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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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16 juillet 2014 3 16 /07 /juillet /2014 11:17

Cet article a été publié dans le journal Ferloo, édition du 14 juillet 2014.

«Il n’y a pas d’idéal plus noble que celui d’une société où le travail sera souverain, où il n’y aura ni exploitation, ni oppression, où les efforts de tous seront librement harmonisés, où la propriété sociale sera la base et la garantie des développements individuels. (..) Les individus humains auront plus de loisirs, plus de liberté d’esprit pour développer leur être physique et moral ; et ce sera vraiment pour la première fois une civilisation d’hommes libres, comme si la fleur éclatante et charmante de la Grèce, au lieu de s’épanouir sur un fond d’esclavage, naissait de l’universelle humanité» écrit Jean JAURES. En effet, il a vécu et il est mort pour un idéal de justice sociale et d’humanité affranchie. Son ambition était d’amener tous les hommes «à la plénitude de l’humanité». Il ne s’agit pas seulement de satisfaire les besoins alimentaires de l’individu, il voulait que les déshérités puissent jouir de la «vie supérieure» et l’humanité entière devienne une élite. JAURES a repris à son compte, une citation de MICHELET : «Si tous les êtres, et les plus humbles, n’entrent pas dans la Cité, je reste dehors».

 

Jean JAURES, icône républicaine demeure encore, dans les mémoires plus de cent ans après sa mort, le père du socialisme français, le fondateur de l’Humanité, l’historien du socialisme et de la Révolution, l’inlassable combattant dreyfusard, le champion parlementaire de la séparation des Églises et de l’État, l’orateur, le polémiste, le pacifiste assassiné à la veille de la Grande Guerre. La lutte de JAURES pour l’égalité, la dignité, la justice, la fraternité et la paix, est un horizon indépassable. «Le capitalisme porte en lui la guerre, comme la nuée porte l’orage» disait JAURES. Sa mort a mis fin à tous les efforts de paix.

 

Le 31 juillet 2014, j’ai assisté à l’hommage que le Parti Socialiste a rendu à Jean JAURES, assassiné au Café Croissant, à Paris, dans le 2ème arrondissement, le 31 juillet 1914. La cérémonie du centenaire a démarré par un discours des communistes qui remettaient en cause, violemment, la politique menée par François HOLLANDE, insinuant qu’il aurait trahi l’idéal de Jean JAURES. L’arrivée des Ministres Benoît HAMON (Education nationale) et Khader ARIF (anciens combattants) s’est faite sous la huée des communistes, scandant «Hollande tu as trahi Jean Jaurès». Pour l’anecdote, le père de Khader ARIF était un notable à Castres, lieu de naissance de Jean JAURES. Devant ces dissonances, la cérémonie du centenaire des Socialistes s’est faite discrète, à l’intérieur du Café Croissant, sans discours devant le public, et autour d’un déjeuner, avec quelques invités triés sur le volet. François HOLLANDE est arrivé tardivement et discrètement, quand les contestataires sont déjà partis. Au regard de cet incident, je m’interroge : les Socialistes sont-ils encore des Socialistes, au sens où l’entendait Jean JAURES ?

 

«Les premiers droits de l’homme, c’est la liberté individuelle, la liberté de la propriété, la liberté de pensée, la liberté du travail» dit JAURES. Mais «quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots» précise-t-il. Le président HOLLANDE, élu sur un programme de rupture, a gouverné à droite, en réformiste inspiré des politiques libérales. En effet, le bilan du Parti socialiste, sous la présidence de François HOLLANDE (2012-2017), n’est pas flatteur pour le Parti socialiste, en voie de marginalisation. En effet, François HOLLANDE, oublieux de ses promesses électorales de gauche s’est détourné des préoccupations de son camp, pour plus d’équité, de pouvoir d’achat, de logements, d’emploi, de pouvoir d’achat pour ceux qui souffrent, pour le droit de vote des étrangers aux élections locales que nous attendons depuis 33 ans, la fin de la Françafrique, le respect des Français issus de l’immigration, la liberté de manifestation, la diversité dans la haute administration et en politique. Bref, pour être digne de Jean JAURES, il faut faire ce qu’on dit et dire ce qu’on fait. La simple rhétorique n’a aucun intérêt.

 

«Le courage, c’est d’aimer la vie et de regarder la mort d’un regard tranquille ; c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel» dit JAURES, un emblème de gauche, une icône de la République et du Socialisme démocratique. La pensée de JAURES, son action, ses avancées politiques et sociales, ses prises de position courageuses et novatrices, ses dénonciations et ses mises en garde prophétiques, restent largement d’actualité. Redoutable orateur, JAURES affectionne les débats contradictoires, avec une capacité d’analyse et de synthèse, une vision politique, sociale et économique qu'il met au service de l'action. Son attention constante à la question sociale l’amène à s’engager dans de nombreuses luttes ouvrières, paysannes, syndicales et intellectuelles. Il a défendu la paysannerie, la langue française, et les mineurs de Carmaux en grève. Ses écrits témoignent de ce choix de la Justice et de la cause de l’humanité.

 

«La personnalité, le personnage de Jean Jaurès, longtemps comme engloutis dans l’hagiographie ou la polémique, sont aujourd’hui mieux connus, en tout cas mieux problématisés. Voué au culte de l’image, notre fin de siècle a fit bon accueil au leader assassiné à l’heure où commençait le grand massacre.  Et sa parole est devenue, un peu partout, objet d’étude» écrit Madeleine REBERIOUX. En effet, tel un Christ mort pour l’idéal de paix et du socialisme humain, JAURES, qui repose au Panthéon parmi les Grands Hommes depuis le dimanche 23 novembre 1924, s’est emparé de notre mémoire collective. Son nom, comme une référence familière, est toujours dans l’air du temps. On le chante. On le commémore. On le cite de la Gauche à l’Extrême-droite en passant par la Droite. On le tire à soi et on l’utilise. Qui était-il ? Quelle était sa pensée ? En quoi nous interpelle t-il en cette première moitié du XXIème siècle ?

 

Né à Castres, le 3 septembre 1859, Auguste, Marie-Joseph, Jean JAURES. «La famille de Jean Jaurès appartient à la bourgeoisie moyenne qui, privée de fortune personnelle, n’est pas délivrée d’une constante lutte pour leur existence et ne perd jamais un certain lien  avec la masse populaire» écrit Charles RAPPOPORT. Son père, Jean-Henri Jules JAURES (1819-1882), d’une force physique peu commune, intelligent, insouciant et d’humeur changeante, est un négociant castrais. Sa mère, Marie-Adélaïde BARBAZA (1822-1906), le bon génie de la maison, économe et prévoyante, issue d’une famille de fabricants de draps de Castres, en raison de sa piété catholique, sans mysticisme, tolérante, a donné à son fils, l’un des prénoms, Marie-Joseph. Sa mère lui a appris à se surpasser et garder l’estime pour tout être humain. Son frère, l’Amiral Louis JAURES a été préfet maritime de Cherbourg ; sa sœur ; Adèle, ne vécut que quelques mois. Son arrière grand-père maternel, Joseph SALVAYRE (1768-1851) était professeur de Belles Lettres, puis de philosophie au Collège de Castres et ancien maire de la ville. Il faut citer les deux cousins germains de son père : l’Amiral Charles JAURES (1808-1870), sénateur, ambassadeur de France à Madrid et à Saint-Pétersbourg, Ministre de la Marine en 1888, et l’Amiral, Benjamin Constant JAURES (1823-1889), député du Tarn. Le nom «JAURES» très courant dans cette contrée, semble indiquer que la famille est originaire de la Montagne Noire, d’où elle est venue s’établir à Castres. Le jeune Jean passe son enfance à Castres, une ville de travail industrielle et commerçante, avec des garnisons de deux régiments d’artillerie, ainsi que de nombreux couvents. Une rivière, l’Agout, y coule avec une eau noire et dormante. L’activité, dans la ville, est tonique, industrieuse et sérieuse. Jean, est un enfant mélancolique, grave et réfléchit, comme sa ville natale.

 

Sa jeunesse fut tout entière consacrée à l’étude. Il s’inscrit d’abord dans une institution libre dont la pension est tenue par des religieux. Ensuite, il fréquente le collège de Castres d’octobre 1869 jusqu’en 1876. Il est constamment le premier de sa classe, dans toutes les matières, y compris l’instruction religieuse. Il savait le latin, le grec et l’allemand, ainsi que les classiques de l’Antiquité et de la littérature française. De  1876 à 1878, sur insistance de l’inspecteur général de l’instruction publique, Félix DELTOUR (1822-1904), Jean JAURES s’inscrit au Collège Sainte-Barbe, rue de la Valette, à Paris 5ème, pour suivre les classes de Louis Le Grand ; il est reçu premier à l’Ecole normale supérieur de la rue d’Ulm. «Ce qui me frappait, en lui, et ce que nous admirions surtout, avec sa merveilleuse puissance de parole, c’était le fond de culture classique qu’il possédait, et sa prodigieuse faculté de mémoire» dit Paul MORILLOT (1858-1942), un condisciple, devenu doyen de la faculté de Lettres de Grenoble. On retrouve un témoignage similaire de Karl KAUTSKY sur JAURES : «Son amabilité, son bel optimisme inébranlable, son approche désintéressée, lui ont valu notre plus grande sympathie, quel que soit le bord où il se trouvait. Mais son énergie, sa force de volonté, par-dessus tout son grand savoir et la profondeur de sa pensée faisait plus d’effet encore». A l’issue de l’école normale, Paul LESBAZEILLES est premier, Henri BERGSON, deuxième et Jean JAURES, troisième. Après l’agrégation, en 1881, JAURES avait demandé et obtenu un poste à Albi, où il sera affecté au lycée des jeunes filles de 1881 à 1883. De 1883 à 1885, il accepte un poste de maître de conférences à la faculté des Lettres à Toulouse. On sent déjà qu’il est attiré par la Politique. Très jeune, JAURES est élu député du Tarn en 1885. En 1893, il adhère au socialisme idéaliste et humaniste. Battu aux élections de 1898, il reprend son métier d’enseignant, d’abord comme maître-assistant, puis comme professeur à Toulouse.

 

JAURES, philosophe, soutient deux thèses ; une en français, à Paris, sous la direction de Paul JANET (1823-1899) sur «la réalité du monde sensible», et la thèse latine porte «sur les origines du socialisme allemand» (Luther, Kant, Fichte et Hegel). Il a étudié le socialisme sans, toutefois, rejeter ses conceptions idéalistes. JAURES a une tendance à la conciliation du marxisme et de l’idéalisme kantien, qu’il conservera toute sa vie durant. JAURES, dans sa thèse, ne nie pas la réalité de l’imperfection et du mal et semble, dans une démarche néoplatonicienne, admettre que la raison comprend la coexistence de Dieu et de la Nature : «L’esprit, même s’il est le premier dans le monde, a accepté de se produire dans la nature, selon la nature. Sa force, sa victoire, c’est de s’élever à soi,  de la transformer par degrés (…). Dieu est, et il est la Perfection, mais s’il acceptait aussi cette perfection toute donnée, elle serait une nature, elle ne serait plus la perfection. Voilà pourquoi Dieu ouvre en soi le monde comme un abîme de luttes et de contradictions toujours solubles, puisqu’elles procèdent de l’activité de Dieu» écrit-il. Panthéiste évolutionniste, JAURES considère la métaphysique comme une création spontanée de l’esprit, une poésie : «La poésie, c’est-à-dire la Vérité» dit-il. L’idée de l’unité de l’être domine sa philosophie. Tout est dans tout. Tout est un. Les choses se pénètrent et s’enchevêtrent. Mais, il prêche pour une unité vivante et évolutive. Tout est mouvement. Tout est vie. Ce qui conduit à l’animation universelle, la vie fleurit partout. Au départ de la réalité du monde sensible, le moi subjectif n’est qu’une infime partie du tout, la réalité n’étant pas un rêve. Car, le rêve n’est qu’un moment fugitif de la réalité. Il ne faudrait donc pas créer une religion artificielle, en dehors de la réalité. Inspiré de Platon à Goethe, en passant par Spinoza, et en panthéiste vivant, créateur et agissant, Jean JAURES a dégagé cette aspiration à l’unité du monde physique et moral, qui, dans le domaine social, signifie, la solidarité universelle.

 

JAURES s’engage, parallèlement, à ses activités d’enseignant, des fonctions de journaliste à la Dépêche de Toulouse et ses articles ont été regroupés dans un ouvrage «L’Action socialiste». Il est le fondateur, en 1904, du journal L’Humanité. En raison de la rapidité et de sa puissance de travail, il est fortement engagé dans la bataille des idées. Particulièrement désordonné, il savait retrouver ses documents, et ordonner, rapidement, ses attaques. JAURES a été conseiller municipal et adjoint au maire de Toulouse.

 

JAURES sera réélu député en 1893, à Carmaux, et de 1902 à 1914, siège, dans un premier temps, au groupe de la Gauche radicale. Il devient, par la suite, député socialiste indépendant. D’abord homme de centre gauche, Jean JAURES est naturellement un grand républicain et un socialiste. Les conservateurs commencent à lui reprocher de vivre en bourgeois, tout en prêchant un socialisme rêveur et sentimental. Mais sa popularité ne cessait de grandir. Ses interventions au Parlement, pendant la crise du Panama, sa lutte contre le boulangisme, «les preuves» qu’il a administrées dans l’affaire Dreyfus, son opposition à la politique de conquête du Maroc, sa bataille pour la proportionnelle, la présidence de la commission d’enquête dans l’affaire Rochette, ainsi que pour la défense nationale, ont retenu l’attention de la gauche.

 

 «Je n’ai jamais séparé la République des idées de justice sociale, sans lesquelles, elle n’est qu’un mot», souligne JAURES en octobre 1887. «Sans la République, le Socialisme est impuissant et, sans le Socialisme, la République est vide», dit-il dans un discours de 1906 sur le thème «Vers la République sociale». La République est le seul gouvernement qui convienne à la dignité de l’homme, car elle met en jeu la raison et la responsabilité de tous. JAURES soutient le principe de laïcité à l’occasion du débat sur la séparation des églises et de l’Etat en 1905, et du débat sur la neutralité dans les écoles publiques. «L’idée, le principe de vie qui est dans les sociétés modernes, qui se manifeste dans toutes les institutions, c’est l’acte de foi dans l’efficacité morale et sociale de la raison, dans la valeur de la personne humaine raisonnable et éducable. C’est le principe, qui se confond avec la laïcité elle-même, c’est ce principe, qui se manifeste, qui se traduit dans toutes les institutions du monde moderne. C’est ce principe qui commande la souveraineté politique elle-même», proclame JAURES au Parlement le 10 janvier 1910. Jean JAURES a fini par venir au Socialisme. «J’ai adhéré à l’idée socialiste et collectiviste avant d’adhérer au Socialisme. J’imaginais que tous les républicains, en poussant l’idée de République, devraient venir au Socialisme», dit-il dans la préface de son ouvrage «Action socialiste». Cependant, JAURES n’est pas marxiste ; il refuse d’admettre la lutte des classes comme moteur unique de l’histoire. JAURES est le fondateur du socialisme démocratique, dans la continuité de la Révolution française et de l’idéal républicain. Dans cette perspective, JAURES c’est l’homme de la synthèse et un réformiste. Il s’efforce d’unifier les différentes tendances du mouvement ouvrier français, et participe à la création de la  Section Française de l’Internationale Socialiste (S.F.I.O.) en 1905.

 

De constitution physique merveilleusement robuste, doté d’une puissance de travail sans limites, communicateur, un des plus grands tribuns de l’histoire parlementaire, JAURES est célèbre pour son accent rocailleux et sa proximité avec le monde du travail. Sa voix épouse les nuances de sa pensée. La forme est au service du fond, d’où un effet mobilisateur auprès de l’auditoire. Il avait parfaitement compris qu'il devait utiliser la presse pour faire passer ses idées. Il commence à «La Dépêche» qui a alors une audience nationale importante. Il fonde «L'Humanité» en 1904, mais il continue à écrire dans «La Dépêche», jusqu'au dernier jour de sa vie. A la tribune, JAURES dénonce la corruption des gouvernants à l’occasion du scandale du Canal de Panama. «Ce n’est pas là un étroit procès contre quelques hommes entre quatre murs étroits d’un prétoire ; c’est le procès de l’ordre social finissant qui est commencé et nous sommes ici pour y substituer un ordre social plus juste», dit JAURES à la Chambre le 8 février 1893. JAURES est un dreyfusard, sans concession. En revanche, Jules GUESDE pensait que les Socialistes n’avaient pas à prendre la défense «d’un membre d’une classe dirigeante». JAURES a publié un recueil des «Preuves» pour la défense d’Alfred DREYFUS (1859-1935). «Vous voulez, pour sortir de l’impasse où vous êtes acculés, tenter une diversion contre la presse et les journalistes. Je vous dis, moi, tout simplement ceci : vous êtes en train de livrer la République aux généraux !», dit JAURES. En grand humaniste, JAURES s’engage, résolument, contre la peine de mort. «Parmi ces têtes qui tomberont, il y aura des têtes d’innocents», dit – il le 18 novembre 1908. JAURES est contre la guerre au Maroc. Pour lui, lutter contre les guerres coloniales, c’est servir la cause de la paix et du Socialisme.

 

JAURES est un personnage complexe dont l’interprétation de la pensée soulève encore des passions et de violentes polémiques. Figure emblématique, JAURES appartient, en fait, au patrimoine commun de la vie politique française. Avec ses idées d’avant-garde, ses conceptions de la justice et de liberté, JAURES est un homme de synthèse et un réformiste. Il a su maintenir l’unité fragile des Socialistes.

I – Jean Jaurès, un homme d’avant-garde.

 

A– Jaurès, le martyre  de la paix

 

«Toute sa noble nature de Jaurès, toute sa philosophie, toute sa conception sociale et politique s’opposaient pour ainsi dire organiquement à la violence brutale et à son application systématique et voulue qu’est la guerre» écrit Charles RAPPOPORT. Et si à la fin de sa vie, criminellement interrompue, à travers son ouvrage, une «Armée Nouvelle», il étudie, avec passion l’art de la guerre, c’est encore pour condamner de façon véhémente l’art de la guerre et ses méfaits, toute velléité de guerre agressive, maudite, qu’il cherche à bannir, à tout jamais. Conscient que la paix est fragile, face à la gesticulation des bellicistes, JAURES lance une mise en garde contre le danger de catastrophe imminente : «Les diplomates cherchaient à se tâter, elles essayaient, l’une sur l’autre, la puissance magnétique de leur attitude et de leurs regards. Ce serait en tout cas un jeu plein de péril. Quand deux mécaniciens lancent leur train, l’un contre l’autre, sur la même voie, et qu’on ne sait rien d’ailleurs de leurs intentions, on a beau dire qu’ils ne veulent qu’éprouver réciproquement la solidité de leurs nerfs, nul ne peut savoir comment les choses vont tourner».

 

Homme de paix, Jean JAURES est avant tout attaché au cosmopolitisme. «La vocation du Socialisme est d’accomplir l’histoire de l’Europe chrétienne», dit-il. L’Europe a une identité propre ; elle est davantage une culture et une histoire qu’un territoire. Partant de là, JAURES est un ardent pacifiste à une époque où le nationalisme devient une force politique triomphante. Dénonçant le péril de la guerre européenne, JAURES met en garde le Parlement. «Et qu’on n’imagine pas une guerre courte, se résolvant en quelques coups de foudre et quelques jaillissements d’éclairs. Ce sont des masses humaines qui fermenteront dans la maladie, dans la détresse, dans la douleur, sous les ravages des obus multipliés, de la fièvre s’emparant des malades», dit JAURES le 20 décembre 1911. En 1913, JAURES s’oppose, avec vigueur, à la prolongation de la durée du service militaire à trois ans. Devant la montée des périls, JAURES dira le 25 juillet 1914, à Vaise : «Que jamais l’Europe n’a été dans une situation plus menaçante et plus tragique que celle où nous sommes à l’heure actuelle où j’ai la responsabilité de vous adresser la parole». Le 25 juillet 1914, à Bruxelles, devant le bureau de l’Internationale socialiste, JAURES prononce un grand discours contre la guerre, et appelle à la paix.

 

Jean JAURES, hostile à la guerre, n’est pas pour autant ni un pacifiste béat, ni un lâche : «Nous n’avons pas, nous, socialistes, la peur de la guerre. Si elle éclate, nous saurons regarder les événements en face, pour faire tourner au mieux l’indépendance des nations, à la liberté des peuples, à l’affranchissement des prolétaires. Si nous avons horreur de la guerre, ce n’est point par sentimentalité débile et énervée. Le révolutionnaire se résigne aux souffrances des hommes, quand elles sont la condition nécessaire d’un grand progrès humain, quand par elles, les opprimés et les exploités se relèvent et se libèrent» dit-il. JAURES fustigeait l’alliance franco-russe qui ne préservait pas les intérêts fondamentaux de notre pays, en revanche, il était favorable au rapprochement avec la Grande-Bretagne, cette entente serait une garantie de démocratie et de paix. Il n’était pas hostile, par principe, aux Allemands, et estimait que la politique des deux pays, de provocations mutuelles, était un facteur d’incitation à la guerre : «Les hommes sont pliés sous le fardeau de la paix armée, et ils ne savent si ce qu’ils portent sur leurs épaules c’est la guerre ou le cadavre de la guerre. La haute probabilité du péril prochain, la certitude du sacrifice imminent, la fréquente familiarité de la mort, joyeusement acceptée, ne renouvellent plus le militarisme administratif, les sources de la vie morale» écrit-il. Le devoir des hommes d’Etat, dans le souci de leurs intérêts, c’est de négocier, transiger et rechercher la paix. Cependant, tout en donnant une chance à la paix, la restitution de l’Alsace et la Lorraine, cette «France intégrale», n’est pas négociable.

 

En 1911, Jean JAURES préconise une «Armée Nouvelle», purement défensive et fondamentalement démocratique. JAURES veut démontrer que l’idée républicaine de la Nation armée, c’est-à-dire le lien entre la conscription et la citoyenneté, a un caractère purement défensif. La mobilisation de masse ne peut se justifier que comme une extrémité imposée par l’invasion du territoire. L’objectif premier doit rester la préservation de la paix, le respect du droit, le règlement des conflits par l’arbitrage. Mais la contribution de JAURES va bien au-delà des questions militaires. «L’Armée Nouvelle» est le fil conducteur de la pensée de JAURES. Cet ouvrage traite de l’Etat et de la Nation, de la paix et de la guerre, de la lutte des classes et du Socialisme. «L’Armée Nouvelle» apparaît comme une synthèse de la pensée de JAURES sur l’évolution économique et sociale et les conditions de passage du capitalisme au socialisme. On ne sortira pas du capitalisme par la révolution violente, mais par une transition progressive, grâce à des réformes partielles, qui seront autant d’étapes vers le Socialisme. C’est en ce sens que JAURES est un réformiste. Les questions militaires ne sont pas seulement que techniques qu’il faut laisser aux militaires ; elles sont éminemment politiques. En effet, dans une démocratie, les citoyens ne peuvent pas abandonner le pouvoir au profit des seuls technocrates. Par conséquent, JAURES est un ardent défenseur de la liberté des citoyens qui ont vocation à s’occuper de toutes les affaires qui les concernent, y compris les affaires militaires.

 

JAURES, se faisant historien, dans l’Armée nouvelle, dénonce la souffrance humaine, à travers la guerre : «Beaucoup souffrent et meurent sans avoir même entrevu à quoi leur douleur et leur mort peuvent servir» dit-il. L’absurdité de la guerre est mise en lumière : «Que d’existences broyées sans avoir même pu jeter un éclair de révolte, comme des cailloux écrasés sur le chemin, et dont l’étincelle est même étouffée sous le rouleau de la lourde machine !» écrit-il. L’internationalisme de JAURES signifie avant tout paix et harmonie avec tous les peuples : «Il faut pénétrer les patries autonomes d’esprit international, et assurer dans la paix universelle, par l’effort concerté des travailleurs de tous les pays, l’évolution de la justice sociale. (..) Partout, où il y a des patries, toute atteinte à la liberté à l’intégrité de ces patries est un attentat contre la civilisation» dit-il.  Certains ont traité Jean JAURES de poète et de rêveur. Mais JAURES savait que les poètes sont souvent des voyants.

 

B – Jean Jaurès, historien du socialisme

 

Jean JAURES est à la base de sept volumes baptisés «Histoire du socialisme». JAURES n’a jamais songé à écrire l’histoire avec un parti pris socialiste ou pour la faire servir aux intérêts du parti socialiste. Loin d’être un travail de propagande, en fait, JAURES a voulu écrire l’histoire de France de 1789 à 1870, avec l’émergence du socialisme pendant cette période, afin d’éclairer les progrès futurs à la lumière du passé. Dans l’introduction à la Constituante, JAURES définit lui-même sa démarche d’historien inspirée de Marx, Plutarque et Michelet : «C’est du point de vue socialiste que nous voulons raconter au peuple, aux ouvriers, aux paysans, les évènements qui se développent de 1789 à la fin du XIXème siècle. Nous considérons la Révolution française comme un fait immense et d’une admirable fécondité ; mais elle n’est pas, à nos yeux, un fait définitif dont l’histoire n’aurait ensuite qu’à dérouler sans fin les conséquences. La Révolution française a préparé indirectement l’avènement du prolétariat. Elle a réalisé les conditions essentielles du socialisme, la démocratie et le capitalisme. Mais elle a été, en son fond, l’avènement politique de la classe bourgeoise» écrit-il.  JAURES a retracé la marche et le jeu des classes sociales depuis 1789. De 1789 à 1848, la bourgeoisie révolutionnaire triomphe et s’installe, en utilisant contre l’absolutisme royal et contre les nobles, les prolétaires mais qui ne sont qu’une force d’appoint. Sous Louis Philippe, la bourgeoisie lutte à la fois contre les nobles, les prêtres et les ouvriers. En fait, ces prolétaires n’avaient ni claire conscience de classe, ni le désir ou la notion d’une autre forme de pauvreté. La classe ouvrière se réveille, pendant la deuxième phase de domination bourgeoise de février 1848 à mai 1871. Si les possédants sont affolés par «le spectre rouge», sous la Commune, blanquistes, marxistes et proudhoniens impriment à la pensée ouvrière des directions divergentes. Face à eux, les forces conservatrices (propriétaires terriens et bourgeoisie) sous la houlette d’Adolphe THIERS étaient mieux organisées. Le gouvernement provisoire de Louis BLANC a été vite paralysé. Avec la Commune, les prolétaires ont pris le pouvoir par surprise, le socialisme s’affirme comme une force de premier ordre, mais confuse et convulsive. Désormais, il y a une unité de pensée entre la classe ouvrière et les socialistes. Le socialisme n’est plus dispersé en sectes hostiles et impuissantes.

 

Libéral et de tendances démocratiques, quand il était à l’école normale, JAURES a fini par basculer dans le socialisme, pour en devenir le chef de file. Républicain, passionné pour la justice et l’harmonie sociale, il était normal que JAURES devienne socialiste : «Dès que j’ai commencé à écrire dans les journaux et à parler à la Chambre, le socialisme me possédait tout entier, et j’en faisais profession. Je ne dis point cela pour combattre la légende qui fait de moi un centre gauche converti, mais simplement parce que c’est la vérité. Mais il est vrai aussi que j’ai adhéré à l’idée socialiste et collectiviste avant d’adhérer au parti socialiste. Je m’imaginais que tous les républicains, en poussant au bout l’idée de la République, devaient venir au socialisme» dit-il. JAURES croit en l’accession au pouvoir, non pas par la révolution, «une prodigieuse mystification», mais par la voie de «la légalité et de la lumière». Il rejette l’internationalisme abstrait et anarchisant, «le socialisme ne se sépare plus de la vie, il ne se sépare plus de la nation. Il ne déserte pas la patrie ; il se sert de la patrie, elle-même pour la transformer et l’agrandir» écrit-il.

 

La pensée de JAURES est une exaltation de l’individu, fin suprême de l’histoire. Rien ne peut être pensé, créé, organisé sans que l’Homme, l’individu, n’en soit la mesure. JAURES est admirateur des socialistes dit utopistes : «Le trait de génie de FOURIER de concevoir ce qui était possible de remédier au désordre, d’épurer et d’ordonner le système social, sans gêner la production des richesses, mais, au contraire, en l’accroissant» dit-il. Pour lui, le but suprême est l’harmonie fondée sur la justice. L’harmonie sociale implique la disparition de l’injustice d’où proviennent les luttes, les haines et les affreuses conséquences. Il faut que la propriété cesse d’être individuelle pour devenir collective «C’est par la fin de la lutte des classes, par la disparition des classes elles-mêmes que la justice se réalisera» dit-il. Jean JAURES ne rejette pas, fondamentalement, la social-démocratie allemande. Il ne combat pas la théorie du matérialisme historique ; il la tient même pour vraie. Mais il ne croit pas qu’elle exprime toute la vérité. Il n’accorde pas à Karl MARX que les conceptions religieuses, morales et politiques soient le simple reflet de réalités économiques. «Il y a dans l’homme une telle pénétration de l’homme même et du milieu économique, qu’il est impossible de dissocier la vie économique et morale ; on ne peut couper l’humanité historique en deux, et dissocier en elle la vie idéale et la vie économique» écrit JAURES. Les sociétés humaines ne sont pas soumises à un déterminisme aveugle.

 

«Dans l’ordre prochain, dans l’ordre socialiste, c’est bien la liberté qui sera souveraine. Le Socialisme est l’affirmation suprême du droit individuel. Rien n’est au dessus de l’individu», précise Jean JAURES.  En combinant matérialisme et idéalisme, JAURES se démarque des communistes. Il laisse une grande place à la liberté humaine et à l’idée de justice, notamment dans son discours en 1898, sur le «Socialisme et liberté». L’histoire ne se résume pas au jeu des rapports de production, à la succession des formes économiques et sociales, elle est aussi la progressive réalisation d’un idéal de justice qui habite l’humanité. «Pour qu’aucun individu ne soit à la merci d’une force extérieure, pour que chaque homme soit autonome pleinement, il faut assurer à tous, les moyens de liberté et d’action», dit JAURES. Le bien le plus précieux c’et la liberté de l’esprit, de la vie intérieure, garante de la dignité. «Nous rêvons de faire entrer la liberté, l’égalité fraternelle dans la vie quotidienne et profonde des sociétés, qui est le travail», dit JAURES.

II – Jean Jaurès, un homme de synthèse et un réformiste.

 

A – Jaurès, le Socialisme du possible

 

JAURES est un homme de synthèse. En effet, les différents courants et sensibilités composant la SFIO (communistes, socialistes, anarchistes, possibilistes, etc.), étaient parfois violemment opposés. La synthèse jaurésienne, avec son leadership charismatique, a permis de maintenir l’unité du Parti. Ce qui importait, au-delà des divergences sur la tactique, c’était l’accord sur les fins.

 

Jean JAURES s’oppose à une autre figure radicale du socialisme, Jules GUESDE (1845-1922), exilé pendant la Commune, ce dernier devient député de Roubaix en 1893, au titre du Parti ouvrier français. En 1902, le parti de GUESDE fusionne avec les anciens blanquistes de VAILLANT pour former le Parti socialiste de France (Unité socialiste révolutionnaire). En 1904, lors du Congrès socialiste international d’Amsterdam, les thèses de Jules GUESDE emportent un grand succès. En 1905, le Parti socialiste de France et le Parti socialiste français de JAURES fusionnent pour fonder la SFIO.

 

JAURES et GUESDE sont en accord sur l’objectif poursuivi, mais les dissentiments concernant la tactique sont apparus au grand jour à l’occasion de l’affaire DREYFUS, de l’entrée d’Alexandre MILLERAND (1859-1943) dans le gouvernement de WALDECK-ROUSSEAU et de la préconisation du recours au suffrage universel. Pour GUESDE ces questions ne concernent pas le prolétariat. «C’est à la bourgeoisie à réparer les erreurs de la société bourgeoise», dit Jules GUESDE. S’agissant, en particulier, de l’entrée, en 1899, d’Alexandre MILLERAND dans le gouvernement de Pierre WALDECK-ROUSSEAU (1846-1902), un républicain modéré, Jules GUESDE n’a pas mâché ses mots : «Il est du devoir des Socialistes, non seulement de parer à cet événement particulier, mais aussi de corriger, de redresser des déviations». Lors du fameux débat doctrinal, entre révolution et réforme, à l’hippodrome de Lille du 26 novembre 1900, Jean JAURES a réaffirmé la validité et la justesse de sa démarche : «Quand la liberté intellectuelle est en jeu, quand la liberté de conscience est menacée, quand les vieux préjugés qui suscitent les haines des races et les atroces querelles religieuses des siècles passés, paraissent renaître, c’est le devoir du prolétariat socialiste de marcher avec celles des fractions bourgeoises qui ne veulent pas revenir en arrière».

 

L’amitié entre Jean JAURES et Charles PEGUY (1873-1914), de 1895 à 1905 s’est fracassée en raison, notamment, de l’alliance faite entre JAURES et Jules GUESDE. En effet, Jean JAURES choisit l’unité socialiste, et il passe avec les guesdistes toute une série de compromis qui conduisent, dans l’optique de PEGUY, à ce que le socialisme perde son âme. Pour PEGUY, le socialisme de JAURES, dès lors, ne se concilie plus, patriotisme et internationalisme, républicanisme et révolution sociale. PEGUY refuse l’intégration du socialisme français au jeu démocratique, et rejette, fondamentalement, la théorie de Jules GUESDE de la lutte des classes. Par ailleurs, PEGUY reproche à JAURES son parlementarisme, il serait devenu un tribun qui glisse vers l’autoritarisme. PEGUY glisse vers le nationalisme et traite JAURES, pour son pacifisme, «d’agent du parti allemand» et de «traître par essence», et il va même jusqu’à souhaiter sa mort : «En temps de guerre, il n’y a plus qu’une politique, et la politique de la Convention nationale, c’est Jaurès dans une charrette et un roulement de tambour pour couvrir cette grande voix» ose dire PEGUY. Il porte une responsabilité morale sur l’assassinat de Jean JAURES par Raoul VILLAIN (1885-1936).

 

JAURES visait à l’intégration du Socialisme français dans le système politique, «avec une juste évolution nécessaire», de la société, une réforme dans le cadre de l’Etat capitaliste : «chaque réforme une fois réalisée, donnerait à la classe ouvrière plus de force pour en revendiquer et en réaliser d’autres», dit JAURES. Par conséquent, cette synthèse marque également les idées réformistes de JAURES. Le congrès de Toulouse des 15, 16, 17 et 18 octobre 1908 du Parti socialiste, SFIO, renforce son leadership sur les Socialistes français. Ce congrès, fondateur de la tradition socialiste, a été interprété comme une synthèse jaurésienne, celui où JAURES valide le déni du réformisme. Jean JAURES se veut le continuateur de la Révolution française et des fondateurs de la République. Les transformations de la société doivent être prises au moment opportun, avec pertinence et réflexion préalable, mais aussi ténacité, mais esprit de suite. JAURES est un intellectuel, mais il est pragmatique. En homme de synthèse, dans la motion finale du congrès de Toulouse, JAURES qui présidait la Commission de l’Action générale du Parti, fait acter que le Parti Socialiste est un «parti de la révolution sociale» qui poursuit «la destruction du régime capitaliste et la suppression des classes». JAURES rassure ainsi l’aile gauche du Parti socialiste. Mais en fin politique, JAURES fait prévaloir sa vision réformiste : «Précisément, parce que le Parti Socialiste, un parti de révolution, il est le parti le plus essentiellement, le plus activement réformateur qui puisse donner à chacune des revendications ouvrières son plein effet, le seul qui puisse faire toujours de chaque réforme, de chaque conquête, le point de départ, le point d’appui de revendications plus étendues et de conquêtes plus hardies». Finalement, Jean JAURES ne croit pas au «Grand soir», c’est un partisan résolu du Socialisme du possible.

 

B – Jaurès, un homme de synthèse et de compromis

 

Le socialisme de JAURES se définit lui-même comme un individualisme et un spiritualisme. «Pour les Socialistes, la valeur de toute institution est relative à l’individu humain. C’est l’individu humain, affirmant sa volonté de se libérer, qui donne désormais vertu et vie aux institutions et aux idées. C’est l’individu humain qui est la mesure de toute chose, de la patrie, de la famille, de la propriété, de l’humanité, de Dieu. Voilà la logique révolutionnaire. Voilà le Socialisme», dit JAURES. Si l'oeuvre de JAURES, et ce qu'elle donne à penser à été effacé derrière la figure consensuelle du grand homme, c'est qu'elle conteste les figures du libéralisme et du marxisme qui ont dominé ce siècle. La révolution socialiste sera pour lui économique, matérielle, intellectuelle, morale et religieuse. JAURES n’est pas communiste. Son socialisme ne dépend pas du «Grand soir», mais se fait au jour le jour. Contrairement au courant collectiviste, du Parti Ouvrier Français de Jules BASILE dit Jules GUESDE (1845-1922), il est profondément attaché à la liberté de l’individu. «Le premier des droits de l’homme, c’est la liberté individuelle» ou encore «il n’y a pas de vérité sacrée, c’est-à-dire interdite à la pleine investigation de l’homme. Ce qu’il y a de plus grand dans le monde, c’est la liberté souveraine de l’esprit», dit Jean JAURES. En revanche, pour Jules GUESDE, face aux injustices sociales qui ruinent le lien social, on peut considérer que les causes les plus justes, justifient le recours à la violence  «En multipliant les réformes, on ne fera que multiplier les trompe-l’œil» dit GUESDE. JAURES estime, quant à lui, que la lutte des classes peut se faire par le suffrage universel. Son ambition première est de façonner dans tous les pans de la société la liberté, l’égalité et la fraternité, de mettre en œuvre et de compléter les finalités de la Révolution. JAURES est considéré par les marxistes comme un réformiste opportuniste qui a fait trop de concessions au capitalisme. Jean JAURES reconnaît que le grand mérite de Marx est d’avoir associé au prolétariat la conception du socialisme, mais le socialisme jaurésien est hérité de la Révolution française, c’est-à-dire de la République et la démocratie. «C’est le socialisme qui donnera seul à la Déclaration des droits de l’homme tout son sens et qui réalisera tout le droit humain» écrit JAURES. Tout en admettant l’utilité de la théorie de la lutte des classes il rejette, de façon irrémédiable, ce concept stalinien de « dictature du prolétariat», son socialisme ne peut être que démocratique.

 

Pour JAURES, la Justice représente un idéal philosophique, un combat politique, une méthode démocratique et une vertu éthique. «S’il n’y a pas de justice entre les hommes, la République ne peut exister», souligne JAURES. L’État et la République sont des instruments incontournables pour garantir la justice et l’émancipation sociale. Pour JAURES, dire non, c’est s’opposer à l’injustice, à la corruption et au mensonge. Son idéal socialiste ne tolère aucun manquement aux principes de justice et de vérité qui sont au cœur de son projet politique, de la défense des ouvriers à l’Affaire Dreyfus, en passant par son idéal pacifiste. «Je porte en mon cœur un rêve de fraternité et de justice, et je veux travailler jusqu’au bout à le réaliser», dit JAURES.

 

Le Socialisme est une synthèse entre «l’idéal» et «le réel» ; c’est le noyau dur de la pensée jaurésienne qui unit également la République et le Socialisme, condition de la liberté de l’individu, du progrès de l’homme et une foi en l’avenir. Cette phrase sibylline, qui a fait l’objet d’interprétations multiples et passionnées, a été prononcée par JAURES lors de son discours à la jeunesse, le 30 juillet1903, à la distribution des prix au lycée La Pérouse à Albi. JAURES est à l’époque député de Carmaux. C’est le texte le plus connu et le plus fréquemment cité de JAURES. La tirade est longue, mais nous en présentons quelques extraits significatifs : «Le courage, c’est d’aimer la vie et de regarder la mort d’un regard tranquille ; c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ; c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense. Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe». «Instituer la République, c'est proclamer que des millions d’hommes sauront tracer eux-mêmes la règle commune de leur action ; qu'ils sauront concilier la liberté et la loi, le mouvement et l'ordre». La République est un grand acte de confiance et un grand acte d'audace. Dans la salle d’honneur du lycée d’Albi, on y a gravé une citation de JAURES extraite de ce discours sur la jeunesse : «Le courage, dans le désordre infini de la vie qui nous sollicite de toutes parts, c’est de choisir un métier et de bien le faire, quel qu’il soit».

Comme on l’a vu au congrès de Toulouse ainsi que dans son discours à la jeunesse à Albi, Jean JAURES fait, en apparence, des concessions de principe aux partisans de Jules GUESDE, en usant d’un discours révolutionnaire, mais il reste fondamentalement attaché au réformisme. Jean JAURES étant mort avant le congrès de Tours de décembre 1920 qui a consacré le divorce entre Socialistes et Communistes, on ne sait pas quel choix il aurait fait entre ces deux mouvements. En effet, Léon BLUM fait une déclaration mémorable, constatant un désaccord entre ces gauches antagoniques : «Pendant que vous allez courir l’aventure, il faut que quelqu’un reste pour garder la vieille maison».  BLUM n’écarte pas un jour, que la famille socialiste soit réunie : «Les uns et les autres, même séparés, nous restons socialistes ; malgré tout, des frères qu’aura séparés une querelle cruelle restons des frères, mais une querelle de famille, et qu’un foyer commun peu encore réunir». Communistes et socialistes, face à la nécessité d’une action commune contre le fascisme se retrouveront, en 1936, autour d’un gouvernement du Front populaire.

Au sortir de la deuxième guerre mondiale, le Parti communiste, issu de la mouvance de Jules GUESDE, était la première politique de France, mais aussitôt après, la guerre froide et les guerres coloniales ont ravivé les dissensions entre socialistes et communistes. Ainsi, en 1947 Paul RAMADIER met fin à l’alliance au gouvernement avec les communes.

Dans les années 60 François MITTERRAND, confronté à un Parti communiste fort, a adopté une phraséologie de gauche, et a mis de GAULLE en ballotage, puis il a réunifié en 1971 les socialistes, entreprit l’Union de la Gauche avec les communistes et les radicaux. Son programme de 1981, rédigé par Jean-Pierre CHEVENEMENT, avec un slogan «changer la vie», a rassuré l’aile gauche du Parti socialiste ainsi que les Communistes. François HOLLANDE, dans son discours du Bourget du 27 janvier 2012, en dénonçant la finance et en prévoyant une taxe à 75%, a usé du même subterfuge. François HOLLANDE, après une longue hésitation, se définit comme étant un réformiste. Mais sa conception du réformisme est violemment contestée par l’aile gauche du Parti socialiste qui estime que le gouvernement aurait renié ses engagements de gauche en pratiquant une politique d’austérité. François HOLLANDE, le véritable liquidateur de l’héritage de Jean JAURES, a poursuivi la ligne de la direction du Parti socialiste, traditionnellement favorable aux hommes Blancs, aux Juifs et aux Gays, a fondamentalement ostracisé et discriminé, les femmes et les Français issus de l’immigration, et cela en dépit des mutations démographiques importantes de la France qui a pris des couleurs. Parti du socialisme municipal, des cadres et des instituteurs, cette organisation politique est restée fermée à la classe ouvrière et aux syndicats. La sanction a été sévère aux élections de 2017, le Parti socialiste, confronté à des difficultés financières, a perdu son siège emblématique de la rue Solférino, à Paris et rejeté en banlieue, à Ivry-sur-Seine. Marginalisé par un mouvement de «dégagisme», le Parti socialiste doit maintenant côtoyer ces personnes qu’il snobait.

L’héritage de Jean JAURES, sur le plan de la structure des partis et de leur influence n’est pas enviable en ce début du XXIème siècle. Le Parti communiste, comme le Parti radical sont entrés dans un processus de marginalisation avancé. Désavoués par leurs politiques libérales sous François HOLLANDE, les socialistes qui avaient provoqué deux alternances en 1981 et 2012, sont éclatés en divers mouvements (Une partie radicale avec les mouvements de Benoît HAMON et Jean-Luc MELENCHON, une partie réformiste restée encore sous la bannière du Parti socialiste, et une partie droitisée du socialisme récupérée par Emmanuel MACRON). Ces partis sont menacés par la poussée de l’extrême-droite qui a récupéré les jeunes et la classe ouvrière. «L’humanité  a repris son niveau de médiocrité habituelle semblable à l’horizon d’une mer tranquille. Le seul mât qui dépassait est abattu» disait William SHAKESPEARE.

Tel que le concevait, Jean JAURES, le socialisme est attaché à la République et aux libertés, mais rejette le communisme ainsi que le libéralisme sauvage. Le Parti socialiste est fondamentalement réformiste, même si l’interprétation de ce concept fait l’objet d’un débat âpre entre les différentes tendances de la famille de Gauche. Dans la biographie qu’il consacre à Jean JAURES, Vincent PEILLON, en tant que philosophe et socialiste, tente de raviver la pensée fondatrice de JAURES qu’il estime trahie par ses héritiers. En effet, pour JAURES, la «Révolution», ne peut être réduite à un simple bouleversement économique. La morale et la religion y ont leur part décisive. En été 1891, Jean JAURES publie : «La question sociale, l’injustice du capitalisme et la révolution religieuse». Il faut donner du sens à l’action politique en redonnant la dignité aux citoyens. JAURES a toujours été inspiré par la compassion pour les exclus.

Pour Michel ROCARD, Jean JAURES serait le père fondateur de la «Deuxième Gauche». En effet, à travers l’affaire Dreyfus, JAURES s’est battu pour faire admettre aux Socialistes qu’une atteinte aux droits de l’Homme les concernait tous. Pour lui, le droit à la dignité des hommes passait avant le combat économique et social. JAURES est l’inventeur de l’économie sociale et solidaire, à travers la coopérative ouvrière qui a sauvé la verrerie d’Albi. Un parti politique est un outil qui malaxe du pouvoir. La discussion des idées y est intense. En vérité, le Parti socialiste s’est transformé en écurie présidentielle au service de la conquête du pouvoir et donc des ambitions personnelles. Ainsi, on a fabriqué un JAURES officiel pour donner du change. «JAURES est tombé dans un chaudron collectif. Il a été avalé, intégré, parce qu’il est le plus grand, le plus porteur, et les idées subversives que son œuvre véhicule ont été oubliées au passage». Cependant, ces idées de «Deuxième Gauche» ont été contrariées par les tares congénitales du Parti Socialiste. Tout d’abord, ce n’est pas le Parti socialiste qui a fait la Révolution française et ce parti, créé en 1905, n’a jamais été un parti ouvrier. La bataille du suffrage universel à mettre au compte du Parti Radical. Il existe un sérieux divorce entre le Parti Socialiste et les Syndicats. Il y a en France une culture de l’affrontement et de la suspicion, au détriment du compromis et de la négociation. «Tourné vers lui-même» suivant une formule de Lionel JOSPIN, le Parti socialiste est resté longtemps une organisation pour bâtir le socialisme municipal avec l’appui des enseignants et de la classe moyenne, avec des techniques de partage du pouvoir. C’est pourquoi, il n’a pas été aisé de construire en France, une vraie social-démocratie, une «Deuxième Gauche».

Quelle que soit l’interprétation donnée à la pensée de Jean JAURES, on peut dire qu’il est entré dans le patrimoine commun des Socialistes et de la Gauche. Jean JAURES n’appartient à personne, mais à tous. Ses idées d’un Socialisme humain ont résisté à l’épreuve du temps. «Il est là tout entier qui nous parle, dans son œuvre immortelle, ce grand orateur, l’égal des plus grands que l’humanité ait jamais connus, qui nous montre la droite ligne vers l’affranchissement humain, le bon combat à mener contre l’éternelle réaction, plus haïssable, plus malfaisante que jamais» écrit Jean LONGUET. Face à ces crises, le moment semble venu de reconsidérer une pensée moins réformiste et débonnaire qu'on ne le croit, généreuse et pugnace, attentive à la société civile en mouvement, à l'air du temps si changeant, appelant à développer le sens critique, à lire le réel, à dire le vrai pour libérer enfin les forces vives de l'humanité, et réhabiliter le politique et la République sociale. En effet, la Gauche doit rester fidèle aux idées de Jean JAURES, et donc à ses principes et valeurs et ne devrait pas lorgner à droite. Restons dignes de cet héritage. Il faut donc «rallumer tous les soleils», suivant JAURES : «Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire, c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho contre son âme aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques» disait JAURES. «Nous étions à lui, mais il était à nous. Il était à notre parti, à notre pensée, il était notre doctrine. Nous le gardons pour nous, nous Parti socialiste français, tout en le gardant nous le remettons à la nation et l’histoire» dira Léon BLUM.

Bibliographie sélective,

 

1 – Contributions de Jean Jaurès

 

JAURES (Jean), L’organisation socialiste de la France : l’Armée nouvelle, Paris, édition populaire de l’Humanité, 1915, 557 pages, et Paris, Fayard, 2012, 574 pages ;

 

JAURES (Jean), Action socialiste, première série : le socialisme et l’enseignement, le socialisme et les peuples, Paris, Georges Bellais, 1899, 555 pages (recueil des articles et discours de Jaurès), document Bibliothèque nationale de France (B.N.F.) cote Lb 57 12818 ;

 

JAURES (Jean), Socialisme et paysans, discours prononcé à la chambre des députés les 19, 26 juin et 3 juillet 1897, 121 pages, document BNF cote 16 LE 90 1551 ;

 

JAURES (Jean), L’instruction publique, discours prononcé à la chambre des députés à la séance du 21 juin 1894, 32 pages, document B.N.F. cote 8° Z 4049 ;

 

JAURES (Jean), Discours à la jeunesse, (Albi, 1903), Paris, Rieder, 1903, 27 pages ;

 

JAURES (Jean), «Socialisme et liberté», La revue de Paris, n°117, novembre décembre 1898, page 481 ;

 

JAURES (Jean), Le socialisme et la vie, idéalisme et matérialisme, préface Frédéric Worms, Paris, Payot et Rivages, 2011, 137 pages ;

 

JAURES (Jean), Les preuves : affaire Dreyfus (29 septembre 1898), recueil d’articles parus dans le journal La Petite République, 291 pages, document B.N.F. cote Lb 57 12238 ;

 

JAURES (Jean), Les deux méthodes, conférence à l’hippodrome lillois, Jean Jaurès et Jules Guesde (26 novembre 1900), Lille, Imprimerie ouvrière P. Lagrange, 1900, 11 pages, document B.N.F., cote Lb 57 12889 ;

 

JAURES (Jean), Idéalisme et matérialisme dans la conception de l’histoire, et réponse de Paul Lafargue, Paris, février 1895, conférence donnée sous les auspices du Groupe des étudiants collectivistes de Paris, 14 pages, document B.N.F. sous la cote 8° Pièce 6048 ;

 

JAURES (Jean), Discours et conférences, Paris, Flammarion, 2014, préface Thomas HIRSCH, 303 pages ;

 

JAURES (Jean), «Rapport de la commission de l’action générale du parti », in Congrès du Parti socialiste, SFIO, tenu à Toulouse les 15, 16, 17 et 18 octobre 1908, compte rendu sténographique, 501 pages, spéc. pages 484-485, document BNF, cote Lb 57 13528 ;

 

JAURES (Jean), Conférence à l’Alliance française sur la défense de la langue française, 1884, 14 pages, document BNF, cote 8 S X 68 ;

 

JAURES (Jean), édition revue par M. MATHIEZ, Histoire socialiste de la Révolution française, Paris, Editions de la Librairie de l’Humanité, 1923, 472 pages ;

 

JAURES (Jean), sous la direction de, Histoire socialiste III La Convention (1700-1900), la République des idées politiques et sociales et la Révolution, Paris, non daté, publications Jules Rouff et Cie, 854 pages ; doc BNF sous la cote 4 L a 31 47 B (III, 1) ;

 

JAURES (Jean), Contre la guerre au Maroc, Paris, 1936, Bureau d’éditions, Classiques du socialisme, 63 pages, doc BNF sous la cote 8 L 57 b 18931 ;

 

JAURES (Jean), Rallumer tous les soleils, Paris, Omnibus, 2006, 937 pages ;

 

2 – Critiques de Jean Jaurès

 

ANDER (Charles), Le socialisme impérialiste dans l’Allemagne contemporaine : dossier d’une polémique avec Jean Jaurès (1912-1913), Paris, Brossard, 1918, 259 pages ;

 

ANDRIEU (Maurice), Jean Jaurès, citoyen adoptif de Toulouse, Toulouse, Privat, 1987,  166 pages ;

 

ANTONINI (Bruno), «Bergson et Jaurès en vis-à-vis : une métaphysique du politique face à une politique du métaphysique», Annales bergsoniennes V, 2012, pages 137-154 ;

 

ANTONINI (Bruno), «Jaurès face à la sociologie de son temps et syndicalisme révolutionnaire : entre décalage et mutisme», Cahiers Jaurès, 2002, (3) n°165-166, pages 63-79 ;

 

AUCLAIR (Marcelle), La vie de Jean Jaurès ou la France d’avant 1914, Paris, L’Union générale d’édition, 1964,  499 pages ;

 

BASCH (Victor), «Jaurès, apprenti professeur»,  Le Floréal, 31 juillet 1920, n°26, pages 593-594 ;

 

BECKER (Jean-Jacques), «Jaurès, la paix, la guerre et l’utopie», Cahiers Jaurès, 2006 (2)  n°180, pages 21-26 ;

 

BECKER (Jean-Jacques), «La mort de Jean Jaurès devant l’opinion publique en août  1914», Bulletin de la société d’études jauréssiennes, octobre-décembre 1976, n°63,  pages 3-10 ;

 

BERGOUNIOUX (Alain), Eloge de la réforme, discours de Jean JAURES au congrès de la SFIO à Toulouse en 1908, Paris, Fondation Jean Jaurès, 1998, 113 pages ;

 

BERGOUNIOUX (Alain), GRUNBERG (Gérard), L’ambition et le remord, les Socialistes français et le pouvoir (1905-2005), Paris, Fayard, l’Espace politique, 2005, 610 pages, spéc. pages 15-85 ;

 

CAILLAUX (Joseph), «Jaurès»,  Le Floréal, 31 juillet 1920, n°26, page 591 ;

 

CANDAR (Gilles), «Jean Jaurès et le parti, retour sur un itinéraire», Cahiers Jaurès, 2008 (1), n°187-188, pages 15-27  ;

 

CANDAR (Gilles), «Jean Jaurès et le réformisme», Histoire et Politique, n°12, janvier-avril 2011, pages 32-43 ;

 

CANDAR (Gilles), «Jean Jaurès», Revue française d’histoire des idées politiques, 2014 (2)  n°40, pages 243-264 ;

 

CANDAR (Gilles), DUCLERT (Vincent)  Jean Jaurès, Paris, Fayard, 2014, 688 pages ;

 

CHALLAYE (Félicien), Jean Jaurès, Paris, Châteauroux, Mellottée, 1937, 319 pages ;

 

CHANOIR (Johann), Convaincre comme Jean Jaurès, Paris, Eyrolles, 2014, 144 pages ;

 

COMBES (Emile), «Jaurès et le Bloc des gauches»,  Le Floréal, 31 juillet 1920, n°26, page 592 ;

Congrès national tenu à Tours, les 25, 26, 27, 28, 29 et 30 décembre 1920, Paris, S.F.I.O., 1921, 604 pages, spéc pages 243-275 ;

 

DOMMANGET (Maurice), Jean Jaurès, Paris, Société Universitaire d’édition et de Librairie, 1954, 39 pages ;

 

DUBREUILH (Louis), Histoire socialiste (1789-1900), la guerre franco-allemande par Jean Jaurès, Paris, Jules Rouff, pages 1-248 ;

 

DUCANGE (Jean-Numa), Jules Guesde : l’anti-Jaurès ?, Paris, Armand Colin, 2017, 256 pages ;

 

DUCLERT (Vincent), CANDAR (Gilles), LALOUETTE (Jacqueline), «Jaurès : le socialisme du possible»,  L’histoire, 2014, n°397, pages 34-65 ;

 

DUCLERT (Vincent), Jaurès 1859-1914 : la politique et la légende, Paris, Autrement, 2013, 283 pages ;

 

DUCOMTE (Jean-Michel), PECH (Rémy), Jaurès et les Radicaux, une dispute sans rupture, Toulouse, Privat, 2011, 312 pages ;

 

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JOLY (Marc), «La pensée sociologique de Jean Jaurès», Cahiers Jaurès, 2010 (3)  n°197, pages 53-72 ;

 

KAUTSKY (Karl), «Souvenirs sur Jean Jaurès», Cahiers Jaurès, 2007 (3)  n°185, pages 109-113 ;

 

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LEVY (Louis), Jean Jaurès : Anthologie, Paris, Calmann-Lévy, 1983, préface de Madeleine Rebérioux, 310 pages ;

 

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PEILLON (Vincent), Jean Jaurès et la religion du socialisme, Paris, Grasset, 2000, 279 pages ;

 

PETIT (Jean-François), «Jean Jaurès, métaphysicien spiritualiste ?», Cahiers Jaurès, 2015 (3)  n°217, pages 49-62 ; 

 

RABAUT (Jean), «Le Parti communiste français et Jean Jaurès (1920-1936)», Bulletin de la société d’études jaurésiennes, octobre-décembre 1976, n°63,  pages 11-21 ;

 

RAPPOPORT (Charles), Jean Jaurès : l’homme, le penseur, le socialiste, préface d’Anatole France, Paris, L’émancipatrice, 1915, 434 pages ;

 

REBEIROUX (Madeleine), «Le Jean Jaurès de 1904», Cahiers Jaurès, 2004 (1)  n°171, pages 39-45 ;

 

REBERIOUX (Madeleine) CANDAR (Gilles), Jean Jaurès, tome I, les années de jeunesse (1859-1889), Paris, Fayard, 2009, 657 pages ;

 

REBERIOUX (Madeleine), «Jaurès et l’Histoire», Bulletin de la société d’études jaurésiennes, 1978, n°69-70, pages 3-10 ;

 

REBERIOUX (Madeleine), «La gauche socialiste française : la guerre sociale et le mouvement socialiste face au problème colonial», Le Mouvement social, janvier-mars 1964, n°46, pages 91-103 ;

 

REBERIOUX (Madeleine), CANDAR (Gilles), Jaurès et les intellectuels, Paris, Editions de l’Atelier, 1994, 326 pages ;

 

REBERIOUX (Madeleine), Jean Jaurès : la parole et l’acte, Paris, Gallimard, 1994, 160 pages ;

 

ROBINET (André), Péguy, entre Jaurès, Bergson et l’Eglise, Paris, Séghers, 1968, 351 pages ;

 

ROGER (Benjamin), Jean Jaurès, Paris, L’Harmattan, 2013, 170 pages ;

 

SOULE (Louis), La vie de Jean Jaurès (1859-1892), Paris, L’Emancipatrice, 1921, 122 pages ;

 

TERY (Gustave), Jean Jaurès, Paris, Librairie Félix Juven, 1905, 289 pages ;

 

TETARD (Georges), Essais sur Jean Jaurès, suivis d’une bibliographie méthodique et critique, illustrés de gravures et de documents hors-texte, Colombes, 1959, Centre d’apprentissage d’imprimerie, 266 pages ;

 

VILLAIN (Raoul), Le procès de l’assassin de Jaurès (24-29 mars 1919), Paris, L’Humanité, 1920, 454 pages ;

 

VINCON (Eric), Jaurès, le prophète : mystique et politique d’un combattant républicain, Paris, Albin Michel, 2014, 320 pages ;

 

WANJGART (Annick), «Péguy et Jaurès», Bulletin de la société d’études jaurésiennes, janvier-mars 1970, n°36, 11ème année, pages 9-12 ;

 

ZEVAES (Alexandre), Jean Jaurès : avec une lettre de Jean Jaurès à l’auteur, Paris, Clés d’Or, 1951, 333 pages.

 

Paris, le 31 juillet 2014 et actualisé le 12 août 2018, par Amadou Bal BA – Baamadou.over-blog.fr.

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commentaires

gillet 20/08/2016 18:46

Monsieur,

Nous allons avoir le plaisir d’éditer un livre écrit par un homme politique, figure illustre de la ville de Carmaux (celle de Jean JAURÈS)

Jacques GOULESQUE
Ancien maire, ancien Conseiller général de Carmaux

Nous pensons que l’annonce et la présentation de cet ouvrage, dont la sortie est prévue début octobre, trouveront toute leur place dans votre blog, ami de la mémoire de Jean Jaurès.
Ce n’est pas un livre de mémoire (Wikipedia est là pour ça) mais l’esprit et la petite musique qui doivent accompagner la mémoire, par ceux qui ont vécus le XXe siècle.

Si vous êtes de cet avis, voulez vous me le confirmer par mail et je vous enverrai les informations complètes avant la sortie du livre.

Éditorialement vôtre,

Marcel GILLET

Fleuriste creon 16/08/2016 14:09

C'est en fleurissant son momunent que j ai découvert cet humaniste reconnu par tous. Un grand homme qui nous manque.

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