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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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14 août 2014 4 14 /08 /août /2014 00:01

Cet article a été publié dans le journal Ferloo, édition du 12 août 2014.

Mort en martyr le 4 avril 1968, à Memphis, dans le Tennessee, Martin Luther KING a été crucifié pour libérer les hommes de l’intolérance et de l’injustice. Il était venu à Memphis soutenir la grève du Syndicat des égoutiers et des éboueurs, essentiellement des Noirs, qui réclamaient une revalorisation salariale. Ces ouvriers victimes, une fois de plus, de brutalités policières, scandaient un slogan : «I am a man», (Je suis un homme). «Si un homme n’a pas trouvé quelque chose qui vaut qu’on lui sacrifie la vie, il ne mérite pas de vivre. Un homme meurt quand il refuse de se battre pour ce en quoi il croit. Un homme meurt quand il refuse de se battre pour la justice. Un homme meurt quand il refuse de se battre pour ce qui est vrai», dit Martin Luther KING. Le regard qu’il porte sur la société américaine en ce milieu du XXème siècle est particulièrement sévère. «Ce qui caractérise principalement la vie d’un Noir, c’est la souffrance, une souffrance si ancienne et si profonde qu’elle fait partie de presque tous les instants de sa vie», souligne t-il. Homme d’Eglise, puisant dans la tradition noire américaine, Martin Luther KING a dépassé les frontières ethniques pour se projeter dans l’action, et réclamer l’égalité des droits pour toutes les personnes défavorisées. «La véritable grandeur d’un homme ne se mesure pas à des moments où il est à son aise, mais lorsqu’il traverse une période de controverses et de défis», proclame Martin Luther KING.

Humaniste, prédicateur, philosophe, brillant orateur, prix Nobel de la paix, disciple de GANDHI, Martin Luther KING a mis en œuvre la théorie de la non-violence dans sa lutte pour l’égalité des droits. Même quand les temps sont durs, le pasteur KING nous invite à entrer dans l’espérance et à ne jamais abandonner nos rêves. Il a fait un rêve de délivrer l’Amérique et le monde des démons du racisme. Pour cela, il a utilisé une arme redoutable : son exceptionnel talent d’orateur. Plaire, émouvoir, convaincre : telle est, depuis Cicéron, la recette du discours qui mobilise. Tous les grands hommes de l'Histoire se sont confrontés à cet art difficile, et ont eu cette ambition de toucher le cœur des hommes pour changer le monde, conquérir les foules et, parfois, modifier le cours de l'Histoire. C’est à ce titre, que le discours de Martin Luther KING, prononcé le 28 août 1963, devant le mémorial de Lincoln, à Washington, est devenu légendaire, et marquera encore longtemps les esprits : «Je rêve, qu’un jour, notre pays se lèvera et vivra pleinement la véritable réalité de son crédo : nous tenons ces vérités pour évidentes, par elles-mêmes que tous les hommes sont créés égaux. Je rêve, qu’un jour, sur les collines de Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité. Je rêve, qu’un jour, l’Etat du Mississipi lui-même, tout brûlant des feux de l’injustice tout brûlant des feux de l’oppression, se transformera en oasis de liberté et de justice. Je rêve que mes quatre petits enfants vivront, un jour, dans un pays où on ne les jugera pas à la couleur de leur peau, mais à la nature de leur caractère».

Martin Luther KING Jr. est un pasteur baptiste afro-américain, né à Atlanta, en Géorgie, dans le Sud des États-Unis, le 15 janvier 1929. De son vrai nom Michael Luther KING Junior, il est issu de la moyenne bourgeoisie noire. Son père, comme son grand-père sont tous les deux des prédicateurs baptistes. Sa mère sera assassinée le 30 juin 1974, par un jeune Noir déséquilibré. Martin reçoit une solide éducation pendant son enfance. En 1944, à l’âge de 15 ans, Martin Luther KING entre au MOREHOUSE College, une université privée à Atlanta, pensant devenir médecin ou avocat. Malgré le souhait de ses parents, initialement il ne désirait pas devenir pasteur à son tour, se sentant mal à l'aise avec l'émotivité excessive qu'il percevait dans les églises réservées aux Noirs. Toutefois, l'enseignement de certains de ses professeurs, qui étaient pasteurs, lui prouva qu'une carrière religieuse pouvait être intellectuellement satisfaisante, et il finit par embrasser cette voie. Il fut ordonné dans le temple de son père à Atlanta le 25 février 1948, et nommé assistant de cette paroisse.

Toujours étudiant à MOREHOUSE, Martin Luther KING eut une activité très dense au sein de la National Association for the Advancement of Colored People (N.A.A.C.P.), Association Nationale de Promotion de Gens de Couleur, organisation noire pour l’égalité des droits créée en 1909. Car s'il bénéficiait d'une sécurité matérielle, il n'en connaissait pas moins l'insécurité morale qui frappait tous les Nègres et, comme son père, il voulait faire progresser la situation de ses frères de peau. Il quitta MOREHOUSE en 1948, avec une licence de lettres, pour le Crozer Theological Seminary de Chester, en Pennsylvanie, où il était l'un des six Noirs dans un groupe de cent étudiants. En 1951, il obtint une licence de théologie et décida de poursuivre des recherches à l'Université de Boston, tandis qu'il continuait à suivre des cours de philosophie à l'Université de Harvard. A partir de 1953, il se consacra à la rédaction d'une thèse : "Comparaison de la conception de Dieu chez Paul Tillich et Henry Nelson Wieman". Il obtint le doctorat de théologie systémique, le 15 avril 1955. Pendant ses années d’études en doctorat à Boston, en 1952, Martin Luther KING rencontre Coretta Scott, une jeune fille née en Alabama qui étudie au conservatoire de musique de Nouvelle-Angleterre. Il l'épouse le 18 juin 1953. Coretta Scott KING (1927-2006), va lui donner 4 enfants, et écrira un remarquable ouvrage sur le pasteur noir : «ma vie avec Martin Luther King».

Après ses études, Martin Luther KING est nommé pasteur à l’église baptiste de Dexter Avenue, à Montgomery, en Alabama, au sein d’une communauté noire. Mais son destin bascule à 26 ans, lorsqu’éclate, en décembre 1955, l’affaire du boycott des bus, Rosa PARKS (1913-2005) ayant refusé de céder sa place à un Blanc. Martin Luther KING est, subitement, propulsé comme leader de la communauté noire. Et afin de se consacrer plus activement à son combat pour l’égalité, le 24 janvier 1960, il s’installe à Atlanta, où il seconde son père comme pasteur. Son implication, non-violente, contribuera, de façon décisive, à la suppression des lois ségrégationnistes. Il reçoit le Prix Nobel de la Paix le 10 décembre 1964. Et la même année, la revue Time le désigne «l’homme de l’année».

Avant ce jour funeste du 4 avril 1968, où Martin Luther KING aurait été abattu d’un coup de fusil par James Earl RAY (1928-1998), sa maison a été endommagée par une bombe, il fait l’objet de nombreuses menaces de mort, calomnié, poignardé le 19 septembre 1958 par Isola Curry, une femme noire déséquilibrée, assommé dans son hall d’hôtel, mis en prison plus de 20 fois, blessé par les trahisons de certains de ses amis, traîné injustement devant les tribunaux pour un soi-disant détournement de fonds. Pourtant, il n’avait aucune amertume et croyait au pouvoir rédempteur de l’Amour.

La source de l’engagement de Martin Luther KING est la foi chrétienne. Ses meetings commencent par la lecture de la parole de Dieu et par la prière. Ses discours et ses sermons sont truffés de références religieuses. La documentation sur Martin Luther KING est abondante, dans toutes les langues. J’ai tenu à m’attacher à restituer la pensée de cet homme, hors pair, à travers ses sermons, ses discours, ainsi que la révolution sociale qu’il a menée.

 

I – Martin Luther KING, penseur de la Révolution sociale

A – Martin Luther KING, un penseur de la Révolution noire

1 – L’inspiration du mouvement abolitionniste

Martin Luther KING est l’incarnation du meilleur de la tradition noire. Martin Luther KING trouve ses sources d’inspiration dans le mouvement abolitionniste et dans le courant de l’affirmation de l’affirmation de l’identité des Noirs. Depuis les temps de l’esclavage, le Noir est traité de façon inhumaine, il est tenu pour un objet usuel et non pour une personne digne de respect. Aussi longtemps que le Noir adopta une attitude de soumission, la paix sociale régna. Avec le temps le Noir se réévalua et adopta une nouvelle conception de lui-même. Martin Luther KING a bien incarné ce désir de liberté, et a mené des actions de lutte en faveur de l’égalité. Pour Martin Luther KING, la proclamation d’émancipation par Abraham LINCOLN, du 1er janvier 1863, a été une lueur d’espoir : «cette proclamation historique faisait briller la lumière d’espérance au milieu de millions d’esclaves noirs marqués au feu d’une brillante injustice». Au lieu de faire honneur à ses obligations sacrées, l’Amérique avait donné aux Noirs un chèque sans provision. «Nous sommes ici, aujourd’hui pour nous faire payer ce chèque, nous n’acceptons pas l’idée qu’il n’y ait plus d’argent à la Banque de la justice», dit –il dans son fameux discours du 28 août 1963, à Washington. En effet, des lois ségrégationnistes, notamment dans le Sud, furent mises en place pour maintenir les Noirs dans un statut d’infériorité sociale. «Cent ans ont passé et l’existence du Noir est toujours tristement entravée par les liens de la ségrégation, les chaînes de la discrimination», précise Martin Luther KING. Le pasteur noir demande même 50 milliards de dollars pour la «compensation des dommages» subis par les Noirs du fait de l’esclavage. Pendant deux siècles, le Noir a été réduit en esclavage et privé de salaire. Mais ce programme d’aide ne bénéficierait pas seulement qu’aux Noirs, «il devrait être étendu aux déshérités de toutes les races», précise Martin Luther KING.

2 – L’inspiration des idées d’intellectuels noirs

Martin Luther KING s’inspire des idées d’intellectuels noirs. En particulier, Martin Luther KING est fasciné par les notions de fierté et de dignité noires développées par les intellectuels comme Du BOIS qui dirigeait à l'époque la revue The Crisis, organe de la NAACP. Sociologue de formation, Du BOIS est l’auteur d’une œuvre considérable, dont le célèbre «The Souls of Black folk» (Ames noires, publié chez Présence Africaine), considéré comme son chef-d’œuvre et qui a façonné la personnalité afro-américaine. Son nom reste associé à la relance du combat pour les droits civiques qu’incarne le Niagara Movement, un collectif radical fondé en 1905, et auquel succède, cinq ans plus tard, la NAACP. Créée à la suite des pogroms anti-noirs, la NAACP entendait porter, devant les tribunaux, le combat contre les brutalités dont sont souvent victimes les Noirs. Le 23 février 1968, à New York, Martin Luther KING a rendu hommage, lors de la célébration du centenaire de William Edward Burghardt Du BOIS (23 février 1868 – 27 août 1963), à ce grand homme qui l’inspire. W.E.B. Du BOIS a consacré son talent à détruire le mythe de l’infériorité noire : «WEB Du BOIS que tout autre, avait prouvé l’inanité des mensonges concernant les Noirs dans la période la plus importante et la plus créatrice de leur histoire». W.E.B. Du BOIS est, selon Martin Luther KING, est le héros des nationalistes noirs : «Du BOIS nous a quittés, mais il n’est pas mort. L’esprit de liberté n’est pas enterré dans la tombe du héros. Il sera avec nous quand nous irons à Washington exiger notre droit à la vie, à la liberté et à la poursuite du bonheur».

Du BOIS et Marcus Mosiah GARVEY (17 août 1887 – 10 juin 1940) furent les dernières grandes figures de la contestation noire avant le début du combat pour la déségrégation dans les années 1960 et l'entrée en scène de Martin Luther KING dont l'activisme s'inscrit dans une longue tradition de lutte pour les libertés. La pensée de GARVEY, cet émigré jamaïcain, fondée sur le messianisme identitaire et le nationalisme noir, connut une grande popularité. Martin Luther KING s’est rendu en Jamaïque en 1964 lors du transfert de la dépouille de Marcus GARVEY. A cette occasion, il lui a rendu hommage en ces termes : "Marcus GARVEY a été le premier homme de couleur dans l’histoire des Etats-Unis à conduire et à développer un mouvement de masse. Il a été le premier homme qui, à un degré sans précédent, a donné à la population noire le sentiment qu’elle était quelqu’un".

En revanche, Martin Luther KING est moins tendre avec Booker Taliaferro WASHINGTON (5 avril 1856 – 14 novembre 1915) qui a été l’un des premiers leaders noirs aux Etats-Unis. Pour WASHINGTON, enseignant, métis, originaire de Virginie, qui a connu l’esclavage, la fin de la ségrégation passait, moins par la contestation, que par la négociation avec le gouvernement, et par l’acquisition du pouvoir économique. WASHINGTON appelait les Noirs à accepter, provisoirement, la privation des droits politiques, pour mieux se concentrer sur l’apprentissage des savoirs manuels et des compétences professionnelles : «Nous pouvons, sous toutes les facettes de notre existence sociale, être séparés comme les doigts, mais nous unir en une main pour toute chose essentielle à notre progrès mutuel». WASHINGTON accepte ainsi, dans son discours du 18 septembre 1895, la soumission des Noirs aux Blancs. Ce discours baptisé «compromis d’Atlanta», n’a pas été du goût de WEB Du BOIS, un représentant de la Gauche radicale. Pour Martin Luther KING «Nous ne pouvons pas attendre», ni être «patients» en face de l’injustice. «Justice trop tardive est déni de justice», a-t-on coutume de dire. Prétendre que le temps, à lui seul, guérira inéluctablement tous les maux, voila une idée étrangement irrationnelle. En réalité, le temps est neutre, il peut être utilisé pour construire ou déconstruire. Dans la lettre de la prison de Birmingham, écrite le 16 avril 1963, Martin Luther KING écrit : «qu'attendre a presque toujours signifié jamais». Il affirme que la désobéissance civile est non seulement justifiée face à une loi injuste, mais aussi que «chacun a la responsabilité morale de désobéir aux lois injustes». Il ajoute que «le temps est toujours venu d’agir dans le bon sens. C’est maintenant qu’il faut honorer les promesses de la démocratie». Dans son discours du 28 août 1963, à Washington, il précise que «Le moment est venu d’émerger des vallées obscures et désolées de la ségrégation pour fouler le sentier ensoleillé de la justice raciale».

B – Martin Luther KING, un penseur armé de valeurs éthiques et morales

1 – Martin Luther KING, un engagement au service de la foi

Martin Luther KING pense que l’Eglise doit jouer un rôle actif dans la révolution sociale. Le vrai témoignage d’une vie chrétienne est l’annonce d’un évangile social : «La religion occupe à la fois le ciel et la terre. Toute religion qui fait profession de s’occuper de l’âme, sans s’occuper des taudis auxquels ils sont condamnés, des conditions économiques qui les étranglent et des conditions sociales qui les mutilent, est une religion aussi stérile que la poussière. Pour lui «c'est cette collision entre un pouvoir immoral et une moralité impuissante qui constitue la crise majeure de notre temps». La vraie nature de l’Eglise c’est d’apparaître comme «une grande fraternité d’amour, qui procure la lumière et le pain», souligne Martin Luther KING s’appuie sur les églises noires, notamment sur l’Eglise réformée, dont il est issu. «Je suis beaucoup de choses pour beaucoup de gens : dirigeant du mouvement des droits civiques, fauteur de troubles et orateur, mais dans le silence de mon cœur, je suis fondamentalement un pasteur, un prédicateur baptiste. Tel est mon être et mon héritage, car je suis aussi le fils d’un prédicateur baptiste, le petit-fils d’un prédicateur baptiste, et l’arrière petit-fils d’un prédicateur baptiste. L’Eglise est ma vie et j’ai donné ma vie à l’Eglise», dit-il. Il précise «qu’un ministre du culte ne peut prêcher la gloire céleste en se désintéressant de la condition sociale de ses fidèles qui transforme certaines existences humaines en un véritable enfer ici-bas». Par conséquent, l’Eglise, gardienne et promotrice des valeurs spirituelles et morales dans l’humanité, doit agir lorsque ces valeurs son menacées. L’Eglise doit accompagner, effectivement, les luttes sociales. «Le problème racial, tant au Nord qu’au Sud, ne trouve pas sa solution au plan purement politique. L’approche doit être morale et spirituelle. L’Eglise doit se soucier, comme Jésus l’a fait, des problèmes économiques et sociaux de ce monde, aussi bien que de l’Evangile de l’autre monde», réitère Martin Luther KING.

La militance de Martin Luther KING a démontré la capacité du Christianisme à bousculer une société injuste et violente. La haine est née de la peur, de l’orgueil, de l’ignorance et de l’incompréhension. «Seul l’amour chrétien peut apporter sur la terre la fraternité», dit-il. L’amour n’est pas un sentiment intimiste, mais une force historique rédemptrice. En conséquence, dans la doctrine du Christ, Martin Luther KING recommande d’aimer ses ennemis. Pour lui il ne s’agit pas d’avoir une affection pour ses ennemis. «Personne n’a la stupidité de s’attendre à ce que l’on éprouve un sentiment de cet ordre pour son oppresseur», précise t-il. Le mot «Amour» signifie, pour Martin Luther KING, compréhension, bienveillance rédemptrice pour tous les hommes. C’est un amour désintéressé dans lequel l’individu ne cherche pas son bien à lui, mais le bien du prochain. Nous aimons la personne qui nous a fait du mal, tout en haïssant le mal qu’elle a fait. Finalement, l’Amour c’est la compréhension et le bon vouloir, rédempteur de tous.

Dans son sermon du 24 janvier 1954, à l’Eglise de Dexter Avenue, à Montgomery, intitulé «les trois dimensions d’une vie accomplie», Martin Luther KING pense que les maux du monde viennent de l’inachèvement. Les Grecs nous avaient donné une noble philosophie et de poétiques institutions, mais ses magnifiques cités étaient construites sur des fondations de l’esclavage. La civilisation occidentale était aussi quelque chose de grand, avec son admirable héritage d’art, de culture, de révolution industrielle, mais elle reposait sur l’injustice et le colonialisme, et permettait à ses fins matérielles de prendre le pas sur ses buts spirituels. L’Amérique est aussi une grande nation, qui a offert au monde la Déclaration d’indépendance et d’énormes progrès technologiques, mais elle est aussi inachevée à cause de son matérialisme, et parce qu’elle a privé 22 millions de Noirs, de la vie, de la liberté, et de la poursuite du bonheur. L’individu doit s’efforcer à un achèvement en lui-même. D’abord, chacun doit travailler, sans relâche, pour exceller dans son domaine, si humble soit-il. Ensuite, c’est le souci qu’on a de son prochain et le fait qu’on s’identifie à lui. La fraternité, voila la «largeur de la vie d’un homme», dit-il. Enfin la troisième dimension, c’est la hauteur, les aspirations de l’homme vers les sommets, aimer Dieu, «c’est la hauteur de la vie», conclut Martin Luther KING.

2 – Martin Luther KING, un engagement au service de la grandeur de l’Homme

Dans sa thèse de doctorat, en théologie, Martin Luther KING définit Dieu comme étant «Etre à l’amour infini et à la puissance sans bornes. Dieu est le créateur, le soutien et le préservateur de toute valeur». Il ne faut pas considérer Dieu comme celui qui a le pouvoir de faire tout ce qu’il veut et agir à notre place, mais plutôt celui qui entre en communion avec l’Homme. De cette communion l’Homme va vaincre le Mal et le non-être, sous toutes ses formes. Par conséquent, l’homme qui croit en Dieu, c’est le courage de sa foi qui va l’aider à atteindre ses objectifs. La puissance divine agit dans le cœur des hommes animés de foi et d’espérance. La foi est un appel constant pour que l’homme se dépasse afin qu’il puisse agir, efficacement, contre le Mal et l’Injustice. Les peuples noirs qui cherchent à se libérer de toutes les contraintes de l’oppression, de l’injustice, de l’esclavage et du racisme, doivent croire en la justesse et au succès de leur cause.

Martin Luther KING a lu et bien digéré Karl Marx. Autant, il rejette les fondements athéistes et dépersonnalisant du marxisme, autant il reconnaît le dynamisme révolutionnaire de cette doctrine. «Nous ne pouvons accepter la doctrine des communistes, mais nous reconnaissons leur zèle et leur dévouement à une cause qu’ils croient capable de créer un monde meilleur», dit-il dans «La force d’aimer». On ne peut pas abandonner la part de sacré et de spiritualité qui fait de l’Homme un être plus grand que sa personne.

Admirateur de la République de Platon, Martin Luther KING a étudié les grands philosophes allemands, entre autres Kant, Hegel et Nietzsche, ainsi que les existentialistes (Sartre, Jaspers, Heiddeger). Il détestait Nietzsche, dont la volonté puissance considérant que la pitié chrétienne, une morale d’esclave, serait une négation de la vie, et désespère à agir sur le monde en se fondant sur l’Amour. En revanche, Martin Luther KING a subi une influence considérable de Hegel, notamment, son concept d’esprit révolutionnaire du temps (Zeitgeist). La notion de Zeitgeist de Hegel, ou «l’esprit du temps», est amorale ; ce concept peut servir aussi pour le Mal comme pour le Bien. Pour Martin Luther KING, le Zeitgeist hegelien est l’une des références intellectuelles fondamentales, dans l’éveil soudain des peuples opprimés. Le Zeigeist, : «c’est le vent de changement qui commence à souffler en Amérique, et dans le monde, pour balayer les systèmes immoraux et injustes ; c’est l’esprit qui suscite l’aspiration profonde des hommes à la liberté». Dans sa thèse, Martin Luther KING fait remarquer que le Zeigeist est une foi en un esprit intérieur qui, au moment historique opportun, éveille les personnes à leur valeur, à leur identité, à leur rôle dans la défense de leur dignité : «Quelque chose au fond de lui-même a rappelé au Noir que sa liberté est un droit de naissance ; quelque chose dans le monde lui a rappelé qu’il peut l’obtenir». Contrairement à Hegel, Martin Luther KING donne à l’esprit révolutionnaire du temps présent, une dimension morale pour la réalisation du Bien. Pour lui, le Zeitgeist révèle une dimension divine, sans laquelle on ne pourrait pas expliquer l’éveil subite du courage révolutionnaire du peuple noir. Dans la longue nuit de l’oppression, le Zeitgeist a rappelé aux Noirs qu’ils avaient le droit d’aller vers la «Terre promise de justice raciale», de toute urgence.

3 – Martin Luther KING, un prophète de l’Amour et de non-violence,

Martin Luther KING en disciple du Christ et de Mahatma GANDHI (Voir ma contribution sur Gandhi sur mon blog), a prêché, vécu et dirigé une Révolution sociale non-violente. «Le Christ a fourni l’esprit et la motivation, GANDHI la méthode», précise t-il. La non-violence, n’est ni la peur, ni la lâcheté, c’est la noble vertu du courage. Martin Luther KING n’avait ni fusil, ni matraque pour se défendre, il n’était armé que de sa foi en Dieu et de sa croyance en la justesse de la cause qu’il défendait. «Nous n’avions nul besoin d’arme, pas même un cure-dent, puis que nous possédions l’arme suprême : la conviction de notre bon droit», dit Martin Luther KING, dans «Révolution non-violente». Dans son livre «Combat pour la liberté», il estime que l’Eglise doit mener la Révolution non-violente, pour implanter une société fondée sur l’Amour. Dans sa «lettre d’une prison de Birmingham », il défend la moralité de la Révolution non-violente. De par sa vocation de pasteur, Martin Luther KING place la Bible au cœur de son message, considérant que l'humanité a été depuis trop longtemps «dans la montagne de la violence», qu'elle devait aller vers «la Terre promise de justice et de fraternité». Pour lui cet objectif est une mission divine, car on «ne devait jamais se satisfaire d'objectifs inachevés, toujours maintenir une sorte de mécontentement divin». Très inspiré par les succès de l'activisme non-violent du Mahatma GANDHI, il visite sa famille en Inde en 1959, avec l'assistance du groupe de Quakers et du NAACP. «Depuis que je suis en Inde, je suis plus convaincu que jamais que la méthode de résistance non-violente est l'arme la plus puissante disponible pour les peuples opprimés dans leur lutte pour la justice et la dignité humaine», dit-il. Martin Luther KING a également été influencé par «La désobéissance civile», de Henry David THOREAU (1817-1862) qu’il a lue, alors qu'il était à MOREHOUSE College. «Ici, avec ce courageux refus d'un homme de la Nouvelle-Angleterre de payer ses taxes et son choix de la prison plutôt que de soutenir une guerre qui étendrait les territoires de l'esclavage au Mexique, j'ai eu mon premier contact avec la théorie de résistance non-violente. Fasciné par l'idée de refuser de coopérer avec un système maléfique, j'ai été si profondément bouleversé que j'ai relu le livre plusieurs fois». THOREAU lui fait prendre conscience qu'une lutte active, mais non-violente contre le Mal, était aussi juste et nécessaire qu'aider le Bien, et que les moyens et formes de cette lutte étaient innombrables : «Je devins convaincu que la non-coopération avec le Mal est autant une obligation morale que la coopération avec le Bien», précise t-il.

Jusqu'à la fin de sa vie, Martin Luther KING reste opposé à la radicalisation et à la violence prônée par le «Black Power». «Ma conviction est que cette méthode doit guider notre action dans la crise actuelle des relations raciales», souligne Martin Luther KING. Répliquer par la haine et l’amertume, ne peut qu’intensifier la haine dans le monde. La violence ne résout pas les problèmes sociaux ; elle se contente d’en susciter de nouveaux et de plus compliqués. «Remets ton épée au fourreau !», ordonne Jésus à l’apôtre Pierre. Accepter, passivement, un système injuste, c’est coopérer avec ce système, et par là se rendre complice de sa malice. Cette volonté divine et ce message d'amour transmis par l'Évangile impliquent, selon le pasteur KING, une volonté inébranlable face à l'adversité, «un esprit ferme et un cœur tendre», suivant le titre d’un de ses sermons. L’objectif de la non-violence n’est ni de vaincre, ni d’humilier l’adversaire, mais de conquérir sa compréhension et son amitié. Il a perçu la nécessité d’un combat politique solidaire et social qui dépasse les frontières ethniques. L’objectif est la rédemption et la réconciliation. «Notre recours à la résistance passive ne vise pas seulement à obtenir des droits pour nous-mêmes, mais à gagner l’amitié des hommes qui nous dénient ces droits, à les transformer eux-mêmes par l’amitié et par les liens d’une compréhension de Dieu», dit-il. La non-violence est une attaque dirigée contre les forces du Mal plutôt que contre les personnes saisies par le Mal. «Ce n’est pas entre les Blancs et les Noirs qu’il existe une tension dans notre ville. En réalité, c’est entre la justice et l’injustice, entre les forces de la lumière et celles des ténèbres», dit Martin Luther KING. Au cœur de la non-violence se tient le principe d’amour. Dieu est Amour. «La justice est toujours debout à côté de l’amour», précise t-il.

II – Martin Luther KING, acteur de la Révolution sociale

A – Martin Luther KING et la lutte contre la ségrégation raciale

1 – L’expérimentation de la désobéissance civile, l’affaire Rosa PARKS

Quand éclate l’affaire Rosa PARKS le destin du pasteur KING est chamboulé. Il subit une sorte de transmutation. En effet, le 1er décembre 1955, Rosa PARKS, une couturière de 42 ans, trouva une place assise à l’avant des sièges réservés aux Noirs, à Montgomery, dans l’Alabama. L’arrêt suivant des Blancs montèrent. Le chauffeur donna l’ordre à Mme PARKS de céder sa place à un Blanc qui venait de prendre l’autobus ; ce qui l’aurait contrainte à rester debout le reste du parcours. Rosa PARKS n’avait pas d’intentions révolutionnaires. Elle n’avait rien prémédité. C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. «Il se trouve seulement que j’étais fatiguée et que j’avais mal aux pieds», dira t-elle simplement. Aussi refusa t-elle de bouger. Le chauffeur appela la Police. On arrêta Mme PARKS, et on l’on amena au palais de justice et elle fut libérée sous caution.

Homme particulièrement doué, vif, élégant et cultivé, Martin Luther KING s’est saisi, comme dans le Zeitgeist de Hegel, de l’affaire Rosa PARKS pour mobiliser tout un peuple noir longtemps humilié : «Contre toute attente, je fus catapulté à la tête du mouvement de Montgomery. Je n’étais pas préparé au rôle symbolique que l’histoire me confiait. Mais il n’y avait moyen d’y échapper. Je fus happé par le courant de la nécessité historique». Rosa PARKS, profil rêvé pour mener un combat d’envergure, est une femme irréprochable, fière, intègre, militante antiraciste, incarnant parfaitement l’idéal de la femme noire. Une jeune fille, Claudette COLVIN, en mars 1955, victime d’un méfait identique, a renoncé de plainte, célibataire de 16 ans ; elle est enceinte. «Nous nous en servions pour donner naissance à la liberté et pour obliger les gens à respecter les lois du pays. Nous ne cherchions pas à empêcher les bus de travailler, mais à les amener à travailler d’une manière juste», affirme Martin Luther KING. Le docteur KING se rappela des paroles de THOREAU «nous ne pouvons plus coopérer avec un système qui est mauvais». Il rappelle que «celui qui accepte le mal, sans élever de protestation, en fait, coopère avec lui». En effet, le règlement des bus de Montgomery, qui transportait 60% de Noirs, était des plus avilissants. Les premiers sièges des autobus étaient réservés aux Blancs. Même quand ils étaient vides, et que les sièges arrière étaient bondés, les Noirs devaient rester debout à l’arrière. Quand les sièges avant étaient occupés, et que d’autres Blancs montaient en voiture, les Noirs assis à l’arrière, devaient se lever céder leur place. Comble de l’humiliation, le Noir devait payer son trajet à l’avant du bus, puis descendre, et gagner la porte arrière, pour remonter dans la voiture. Quelquefois, l’autobus, toujours conduit par un Blanc, repartait sans eux, alors qu’ils avaient payé leur place.

Brusquement on avait l’impression que tous les Noirs de Montgomery en avaient assez. «Nous avons trop longtemps accepté ce genre de choses. Je crois que le moment est venu de boycotter les bus. C’est le seul moyen de montrer aux Blancs que nous n’accepterons plus rien de pareil», dit Edgar Daniel NIXON, le chef de la NAACP locale. «Le moment est venu de faire quelque chose. Ce n’est plus le moment de parler. C’est le moment d’agir», dit un autre dirigeant de la NAACP. «A la source de tout progrès humain, il y a un état d’esprit, un besoin et un homme», souligne Coretta SCOTT KING. L’affaire Rosa PARKS a révélé l’étendue du talent et de l’extraordinaire personnalité de Martin Luther KING. Il forme un Comité d’action sociale et Politique, associe l’Eglise noire et la NAACP à sa stratégie de défense de Rosa PARKS. Il prononce le 5 décembre 1955, dans son église devenue le quartier général, un discours qui révèle son pouvoir charismatique et son leadership : «Nous sommes ici, d’abord et avant tout, parce que nous sommes des citoyens américains, déterminés à faire valoir notre statut de citoyens dans la plénitude de sa signification», et il ajoute : «Il vient un temps où on se lasse d’être piétinés par les pieds de fer de l’oppression. Il vient un temps où les gens se lassent d’être plongés dans l’abîme de l’humiliation, où ils font l’expérience de la désolation d’un persistant désespoir». Et il conclut : «nous sommes ici ce soir parce que nous sommes fatigués maintenant. La seule arme que nous ayons entre les mains ce soir est l’arme de la protestation. La grande gloire de la démocratie américaine est le droit de protester pour la justice».

Martin Luther KING a eu la grande inspiration de ne pas s’en tenir au combat purement judiciaire de la NAACP. En effet, les décisions judiciaires, même si elles sont favorables aux Noirs, étaient jusqu’ici peu respectées par les Blancs. L’action non-violente allait compléter, et non remplacer, l’action judiciaire. Cette révolte de Montgomery fait suite à une longue série d’humiliations subies par les Noirs aux Etats depuis plus d’un siècle. Un arrêt de la Cour suprême du 6 mars 1857, dans l’affaire Dred Scott v. John F.A Standford, avait déclaré qu’un esclave noir n’était, ni citoyen des Etats-Unis, ni citoyen de son Etat d’origine, en l’occurrence le Missouri. Les Noirs «n’avaient aucun droit qu’un homme blanc fût tenu de respecter». Plusieurs Etats et municipalités du Sud, en référence à un arrêt de la Cour suprême des Etats-Unis du 15 octobre 1883, Civil Riglil Case, proclamant la discrimination raciale non contraire à la Constitution, ont mis en place tout un système ségrégationniste, appelé «lois Jim Crow». «Séparés, mais égaux», telle est leur devise. Le résultat c’est, notamment, la discrimination dans l’espace public (bus, hôtels, restaurants, cimetières, hôpitaux, écoles, etc.), des traitements dégradants (lynchage, priorité des automobilistes blancs aux intersections, les Noirs sont désignés avec des expressions injurieuses ou désobligeantes, interdiction de mariages mixtes, le Noir ne doit pas être affectueux avec sa femme dans la rue, etc.). La Cour suprême des Etats-Unis avait déclaré, le 17 mai 1954, inconstitutionnelle la ségrégation dans les établissements scolaires, mais «avec toute la diligence voulue». Ce qui signifie que les Etats fédérés pouvaient appliquer cette règle jurisprudentielle suivant le rythme qui leur convenait. Par conséquent, les Etats du Sud ont refusé d’appliquer cette solution jurisprudentielle, continuant ainsi de bénéficier d’une main-d’œuvre servile.

Martin Luther KING a engagé une action résolue, sur le terrain politique, pour vaincre la passivité des organisations noires, ainsi que l’indifférence des intellectuels, afin de leur faire prendre conscience que leur force réside dans l’unité. Soucieux de l’efficacité de l’action violente comme méthode lutte, il a professionnalisé l’organisation de son combat. Pour cela, il s’entoure alors de conseillers de choix, dont Bayard RUSTIN (1912-1987), un Quaker de Pennsylvanie, objecteur de conscience et homme de gauche, qui l’initie aux techniques de non-violence. La grève des autobus, qui a démarré le 5 décembre 1955, a duré 382 jours. Un co-voiturage gratuit a été organisé, la mairie ayant interdit les taxis des Noirs de transporter plusieurs personnes avec des coûts réduits pour chacun. Cette grève étant devenue le symbole de l’unité des Noirs, la Cour suprême des Etats-Unis, dans un arrêt en date du 13 novembre 1956, déclara la ségrégation dans les bus anticonstitutionnelle. La compagnie des bus était au bord de la faillite vu que c’était surtout des Noirs qui empruntaient ce moyen de transport. De cette lutte Martin Luther KING tirera, en 1958, son premier ouvrage : «Stride Toward Freedom : The Montgomery Story» (marche vers la liberté). En 2002, la réalisatrice, Julie DASH en a fait un téléfilm : «The Rosa Parks Story», avec l’actrice Angéla BASSETT. Pour le premier anniversaire de la grève de Montgomery, un grand concert de musique, avec la participation de Duke ELLINGTON et Harry BELAFONTE, est organisé au Manhattan Center de New York, afin de récolter des fonds, le nerf de la guerre.

Martin Luther KING, encore très jeune est élu le 11 janvier 1957, président de la Conférence Nationale des Dirigeants Chrétiens du Sud, (South Christian Leadership Conference, S.C.L.C.), avec une soixantaine de pasteurs noirs, afin de coordonner les luttes contre la ségrégation raciale. Il met de l’ordre dans sa vie privée, cesse de boire, de fumer et d’accumuler les conquêtes féminines. Il arrive à ménager la susceptibilité la vieille organisation de la NAACP, et à rassembler l’Eglise noire, divisée, autour d’objectifs stratégiques. Les Noirs, qui attendaient depuis longtemps un leader véritable et novateur, ont placé tous leurs espoirs sur les épaules de Martin Luther KING. Cette responsabilité soudaine a effrayé le jeune pasteur de Montgomery. Times Magazine évoque «ce ministre baptiste noir, cultivé, qui en moins d’un an, est sorti du néant, pour devenir l’un des plus remarquables meneurs d’hommes de ce pays». Du fait de cette notoriété subite, en mars 1957, il est invité, par Kwamé N’KRUMAH, aux festivités d’indépendance du Ghana et se rend, après ce voyage, au Nigéria, en Italie, en Suisse, en France, en Grande-Bretagne, et en Inde en 1959. Le 17 mai 1957, pour célébrer le troisième anniversaire de la Cour suprême déclarant illégale la ségrégation raciale à l’école, Martin Luther KING organisera un pèlerinage à Washington qui s’est soldé par un échec. Il n’y a eu que 20 000 participants. Mais Martin Luther KING est devenu un personnage de stature nationale, l’interlocuteur de la presse et le chef incontesté de la communauté noire. Il va étendre et amplifier le mouvement au plan national, pour gagner la confiance des Blancs libéraux.

2 – L’extension et l’amplification de la lutte pour l’égalité

Bien des gens croyaient que la contestation de Montgomery n’était qu’une bourrasque passagère et isolée. Cependant, Martin Luther KING s’est attaché, en raison de cette célébrité, à mobiliser la communauté noire autour des objectifs d’égalité et de dignité. A la rentrée du 4 septembre 1957 à Little Rock, en Arkansas, le gouverneur de l’Etat refuse d’accueillir des étudiants noirs et menace de faire couler le sang dans les rues. Une femme noire, Mme Elizabeth ECKFORD, qui n’avait pas eu connaissance de ces menaces se présenta le jour de la rentrée et fut reçue par des chiens policiers, des menaces et des injures. La presse qui rapporta cet incident, a obligé les autorités fédérales de mettre sous la protection de la Police, pendant un an, les étudiants noirs de cette université Central High. La violence policière exposée à la télévision horrifie les Blancs modérés, et génère une empathie pour les Noirs. Martin Luther KING comprend que la confrontation est périlleuse, mais elle devenue une méthode payante pour les Noirs : «L’oppresseur ne donne jamais délibérément sa liberté à l’opprimé. Il faut travailler pour l’obtenir». Martin Luther KING entreprend, alors d’étendre contestation à certaines villes du Sud. Cette tâche l’occupe maintenant à temps plein, avec de nombreux déplacements ou des séjours en prison. Il quitte Montgomery pour aller s’installer le 24 janvier 1960, à l’église d’Ebenezer pour seconder son père.

L’année 1960 fut l’année des «Sit-Ins» (on s’assied et on attend le temps qu’il faut) des étudiants noirs pour obtenir que cesse la ségrégation dans les restaurants et snacks bars. Le mouvement commence, à Greensboro, en Caroline du Nord, quand un étudiant noir, Joseph NcNeil, se voir refuser le service au comptoir de la gare des autobus. S’inspirant de l’ouvrage écrit par Martin Luther KING sur le boycott des autobus à Montgomery, les étudiants se rendirent le 1e février 1960, au magasin unique de la ville, Woolworth, et s’installèrent au comptoir. Ils demandaient calmement, avec insistance, qu’on les serve. Devant le refus, ils retournèrent, jour après jour à ce magasin, mais plus nombreux et soutenus par des Blancs. La nouvelle se répandit et fit tache d’huile dans le pays. En stratège et pourrait préserver l’âme du mouvement galvaniser ses troupes, Martin Luther KING recherche à faire accompagner les manifestations de chant de la liberté. La chanson «We Shall Overcome», (nous vaincrons, Noirs et Blancs ensemble, nous vaincrons un jour), popularisée par Mahalia JACKSON, est devenue l’hymne des protestataires. D’autres chansons sont entonnées comme «ce matin en me réveillant, j’ai pris le parti de la liberté», ou encore «personne ne me fera faire demi-tour». Ce chant renvoie aux racines de l’esclavage où chanter c’était implorer les forces de la vie contre des ténèbres. Le mouvement s’étendit à Atlanta. Les Sit-ins connurent un succès considérable dans le Sud.

Dans sa stratégie de lutte pour l’égalité, Martin Luther KING a choisi des villes symboliques aussi bien du Sud (Albany, Little Rock, Birmingham, Selma, etc.) que du Nord (Washington, New York et à Chicago, en 1966, il réclame des droits sociaux). En mars 1961, une nouvelle initiative est née : «Les Freedom Riders» (voyages de la liberté), destinés à obtenir l’intégration des autobus reliant les Etats et les gares routières du Sud. Le premier voyage, qui avait irrité les conservateurs, a été émaillé de violences (bris de vitres, tabassage, bus incendié, injures et menaces, refus d’assistance aux blessés, etc.). Les voyageurs furent arrachés de l’autobus, battus et jetés en prison. Mais le mouvement s’amplifia, obtint la protection de l’Etat, et connut un grand succès. Martin Luther KING mène la lutte non-violente, de décembre 1961 à juillet 1962 campagne à Albany, en Géorgie, une ville de 50 000 habitants où la ségrégation raciale est appliquée avec une grande rigueur. Les partisans des «Freedom Riders», Martin Luther KING, ses amis ainsi que 75 prêtres, Blancs et Noirs, de toutes confessions, sont emprisonnés. Coretta KING mis en place un mouvement des femmes pour les soutenir. La communauté noire n’avait pas été suffisamment mobilisée auparavant. Les autorités réussirent à obtenir une interdiction fédérale de manifester à Albany. Martin Luther KING accepta cette décision. On reprocha à Martin Luther KING cette position légaliste. Cependant, cette lutte réveilla chez les Noirs d’Albany un nouveau sens de la dignité et du respect. Les restaurants restèrent, certes à Albany, ségrégationnistes, mais l’inscription massive des Noirs sur les listes électorales contribua à l’élection d’un gouverneur libéral, plus respectueux de leurs droits. Ainsi, certains lieux seront ouverts aux Noirs, tels que les bibliothèques, les parcs et les lignes de bus.

Martin Luther KING tira les leçons de l’échec relatif d’Albany, et engagea une nouvelle bataille de mars à mai 1963, à Birmingham, un des plus grands centres sidérurgiques des Etats-Unis : «Dans cette communauté, les droits humains avaient été écrasés pendant si longtemps qu’on y respirait la peur et l’oppression autant que la fumée des usines». En cette année du centenaire de célébration de l’abolition de l’esclavage, la bataille de Birmingham est hautement symbolique en raison de l’intolérance raciale qui y règne depuis des lustres. Le Noir est libre, physiquement, mais il continue de vivre un asservissement total. «L’émancipation fut une proclamation et non un fait », reconnaît Lyndon B. JOHNSON, vice-président. Dans cette ville, la NAACP est interdite, parce que considérée comme un mouvement étranger. Le Noir n’a d’autre utilité ou capacité que de servir le Blanc ; il y est relégué aux tâches ingrates : domestique, commis ou manœuvre. En 1957 et 1963, dix sept maisons occupées par des leaders ou églises noires ont été plastiquées. Aucun lieu public n’est intégré, sauf les autobus, les chemins de fer et l’aéroport. C’est dans ce sommeil profond où règne la suprématie blanche, que le gouverneur de l’Etat d’Alabama, George WALLACE (1919-1998) avait proclamé : «Ségrégation maintenant, ségrégation demain, ségrégation pour toujours !». Eugène Connor, dit Bull Connor (1897-1973), chef de la police, qui se flattait de «faire rester les Noirs à leur place», et prétendait que le sang coulerait à Birmingham avant que la ségrégation n’y soit abolie. Martin Luther KING retrace cette vaillante lutte dans son remarquable ouvrage intitulé «Révolution non-violente». En janvier 1963, Martin Luther KING a rencontré le président KENNEDY pour réclamer une loi sur les droits civiques. Mais on ne l’a écouté que d’une oreille distraite. Il a compris que la bataille à Birmingham pourrait contraindre le gouvernement fédéral à agir. Comme c’est une ville d’affaires, Martin Luther KING a été stratège : il va, contrairement, au mouvement d’Albany, concentrer la campagne à Birmingham, sur les magasins pourvus d’un snack-bar. Il est, particulièrement, humiliant, pour un Noir, de voir qu’on accepte son argent à tous les rayons, sauf au bar. Pour la première fois, il demande aux enfants des établissements scolaires de se joindre aux manifestations pour dramatiser les événements, et favoriser ainsi un large écho dans la presse. Martin Luther KING a recherché dans le pays, des soutiens de personnalités, comme Harry BELAFONTE, pour rassembler des fonds, en vue de faire libérer sous caution, les protestataires interpelés. Dans un contexte électoral, cette fois-ci, Martin Luther KING décide de ne pas respecter l’interdiction de manifester, et refuse le paiement d’une caution pour lui-même, son incarcération popularisera la lutte. Le sinistre chef de la Police, Bull Connor, l’arrêta. C’est de sa prison de Birmingham, en réaction à une partie de l’Eglise blanche qui le critiquait estimant que ces actions seraient l’œuvre d’étrangers, ou seraient prématurées et déraisonnables, que Martin Luther KING écrit la fameuse lettre du 16 avril 1963. Il y formule notamment sa théorie des «lois injustes». Toute loi qui élève la personne humaine est juste. Toute loi qui la dégrade est injuste. Toute loi qui impose la ségrégation est injuste, car la ségrégation déforme l’âme, et endommage la personnalité. L’interdiction d’un défilé, utilisée pour maintenir la ségrégation, est donc injuste. L’intervention de KENNEDY, sollicitée par Coretta SCOTT KING, a relancé et encouragé le mouvement de protestation à Birmingham. Après de graves violences (lances à incendies, brutalités, morsures de chiens), dont la presse a rendu compte, un accord a été trouvé le 10 mai 1963 mettant fin à la ségrégation des magasins et améliorant les conditions d’embauche des Noirs. C’est une victoire importante qui a déterminé le président KENNEDY à déposer un projet de loi sur les droits civiques.

En 1964, à Saint-Augustine, en Floride, à coup de menaces (brûler la maison du Noir, le pendre, le lyncher ou le licencier), les Noirs avaient pris peur d’envoyer leurs enfants à l’école. Quand la révolte a grondé, les places ont manqué dans les prisons. Un propriétaire d’un motel, réservé aux Blancs, a versé de l’acide chlorhydrique dans sa piscine où nageaient des Noirs. Cette barbarie, proférée devant les télévisions, a suscité une grande indignation aux Etats-Unis et dans le monde. Martin Luther KING, en grand communicateur, a gagné la bataille de l’opinion publique et celle de Saint-Augustine.

B – Martin Luther KING, le tambour major de la justice

1 – Martin Luther KING, le promoteur des droits civiques

En juin 1960, Martin Luther KING rencontre à New York, John Fitzgerald KENNEDY (1917-1963), un catholique candidat à la présidence, mais qui avoue son ignorance sur le dossier des droits civiques. Il en avait, vaguement, entendu parler lors des Sit - In qui révèlent la grande injustice dont sont victimes les Noirs. KENNEDY demande l’appui des Noirs pour sa candidature à la présidence, et promet, s’il est élu, de régler le problème des droits civiques.

Martin Luther KING trouve une façon symbolique d’attirer l’attention de l’opinion publique, avec l’arrivée des télévisions, et de montrer que les Noirs sont plus facilement admis en prison que dans certains espaces publics comme les écoles, les restaurants et hôtels. Ainsi, il lance les «Jail In». Les participants interpelés aux manifestations refusent de payer la caution, pour remplir les prisons. Il engage également des «Wade-In», occuper tout lieu de ségrégation et des «Kneels-In», s’agenouiller notamment devant les lieux de rassemblement des Blancs, comme les églises. Au cours d’un «Jail in», le 19 octobre 1960, dans un restaurant à Atlanta, Martin Luther KING est condamné à une prison ferme de 4 mois. En effet, la peine avec sursis, du 23 septembre 1960, pour défaut de changement de la plaque d’immatriculation de sa voiture, est révoquée. John KENNEDY téléphone à Coretta KING pour la soutenir et Robert KENNEDY a fait libérer Martin Luther KING quelques jours plus tard. Grâce au soutien de la communauté noire, KENNEDY est élu, le 8 novembre 1960, président des Etats-Unis avec une étroite majorité de 120 000 voix d’avance seulement. En février 1961, le président KENNEDY accepte d’envoyer les troupes fédérales afin de permettre à un étudiant noir, James MEREDITH, de s’inscrire à l’université du Mississipi. En guise de retour d’ascenseur, le président KENNEDY fait, le 11 juin 1963, une déclaration retentissante à la télévision ; il va déposer un projet de loi sur les droits civiques : «Chaque américain devrait être traité, comme s’il voudrait que ses enfants soient traités. Maintenant le moment est venu pour cette nation de tenir sa promesse. La semaine prochaine, je vais demander au Congrès de prendre un engagement qu’il n’a pas pleinement pris en ce siècle. L’idée que la race n’a pas sa place dans la vie américaine».

C’est dans ces circonstances que Martin Luther KING organise la très célèbre marche du 28 août 1963, à Washington «pour l’emploi et la liberté», durant laquelle il a prononcé son «I have a Dream» (Je fais un rêve). Cette marche, pacifique, devant le symbolique Mémorial de Lincoln qui a aboli l’esclavage, rassemble, contre toute attente, 250 000 personnes, aussi bien noires (Harry BELAFONTE, Sidney POITIER, James BALDWIN, Joséphine BAKER, Joan BAEZ, Sammy DAVIS, Mahalia JACKSON, etc.), que blanches (Bob DYLAN, Paul NEWMAN, Joseph Léo MANKIEWICZ, Charlton HESTON, etc.). La marche coordonnée par Bayard RUSTIN, est le couronnement du succès de diverses campagnes de désobéissance civile organisées par Martin Luther KING, qui est maintenant mondialement connu. Cette initiative constitue, surtout, une étape clé, au plan national de l’affirmation de la communauté noire, tant du point de sa dignité que des revendications civiques et économiques. Il s’agit de rendre le combat des Noirs plus visible, donc plus efficace. En réaction à ces succès de Martin Luther KING, le 15 septembre 1963, des extrémistes blancs posent une bombe dans une église à Birmingham, en Alabama, qui tue 4 jeunes filles noires. Auparavant, le 12 juin 1963, le lendemain du discours de KENNEDY, Medgar EVERS, un dirigeant de la NAACP, à Jackson, en Mississipi, est assassiné. Ses deux meurtriers sont acquittés par deux fois par des juridictions du Sud. Il a fallu exporter le procès, hors du Sud, pour qu’ils soient condamnés.

Mais le 22 novembre 1963, le président KENNEDY est assassiné à Dallas. Lyndon B. JOHNSN (1908-1973), vice-président, est devenu, automatiquement, président des Etats-Unis. Mais c’est un sudiste, né à Stonewall, au Texas. Il tarde à répondre aux demandes des Noirs. Martin Luther KING, en homme pressé, lance une offensive pour l’inscription sur les listes électorales, du 21-25 mars 1964 à Selma, chef lieu comté de Dallas, ville moyenne située entre Montgomery et Birmingham. Au cours de la marche du 1er février 1964, Martin Luther KING et ses compagnons sont arrêtés, et jetés en prison. Après sa libération, il engage, le 7 mars 1963, une marche de 80 km entre Selma et Montgomery pour protester contre la lenteur de l’inscription des Noirs sur les listes électorales. Ces marches sont émaillées de graves violences policières. James REEB, un Blanc qui dînait dans un restaurant tenu par des Noirs, à Selma, est assassiné. A Marion, on enregistre le premier assassinat d’un jeune Noir.

Le président JOHNSON comprend, enfin, qu’il est temps d’agir. Le 2 juillet 1964, le président Lyndon B. JOHNSON, le «Civil Rights Act», (loi sur les droits civiques) qui rend illégale toutes les discriminations à caractère racial dans le travail, à l’école, dans l’Armée les lieux publics, le transport, les administrations locales et fédérales. Une Commission, pour l’égalité de l’accès à l’emploi, est créée. C’est le début de «l’Affirmative Action», politique volontariste d’intégration des Noirs dans tous les secteurs de la vie professionnelle, par l’imposition des quotas. Mais la haine a continué, puisque le 3 juillet 1963, deux Juifs qui soutiennent la cause des Noirs et un jeune originaire du Mississipi, sont assassinés ; ce qui va inspirer, en 1988, un film d’Alan PARKER, «Mississipi Burning». Le 10 décembre 1964, Martin Luther KING, reçoit le Prix Nobel de la paix, Oslo ce qui popularise, encore plus, dans le monde, sa lutte pour l’égalité, et l’encourage, considérablement dans ses luttes.

2 – Martin Luther KING, la réaffirmation et la consolidation du droit de vote

Martin Luther KING poursuit sa mission et réclame le droit de vote pour les Noirs. «Give us the Ballots», (donnez-nous le bulletin de vote). Une bonne partie du système «Jim Crow» visait, par une série de techniques juridiques, à remettre en cause le droit de vote des Noirs. Ainsi, la clause du «Grand-père», limite le droit de vote aux personnes dont les aïeuls figurent sur les listes électorales, excluant d’office, pratiquement tous les affranchis. Il est imposé un droit censitaire, un «impôt électoral local», pour pouvoir voter. Des tests de connaissance sont établis pour éliminer les Noirs, majoritairement ouvriers agricoles et peu instruits. Par ailleurs, les bureaux de vote, où les Noirs pouvaient s’inscrire, ouvraient souvent en retard, avec de longues pauses aux heures de repas. Les Noirs faisaient la queue pendant des heures, et subitement on fermait, sans raison, le bureau. Le 17 mai 1957, à l’occasion du troisième anniversaire de l’arrêt de la Cour suprême du 17 mai 1954, Brown v. Board of Education of Topeka, déclarant inconstitutionnelle la ségrégation raciale dans les écoles, Martin Luther KING demande au Président EISENHOWER le droit de vote pour les Noirs. «Donnez-nous le droit de vote et nous n’avons plus besoin d’ennuyer le gouvernement fédéral à propos nos droits de base», dit-il. Les choses ne bougent pas sous le mandat de John KENNEDY. On considère, que la condition des Noirs, dans le Sud fait partie d’un des éléments fondamentaux de l’identité des Blancs. Même Lincoln, qui avait aboli l’esclavage, avait ménagé l’autonomie des Etats du Sud qui pouvaient continuer d’appliquer la ségrégation, afin de préserver le maintien de l’Union. Ce qui fait dire à Richard WRIGHT, écrivain et journaliste (1908-1960) : «il n’y a pas de problème noir aux Etats-Unis, mais un problème blanc». Par la suite, les campagnes victorieuses de Martin Luther KING ont changé cet ordre des choses. Le 6 août 1965, le président JOHNSON signe le «Voting Rights Act» qui confère à tout américain, un droit de vote, sans discrimination, sans distinction de race, de couleur de la peau ou de langue.

Les choses commencent à bouger sur le plan politique. Le 14 juin 1967, le président JOHNSON nomme, pour la première fois, un Noir, Thurgood MARSHALL (1908-1993), juge à la Cour suprême des Etats-Unis. Le 7 novembre 1967, et pour la première fois, un Noir, Carl Burton STROKES (1927-1996), est élu maire de Cleveland, dans l’Ohio, une importante ville, majoritairement, blanche.

Mort tragiquement à 39 ans, le jeudi 4 avril 1968, Martin Luther KING avait une révérence particulière pour les fêtes de Pâques. Il y a des moments où nous sentons que tout est perdu, qu’il n’y a pas d’espoir. Mais, ensuite arrive Pâques, qui est le temps de la résurrection, de l’espoir et de la plénitude. Martin Luther KING a affronté la police, les chiens, les matraques, la prison, les intimidations et les menaces de toutes sortes, et enfin de compte la mort. Dans la noblesse de l’homme, Martin Luther KING tient le haut du pavé, et c’est pourquoi, bien que réduit au silence par la mort, son message d’amour, de justice de fraternité, de compréhension mutuelle, ne cessera d’interpeler la conscience de l’humanité. Une plaque, en référence à la Genèse, est apposée au Loraine Motel, à Memphis, lieu de l’assassinat avec la mention : «Sacrifions le rêveur, et nous verrons ce qu’il adviendra de ses rêves». Et sur sa tombe est gravé «Enfin libre !» (Free à last). C’est dans cette optique qu’il considère, dans sa fameux sermon sur les «Trois dimensions d’une vie accomplie», que «la longueur d’une vie n’est pas sa durée, pas sa longévité». Ce qui compte le plus, c’est «la hauteur ascendante vers Dieu», la préoccupation du bien-être des autres. Le 4 février 1968, deux mois avant sa mort, Martin Luther KING a délivré un sermon à l’église d’Ebenezer, à Atlanta, intitulé : «L’instinct du tambour major». Notre impulsion dominante, est de vouloir être important, surpasser les autres, parader à la tête du cortège. Il y a, en chacun d’entre nous, le besoin d’être reconnu, le désir de se voir distingué. Mais la vraie grandeur, c’est être au service des autres, être esclave de l’amour. Martin Luther KING souhaite, à sa mort, que l’on se souvienne de lui comme étant le «tambour major de la justice», celui a tenté de consacrer sa vie aux autres, d’aimer et servir l’humanité. «Je veux être là dans l’amour, la justice et la vérité, et le dévouement à autrui», conclut-il.

En définitive, on ne sait pas vraiment qui a tué Martin Luther KING. La question pertinente n’est pas : «qui a tué Martin Luther KING ?», mais : «qu’est ce qui l’a tué ?». Quand Martin Luther KING a quitté le combat pour les droits civiques, pour celui de la lutte contre la pauvreté ; il est devenu politique gênant. Ainsi, en août 1965, il vient s’installer dans le ghetto noir de Watts à Los Angeles, et réclame des mesures sociales pour les pauvres. Il a fortement agacé le pouvoir fédéral quand il a commencé à critiquer la guerre au Vietnam. Le FBI, avec Edgar HOOVER, se déchaîne l’accuse d’être un communiste, de tromper sa femme, et d’être un lâche, puis qu’il ne soutient pas les militaires engagés au Vietnam. Bien des gens pensent qu’il a été assassiné par le FBI en complicité avec la mafia. RAY, soudoyé, n’était là que pour faire diversion. Martin Luther KING a toujours regardé, lucidement, la mort en face. «Il faut être prêt à mourir, si vous voulez commencer à vivre», dit-il. Profondément épris de justice, Martin Luther KING a engagé, victorieusement, le combat contre l’intolérance et l’exclusion. Militant d’une armée de la non-violence, il a délivré au monde un profond message d’amour, de réconciliation et de paix de l’âme. Dans un puissant et radical sermon du 16 août 1967, Martin Luther KING s’interroge : «Où allons-nous ?». Aussi longtemps que l’esprit est réduit en esclavage, le corps ne peut pas être libre. Il en appelle à l’amour en tant que réponse aux demandes de justice, et préconise un revenu minimum garanti pour faire face à la pauvreté. Dans son dernier sermon, du 3 avril 1968, la veille de son assassinat, qu’il intitule «Je vois la Terre promise», si Dieu lui demandait à quelle époque veux- tu vivres ? Il se déclare heureux de vivre au XXème siècle, parce que, dit-il, «nous avons une chance de faire de l’Amérique un pays meilleur». Et il a ajouté «ce qui va m’arriver maintenant n’importe guère. Car je suis allé jusqu’au sommet de la montagne. Et, j’ai vu la Terre promise. Notre peuple atteindra la Terre promise».

3 - Martin Luther KING et son héritage.

Depuis, 1986, le troisième lundi de janvier, est un jour férié aux Etats-Unis, pour commémorer la naissance de Martin Luther KING. Cette loi a été votée le 2 novembre 1983, sous un président très conservateur, Ronald REAGAN. Ce qui atteste bien que Martin Luther KING et son combat pour l’égalité, font partie, désormais, du patrimoine commun des Américains.

Martin Luther KING avait pronostiqué, en 1964, que d’ici quarante ans, les Etats-Unis allaient avoir un président noir. Bill CLINTON (président de 1993 à 2001) est le premier président blanc ayant de la sympathie et de l’empathie pour les Noirs. Jeune, il a été élevé et grandi en Arkansas parmi les Noirs avec lesquels il a conservé de solides liens d’amitié et d’estime. Il a promu, en grand nombre, des Noirs à des postes de responsabilité, dont son ami Ron BROWN, secrétaire d’Etat au Commerce. L’accession, le 4 novembre 2008, de Barack OBAMA, premier président noir des Etats-Unis, mais surtout sa réélection le 6 novembre 2012, ont réalisé, pour une large part, de ce rêve de Martin Luther KING. Pour un instant, l’Amérique semble avoir dépassé les clivages raciaux séculaires. Le racisme, à tout le moins sur le plan étatique, a été mis entre parenthèse. Une classe moyenne noire s’est développée, et a renforcé son intégration. En revanche, une grande partie des Noirs sont les plus paupérisés, avec un taux de chômage, une délinquance, des conduites addictives et une violence, à des niveaux élevés.

Sans doute que la situation actuelle de la France n’est celle des Etats-Unis du temps de Martin Luther KING. La France reste, très largement, une belle et grande nation de droit où l’égalité républicaine a considérablement progressé. La justice est indépendante, même si elle est lente, et accessible à tous. Un pacte républicain, issu du Conseil National de la Résistance, et dénommé «les Jours heureux», a mis en place un système de protection sociale généreux. En particulier, l’aide médicale de l’Etat attribuée aux plus démunis, même aux sans-papiers, est une mesure sans équivalent dans le monde. C’est avec plein de reconnaissance et de gratitude que ces conquêtes majeures doivent être appréciées à leur juste valeur. Faire partie de cette France républicaine est un immense honneur et une fierté. Mais, il y a toujours un «mais». Certaines explosions dans les banlieues, en particulier, les émeutes de novembre 2005, ont rappelé la nécessité de répondre aux urgences sociales. En effet, la France est devenue un îlot de richesse protégé, mais avec des zones, notamment en Seine-Saint-Denis, de ghetto et de pauvreté croissante. Les politiques d’austérité, menées par la Droite comme la Gauche, ont encore fragilisé les exclus, et attisé la peur de l’autre.

A côté de cette France républicaine, certains déniant le pluralisme ethnique et culturel, animés d’un esprit esclavagiste et colonialiste, rêvent d’une autre France qui n’a jamais existée, une France frileuse, rabougrie et recroquevillée sur elle-même, purement blanche et fantasmée. Devenus invisibles, on est là, sans être là. Paradoxalement, c’est parce que l’intégration est en marche, et de façon irréversible, que les esprits mesquins sont saisis d’une peur irrationnelle. En effet, sous l’effet de la crise et de la lepénisation des esprits, les forces du Mal ne cessent de progresser dans ce merveilleux pays des droits de l’Homme. Ce qui me frappe le plus, c’est que certains Français n’ont plus honte de se réclamer ouvertement des idées abjectes de l’intolérance. Le Front National, devenu respectable, est le deuxième parti de France. «Je suis de la couleur de ceux qu’on persécute» disait Alphonse de Lamartine (1790-1869). Mais, le plus grave, à mon sens, est la démission d’une partie de la Gauche face à cette montée de la peste brune. Le Parti Socialiste, affublé des citations de Jaurès, se revendique des valeurs républicaines d’égalité, de fraternité et de liberté, mais la réalité de son bilan, à tout le moins dans le traitement qu’il accorde aux Français issus de l’immigration, est moins glorieuse. Cette grande hypocrisie, ces affirmations de façade ne trompent plus personne, et sont la cause de l’abstention massive aux élections, et donc la défiance à la parole publique. Nous attendons depuis 1981, le droit des étrangers. Pourtant en 2012, le gouvernement avait, pour la première fois de l’histoire, une majorité à l’Assemblée Nationale et au Sénat, et aurait donc pu appliquer la réforme. La diversité n’est pas représentée au gouvernement, dans les médias, dans la haute administration. Au sein des organes dirigeants du Parti socialiste, qui aurait dû faire preuve d’exemplarité, notre dernier représentant, Louis Mohamed SEYE, modeste poste de Secrétaire national à l’égalité, a été remercié comme un malpropre. A la ville de Paris, symbole pourtant de la fierté de la Gauche, ville colorée où cohabitent plus de 110 nationalités, la haute administration ainsi que les conseillers de Paris, sont exclusivement blancs, donc incolores, inodores et insipides.

A mon sens, sans partage du pouvoir, l’intégration est une véritable escroquerie. «Etre libre c’est participer au pouvoir», disait Cicéron. Dans notre grande largesse d’esprit, nous avons une capacité à pardonner tous les outrages subis. Mais cette patience infinie ne signifie nullement, une résignation aux injustices et un abandon de nos droits de citoyens de la République. Nous avons «un esprit ferme et un cœur tendre», en référence à un sermon de Martin Luther KING. Avant d’avoir le droit de vivre, chaque homme qui se respecte, doit être prêt à mourir pour les idées justes auxquelles il croit. Notre revendication légitime, mais non négociable est la suivante : la France républicaine, comme l’ont fait les Etats-Unis de Martin Luther KING, devrait assumer, enfin, son statut de pays multiculturel, si dénié et refoulé. Nous sommes aussi la France. Mettons de la couleur dans ce pays ! Nous en avons assez qu’on nous traite «d’immigrés», comme des citoyens de seconde zone, des indigènes de la République. Nous ne sommes plus dans les années 60, où les personnes venant du Tiers-monde étaient des immigrants, peu qualifiés, avec le mythe du retour au pays, et vivant en marge de la société française. La nouvelle génération éduquée, est enracinée, pour toujours, dans ce pays, revendique sa juste place. J’ai entendu les souffrances de ces jeunes français d’origine sénégalaise qui m’avait invité à la Défense en juin 2014. Tous issus de grandes écoles de commerce, bien formés et compétents me disent que leurs demandes d’emploi reviennent invariablement, avec la mention «ne correspond pas au profil recherché». Mais de quel profil parle t-on ? Il est temps que cela change. Je voudrais convoquer à la table de la justice et de la fraternité, les grands groupes français qui pillent les ressources africaines (Elf, Total, Orange, etc.), pour leur faire comprendre que la différence n’est pas un mal, mais une grande richesse. Pour paraphraser le Pape Jean-Paul II : «Cessez d’avoir peur, entrez dans l’espérance». On nous dit toujours, à chaque échéance électorale : «Soyez patients. La fois prochaine ce sera votre tour». «Justice trop tardive, est déni de justice», est un dicton qu’aimait à rappeler Martin Luther KING. Comme l’avait promis, fort justement, François HOLLANDE : «le changement, c’est maintenant».

Le pouvoir ne se donne pas, il se conquiert. En raison d’un lavage de cerveau intensif, les différentes communautés africaines, antillaises, maghrébines et asiatiques sont divisées et concurrentes, donc inefficaces. Aucun OBAMA ou Martin Luther KING n’a pu émerger en France. Cependant, le Mal, sous la forme de l’injustice et du racisme, ne triomphera pas. Car la Vérité terrassée se redressera. Je sens une colère ancienne et sourde qui gronde encore plus fort, et plus insistante. Je perçois ce Zeitgeist, dont parlaient Hegel et Martin Luther KING, pour rétablir l’égalité rétablir l’égalité réelle, la fraternité, le bien –vivre ensemble et la justice. «Je vois la Terre promise de la liberté et de la justice», disait Martin Luther KING.

Bibliographie sélective :

KING (Martin Luther), Autobiographie, Paris, Bayard Culture, 2008, 478 pages ;

KING (Martin Luther), Minuit, quelqu’un sonne à la porte : les grands sermons de Martin Luther King, présentation Bruno CHENU, traduction Serge MOLLA, Paris, Bayard, 2000, 234 pages ;

KING (Martin Luther), Why we Can’t Wait (Pourquoi nous ne pouvons pas attendre), Boston, Beacon Press, 2010, 193 pages ;

KING (Martin Luther), Où allons-nous : la dernière chance de la démocratie américaine, traduction Odile Pidoux, Paris Payot, 1968, 234 pages ;

KING (Martin Luther), Stride Toward freedom (Combat pour la liberté), Paris, Payot, traduit de l’anglais par Lionel Jospin et Odile Pidoux, 1968, 242 pages ;

KING (Martin Luther), «Non-violence et justice raciale», in Christian Century du 6 février 1957, et in Je fais un rêve, les grands textes du pasteur noir, présentation de Bruno CHENU, traduction de Marc SAPORTA, Paris, Bayard, 1987, spéc. pages 23-35 ;

KING (Martin Luther), «La lettre de la geôle de Birmingham, 16 avril 1963», in Je fais un rêve, les grands textes du pasteur noir, présentation de Bruno CHENU, traduction de Marc SAPORTA, Paris, Bayard, 1987, spéc pages 36-71 ;

KING (Martin Luther), «Je fais un rêve, I Have a Dream, 28 août 1963», in Je fais un rêve, les grands textes du pasteur noir, présentation de Bruno CHENU, traduction de Marc SAPORTA, Paris, Bayard, 1987, spéc pages 72-87 ;

KING (Martin Luther), «Discours d’acceptation du Prix Nobel de la Paix, 10 décembre 1964», in Je fais un rêve, les grands textes du pasteur noir, présentation de Bruno CHENU, traduction de Marc SAPORTA, Paris, Bayard, 1987, spéc pages 36-71 ;

KING (Martin Luther), «Interview accordée à PLAYBOY, janvier 1965», in Je fais un rêve, les grands textes du pasteur noir, présentation de Bruno CHENU, traduction de Marc SAPORTA, Paris, Bayard, 1987, spéc. pages 95-176 ;

KING (Martin Luther), «Un temps pour rompre le silence, discours du 4 avril 1967, contre la guerre au vietnam», Je fais un rêve, les grands textes du pasteur noir, présentation de Bruno CHENU, traduction de Marc SAPORTA, Paris, Bayard, 1987, spéc pages 187-221 ;

KING (Martin Luther), «Et maintenant où allons-nous ? 16 août 1967, appel à la restructuration de la société américaine», Je fais un rêve, les grands textes du pasteur noir, présentation de Bruno CHENU, traduction de Marc SAPORTA, Paris, Bayard, 1987, spéc pages 187-221 ;

KING (Martin Luther), «L’instinct du tambour-major, 4 février 1968», Je fais un rêve, les grands textes du pasteur noir, présentation de Bruno CHENU, traduction de Marc SAPORTA, Paris, Bayard, 1987, spéc pages 243-264 ;

KING (Martin Luther), «Je vois la terre promise, 3 avril 1968», Je fais un rêve, les grands textes du pasteur noir, présentation de Bruno CHENU, traduction de Marc SAPORTA, Paris, Bayard, 1987, spéc pages 265-285 ;

KING (Martin Luther), La force d’aimer, traduit de l’anglais par Jean Bruls, Paris, 1964, Edition française, Casterman, 231 pages ;

KING (Martin Luther), A Comparison of the Conceptions of God in the Thinking of Paul Tillich and Henry Wieman, Thèse de doctorat, soutenue le 15 avril 1955, au Département de Théologie, Université de Boston, sous la direction de L. Harold De Wolf, inédite, 209 pages ;

KING (Martin Luther), L’union fait la force : victoire à Montgomery, Strasbourg, Paris, Istra, 1958, 184 pages ;

KING (Martin Luther), Black Power, traduction d’Odile PIDOUX, Paris, Petite bibliothèque Payot, 2008, 172 pages.

KING (Martin Luther), Révolution non-violente, traduit par Odile Pidoux, Paris, Petite bibliothèque Payot, 2006, 220 pages.

SCOTT KING (Coretta), Ma vie avec Martin Luther, traduit de l’anglais par Anne-Marie SOULAC, Paris, Stock, 1969, 360 pages ;

OATES (Stephen B), Martin Luther King Jr : 1929-1968, Paris, Le Centurion, 1985, 574 pages ;

NOACK (Hans-Georg), L’insurrection pacifique de Martin Luther King, le combat de Martin Luther King pour la liberté et les droits des Noirs américains, traduit de l’allemand par Fernand LAMBERT, Paris, Colmar, Alsatia, 1967, 446 pages ;

COMBESQUE (Marie Agnès), Un homme et son rêve, Paris, éditions le Félin, 2008, 364 pages ;

DIALLO (David), Histoire des Noirs aux Etats-Unis, Paris, éditions Ellipses, 2012, 141 pages, spéc pages 77-87 ;

FOIX (Alain), Martin Luther King, Paris, Gallimard, 2012, 303 pages ;

BENNETT (Lerone), L’homme d’Atlanta, Martin Luthe King, 1964, Johnson Publishing Company, Casterman, 251 pages ;

Dossiers Libres, Gandhi et Martin Luther King : des combats non-violents, Paris, Cerf, 1983, 159 pages, spéc 63-112 ;

GAUDRAULT (Gérard), L’engagement de l’Eglise dans la Révolution d’après Martin Luther King, Paris, Cerf, Théologie sans frontières, 1971, 346 pages ;

GERBEAU (Hubert), Martin Luther King, Paris, 1968, éditions universitaires, 166 pages ;

GAUDRAULT (Gérard), L’engagement de l’Eglise dans la Révolution d’après Martin Luther King, Paris, Cerf, 1971, 331 pages ;

MOLLA (Serge), Les idées noires de Martin Luther King, Genève, Labor and Fides, 2008, 396 pages ;

BILLIOUD (Jean-Michel), Martin Luther King, Paris, Bayard, 2006, 61 pages ;

FRIER (Raphaële), Martin et Rosa : Martin Luther King et Rosa Park, ensemble pour l’égalité, Voisin-Le-Bretonneaux, Rue du Monde, 2013, 51 pages ;

ROUSSEL (Vincent), Martin contre toutes les exclusions, Paris, Desclée de Brouwer, 1994, 143 pages ;

KENNEDY (Stetson), Jim Crow Guide to the USA : the Laws, Customs and Etiquette governing the Conduct of Non-Whites and others Minorities as Second Class Citizens, University of Alabama, 2011, 230 pages.

Paris le 14 août 2014, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/.

Martin Luther KING Jr (1929-1968).
Martin Luther KING Jr (1929-1968).
Martin Luther KING Jr (1929-1968).

Martin Luther KING Jr (1929-1968).

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