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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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6 août 2014 3 06 /08 /août /2014 11:57

N.B. Cet article a été publié dans le journal Ferloo, édition du 6 août 2014.

Albert LONDRES, c’est l’histoire d’un grand homme qui, poète par vocation, s'affirma comme écrivain de valeur, et surtout, de façon indiscutable, comme le premier tout grand reporter de l'entre-deux-guerres. Albert LONDRES est un journaliste qui s’impose figure dominante du fonctionnement démocratique de la société toute entière. Dans son indolence et soucieuse de la défense de ses privilèges, remplie d’elle-même, une certaine presse a tendance à s’enfermer dans l’anecdotique, le sensationnel, à se soucier moins de la qualité littéraire, à se cantonner dans une fonction morne, et souvent répétitive, d’enregistrement et de restitution des faits. Tout cela est à l’exact opposé de ce qui fait la noblesse du métier d’informer, telle que le concevait Albert LONDRES, à savoir le réveil des consciences, la pédagogie, le militantisme et la recherche de la vérité. Pour Albert LONDRES, un journaliste n’est pas un enfant de chœur, et son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans la corbeille de pétales de roses. «Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus que de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie», dit Albert LONDRES dans son ouvrage «Terre d’ébène». Albert LONDRES est engagé au service des nobles causes. Il considère qu’il existe «une plaie», c’est l’indifférence devant les problèmes à résoudre. Contestant, dénonçant, proposant, n’acceptant jamais les faits comme acquis, irrévérencieux, demandant des comptes au nom de tous, exigeant que les plus démunis soient enfin entendus, Albert LONDRES a révolutionné le métier de journaliste et rendu crédible l’idée d’une participation de tous au débat social et politique.

J’ose espérer que bon nombre de Français connaissent encore le nom d’Albert LONDRES, ne fût-ce qu'à cause du Prix créé à sa mémoire, depuis 1933. En effet, le Prix Albert Londres a été créé par Florise MARTINET-LONDRES en hommage à son père, disparu le 16 mai 1932, lors du naufrage du paquebot «George Philippar» au large de Gadarfui, dans la Mer Rouge. Ce Prix couronne, chaque année, à la date anniversaire de sa mort, le meilleur "Grand Reporter de la presse écrite", et depuis 1985 le meilleur «Grand reporter de l’audiovisuel». Régis DEBRAY a consacré un ouvrage sur les circonstances de la disparition de ce grand reporter qui avait promis de faire des révélations explosives sur la guerre sino-japonaise. Le circuit électrique du bateau a-t-il été saboté pour faire taire le grand reporter ? On découvre, dans cette enquête, d'étranges connivences entre triades chinoises, pègre marseillaise, diplomates compromis, policiers circonvenus, militaires ambigus. A la fin de ce bras de fer entre magnats de la drogue et pouvoir politique, la raison d'Etat aura le dernier mot.

Albert LONDRES est né le 1er novembre1884 à Vichy. Albert LONDRES que ses parents destinaient à la comptabilité, avant d’être un journaliste, est un poète. «Pour moi, mon âme est douce au point que l’on dirait qu’en elle, jour et nuit, coule le ruisseau de lait», déclame Albert LONDRES dans son recueil de poèmes «L’âme qui vibre», édité en 1908. Il a publié d’autres recueils de poèmes : «Suivant les heures», «Lointaine», et «Marche à l’étoile». Pour gagner sa vie, il exerce la fonction de journaliste parlementaire au «Matin», et couvre pendant la première guerre mondiale les fronts européens. Ce journal refuse de l’envoyer aux Dardanelles, mais il s’y rend pour le compte du «Petit journal». Grand reporter, il collabore avec «l’Excelsior», le «Quotidien» et le «Petit parisien». Ouvert sur le monde et aux autres, notamment aux marginalisés comme les bagnards, les prostituées, les Juifs persécutés, les colonisés, les malades mentaux, Albert LONDRES va choisir de dénoncer la misère, l’injustice, érigeant en parti pris journalistique son militantisme social.

I – Albert LONDRES, le défenseur de la dignité humaine

A – La défense des bagnards, des prisonniers et des aliénés mentaux

Albert LONDRES ne cherchait pas le scoop. Les terrains de ses reportages n’étaient pas ceux qui faisaient habituellement les choux gras de la presse. Bien au contraire, il traînait dans les zones d’ombre, dans les lieux perdus de l’histoire. Albert LONDRES s’insurge contre toute forme d’enferme arbitraire, notamment lorsqu’il s’accompagne de traitements inhumains et dégradants.

En 1923, le journaliste s'embarque pour la Guyane, décidé à mener une enquête sur «le bagne». Tout condamné de 5 à 7 ans devait, sa peine achevée, rester en Guyane, un nombre de temps égal. Tout condamné à 8 ans et plus, devrait y demeurer, à perpétuité. C’est la relégation. Cayenne, capitale de la déchéance humaine, pire que tout ce qu'on peut imaginer, pire que les flammes de l'enfer, que la hache du bourreau, que les tortures de l'Inquisition : la déportation au bagne. Patrie du désespoir, terre du malheur, imprégnée de la souffrance des milliers d'hommes et de femmes expédiés par bateau pendant des siècles, loin des regards, exilés sur cette terre de désolation. Cayenne, où comment crever de faim, de soif, de misère, de chaleur, du paludisme, des parasites, des plaies qui suppurent, de la lèpre, des bêtes qui piquent, qui mordent, de la cruauté des hommes qui "appliquent la loi". Cayenne, son Ile du Diable, ses travaux forcés, son asile de fous, ses cachots où on dort attaché à une barre de fer, ses déportés, ses relégués, ses libérés vivant comme des esclaves, ses morts jetés à la mer qui finissent dans le ventre des requins. Cayenne, ce goulag bien de chez nous, restera un lieu de sinistre mémoire. Le reportage d'Albert LONDRES, publié dans le «Petit Parisien» en 1923, se termine par une lettre ouverte adressée au Ministre des Colonies, Albert SARRAUT (1872-1962), «ce n’est pas des réformes qu’il faut en Guyane, mais un chambardement général», dit Albert LONDRES. Dans l’édition de 1924, de son reportage «Au bagne», Albert LONDRES signale, un an après, des avancées remarquables. Avant que la Commission d’enquête n’ai rendu ses conclusions, Edouard HERRIOT (1872-1957), président du Conseil, a décidé de suspendre l’envoi de nouveaux bagnards, les forçats sont séparés en fonction e la gravité de la peine, les sanctions allégées, le travail rémunéré, et la nourriture améliorée, et ont été supprimés : les fers la nuit, les cachots noirs, le fait de travailler nu. C’est grâce à la ténacité et à la vigilance de Gaston MONNERVILLE, président du Sénat, (consulter mon blog baamadou.over-blog.fr) qu’un décret-loi du 17 juin 1938 supprime, définitivement, la déportation. En 1946, cent quarante cinq détenus sont rapatriés à Marseille.

Après le succès de son reportage sur le bagne de Cayenne, Albert LONDRES décide de s'intéresser à d'autres geôles de la République. Dans "Dante n’avait rien vu, Biribi", c’est aux pénitenciers militaires des colonies nord-africaines qu’il s’attaque. Des territoires suffisamment éloignés de la métropole et des centres de décisions pour vivre à l’abri de tout regard. On pouvait y pratiquer la torture et le crime en toute impunité. Ils étaient l’œuvre surtout des petits grades, les sergents, les pires de tous, parce qu’ils étaient occupés par des abrutis de première classe. Pour eux, s’acharner sur un prisonnier à coup de fouet et de bottes, ce n’était pas une indignité, mais un moyen de justifier leur rôle. Malgré l'hostilité de la hiérarchie militaire, le grand reporter sillonne le Rif, recueillant les doléances des soldats bagnards.

Les exactions énumérées par LONDRES pourraient créer le vertige, mais le reporter, à la manière de Voltaire, avait le don de la formule ironique. Comme l’indique le titre de l’ouvrage, LONDRES prenait continuellement de la distance avec les faits pour mieux les dénoncer et dévoiler leur atrocité. Pour répondre à la pression de l'opinion publique, le Ministre de la Guerre se voit contraint d'envoyer sur place une commission d'enquête, et ce sera bien grâce à Albert LONDRES que les bagnes militaires et leurs odieux "travaux publics" seront définitivement supprimés en France.

«Chez les fous», après avoir dénoncé les pénitenciers de Guyane et les bagnes militaires de Biribi, c'est à une autre forme d'enfermement qu'Albert LONDRES, au début de l'année 1925, entend désormais s'attaquer : les asiles d'aliénés. Devant la mauvaise volonté des autorités de Santé publique, le grand reporter tentera même, pour forcer les portes d'un hôpital psychiatrique, de se faire passer pour fou. Parvenant enfin à enquêter dans plusieurs établissements, il rapportera de nombreux témoignages de malades qui fourniront la matière de douze articles très polémiques. La rédaction du «Petit Parisien» hésitera d'ailleurs à publier cette enquête, qui paraîtra finalement en mai 1925. Devant l'indignation des psychiatres et des aliénistes, Albert LONDRES, dans le livre qui fera suite aux articles de presse, sera contraint d'adoucir certains passages et de maquiller quelques noms propres.

B – La défense des minorités ethniques.

On peut dire, sans risque de se tromper, qu’Albert LONDRES était antiraciste. Dans son combat pour l’égalité, il s’est intéressé, notamment, au sort des colonisés, aux Juifs et aux prostituées. Toutes ces minorités ethniques victimes de persécution et de l’opprobre.

«Terre d’ébène», en 1928, est un des grands textes anticolonialistes. André Gide vient de publier Voyage au Congo et Retour du Tchad, ouvrages dans lesquels il a dénoncé avec vigueur les horreurs et les crimes du régime colonial de la France. Albert LONDRES s'embarque pour un périple de quatre mois en Afrique, destination : Sénégal, Guinée, Soudan (Mali), Haute-Volta (Burkina-Faso), Côte d'Ivoire, Togo, Dahomey (Bénin), Gabon et Congo. Il nous vient d’un des plus grands journalistes, pourtant aux idées politiques plutôt de droite, assez favorables à la politique coloniale. Après avoir fait cette tournée, Albert LONDRES n’a pas sa langue dans la poche. Révolté à son tour par ce qu'il découvre, le grand reporter trouvera la violence et les accents qui conviennent pour en parler. «C’était l’Afrique, la vraie, la maudite : l’Afrique noire», dit-il. 597 européens meurent en 1928 de la peste à Dakar. Lors de son séjour à Dakar, les blagues racistes des Européens l’ont choqué : «Les Nègres ne portent pas au Sénégal. Ici, ils votent !» ou «une ménagère prévoyante a du mettre deux Européens à l’abri des chats et des mouches, pour les faire cuire demain matin». Albert LONDRES a beau être «haut comme une pomme», il s’en prend à tout le monde : blancs de l’administration, blancs des affaires, gouvernement, petits blancs fonctionnaires de «la colonie en bigoudis» ; et se livre à un réquisitoire en règle contre un système révoltant, le «moteur à bananes», qui trahit la réalité de l’époque : «L’esclavage, en Afrique, n’est aboli que dans les déclarations ministérielles d’Europe». Ce livre, «Terre d'ébène», suscitera de furieuses polémiques et incitera le gouvernement général de l'AOF à organiser un «voyage de presse» afin d'apaiser l'émotion produite par le reportage de Londres. La presse coloniale, de son côté, se déchaînera, contre Albert LONDRES qualifié de «métis», de «Juif», de «menteur», de «canaille», mais la violence ordurière de ses attaques renforcera le succès du livre.

Dans les «chemins de Buenos-Aires», en 1927, Albert LONDRES décide de réaliser un reportage sur la traite des Blanches, les Franchuchas, en Argentine. Au cours de son enquête, il cherche à rencontrer maquereaux, policiers et prostituées de Buenos-Aires, et, de ces divers témoignages, il rapportera entre autres le récit de Victor le Victorieux, ou son entrevue avec des personnages tels que Vacabana, dit le Maure. Son récit rencontra un vif succès, sauf auprès de la presse argentine, qui lui reprocha son indulgence envers les proxénètes. Si le livre a rencontré un vif succès auprès du public lors de sa parution, c'est qu'Albert LONDRES, avec sa faconde naturelle, sa volubilité enjouée et entraînante, a agrémenté son propos d'une bonne dose d'humour et d'ironie mordante. Le père du journalisme moderne pointe les causes majeures du problème : le chômage et la misère. Sa volonté est d'interpeller ses congénères et exhorter notre société à assumer ses responsabilités pour pallier à la pauvreté qui conduit inévitablement à la prostitution.

«Le Juif errant est arrivé», est publié en 1930 sous le titre «Le drame de la race juive du ghetto à la terre promise». Albert LONDRES a soulevé la question de l’antisémitisme, avant même l’éclatement de la Deuxième guerre. Pourtant, certains persistent soit à nier l’évidence, soit à exposer encore leur ignorance. Comme s'il avait prévu qu'un jour l'existence de l'Etat d'Israël serait mise en question Albert LONDRES justifie le retour des Juifs en Palestine dans un reportage qui remua les consciences des nations. En Hongrie, en Pologne, en Tchécoslovaquie, à Londres, il a sondé la misère des ghettos, recensé les humiliations, les spoliations, les violences dont le peuple juif a souffert. Disparu en 1932, Albert LONDRES n'a pu dénoncer les pires de toutes. Venant d'un homme qui n'a cessé de mettre sa plume au service des opprimés, et dont la générosité ne relevait d'aucune idéologie, voilà un témoignage irrécusable, digne d'être redécouvert. Et qu'il faut méditer.

II – Albert LONDRES, la découverte des autres.

Bien au contraire d’une certaine presse claquemurée dans l’Hexagone, ignare, méprisante des autres ou d’un voyeurisme malsain, Albert LONDRES a choisi d’aller vers les autres. L’autre ne lui inspire pas la frilosité, mais l’enrichissement dans la différence.

En 1920, au prix de mille difficultés, et de mille détours, Albert LONDRES parvient à s'infiltrer dans la Russie devenue communiste depuis 1917. Il lui faut, en effet, cinquante-deux jours pour se rendre de Paris à Petrograd (Saint-Pétersbourg). En France, son reportage fait sensation. Son journal, «l’Excelsior», annonce à la une : «M. Albert LONDRES est le premier journaliste français qui ait réussi à pénétrer jusqu'au cœur de la République des soviets". En 1920, après plus d'un mois et demi de tribulations, Albert LONDRES se rend à Petrograd et à Moscou, rencontre la population, des dirigeants (le commissaire du peuple aux Affaires étrangères, le Commissaire du peuple aux Finances) ainsi que Maxime Gorki. Albert LONDRES nous livre, dans «la République des Soviets», un témoignage ahurissant sur la Russie dans les premiers temps du bolchevisme, et établit à la fin de l'ouvrage une comparaison intéressante entre Lénine et Trotski. Comme toujours chez Albert LONDRES, le récit est vivant. Dans cet ouvrage, le récit est tantôt poignant avec la description des conditions de vie des habitants de Petrograd et de Moscou, miséreux et affamés, soumis au joug bolchevique, tantôt il contient des touches d'humour.

«En Inde», 1922, Albert Londres est à Calcutta. Il découvre un "Empire britannique" où cohabitent des millions d'hindous, de Musulmans, de Bouddhistes, de Chrétiens et de Sikhs. Spontanément hostile aux Anglais, le grand reporter se met à l'écoute des revendications nationalistes de trois personnalités singulières : Gandhi, Nehru et le grand poète Tagore.

Dans «Pêcheur de perles», de 1931, au large des côtes brûlantes de la Corne de l'Afrique (Yémen, de Djibouti-la-Jolie et de Bahreïn), Albert LONDRES observe, fasciné, l'aventure de ces hommes qui plongent à la recherche des huîtres perlières, pour parer la gorge des belles Occidentales. La misère des pêcheurs, la cécité, la surdité qui les affligent, le cynisme des courtiers et des systèmes politiques, mais aussi la poésie des «Sambouks» de la Mer Rouge et des marieurs de perles, les rêves de fortune. Albert LONDRES découvert par hasard, n'est pas seulement un explorateur qui rapporte ce qu'il a vu dans ses voyages. Il parvient à romancer l'histoire de ces hommes, pêcheurs de perles de père en fils, fiers de cette tradition qui leur coûte la santé. Il part à la rencontre de ces héros de la vie ordinaire, avec eux sur les bateaux, et nous restitue ce qu'il a pu observer avec la sensibilité nécessaire pour garder le lecteur dans son voyage.

C’est en 1922 qu’Albert LONDRES réalise enfin pleinement son rêve de journaliste au long cours. Mandaté par «l’Excelsior», il part en effet pour le plus long et le plus ambitieux de ses reportages : six mois de pérégrination, soixante quinze jours d’enquête qui le mèneront au Japon, en Chine, en Indochine et en Inde. C’est au Japon que le reporter se frotte pour la première fois à l’Asie. Il s’enthousiasme et retrouve sa meilleure veine pour décrire l’étrangeté d’un univers dont il ignorait tout. Dans son reportage, «Au Japon», il brosse le portrait d’un pays aux ambitions contradictoires, prêt à de profondes mutations dans la recherche d’une nouvelle légitimité internationale. A Tokyo, qu’il qualifie de «monstre pour Barnum», tant la ville lui semble tentaculaire, il se lie d’amitié avec le nouvel ambassadeur de France, qui a pour nom Paul CLAUDEL, lequel lui accorde une interview exclusive. Ce petit recueil rassemble les articles qu'il a écrits dans les années 20, sur des thèmes aussi variés que les geishas, le militarisme, la diplomatie, les samouraïs, le saké, l'honneur, le Mikado (Empereur) ou les sourires de façade. C'est bien sûr un peu daté, mais c'est intéressant, bien écrit et souvent juste. Il donne une bonne description du rôle des femmes par le jeune samouraï, strictement cantonné au cercle familial restreint. C'est parce qu'un Japonais ne présentera jamais sa femme à ses amis, même intimes, qu'il va les emmener dans une maison de thé et les distraire avec des geishas. Ou encore les explications sur l'anti-américanisme forcené lié aux ingérences et traités injustes, et les astuces qu'Albert LONDRES en tire pour son propre compte d'étranger non américain au Japon.

En 1922, après le succès de ses premiers grands reportages, Albert LONDRES part pour la Chine : quatre cents millions d'habitants sous le joug des seigneurs de la guerre, des mercenaires, des bandits, dirigés tout à la fois par un président de la République et par un Empereur. Le reporter va de surprise en surprise : jeu, pirates, trafics de toutes sortes, désorganisation générale, la Chine semble alors en proie à une véritable folie. Avec son style haut en couleurs, ses questions de candide et son goût de l'anecdote, Albert LONDRES nous livre une fois de plus, dans «La Chine en folie, récit», un reportage truculent au ton très libre.

En 1922, Albert LONDRES visite l'Indochine découvrant ainsi une capitale qui deviendra bientôt une destination mythique pour des générations de journalistes : Saigon. Relativement déçu par la ville, en proie à la morosité et à la crispation colonialiste, durement éprouvé par le climat dont il se plaint sans cesse, il parcourt le Tonkin, l'Annam, la Cochinchine, le Cambodge, et participe même à une chasse au tigre sur les hauts-plateaux de Dalat. De ce périple, il en tirera un ouvrage : «Le peuple aux dents laqués».

Empire du Soleil levant, Annam et Cochinchine, Inde millénaire, Albert LONDRES, infatigable voyageur, faux naïf mais homme du monde entier, est parti pour son plus vaste périple et écrit «Visions orientales». Envoyé par «l'Excelsior», son journal, il rencontrera le fils du Fils du Ciel, saluera le roi Sisowath, opiomane notoire, chassera le tigre avec les Moïs dans la jungle annamite avant d'arriver dans une Inde "en flammes". Là, peu amène avec le colonisateur anglais, il fera la connaissance de Nehru, de Gandhi et de Rabindranath Tagore, écrivant l'Histoire à mesure qu'elle se fait par ses dépêches à l'inimitable finesse.

Dans «Contre le bourrage de crâne», comme beaucoup de ses confrères, Albert LONDRES se bat contre la censure et la propagande officielle depuis le début des hostilités, en 1914. On verra dans ce livre que certains de ses reportages portent la trace des coups de ciseaux d'Anastasia - surnom donné à la censure. Albert LONDRES ne tardera pas à devenir "indésirable", et son nom figurera en tête d'une liste noire établie par l'état-major, assorti de la mention "Mauvaise tête". Les reportages réunis dans cet ouvrage concernent la période 1917-1918. Tous sont animés par cette révolte contre le "bourrage de crâne". Le grand reporter s'emporte, tempête, s'insurge, et ruse autant qu'il le peut pour que ses papiers "passent" malgré la surveillance du haut commandement.

Lorsqu’il écrit «La Grande guerre», lors de la Grande Guerre Albert Londres a juste trente ans. Il est journaliste et travaille depuis 1910 au journal «Le Matin», où il est chargé de "couvrir" les activités du Parlement. Pendant les premiers mois de la Grande Guerre, Albert LONDRES est correspondant militaire sur le front français, l'occasion pour lui, selon une de ses formules qui restera célèbre. Dans un style lyrique et enlevé, où souffle un patriotisme non dénué de lucidité, le jeune journaliste partage le quotidien des soldats, erre au plus près des batailles et, chronique après chronique, se fait le faire connaître. Il est envoyé d'abord à Reims, où il nous décrit un tableau apocalyptique de la cathédrale livrée aux flammes, il suit ensuite de près les batailles sur le front des Flandres. Des soldats de seize ans, les Sénégalais à la bataille, les tirs des shrapnells, le désarroi et le désespoir des civils, les décombres dans Arras, les Belges qui défendent la rivière Yser, le ministre belge Vandervelde qui vient sonner du clairon sur le champ de bataille, tous ces portraits marquent et viennent compléter notre connaissance de cette période.

Au retour d'un reportage en Pologne, Albert LONDRES se lance dans un projet qui lui tenait à cœur depuis très longtemps : s'arrêter, pour une fois, à Marseille, et faire le portrait de cette ville déjà cosmopolite, ouverte sur le monde, et qui n'a été jusqu'ici pour lui qu'une brève étape. Conçus dès le départ pour aboutir à un livre, les douze articles qui constituent ce reportage seront publiés dans l'été 1926, avec le titre «Marseille, porte du Sud».

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, un homme ébranle l'Italie et fascine les Italiens : Gabriele d'Annunzio, officier de l'armée de l'air et poète célèbre, né dans les Abruzzes en 1863, il était en faveur de l'engagement de l'Italie au côté des Alliés dès 1914. Albert LONDRES en fait un ouvrage : «L’équipée de Gabriele d’Annunzio». L'affaire de Fiume lui donne l'occasion de jouer un rôle politique de premier plan. Avant même que d'Annunzio décrète la cité "Etat libre de Fiume", le grand journaliste rend compte de l'affaire avec tant de force, qu'il sera licencié du «Petit Journal» sur ordre de Georges CLEMENCEAU.

Bibliographie sélective :

LONDRES (Albert), Terre d’ébène, Paris, 1929, réédition de 2008, Arléa, 217 pages ; pour l’édition de 1929, doc. Manioc, Bibliothèque numérique Caraïbes Amazone Plateau des Guyanes, http://www.manioc.org/patrimon/GAD12024 ;

LONDRES (Albert), Au bagne, Paris, 1997, Arléa, 223 pages ; pour l’édition de 1923, doc. Manioc, Bibliothèque numérique Caraïbes Amazone Plateau des Guyanes, http://www.manioc.org/patrimon/FRA12006

LONDRES (Albert), La Chine en folie, récit, Paris, éditions du Rocher, Serpent à Plûmes, 1923, réédition 2001, 195 pages ;

LONDRES (Albert), Le Juif errant est arrivé, récit, Paris, 1930, réédition de 1984, Union générale d’éditions, 321 pages ;

LONDRES (Albert), Pêcheur de perles, Paris, 1931, réédition de 2001, Les éditions du Rocher, Serpent à Plûmes, 190 pages ;

LONDRES (Albert), Au Japon, Paris, 1922, édition 2010, Arléa, 95 pages ;

LONDRES (Albert), Le peuple aux dents laquais, Paris, 1922, édition 2010, Arléa, 81 pages ;

LONDRES (Albert), La bataille des Flandres, 1915, 23 pages ;

LONDRES (Albert), Dante n’avait rien vu (Biribi), Paris, Arléa, 2010, 175 pages ;

LONDRES (Albert), Contre le bourrage de crâne, Paris, Arléa, 2008, 359 pages ;

LONDRES (Albert), En Inde, Paris, 2010, Arléa, 68 pages ;

LONDRES (Albert), Les chemins de Buenos-Aires (la traite des Blanches), Paris, Arléa, 2009, 218 pages ;

LONDRES (Albert), Marseille, porte du Sud, Paris, Arléa, 2008, 92 pages ;

LONDRES (Albert), La Grande Guerre, Paris, Arléa, 2010, 128 pages ;

LONDRES (Albert), Pékin : reportage, Paris, Magellan et Cie, 2004, 93 pages ;

LONDRES (Albert), Visions orientales : récit, Paris, Serpent à Plûmes, 2002, 250 pages ;

LONDRES (Albert), Dans la République des Soviets, 1920, Paris, Arléa, 2008, 103 pages ;

LONDRES (Albert), Tour de France, tour des forçats, Paris, L’Esprit du temps, 2010, 105 pages ;

LONDRES (Albert), L’équipée de Gabriele d’Annunzio, Paris, 2010, Arléa, 98 pages ;

LONDRES (Albert), L’homme qui s’évada, Paris, 1928, Les Editions de France, 240 pages ;

LONDRES (Albert), L’âme qui vibre (poèmes), Paris, 1908, Bibliothèques Internationale de l’édition, E. Sansot et Cie, 191 pages ; Don de l’éditeur à la BNF, sous la cote 8Ye 8039 ;

LONDRES (Albert), Les Comitadjis ou le terrorisme dans les Balkans, Paris, 1932, Albin Michel, 250 pages ;

MOUSSET (Paul), Albert Londres ou l’aventure du grand reportage, Paris, 1972, Grasset, 368 pages ;

DEBRAY (Régis), Shanghai, dernières nouvelles : la mort d’Albert Londres, Paris, Arléa, 1999, 158 pages ;

DEMEULENAERE (Alex), Le récit de voyages français en Afrique Noire : essai de scénographie, Berlin, LIT Verlag Münster, 2009, 304 pages, spéc. Pages 223-248 ;

ASSOULINE (Pierre), Albert Londres : vie et mort d’un grand reporter (1884-1932), Paris, Balland, 1989, 505 pages.

Paris, le 6 août 2014. M. Amadou BA - http://baamadou.over-blog.fr/.

Albert LONDRES, grand reporter.
Albert LONDRES, grand reporter.
Albert LONDRES, grand reporter.

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