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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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15 septembre 2014 1 15 /09 /septembre /2014 20:37

Depuis plusieurs décennies, quelle soit la couleur politique du gouvernement, c’est le même leitmotiv : le patronat réclame, sans arrêt, la baisse des charges et des avantages fiscaux. La surenchère vient de prendre une nouvelle tournure. Le patronat, pour créer des emplois, exige de supprimer les 35 heures, le SMIC et deux jours fériés, ainsi que «toutes les contraintes qui pèsent sur les entreprises». Jadis, M. SARKOZY, dans sa grande déférence à l’égard des puissances d’argent, avait, travers son fameux «bouclier fiscal», octroyé, sans contrepartie, d’importantes cadeaux à ses amis, les patrons. Aujourd’hui encore, notre gouvernement, pourtant élu sur un discours de gauche, (politique de la demande) a amorcé, sans complexe et ostensiblement, un virage libéral (politique de l’offre), en versant de substantiels avantages aux entreprises. Le discours du Bourget de François HOLLANDE en 2012, "mon ennemi c'est la finance", est devenu avec M. VALLS, "mon ami, c'est la finance". Le MEDEF avait applaudi à deux mains, lors d’une visite du 27 août 2014, le Premier Ministre, de cette politique énergique de l’offre, accompagnée, par la suite, d’un discours de stigmatisation de certaines catégories sociales, comme les demandeurs d’emploi. Force est de constater, qu’en dépit de ces aides et de cette câlinothérapie du patronat, le chômage continue toujours sa hausse, et les déficits se creusent. Je crois que le patronat va bientôt demander aux salariés de venir travailler, gratuitement, pour les entreprises, en chantant, tels des griots, les louanges du patron.

J’entends souvent dire, de façon péremptoire, en matière d’orientation économique : «il n’y a pas d’autre choix». A mon sens, la Politique prime sur l’Economique. La Politique est un engagement, une volonté. L’Economique n’est que la traduction de cette orientation. Si le Roi veut, il peut. Je suis fondamentalement, optimiste, il ne faut sous-estimer la capacité de l'innovation humaine, pour surmonter nos difficultés économiques, par l'investissement et de technologies audacieuses. Par ailleurs, bien qu’elle régisse une bonne partie de notre vie, l’économie n’est pas une science exacte. L’économie est, donc par nature, traversée par des zones d’incertitudes, divers courants, parfois contradictoires. Ainsi, ce débat, entre l’offre et la demande, revêt une dimension hautement polémique, irréaliste et doctrinaire, sur le rôle et la place de l’Etat dans la société. Les libéraux inspirés de la politique de l’offre, ont une vision tragique de l’Etat qui ne devrait pas intervenir dans le secteur économique. En revanche, les tenants de la demande, dont s’inspire la Gauche, considèrent que l’intervention de l’Etat est une nécessité économique, notamment en cas de surchauffe. Le vrai débat idéologique est le suivant : faut-il moins d’Etat ou mieux d’Etat ?

I – Moins d’Etat, ou une politique économique des libéraux fondée sur l’offre,

Pour le patronat, il est difficile pour la France de vendre des produits bas de gamme rendus plus chers par le poids des charges. Il faut donc baisser le coût du travail pour redonner de la compétitivité aux produits français. Une démarche de l’offre, nous conduit au fameux de «Pacte de compétitivité». En effet, les entreprises françaises ont du mal à vendre leurs produits, notamment à l'étranger, parce qu'elles se positionnent dans notre pays, sur des secteurs hautement concurrentiels. La France n’est pas une nation industrielle, et son capitalisme est, de surcroît, orienté vers la spéculation. En revanche, les Allemands, eux tournés vers l’innovation et l’investissement, exportent très facilement leurs produits ; ils sont innovants, de bonne qualité et solides. Pourquoi ? Les coûts de production sont, certes, moins élevés qu’en France, mais les libéraux ont occulté des faits majeurs : la protection sociale est moins élevée, et surtout les documents administratifs sont tous payants (mariage, acte de naissance, etc.). La charge est reportée sur le citoyen quelle que soit, sa capacité contributive ; ce qui génère de graves inégalités.

La théorie de l’offre est fondée sur la doctrine orthodoxe, libérale. C’est Adam SMITH (1723-1790), un économiste écossais, maître à penser de l’école classique, qui a jeté les prémisses de cette théorie de la non-intervention de l’Etat. Il invente la théorie de la «main invisible» suivant laquelle, la cupidité, la recherche du profit individuel, dans un contexte de division du travail, qui est le moteur du capitalisme, pousse le producteur à rendre son offre meilleure, et donc à servir l’intérêt général. L’Etat, en dehors de ses missions régaliennes, n’a pas à intervenir dans ce processus économique. Les grands économistes, Jean-Baptiste SAY, David RICARDO et Stuart MILLS, pousseront et préciseront cette doctrine libérale de l’offre, du «laisser-faire, laisser-passer».

Contrairement à ce qu’avancent les libéraux, l’Etat reste une institution irremplaçable pour prendre en charge les dépenses lourdes et peu rentables. Par ailleurs, les impôts sont une pompe qui aspire et qui refoule. Ainsi, les entreprises ont déjà reçu 40 milliards, sans créer d’emplois. Ces impôts servent à créer des services publics utiles et gratuits pour les entreprises, comme les routes, ports, aéroports, la sécurité, justice pour faire respecter les contrats, les aides aux personnes en difficulté pour préserver la paix sociale, propice au développement des affaires, etc. Par ailleurs, l’Etat est une institution irremplaçable pour fixer les règles du jeu et assurer une saine concurrence entre les acteurs économiques. L’Etat, par ses interventions, sur la scène internationale, aussi bien diplomatiques que militaires, protège les intérêts des entreprises. Sur le plan interne, le fait que les entreprises françaises fassent appel, constamment à l’Etat, prouve avec éclat que cette institution, est pour l’instant majeure dans le développement du capitalisme.

Les tenants de l’offre avancent masqués. Ils veulent, naturellement, abolir le pacte républicain, dénommé «Les Jours Heureux» issu du Conseil National de la résistance. Et, un auteur conservateur résume bien cette idée : "Les pauvres sont devenus gras et heureux, les riches se sont appauvris. C'est pour ça que nous sommes dans un tel pétrin. Tout le monde veut être pauvre, parce que ça présente tellement d'avantages ! ", souligne Jude WANNISKI, un journaliste politique et économique américain. En fait, l’équilibre dans une société n’est pas une simple donnée comptable et mathématique, c’est un équilibre général, dans lequel, chacun doit trouver sa juste place. C’est donc un équilibre économique, mais aussi social et politique qui permet une harmonie au sein de la société. C’est le sens des thèses développées par John Maynard KEYNES, pour un mieux d’Etat.

II – Mieux d’Etat, ou une politique économique Keynésienne fondée sur la demande

L’anglais John Maynard KEYNES (1883-1946) est le grand promoteur de l’intervention de l’Etat, c’est-à-dire de la politique de la demande. KEYNES est, probablement, l’économiste le plus influent du XXe siècle. KEYNES est un des penseurs auxquels tout économiste fait inévitablement référence, soit pour interpréter et prolonger sa théorie, soit pour l’infirmer. En rupture avec les théories libérales, il avance l’idée révolutionnaire que pour faire sortir le marché de son inertie, l’État augmente les dépenses publiques, et diminue l'imposition fiscale afin de donner un coup de fouet à la consommation. En injectant de l'argent dans l'économie le gouvernement permet également de stimuler la production, ce qui aboutit à un retour au plein emploi. «Le gouvernement devrait payer les gens à creuser des trous dans le sol, pour ensuite mieux les remplir», dit KEYNES. En effet, pour KEYNES, l’État doit intervenir dans l'économie, et cette intervention doit se faire par un soutien de la demande agrégée. L’État doit, pour cela, investir dans de nouveaux projets et aider financièrement les familles les plus démunies. Pour KEYNES, le gouvernement a, donc, comme devoir, d'intervenir pour aplanir les difficultés économiques du pays. En effet, les politiques keynésiennes avaient connu du succès, après la guerre, dans un monde en reconstruction qui avait besoin d’importants investissements et la mobilisation de tous. Les Etats-Unis, pourtant champions du libéralisme, avaient fait recours à de gigantesques interventions de l’Etat dénommés au plan interne «New deal» et au plan international «Plan Marshall».

Les théories néolibérales, dans les années 80, des présidents REAGAN et THATCHER, sous l’effet de l’inflation, ont mis remis en cause la doctrine de KEYNES. Cette révolution néolibérale est essentiellement, fondée sur les travaux de Friedrich Auguste HAYEK (1899-1992), notamment sur son ouvrage, «la route de la servitude», publié en 1944. Cet ouvrage politique et polémique est manifeste libéral dénonçant les totalitarismes du XXe siècle. Selon Friedrich A. HAYEK, il n’y a pas de différence de nature entre hitlérisme et stalinisme et il n’y a qu’une simple différence de degré entre la social-démocratie, le socialisme et le communisme, car toutes ces idéologies portent en elles une menace envers les libertés individuelles et publiques. «Si nous voulons construire un monde meilleur, nous devons trouver le courage de prendre un départ nouveau même si cela signifie reculer pour mieux sauter» conclut-il. Il nous faut donc abandonner «la route de la servitude», dénoncée dans l’ouvrage et s’engager sur celle de la liberté.

Aujourd’hui, le patronat et le gouvernement s’inspirent de cette doctrine néolibérale qui pourtant, nous a légué une face hideuse de la société industrielle : le capitalisme financier et la mondialisation. L’objectif du capitalisme financier n’est pas, de produire et de créer des emplois, mais de maximaliser le profit. Je rappelle que, les spéculations financières qui ont provoqué la grave crise de 2008 dont on a encore du mal à juguler, continuent encore. Les aides qui ont été données aux entreprises, n’ont servi encore à rien, sinon à redistribuer les bénéfices aux actionnaires. Nous aussi, nous aimons les entreprises. Mais les entreprises ne se confondent pas avec l’entreprise ; elles se développent, aussi et surtout, grâce à des hommes et femmes qui y consacrent leur intelligence et leur force de travail. La principale richesse d’une organisation, ce n’est ni ses machines, si son capital financier, mais son capital humain, seule valeur ajoutée de nature à réaliser l’innovation. KEYNES insiste sur le fait que les salaires ne constituent pas uniquement un coût de production, mais jouent également un rôle important sur la demande. De plus il démontre que les salaires nominaux ne sont pas pleinement flexibles. Les travailleurs refusent le plus souvent une baisse de leur rémunération, qui leur est garantie par contrat. Il n’est par ailleurs pas souhaitable que cette baisse se produise car elle déprimerait la demande et risquerait d’enclencher une spirale déflationniste. La seule façon d’ajuster les salaires trop élevés est donc de jouer sur l’inflation, qui permet d’abaisser les salaires réels. Enfin KEYNES, en démontrant qu’une demande trop faible (ou des anticipations trop pessimistes) risque d’entraîner une sous-production, atteste qu’il peut exister un chômage involontaire issu de ce déséquilibre. Il s’oppose encore en cela aux économistes classiques pour qui le chômage était uniquement volontaire et dû au refus des salariés d’offrir leur travail au prix d’équilibre de celui-ci.

La politique de la demande reste, pour ma part, encore d’actualité. Contrairement à ce qui est parfois énoncé, KEYNES ne préconise pas aux pouvoirs publics de mener une politique économique active en toutes circonstances. Il estime notamment que les comptes budgétaires doivent être équilibrés sur le long terme. En revanche, il soutient l’idée d’une intervention conjoncturelle, pour soutenir la demande et surtout pour stimuler l’investissement (ce qui implique une baisse des taux d’intérêt). Pour lui l’État, par son intervention, «est en mesure de rétablir les équilibres fondamentaux». Il n’est pas, en revanche, question de porter atteinte à l’autonomie de l’entreprise privée. En effet, la crise que nous traversons est si profonde et si déroutante, qu’un infléchissement de la politique économique, est nécessaire dans plusieurs domaines (logements, infrastructures, emploi et recherches, promotion des atouts de notre pays notamment dans le domaine du tourisme de la téléphonie et des transports, mode, agriculture, énergies renouvelables, services à la personne, etc.).

Cependant, cette politique de la demande, pour juguler cette crise qui ne passe pas, ne s’oppose nullement, à une bonne réforme de l’Etat. Il faudrait s’entendre sur ce qu’on appelle la «réforme» quand elle est menée par un gouvernement de gauche, dans une perspective keynésienne. Réformer ne signifie nullement saccager le service public et démanteler les acquis sociaux. Pour ma part, bien réformer c’est résoudre, favorablement et durablement, les grands problèmes auxquels nous confrontés, pour un «mieux d’Etat», en vue du progrès social et de l’efficacité des entreprises. Les gouvernements, quelle que soit leur couleur politique n’ont pas osé aller jusqu’au bout de leur logique. Ainsi, en dépit de ses incantations et de son verbiage, pendant les 10 ans qu’elle était au pouvoir de 2002 à 2012, la Droite n’a jamais osé supprimer les 35 heures, notamment à l’hôpital et dans les petites entreprises. Dans les grandes entreprises, les 35 heures sont un élément de flexibilité, et pour les salariés c’est devenu un acquis social. Les différentes réformes engagées, aussi bien sous la Droite que sous la Gauche, insistent, exclusivement sur la durée et le montant des cotisations. Pourtant, les 147 caisses de retraites, les différentes administrations étant particulièrement coûteuses et contreproductives. Ira-ton jusqu’à supprimer, complètement, les «mille feuilles» de l’administration territoriale, au risque de se mettre à dos les baronnies locales ? L’Etat, lui-même génère des institutions ou des normes superflues, qui retardent les activités économiques ou engendrent une pléthore d’agents publics. Ainsi, le droit de l’urbanisme est si compliqué, qu’entre le moment de la conception du projet et le jour où les logements sont livrés, il peut s’écouler entre 10 et 15 ans. Dans le droit de la fonction publique, notamment le régime de la retraite, la carrière, les indisponibilités ou le régime indemnitaire, tout est compliqué et devenu affaire de spécialistes ; ce qui multiplie le nombre d’agents publics. Ainsi, pour mettre à la retraite pour invalidité un agent déclaré pourtant inapte définitif selon un avis de son médecin traitant, il faut d’abord saisir le Comité médical, puis la Commission de Réforme, et en dernier ressort la Caisse de retraite, et attendre la décision finale de cette dernière. Pendant, ce temps, le traitement de l’agent doit être servi. La variété de primes, en principe fondée sur le principe de parité entre l’Etat et les collectivités territoriales, est un autre casse-tête. L’Etat ne publie pas de façon exhaustive ses primes ; celles-ci sont si nombreuses et difficiles à mettre en œuvre compte divers critères (en fonction de la filière, du grade et dès fois de l’échelon ou de la nature des missions de l’agent, des autres primes perçues, du service effectif, etc.), que les contrôles du Percepteur, de l’URSSAF, pour les avantages en nature, et en dernière ressort de la Chambre régionale ou de la Cour des comptes, sont devenus tatillons. Réformer, oui, mais bien réformer, pour un mieux d’Etat.

Bibliographie sélective :

KEYNES (John Maynard), Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, Paris, Payot, 1977, 386 pages ;

DOMARCHI (John), La pensée économique de John Maynard Keynes, son influence en Angleterre, Paris, Domat-Montchrétien, 1943, 188 pages ;

MAURESSON (Patrick), présentation d’un ouvrage collectif, La théorie générale de John Maynard Keynes : un cinquantenaire, Paris, L’Harmattan, 1986, 246 pages ;

DELATOUR (Albert), Adam SMITH, sa vie, ses travaux, ses doctrines, Paris, Guillaumin et Cie, 1886, 325 pages ;

PEAUCELLE (Jean-Louis), Adam SMITH et la division du travail : la naissance d’une idée fausse, Parvis, L’Harmattan, 2007, 271 pages ;

HAYEK (Friedrich, Auguste), La route de la servitude, Paris, PUF, 2013, 276 pages, réimpression de l’édition de 1944 ;

HAYEK (Friedrich, Auguste), Constitution de la liberté, Paris, Litec, 1993, 289 pages ;

HAYEK (Friedrich, Auguste), Prix et Production, Paris, Calmann-Levy, 1975, 2ème édition ;

HAYEK (Friedrich, Auguste), Law, Legislation and Liberty, University of Chicago Press, 1973, 184 pages, pour la version française Droit, législation et liberté, Paris, PUF, 1995, 3 volumes.

Paris, le 15 septembre 2014, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/.

Manuel VALLS, premier ministre, applaudi par le MEDEF, John Mynard KEYNES, Friedrich A. HAYEK, économistes.
Manuel VALLS, premier ministre, applaudi par le MEDEF, John Mynard KEYNES, Friedrich A. HAYEK, économistes.
Manuel VALLS, premier ministre, applaudi par le MEDEF, John Mynard KEYNES, Friedrich A. HAYEK, économistes.

Manuel VALLS, premier ministre, applaudi par le MEDEF, John Mynard KEYNES, Friedrich A. HAYEK, économistes.

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