Alain BOURMAUD et Nadia LE BRUN décrivent Mme TRIERWEILER comme une femme au caractère bien trempé, une personnalité plurielle et complexe ; ce qui permet de comprendre comment cette habitante de la ZUP Nord d’Angers s’est construite un destin exceptionnel. Mme TRIERWEILER, dans sa grande franchise, nous donne plusieurs éléments d’appréciation sur son itinéraire. Son père, grand invalide de guerre, qualifié de «tyrannique», a perdu une jambe, à la suite d’un éclat d’obus en 1944. Sa mère, qui n’a que son certificat d’études primaires, a eu six enfants en quatre ans et demi. C’est une mère courage incarnant l’héroïsme au quotidien, d’abord sans profession, elle a dû prendre un emploi de caissière pour subvenir aux besoins de sa famille nombreuse. Sa mère «est belle et personne n’a eu meilleure mère», que nous dit-elle.

Fille d'un père invalide et d'une mère caissière, Mme TRIERWEILER a grandi dans une cité populaire. Est-ce là l'origine de ce cocktail explosif, unissant volonté de fer et tempérament de feu ? Mme TRIERWEILER est une femme de gauche qui n’a jamais renié ses origines modestes. Ses parents habitent la ZUP Nord d’Angers. «L’injustice, je l’ai ressentie très tôt. Lorsqu’une de mes camarades me confie que ses parents ne veulent plus que je vienne la voir chez elle : je n’habite pas du bon côté. J’ai mal vécu cette histoire, elle m’a poursuivie tout au long de ma vie. J’exècre toute forme de racisme, mais on l’oublie trop souvent le racisme social ». Mme TRIERWEILER a désormais un fort engagement humanitaire, notamment auprès du Secours populaire.

3 – Femme amoureuse qui aurait pris des risques

Cette histoire d’amour, telle qu’elle est contée par Mme TRIERWEILER, ressemble au roman d’Albert COHEN, «Belle du Seigneur». La tragédie sentimentale se déroule en trois actes : la séduction, la conquête et enfin la destruction. «Je me sens coupable. Il y a neuf ans, j’ai sacrifié ma famille pour un homme qui s’est débarrassé de moi à la première occasion», dit Mme TRIERWEILER. Evoquant le communiqué de rupture entre Ségolène et François HOLLANDE (J’ai demandé à François de quitter le domicile conjugal), Mme TRIERWEILER fait référence, en fait, à sa situation personnelle avance ceci : «Je comprends aujourd’hui à quel point la trahison peut apporter au ressentiment».

Mme TRIERWEILER a participé à l’ascension de M. HOLLANDE, alors que personne ne misait sur lui, au départ : «Personne ne croyait en lui, je n’avais aucun rêve secret d’Elysée. Jamais nous n’avons évoqué le fait. Rien d’autre que l’amour». Cette assertion recèle une grande part de vérité, mais manque de nuances. A la période où Mme TRIERWEILER commence une vie privée avec M. HOLLANDE (14 avril 2005), le Premier secrétaire du PS est sur une phase ascendante. En effet, M. HOLLANDE a gagné les élections régionales de 2004. Le parti Socialiste, après les douloureuses défaites de 1993 et de 2002, sort de sa grande léthargie. Mme TRIEWEILER a participé à une réunion très secrète, en début 2011 pour aborder la façon dont M. HOLLANDE va annoncer sa candidature aux présidentielles de 2012. Une interview dans la presse régionale ne lui paraît pas une bonne idée, Mme TRIERWEILER suggère, et c’est retenu, une déclaration depuis le fief de François HOLLANDE à Tulle, en Corrèze. Dans l’adversité, alors que les sondages, pour la présidentielle de 2012 n’étaient pas favorables (3%), Mme TRIERWEILER a reconnu que M. HOLLANDE a fait preuve d’une grande détermination. Mme TRIERWEILER affirme accompagner M. HOLLANDE dans ses rencontres avec des élus pour rallier sa cause pour les présidentielles de 2012. Mme TRIERWEILER prétend que M. Aquilino, «l’homme aux souliers cirés», suivant son expression, n’aurait pas rédigé le discours du grand meeting du Bourget pour François HOLLANDE. Le candidat s’est enfermé, pendant trois jours, à leur domicile du 15ème arrondissement, pour le concevoir. Mme TRIERWEILER l’a aidé à l’accoucher. Elle en serait «sa petite main».

On sent dans ses écrits que c’est une femme profondément amoureuse, et dotée d’un désir de rayonner, de briller, une volonté de puissance. Née sous le signe astral du Soleil, représentant la création, l’activité et le rayonnement, Mme TREIRWEILER a une grande soif de reconnaissance. Mme TRIERWEILER reproche à François HOLLANDE de ne pas être attentif, et de surcroît, de ne pas la protéger quand elle fait l’objet d’attaques injustes. Plusieurs passages de l’ouvrage de Mme TRIERWEILER attestent de cette demande d’affection, et donc de sortir de l’ombre : «C’est un introverti, incapable de montrer en public ce qu’il ressent. Trop habité par son fonction, comment le pouvoir a-t-il pu étouffer cet amour si fort, si violent ?». Mme TRIEWEILER qui animait l’émission «Itinéraires», sur la télévision Direct8, est stupéfaite que M. HOLLANDE ne connaisse pas celle-ci, et ne lit pas ses chroniques littéraires à «Paris-Match». Apparemment, M. HOLLANDE ne s’intéresse, dit-elle qu’aux journalistes : «J’avais tellement d’importance à ses yeux autrefois quand j’étais journaliste politique. Rien ne passionne François en dehors de la politique. Rien ni personne». Pendant cette période de campagne électorale, François HOLLANDE reste dans un état de concentration extrême de maîtrise totale de lui-même. Lorsqu’il est élu président de la République Mme TRIERWEILER dira : «Ce président sait garder son sang-froid et prendre de la distance ». Et ajoute, «il est devenu trop dur, tellement différent, indifférent, et j’ai le sentiment qu’il ne m’aime plus».

4 – Une roturière qui ne connaît pas les codes du pouvoir politique

La France est l’un des rares Etats à s’enorgueillir de faire référence, dans ses institutions, à un statut de «Première dame». Mais ce rôle, incertain et flou, a des contours non définis. Mme TRIERWEILER est fortement impressionnée par Michelle OBAMA, «elle a du charisme, c’est palpable. Elle dégage une aura qui en impose». Elle se lie d’amitié avec la femme du président du Mali, Mintou TRAORE. Mme TRIERWEILER estime que dans son voyage social, en qualité de première dame de France, elle s’est toujours sentie illégitime, et s’est heurtée à un «plafond de verre». Elle est éprise d’un homme qui s’éloigne d’elle avec le succès : «Le pouvoir agit comme un acide, il a miné notre amour de l’intérieur». Bien que journaliste politique, et sûre de ses sentiments pour le Président, Mme TRIERWEILER ne connaissait pas, en fait, les codes du pouvoir politique. En 17 ans de journalisme, elle ne découvre, pour la première fois, le bureau présidentiel, qu’en mai 2012. Mme TRIERWEILER, mal préparée, est propulsée première dame, un rôle indéfini, et sans statut officiel : «Je dois m’adapter à ce carcan, mais je ne le comprends encore». Mme TRIERWEILER précise ce saut dans l’inconnu : «Ce monde nouveau n’était pas fait pour moi. Je suis entière et spontanée, je dis ce que je pense, j’ai grandi dans un milieu où l’on ne dissimule rien. Dans le sérail, on est habitué aux non-dits, on sourit à ceux qu’on méprise, on médit dans l’ombre». De surcroît, M. HOLLANDE placerait Mme TRIERWEILER dans un état d’insécurité permanente par ses mensonges, ses mystères et ses cachoteries : «François cloisonne tout, et je sens qu’il ne veut pas de moi dans sa vie politique, qu’il met soudain de la distance», dit-elle.

François HOLLANDE redoute que la mauvaise image de Mme TRIERWEILER auprès des Français ne déteigne sur lui. «Tu te souviens où en était ton image quand je t’ai aimé ? Si j’avais dû m’arrêter à ta popularité, je ne serai pas amoureuse de toi». Elle ajoute ceci : «Il se moque du sort qui m’est réservé, et cherche d’abord à préserver son propre capital de sympathie qui fond à vue d’œil». En effet, différentes biographies donnent une très mauvaise image de Mme TRIERWEILER auprès de l’opinion publique. Mme TRIERWEILER estime que être piégée par certains biographes, et que d’autres déforment, brodent, inventent et attaquent. Ainsi, Alix BOULHAIGUET et Christophe JAKUBYSZYN, dans l’ouvrage, «La frondeuse», décrivent Mme TRIERWEILER comme une personne tourmentée, une femme de feu, qui ne connaît pas les codes de l’Elysée, en dépit d’une mise en garde de Carla BRUNI. M. JAKUBYSZYN adressera, par la suite, une lettre d’excuses à Mme TRIERWEILER. Laurent GREILMER, dans une autre biographie, «La favorite», brosse le portrait d’une première dame angoissée, aveuglée par son ambition, sa jalousie, ses réflexes, sa volonté de contrôle : «As-tu conscience de jouer à la Pompadour roturière des Lumières ? Eclairée et détestée ?», lancent-ils méchamment.

Mme TRIERWEILR estime qu’elle n’est pas la femme qu’on décrit, une voleuse de mari, destructrice de famille, rancunière, colérique, hystérique, une sorcière méchante qui mélange vie publique et vie privée. «Ils ont commencé à faire le portrait d’une femme qui me ressemblait si peu», dit-elle. Ainsi, un journaliste de «Paris-Match», qualifie Mme TRIERWEILER de «Rottweiler» de François HOLLANDE. D’autres injurient Mme TRIERWEILER, qualifiée de «Première pute de France ». Ce sont des «miroirs déformants, décalés, construits avec des supputations. Cette femme avait mon nom, mon visage et pourtant je ne l’ai pas reconnue», dit-elle. Mme TRIERWEILER avance, qu’en raison de cette étiquette : «Je reste souvent en retrait, ce qui me vaut la réputation de froideur et de fille hautaine qui ne m’a jamais quittée». Déjà à l’université, elle met des jupes et des vestes acquises aux puces. «Cette allure ne fait que renforcer mon image de dureté et de femme dédaigneuse».

5 - C’est une personne entière ; ce qui rend crédible ce qu’elle dit.

Mme TRIERWEILER est une femme sincère. Il faut donc accorder un certain crédit à cet ouvrage. «Elle est cash. Ce qu’elle pense, elle le dit. Si elle ne t’aime pas tu le sais. Elle ne fait pas mystère de ses ressentis», dit une de ses amies. Pendant la séparation avec M. HOLLANDE, Mme TRIERWEILER a apprécié, les mots d’amitié d’Aurélie FILIPPETTI, Yamina BENGUIGUI, Benoît HAMON et Pascal CANFIN. Les autres sont aux abonnés absents. Mme TRIERWEILER déplore le cynisme du monde des amis politiques «Manuel VALLS et Pierre MOSCOVICI, dont on me disait si proche, n’ont pas dû se souvenir de mon numéro de téléphone». Manifestement, M. Aquilino MORELLE ne fait pas partie de ses amis. «Je me méfie d’Aquilino MORELLE. Je n’aime pas la duplicité. En mai 2014, je me réjouis de sa démission forcée». Mme TRIERWEILER avait vu juste puisque M. MORELLE qualifie, dans une édition du Point en date du 11 septembre 2014, son éviction de «purification ethnique» orchestrée par la Tchéka de la Hollandie. Suivant, Mme TRIERWEILER, le président HOLLANDE aurait perdu sa clairvoyance et sa lucidité qui ont été sa force jusque-là. Le président HOLLANDE ne fait pas la différence entre ceux qui sont à ses côtés pour lui et pour servir l’Etat, et ceux qui l’ont rejoint pour leur propre carrière et pour se servir de son influence. Martine AUBRY serait décrite, par le président François HOLLANDE, comme une «folle et instable ».

Mme TRIERWEILER reproche à M. HOLLANDE ses erreurs de casting, dans la nomination, notamment de ses Ministres : «La plupart des Ministres n’ont pas le niveau. Je suis affligée de ce que j’entends. Je les observe en silence, en me demandant comment tel ou tel Ministre a pu être nommé. Equilibre de courants, de sexe, équilibre régional ou de parti». Mme TRIERWEILER n’apprécie pas M. Manuel VALLS. Lorsque M HOLLANDE évoque l’idée de remplacer M. AYRAULT au poste de Premier Ministre par M. VALLS, la première dame lance cette mise en garde : «Tu sais bien que si tu prends VALLS, tu lui donnes la voiture et les clés. Et il va se tirer avec. Si en 2017, tu es en état de faiblesse, il exigera des primaires pour se présenter». Laurent GREILSAMER dans son ouvrage, «La favorite», posait déjà cette question redoutable : peut-on se vouloir femme indépendante, journaliste, libre d’exprimer ses convictions et humeurs personnelles ?

Ce mélange de vie publique et vie privée est au cœur de l’ouvrage de Mme TRIERWEILER, mais ce qu’elle dit comporte, indéniablement, d’importantes significations politiques.

II – Valérie TRIERWEILER relate un savant mélange de vie publique et vie privée, avec une signification politique singulière.

  1. - Mme TRIERWEILER dresse un sombre portrait du président HOLLANDE

Nous avons besoin de comprendre comment fonctionnent nos dirigeants, les déterminants qui les poussent à agir ou ne pas agir. Et de ce point de vue, leur personnalité permet d’appréhender comment ils conçoivent la politique, et donc la façon dont ils gèrent notre quotidien et notre avenir. Le président de la République française gouverne sur la 5ème nation industrielle du monde, dotée d’un feu nucléaire avec des interventions extérieures pour son armée classique. Qui a-t-on réellement élu à l’Elysée le 6 mai 2014 ? Compte tenu de la l’absence de résultats et au virage politique vers le libéralisme, y’aurait-il erreur sur la personne ?

Personnalité complexe et ambiguë, François HOLLANDE est décrit comme un brillant politique de gauche, proche des gens, sympathique, d’une rare intelligence, drôle, mais dépeint comme flou, inconsistant, sans charisme et qui préfère la synthèse à l’affrontement. Dans quelle mesure le portrait que brosse Mme TRIERWEILER du Président de la République correspond t-il à ces idées reçues, et quelles conséquences pour l’avenir de celui-ci ?

Mme TRIERWEILER dresse un portrait peu flatteur de M. HOLLANDE considéré comme un dirigeant froid, cynique, cassant, calculateur, opportuniste, machiste et mufle, et surtout déshumanisé. Mme TRIERWEILER ajoute même une terrible description de François HOLLANDE. Elle qui l’avait connu sensible, capables de mots apaisants et tendres, aurait subi une métamorphose. Le président HOLLANDE serait devenu un bloc de métal insensible et tranchant, cynique qui cherche la phrase qui fait mal. «Je n’aime pas les handicapés qui font commerce avec leur handicap» aurait lâché M. HOLLANDE (rendez-vous avec Philippe CROIZON). Accusation plus grave encore, Mme TRIERWEILER affirme que M. HOLLANDE, qui prétend aimer les gens, se moquerait des pauvres qualifiés de «Sans-dents». «Il s’est présenté comme l’homme qui n’aime pas les riches. En réalité, le Président n’aime pas les pauvres. Lui, l’homme de gauche, dit en privé, les sans-dents, très fier de son trait d’humour». Mme TRIERWEILER ajoute qu’au sortir d’un repas de Noël passé chez sa mère à Angers, M. HOLLANDE aurait lâché, avec un petit rire de mépris : «elle n’est pas quand même jojo la famille MASSONNEAU».

On se souvient que le président HOLLANDE, parfois appelé «Monsieur Petite Blague», avait dit, lors de sa première visite au Sénégal, le 12 octobre 2012, devant les députés : «Un Africain n’a pas de manteau». Une autre blague lors d’un déplacement de M. Manuel VALLS, Ministre de l’Intérieur en Algérie, avait provoqué un sérieux incident diplomatique : «M. VALLS revient d’Algérie, sain et sauf, c’est déjà beaucoup». Mais après avoir éclairci les circonstances de ces deux blagues extraites de leur contexte et malencontreuses, tout est revenu dans l’ordre. Les propos que rapportent Mme TRIERWEILER ont t-ils été prononcés ? Et dans quelles circonstances ? S’agit-il d’une simple maladresse, comme dans les affaires sénégalaise et algérienne ? Qui dit vrai ? Qui ment ?

«Calomnie, calomnie, il en restera toujours quelque chose», disait BEAUMARCHAIS. M. HOLLANDE, en fin politique, a senti le danger politique que représente pour lui cette polémique (62% des Français sont favorables pour sa démission). Le chef de l’Etat a déjà démenti cette révélation dans sa conférence de presse depuis l’Irlande, lors du sommet de l’OTAN. Ce commentaire sur la politique intérieure, à l’étranger, est inhabituel, dans la tradition républicaine française. Et il est revenu sur ce sujet, dans une édition du 11 septembre 2014 du Nouvel Observateur : "cette attaque sur les pauvres, les démunis, je l'ai vécue comme un coup porté à ma vie tout entière", dit-il. "Je sais d'où je viens". Il ajoute : «Je ne veux pas qu'on puisse dire ou écrire que je me moque de la douleur sociale, car c'est un mensonge qui me blesse". On est loin de la ligne de défense initiale du président HOLLANDE «les affaires privées doivent se traiter en privé». C’est donc que le livre de Mme TRIERWEILER revêt une grande signification politique et que sa puissance médiatique comporte d’importantes conséquences politiques.

Toujours dans le registre de la duplicité ou de la légèreté, Mme TRIERWEILER affirme que M. HOLLANDE savait que M. CAHUZAC a menti, mais ne l’a pas démissionné. «Le Président n’a vu rien venir. C’est pourtant un des rares sujets pour lequel, je suis montée plusieurs fois au créneau, juste après les premiers articles. En vain, il ne veut rien entendre», dit Mme TRIERWEILER. Jérôme CAHUZAC serait venu, un dimanche (janvier 2013 ?), déranger François HOLLANDE à son domicile du 15ème arrondissement. Mme TRIERWEILER estime que le président HOLLANDE a raté de sceller son sort, à ce moment là, pour devancer l’événement. François HOLLANDE n’aime pas les affaires de police, les dossiers et les rumeurs. M. CAHUZAC démissionnera deux mois et demi plus tard, soit le 19 mars 2013. François HOLLANDE reconnaîtra que Mme TRIERWEILER avait été intuitive. «Je ne comprends pas son aveuglement ou sa naïveté», dit Mme TRIERWEILER. Maintenant, le dossier de Thomas THEVENOUD, démissionné pour ses arriérés de loyers et d’impôts, en dépit du précédent de CAHUZAC, montre bien qu’il existe une part de vérité dans ce que dit Mme TRIERWEILER. L’Etat n’est pas assez vigilant avant de confirmer la nomination de ses Ministres.

Dans un contexte de séparation difficile, Mme TRIERWEILER dresse également de nombreux défauts de M. HOLLANDE. Il ne connaît la banlieue, ni le prix des choses. Il n’est pas pourtant flambeur. Son apparence lui importe peu. Les hommes de pouvoir perdent très vite, le sens des limites, c’est ce que les psychiatres appellent le «syndrome gagnant». Mme TRIERWEILER décrit le président HOLLANDE, dans l’affaire Léonarda, comme quelqu’un d’hésitant, irrésolu et qui change de stratégie de façon brutale et dangereuse. Cette famille doit-elle être expulsée ou maintenue sur le territoire ? Il y a une différence d’appréciation entre le Premier Ministre (M. AYRAULT) et le Ministre de l’Intérieur (M. VALLS). Le président HOLLANDE esquive, puis intervient, maladroitement, dans ce bras de fer. M. Eric BESSON a ajouté deux autres graves défauts : «Il a une énorme confiance en lui, et une assez faible confiance en la nature humaine. Il ne fait pas vraiment confiance et ne fait pas de la politique en bande. Il gère des cercles distincts dont il est le seul point commun». Selon M. BESSON, M. HOLLANDE a un «caractère bordélique». Et il conclut, «Son incapacité à gérer une organisation et ses ressources humaines. Son refus systématique de décider. Il ne tranche jamais. C’est parfois insupportable. Il est doté d’une confiance en lui extraordinaire, mais qui finit par l’aveugler». Arnaud MONTEBOURG est encore plus laconique et sanglant, alors qu’il était porte-parole de Mme ROYAL, il lâche à Canal Plus ceci : «Ségolène ROYAL n’a qu’un seul défaut, c’est son compagnon».

Pour Mme TRIERWEILER, le bilan de M. HOLLANDE est maigre. Il ne laissera dans l’histoire que «le mariage pour tous». Mme TRIEWEILER met en exergue la duplicité de M. HOLLANDE, qualifié de «roi du double langage, de l’ambiguïté et du mensonge permanent. Le mensonge est ancré en lui, comme le lierre se mêle à l’arbre». Ainsi, dans l’affaire Julie GAYET, et au moment où M HOLLANDE la voit depuis plus d’un an et nie cette relation, le Président aurait demandé à sa compagne de lui faire un enfant. M. François HOLLANDE a abandonné tous les marqueurs de gauche, notamment le droit de vote des étrangers aux élections locales. Jean-Luc MELENCHON recense, dès 2007, dans son ouvrage «En quête de gauche après la défaite», ce qui est censé être le logiciel de gauche. Sans arbitrer cette violente polémique, qui fera du tort à M. HOLLANDE, personne ne peut contester que la politique libérale du gouvernement loin de rétablir l’égalité, a provoqué de graves dégâts sociaux, au point de rendre crédible l’arrivée du Front National au pouvoir. En dépit d’une hausse d’impôts, les déficits se creusent et le chômage ne cesse d’augmenter. Bref, deux ans après, le changement a eu lieu. «Pas celui que nous attendions», dit Mme TRIERWEILER. On pourrait même résumer la nouvelle ligne politique comme suit : «mon ami, c’est la finance». On aime les entreprises et le patronat applaudit le Premier Ministre à deux mains.

Mme TRIERWEILER reconnaît au président HOLLANDE de nombreuses qualités. Il ne faudrait donc pas les occulter. Il est vif et drôle. «Il me fait rire. Je suis épatée par son intelligence, sa vivacité. Il va tellement vite dans ses réflexions. A la moindre question, la réponse fuse, limpide, avec une pointe d’esprit», l’humour c’est son bouclier et son masque. C’est un politique maître de ses paroles. Il a une force de persuasion nucléaire. En cas de crise, «il a une immense qualité de regarder d’abord devant et de ne jamais s’attarder sur qui est fait. Comment fait-on pour sortir de la situation ? ». Il a cette qualité immense de ne voir que le positif. Il dévore la vie avec un optimisme hors norme, et une capacité d’entraînement étonnante. M. HOLLANDE n’écoute jamais, les mauvais bruits de la ville, surtout quand, il s’agit de salir. M. Eric BESSON, dans son ouvrage a complété les qualités du président HOLLANDE «Quand, il est dans l’impasse, il a des pirouettes de génie. Ajoutez un sens aigu des rapports de force, une connaissance méticuleuse de l’histoire de France et du Parti socialiste, une capacité de synthèse phénoménale. Un don pour la réplique. Une capacité à vous voler vos meilleures idées et à les reprendre à son compte, mais en mieux». M. BESSON ajoute ceci : «Il croit en sa bonne étoile. De fait, il se rétablit dans des situations apocalyptiques. Mais la contrepartie, il joue en solo».

  1. – La présence royale de Ségolène dans le jeu politique perturbe Mme TRIERWEILER.

Compagne longtemps cachée de 2005 à 2008, Mme TRIERWEILER a un complexe de «2ème femme», qui craint de ne jamais voir la lumière. Mme TRIERWEILER affirme avoir aussitôt informé son mari de sa liaison avec François HOLLANDE, mais ce dernier ne dira rien avec sa compagne. Bref, François HOLLANDE, parti tranquillement en vacance, pendant l’été 2005, avec sa famille, serait un menteur, un cachotier. Ségolène finira par l’apprendre en septembre 2005 et sa candidature à la Primaire socialiste de 2006, s’expliquerait par cet événement privé. Mme TRIERWEILER est obsédée par le charisme de Mme ROYAL et sa présence dans le paysage politique français. «De facto, dans l’inconscient des Français, et sans doute dans le mien, le couple c’est elle et lui. La femme illégitime c’est moi». Tantôt, ils s’affrontent, tantôt ils se servent l’un de l’autre comme un marchepied : «Ce jeu politique n’a pas de fin, c’est un labyrinthe dans lequel je me suis perdue», dit-elle. Ce mélange entre vie publique et vie privée est bien décrit, dès 2007, par Claude BARTOLONE, un fabusien, président du Conseil général de la Seine-Saint-Denis et actuel président de l’Assemblée nationale, dans son ouvrage «une élection imperdable» : «Les relations personnelles entre Ségolène et François, c’est un triangle des Bermudes. Tout le monde préfère un détour». Et il ajoute : «La seule chose que je retiens, c’est une hypothèse pour les chances de la Gauche et l’avenir de notre pays au gré des hauts et des bas de sa vie privée. Ce n’est ni responsable, ni estimable». François HOLLANDE, est «entre deux feux, un président, deux femmes, une histoire d’amours», en référence à un titre d’un ouvrage d’Anna CABANA et Anne ROSENCHER. Ces deux journalistes citent une phrase qui résume la grande appréhension de Mme TRIERWEILER, «Si elle (Ségolène en 2007) gagne, elle me laminera, rien ne l’arrêtera». Apparemment, Ségolène a tenté, en vain, de la faire licencier de chez «Paris-Match».

Jusqu’ici, je n’avais pas saisi, pourquoi, en 2007, François HOLLANDE, alors premier secrétaire du PS ne s’était pas présenté à l’élection présidentielle ? Pourquoi s’est fait doublé par sa concubine ?

Mme TRIERWEILER avance l’idée que la candidature de Mme ROYAL en 2007, était une façon de contraindre François HOLLANDE à choisir entre deux femmes. En effet, Ségolène aurait demandé à François HOLLANDE de quitter Mme TRIERWEILER et en contrepartie, elle retirera sa candidature aux présidentielles de 2007. Cette thèse semble correspondre avec le constat dressé par mesdames Raphaëlle BACQUE et Ariane CHEMIN, dans leur livre, sur Ségolène, «La femme fatale». Evoquant la candidature aux présidentielles de 2007, elles mentionnent ceci : «Aiguillonnée par une blessure secrète, débarrassée de ses scrupules, investie d’une mission, elle (Ségolène), a choisi de contourner le PS et François HOLLANDE». Ségolène s’inquiète, à l’époque, disent-elles, de voir François HOLLANDE «trop préoccupé d’une journaliste, belle, blonde et vive, chargée de suivre le P.S.». Marie-Noëlle LIENEMANN qui relate l’élection présidentielle de 2007, montre bien le charisme, le magnétisme, et la très forte personnalité de Ségolène. M. HOLLANDE, qui est à l’époque premier secrétaire du Parti socialiste, n’a pas vu venir la candidature de Ségolène, HOLLANDE «est voué à une fonction administrative. Il devient le laborieux, celui qui tient la boutique». Par transitivité, grâce à son compagnon, Ségolène devient, potentiellement, l’un des leaders du Parti. « Avec le recul, on peut dire qu’elle le vampirise», dit Mme LINEMANN.

Mme TRIERWEILER, dés le départ, bien qu’elle vive avec François HOLLANDE, est obsédée par la présence de Ségolène ROYAL, dans le paysage politique et notamment lorsqu’elle a été désignée candidate socialiste aux présidentielles de 2007 : «Puis, Ségolène ROYAL est désignée haut la main. Je suis assommée. Je veux cesser notre relation. Je ne veux pas participer au mensonge médiatique du couple uni qui s’épaule dans la course de l’Elysée. J’ai l’impression d’entrer dans un mauvais film, dont la fin ne pourra être que tragique», dit Mme TRIERWEILER. Après une période brouille avec M. HOLLANDE, la perspective d’une défaite de Ségolène aux présidentielles, retient Mme TRIERWEILER.

Quand, la relation avec François HOLLANDE a été rendue publique, en 2008, Mme TRIERWEILER a continué de développer un complexe d’infériorité à l’égard de Ségolène, et craint de ne pas être à sa hauteur. Ainsi, lors du meeting à Rennes, pendant la campagne des présidentielles de 2012, Mme TRIERWEILER demande à M. HOLLANDE de ne pas apparaître sur scène avec Ségolène. L’échange est tendu dans la loge. Le ton monte. Suivant Mme TRIERWEILER, sa rivale Ségolène «ne peut pas résister devant une si belle occasion de partager la lumière et de réaffirmer sa lumière». Mme TRIERWEILER reconnaît qu’elle a perdu le contrôle de ses émotions et qu’elle n’a ni les ressources, ni une confiance suffisante en elle, pour affronter cette présence, je dirai royale, de Ségolène sur la scène politique. Mme TRIERWEILER affirme qu’elle n’est pas à la base de l’éviction des images de Ségolène, candidate aux présidentielles 2007, dans le film diffusé au meeting du Bourget en 2012. Après cet épisode de Rennes qu’elle a nous conté, avec une grande franchise qui la caractérise, je suis dubitatif. Ségolène n’a pas été invitée à la cérémonie d’investiture, à l’Elysée de François HOLLANDE.

Mme TRIERWEILER reproche, à M. HOLLANDE, d’être un cachotier, son incapacité d’aborder les choses clairement, même les plus simples. Ainsi, Mme TRIERWEILER affirme avoir appris, par la radio, au volant de sa voiture, que M. HOLLANDE, pour les primaires et les présidentielles de 2012, a conclu un accord avec Mme ROYAL : «Je suis si stupéfaite que je suis à deux doigts de heurter le véhicule qui me précède. Il ne m’a rien dit». Mais dans cet accord, pour que Ségolène, qui n’est pas parlementaire, puisse devenir présidente de l’Assemblée Nationale, il fallait, au préalable, qu’elle soit élue députée. Un tweet de Mme TRIERWEILER soutenant Olivier FARLONI, un concurrent de Mme ROYAL, a fait capoter ce deal. Mme TRIERWEILER est donc manifestement sortie de son rôle de première dame, pour s’immiscer dans une affaire politique sensible : «L’éventuelle accession de Ségolène ROYAL au perchoir de l’Assemblée relancerait le roman médiatique du trio amoureux» dit Mme TRIERWEILER. «Je ne vois pas où serait pas ma place. Elle est déjà tellement difficile à trouver. On ne lance pas une bombe qui vous explose à la figure sans raison». Mme TRIERWEILER reconnaît non seulement sa jalousie, mais son impulsivité. En effet, évoquant une dépêche de l’AFP du président HOLLANDE soutenant Mme ROYAL, elle note ceci : «La dépêche agit sur moi comme un coup de poignard. Aveuglée par le mensonge du Président, je me suis jetée dans la gueule du loup». Evoquant cette affaire de tweet, M. HOLLANDE dira : «elle a fait beaucoup mal. Peut-être aurions-nous dû nous séparer à ce moment là». Mme TRIERWEILER prétend qu’elle a proposé des excuses publiques, mais le président HOLLANDE ne veut pas qu’elle s’exprime : «Je ne m’exonère pas de cette faute. J’en ai supporté les conséquences, elle me poursuit encore aujourd’hui, donc je sais que j’ai eu tort».

Curieusement, Mme TRIERWEILER affirme que ce tweet aurait rendu service à M. HOLLANDE dont encore la duplicité est évidente. M. HOLLANDE ne serait pas favorable à ce que Ségolène devienne présidente de l’AN «C’est avec certitude de polémiques sans fin. François le sait, mais il laisse Ségolène ROYAL à son rêve. Je suis soulagé que le spectre d’une cohabitation ingérable s’éloigne». La présence de Ségolène ROYAL, dans le paysage politique, «rend les choses encore plus complexes pour François et moi. J’ai servi de paratonnerre au Président. Sans mon tweet, c’est lui qui seraient abattues les foudres de la presse puisqu’il soutenait son ex compagne», dit-elle. M. HOLLANDE a négocié le ralliement de Mme ROYAL. Mais officieusement, il n’en veut pas comme troisième personnage de l’Etat. «Cette duplicité ne m’étonne pas», dit Mme TRIERWEILER. Selon elle, M. HOLLANDE ne décourage jamais un candidat, mais organise en sous main des opérations de barrage à l’élection mais en faisant porter le chapeau à quelqu’un d’autre : «C’est un politique, par toutes les fibres son corps. La tactique est une seconde nature». Ce témoignage, sur le caractère manœuvrier de M. HOLLANDE, semble concorder avec celui d’Eric BESSON, dans son ouvrage «Qui connaît Madame ROYAL ?». Selon M BESSON, M. HOLLANDE est un ami, «mais un ami très complexe. Son amitié s’adapte au terrain. Il se laisse des libertés manœuvrières colossales en fonctions des événements. Mais quand on l’aime beaucoup, et quand on croit en son talent particulier, c’est compliqué de travailler avec lui».

J’attends avec impatience le prochain ouvrage de Mme TRIERWEILER.

Bibliographie sélective,

TRIERWEILER (Valérie), Merci pour ce moment, Paris, Editions des Arènes, 2014, 316 pages, au prix de 20 € ;

BOURMAUD (Alain), LE BRUN (Nadia), Valérie TRIERWEILER, la dame de pique, Paris, Edi8, First Editions, 2012, 161 pages ;

BOUILHAGUET (Alix), JAKUBYSZYN (Christophe), La frondeuse, Paris, éditions du Moment, 2012, 187 pages ;

GREILSAMER (Laurent), La favorite, Paris, Fayard, 2012, 112 pages ;

CABANA (Anna) et ROSENCHER (Anne), Entre deux feux, un Président, deux femmes, une histoire d’amours, Paris, Grasset, 2012, 2008 pages ;

BESSON (Eric), Qui connaît Mme ROYAL, entretiens avec Claude ASKOLOVITCH, Paris, Grasset, 2007, 164 pages ;

KARLIN (Elise), Le président qui voulait vivre ses vies, les coulisses d’un vaudeville d’Etat, Paris, Fayard, 2014, 180 pages ;

SANCHEZ (Suzanne), Le Président et ses femmes ou le triangle dramatique, étude astrologique, Lille, TheBookEdition, 2013, 200 pages ;

BACQUE (Raphaëlle) et CHEMIN (Ariane), La femme fatale, Paris, Albin Michel, 2007, 229 pages ;

LIENEMANN (Marie-Noëlle) et COHEN (Philippe), Au revoir Madame ROYAL. Pourquoi la Gauche en est arrivée là. Pourquoi, il ne faut pas désespérer, Paris, Perrin, 2007, 184 pages ;

MELENCHON (Jean-Luc), En quête de Gauche, après la défaite, entretiens avec Michel SOUDAIS, Paris, 2007, Balland, 313 pages ;

BARTOLONE (Claude), Une élection imperdable, entretiens avec Gérard LECLERC, Paris, L’Archipel, 2007, 162 pages ;

Paris, le 11 août 2014, par Amadou Bal BA – Baamadou.over-blog.fr.

Mme Valérie TRIERWEILER, ex Première Dame de France.
Mme Valérie TRIERWEILER, ex Première Dame de France.
Mme Valérie TRIERWEILER, ex Première Dame de France.
Mme Valérie TRIERWEILER, ex Première Dame de France.
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