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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 13:38

Cet article a été publié dans le journal, "Le Ferloo", édition du 29 juin 2014.

Le grand public ne connaît pas le premier africain Prix Nobel de Littérature, Wole SOYINKA, écrivain anglophone, originaire du Nigéria. Les formes modernes s’enracinent dans la multiplicité des langues ancestrales  et dans l’art ancien du bien parler. Wole SOYINKA, refusant les artifices gratuits de la littérature, proférant une parole de vérité pour la justice, a produit une puissante contribution littérature faisant de lui une des voix les plus importantes de l’Afrique contemporaine. Ecrivain parfois hermétique et déroutant, éveilleur des consciences, fondateur et directeur de théâtre, metteur en scène et parfois, acteur, Wole SOYINKA est surtout un éminent dramaturge, romancier, essayiste et un universitaire engagé. «Wole Soyinka, premier prix Nobel de littérature africain, n’a cessé de marquer l’histoire littéraire par la qualité et l’importance de son œuvre et ses engagements jamais démentis» écrit Michel NEUMANN. En lui accordant le Prix Nobel de littérature, en 1986, les jurés de Stockholm ont fait le choix d’une œuvre littéraire politique en lutte contre la tyrannie, la plume pouvant être un glaive. Le règne de l’arbitraire, c’est une dépossession ou une déperdition de soi : «La dignité ne pourrait se vivre que dans l’humiliation et la lutte pour s’en extirper vaille que vaille» écrit Francine BORDELEAU, à propos du roman «Un homme est mort». L’écrivain engagé, sans être un homme politique, conteste une inacceptable réalité, et poursuit une mission : «changer la société, les mentalités, transformer la réalité» écrit Tanelle BONI. SOYINKA a bien «une ambition démocratique» suivant le titre d’un ouvrage d’Alain RICARD. La lisière entre le littéraire et le politique est, parfois, très tenue. Dans son art protéiforme, Wole SOYINKA a fait «coïncider l’espace public et l’espace de ses interventions». Il a su, dans son combat contre la tyrannie «élever la voix, au nom d’une autre Loi, plus profonde et véritablement plus fondatrice» écrit Alain RICARD. En effet, contrairement à Chinua ACHEBE (1930-2013), qui fait du peuple le professeur devant lequel doit s’incliner l’élite, Wole SOYINKA croit en l’exemple donné par des hommes d’exception, il récuse les idéologies marxistes et insiste sur le symbolisme et la puissance des mythes africains. Promu, par la France, au rang de commandeur de la Légion d’honneur, Wole SOYINKA dénonce la posture de «contemplateurs»  de certains écrivains africains (ACHEBE et SENGHOR). Pour lui, Narcisse se contemple, s’admire et se perd dans cette contemplation. Le narcissisme n’admet pas l’esprit critique. Par conséquent, Wole SOYINKA, authentique et vif dans ses colères, avec son verbe haut et imagé, sa langue rêche ou soyeuse, n’a jamais cessé de rétablir la vérité, la vraie identité africaine. On sait que le poisson pourrit par la tête c’est donc par la tête, c’est-à-dire par la culture, qu’il faut agir contre la conspiration du mensonge. Ainsi, en 1962, Wole SOYINKA fonde le concept de «Tigritude», en opposition au courant de la Négritude de SENGHOR qualifié de «néo-tarzaniste», c’est-à-dire avec une vision romantique de l’Afrique dite «sauvage».

Dans cette polémique, Wole SOYINKA lâche cette phrase devenue célèbre, mais qui résume à elle seule son combat pour les cultures africaines : «Un tigre ne proclame pas sa tigritude. Il bondit sur sa proie et la dévore». Tenant d’un nouveau courant littéraire, Wole SOYINKA s’est attelé à démontrer que l’Afrique a son «essence», son «âme» et ses «choix» propres, et ne dépend pas seulement de sa rencontre avec l’Occident qui a dénaturé sa culture. La spécificité, l’amplitude et la densité de la contribution littéraire de Wole SOYINKA attestent d’un refus de toute esthétique artificielle, folklorique et donc superficielle. Il a voulu rendre compte de la complexité du continent africain dont il restitue, sur le plan littéraire, la grandeur ancestrale et ses valeurs à travers ses religions authentiques. «Les livres, et toutes les formes d’écritures, ont été des objets de terreur à ceux qui cherchent à étouffer la Vérité», précise Wole SOYINKA.

Wole SOYINKA n’élude pas les questions délicates ; il a mis son talent littéraire au service de la liberté et de la démocratie en Afrique. Il a fustigé, notamment à travers son ouvrage «Climat de peur», les pouvoirs autoritaires et corrompus, ainsi que les mouvements nationalistes ou fondamentalistes inspirés du terrorisme ou de l’intolérance. Cette peur est différente, explique SOYINKA, de la peur des calamités naturelles, de la guerre ou de la catastrophe nucléaire qui a caractérisé toute la période de la Guerre froide. Elle est déshumanisante, car elle conduit à une diminution de notre estime de soi, de notre dignité, de notre liberté d’action. «Il faut éradiquer tout concept pouvant excuser les atrocités infligées à l’esprit humain», dit Wole SOYINKA dans son ouvrage «Cet homme est mort». L’actualité a rendu tristement célèbres les odieux fondamentalistes nigérians, du groupe «Boko Haram». Les dictatures militaires qui se sont succédé au Nigéria, ainsi que la guerre civile au Biafra (1967-1970) ont contribué, considérablement, à un déficit démocratique dans ce grand pays d’Afrique de 61,5 millions d’habitants, composé de plus de 250 groupes ethniques, riche en pétrole. Très peu d’écrivains avaient une vision de la culture africaine telle que la défendait, dès l’indépendance, Wole SOYINKA, un laïque et religieux, poète et tragique, universitaire et militant de la cause des droits de l’homme. C’est en ce sens qu’il est non seulement un pionner, mais aussi, et surtout, une référence, dans toute recherche de l’originalité de la culture africaine, dans ses mythes et son symbolisme.

Comment traduire, sans trahir, la riche pensée de SOYINKA ?

Dans cette pesée des mots, Wole SOYINKA parlait Yoruba, avec un style fait de répétitions, d’emphase et d’humour, il a appris l’anglais à l’école, et ses lecteurs l’ont abreuvé de nuances verbales. «Le traducteur doit sentir autant que comprendre, faire œuvre d’art que de science» dit Etienne Galle, son principal traducteur en langue française.

Wole SOYINKA est né le 13 juillet 1934, dans le quartier d’Aké, à Abeokuta, en pays Yoruba, dans le Sud-Ouest du Nigéria. Sa ville natale était dotée d’une monarchie, le royaume Egba, avec une culture traditionnelle originale, mais ouverte au monde du fait de la colonisation. «C’est une société qui a été profondément ancrée dans ses cultures premières. Ces cultures ont été dénaturées du fait du contact avec l’Eglise anglicane. En fait, le royaume Egba, dernière monarchie à être cédée au protectorat britannique, est resté une entité indépendante, à cause simplement de sa propre gouvernance traditionnelle et de ses coutumes», précise Wole SOYINKA. Enfant, ses parents se rendaient régulièrement, à Isara, une petite communauté traditionnelle Yoruba dont est originaire son père. Il grandit sous l’influence d’une mère chrétienne et d’un père inspiré par le mythe d’Ogun, le Dieu animiste des Forges, des Arts et de la Guerre, une synthèse entre Dionysos et Appolon. Pour lui, Ogun est l’emblème de l’acteur parce qu’il est le conquérant de la «transition» nécessaire entre les rituels, la danse et l’art dramatique. Ogun, après une longue période d’errance, avec sa hache a ouvert les abysses de la transition et libéré ainsi l’énergie créatrice des hommes. Ambivalent, dieu destructeur et créateur, Ogun incarne l’artiste, le révolutionnaire, le soldat, le médecin, l’agriculture et l’enseignant. Le passé, le présent et le futur sont imbriqués, dans la pensée Yoruba, et le sacrifice y occupe une importante place. De cette pensée, il a tiré un ouvrage en hommage à son père et à la mythologie Yoruba : «Isara : périple autour de mon père».

Wole SOYINKA s’est confronté à toutes les formes d’écritures, pièces de théâtre, romans, poèmes, nouvelles, mais il se définit avant tout comme un dramaturge. A travers ses pièces de théâtre, Wole SOYINKA veut parler à tous, y compris, au public non lettré. «Avec le théâtre, vous pouvez interpréter le jeu le plus complexe sur scène, parce que vous avez affaire à des images, vous avez affaire à une action. Vous pouvez utiliser différents idiomes pour interpréter et clarifier quelque chose qui est obscurcie par la lecture», précise Wole SOYINKA. Dans sa pièce, «Danse dans la forêt», Wole SOYINKA montre que le théâtre sera «l’instrument privilégié de cette tentative pour percer la croûte épaisse de l’habitude qui étouffe les âmes et leur tendre le miroir de la nudité originelle». Le théâtre est aussi, pour l’écrivain, le moyen de mettre en évidence, par l’invention de formes qui lui sont propres, les traits fondamentaux de l’univers culturel africain. Le théâtre lui permet de poursuivre sa quête de socialisation et d’humanisation de la société ; c’est, pour lui, un redoutable outil de communication en vue de la transformation profonde de la société, dans la justice. Dans son expression écrite, il a fait souvent recours à des figures de style comme l’analepse ou le flashback, et au symbolisme. Satirique, audacieux et esprit libre, son œuvre, poétique, riche en intrigues habiles et bien ficelées, traite des thèmes de la liberté bafouée et du concept de viol des nations. Sa production littéraire est en anglais, mais largement traduite dans les autres langues, notamment en français, utilise les techniques occidentales.

Wole SOYINKA s’inspire, essentiellement, des mythes et du folklore Yoruba, son groupe ethnique. «Je suis né dans une famille chrétienne, mais c’est un environnement qui participe à la fois des religions traditionnelles, ainsi que de la religion musulmane. Même si j’ai perdu ce que la foi chrétienne a été serinée en moi comme enfant, je maintiens de très bonnes relations avec toutes les différentes religions», dit Wole SOYINKA. On retrouve dans sa poésie, «Les cycles sombres » l’engagement littéraire de l’auteur et son optimisme : «L’obscurité n’est pas l’hermétisme. Même si la poésie de Soyinka est complexe, elle n’est pas insaisissable, justement. Une des affirmations essentielles est que la victoire (sur la mort, sur l’absurde, sur les différentess formes d’oppression) est au bout du tunnel» écrit Guillaume CINGAL. La tragédie ne signifie pas le pessimisme : «Il faut être, certes, en garde contre les imposteurs et les bouffons sanguinaires qui se posent en tristes figures de l’Afrique, mais les héros et les bardes ne manquent pas» écrit Etienne GALLE.

Artiste surdoué, et contrairement à certains écrivains africains prématurément submergés par l’indolence, la soif de reconnaissance ou le manque d’imagination, Wole SOYINKA est un infatigable et un productif intellectuel. «Quand je commence à écrire, cela devient une activité compulsive. Dès que je commence quelque chose, je veux la continuer et la terminer», confesse Wole SOYINKA. Dans son ouvrage «Dialogue and Outrage : Essays on Literature and Culture», Wole SOYINKA récuse toute démarche «narcissique» de l’écrivain. La littérature doit être au service de la dignité humaine et de l’égalité. Par conséquent, l’œuvre de Wole SOYINKA, particulièrement riche, est composée de pièces de théâtres, de recueils de poèmes, de romans, d’essais sur les mythes et la littérature africaine et de trois récits autobiographiques. Cette savante et originale contribution littéraire témoigne d’une immense revendication de liberté, d’égalité et de justice, ainsi que de la nécessité de dépasser le conflit entre tradition et modernité.

I – Wole SOYINKA, que ce passé parle au présent.

Formé entre 1952 et 1954, en grec, anglais et histoire à l’université d’Ibadan, au Nigéria, Wole SOYINKA est farouchement attaché aux traditions et aux mythes de son pays. Bien qu’il soit né au sein d’une famille chrétienne, Wole SOYINKA a été initié par son grand-père paternel aux mystères de la cosmogonie Yoruba, son groupe ethnique qui est animiste. Pour Wole SOYINKA l’Africain reste encore largement envoûté par les croyances aux esprits, aux puissances surnaturelles, sans lesquelles il se sentirait désemparé. L’Africain mène une existence paisible rythmée par des coutumes qui lui procurent une conviction, une force. Wole SOYINKA s’est livré à une étude particulièrement attentive de cette tradition africaine et de ses mythes, non pas pour en faire les éloges, mais pour déceler ses aspects sombres ou mystérieux.

La mythologie, le rituel et le symbolisme sont omniprésents dans la contribution littéraire de Wole SOYINKA. C’est à ce titre, en 1976, qu’il publie une impressionnante collection d’essais, «Mythe, littérature et monde africain» qui relate de son éducation et de la mythologie Yoruba. De cet héritage culturel, la valeur la plus importante, pour Wole SOYINKA, est la confiance en soi. Si l’on croit en soi, on finira par y arriver. Naturellement, il consacre un ouvrage spécial à son dieu «Ogun, Abibiman». «Qui lit mes livres sait que ma divinité protectrice est Ogun», incarnation de la force guerrière, dit Wole SOYINKA. En effet, il est fondamentalement attaché à sa muse littéraire qu’est son dieu, Ogun qui a risqué sa vie pour jeter un pont entre les trois étapes de la cosmogonie Yoruba : le monde des Vivants, celui des Ancêtres, celui de ceux qui ne sont pas encore nés. Mais Ogun n’ayant pas d’expérience de l’Etat, se situe dans la région chaotique de la transition. Wole SOYINKA souhaite passer à une quatrième étape en vue d’établir un ordre social naturel et harmonieux, afin de conduire une révolution sociale de la fraternité de la liberté, de l’égalité et de la paix. La grande richesse symbolique de cette religion panthéiste de la terre fait partie de l’univers littéraire de Wole SOYINKA. «Quand une œuvre n’est pas le résultat d’une culture profondément enracinée qui vise aussi une reconnaissance universelle, elle sonne faux», dit Wole SOYINKA. Il a su, dans sa production littéraire, exploiter les éléments de cette croyance ancestrale Yoruba (mythes, proverbes, symbolisme, etc.) et ceux de la culture occidentale. Wole SOYINKA a mis en exergue les rapports conflictuels entre la tradition et la modernité.

Wole SOYINKA a également fréquenté à partir de 1957, l’université de Leeds, en Angleterre, pour des études de littérature anglaise. Il obtiendra son doctorat en 1973, dans cette université anglaise. Ses études à l’étranger, lui ont permis de s’approprier divers modes de pensée et de représentation (Imagerie biblique, théâtre rituel, grec, shakespearien, brechtien), pour nous faire découvrir des horizons nouveaux, parfois déconcertants. Wole SOYINKA, admirateur du dramaturge irlandais John Millington SYNGE (1871-1909), a adapté les Bacchantes d’Euripide à la tradition primitive africaine, avec une fête communautaire mêlant musique, chant et danse. Ogun y ressemble à Dionysos. Ce banquet prodigieux barbare est une pièce de théâtre subversive et une célébration de la vie. Le rôle de l’écrivain, selon lui, est la conduite à une synthèse, à une symbiose entre les deux courants traditionnel et moderne. «Mon esprit est une conscience de coton ; il prend tout et ne rend rien. Dans la mort du caveau, je suis immobile dans le soleil, et j’attends», confesse Wole SOYINKA.

Wole SOYINKA a écrit la trilogie de ses mémoires, et retrace que sa forte relation à ses lieux d’origine n’a pas seulement marqué son œuvre, mais constitue une bonne part de la littérature universelle. Ainsi, dans «Aké, les années d’enfance», premier volume de cette trilogie, c’est le regard que Wole SOYINKA porte sur l’Afrique de ses onze premières années. L’histoire du petit Wolé, de ses environs humains, prend pied entre 1935 et 1945. «Aké, c’est l’écrivain qui se retourne au midi de son âge pour jeter sur son enfance un long regard et y puiser de nouveaux élans avant de poursuivre sa marche», souligne Etienne GALLE, dans la préface de cette autobiographie.

Cette œuvre situe l’évolution et l’éveil du jeune Nigérian au beau milieu des légendes yoroubas, d’une mysticité tantôt colorée tantôt inquiétante, au cœur d’une multitude de ministères tribaux autour desquels cette société s’organise, tandis que l’Occident succombe à l’étroitesse d’esprit des nazis. Le Nigéria de l’enfance de Wole SOYINKA, est une terre où le dieu des missionnaires fait face aux masques des danses rituelles, et où surgissent des figures inoubliables : Bukola l'enfant aux compagnons invisibles, Pa-Adatan le matamore hérissé de gris-gris, et surtout «Chrétienne Sauvage», la mère de SOYINKA, véritable déité en qui le Saint-Esprit se conjugue aux forces de la vie. Le livre se boucle sur une révolte faramineuse des femmes contre l’oppression généralisée des hommes au pouvoir, derrière lesquels, imperturbable, cynique, se terre le Blanc, District Officer, colonisateur, et son racisme abject. «Aké, les années d’enfance», est un chef d’œuvre absolu de l’autobiographie. Wole SOYINKA y décrit un cosmos ardent et poétique, dans lequel sont contenus le sens africain, la folie, les peurs et les expériences joyeuses des hommes. Wole SOYINKA, faisant preuve d’une exemplaire lucidité et d’un humour caustique, débarrasse son autobiographie de toute inclinaison tragique et suintante qui suborne le lecteur à l’apitoiement. Aké affectionne une longue journée, chaude et humide, où flottent de belles odeurs de faim, de jeux, d’apprentissage des vices et des grâces de la nature humaine.

«Isara : Périple autour de mon père, récit», dont sous-titre est emprunté à John MORTIMER parle «d’Essay», le surnom du père de notre auteur, mort pendant la période d’exil de Wole SOYINKA. Notre dramaturge découvre un coffret rempli de lettres, revues annotées et de carnets intimes de son père, et en fait un récit, largement autobiographique. Il décide de reconstituer la vie de son père, directeur d’école primaire dans son village natal, avant la Seconde guerre mondiale. Il fait revivre toute une société, avec ses inquiétudes et ses aspirations politiques et culturelles, à une époque où son identité est gravement menacée par le colonisateur britannique.

«Le lion et la perle», première pièce de théâtre de Wole SOYINKA traduite en français, est une comédie de mœurs que n’aurait pas reniée Molière. C’est une lutte entre l’homme d’action et de sagesse traditionnelle, qu’est le chef Baroka, et un instituteur occidentalisé, Lakounlé, pour la conquête d’une merveilleuse perle : la jeune et jolie Sidi. Le chef Baroka, désigné sous le titre de Lion, qui veut marquer son territoire, est un homme plein de ressources et rusé. En dépit de son âge avancé de 66 ans et 63 enfants, ce notable désire épouser la Perle. On se moque de la virilité passée du Lion et son impuissance actuelle à séduire la jeune fille. Mais Baroka, le Lion, finira par obtenir les faveurs de la jeune fille en flattant son narcissisme et en faisant miroiter les bienfaits de la technologie (un timbre à l’effigie de la jeune fille). Par conséquent, cette pièce n’est pas un éloge de la féodalité, mais plûtot la démonstration que l’Afrique a besoin d’intellectuels organiques. Wole SOYINKA oppose la tradition à la modernité, en utilisant un langage poétique sur un fond de dramaturgie. Les conservateurs rejettent toute idée de progrès ou de changement ; ils redoutent de perdre leurs privilèges. Les tenants de la modernité veulent faire table rase du passé, sans aucun discernement. Par ailleurs, la femme est conçue comme étant une marchandise qui se vend au plus offrant. La pièce, «danse pour la forêt», oppose un passé féodal et esclavagiste à l’engagement auquel Ogun appelle l’artiste.

«La mort de l’écuyer du Roi», inspirée sur des faits réels datant de 1946, sous la colonisation britannique, est une pièce de théâtre sur la cohabitation des cultures. Trente jours après la mort du Roi, son écuyer, son cheval et son chien, doivent être sacrifiés afin qu'ils guident le souverain au royaume des morts. Ce sacrifice assurera la continuité entre le monde des vivants et celui des morts. Le pouvoir colonial est décidé à s'opposer à la mort d'Elesin, l'écuyer. Celui-ci devient alors l'enjeu de deux communautés qui se dévoilent, se mesurent. Loin de se réduire à un banal conflit de cultures, entre tradition et modernité, entre Blancs et Noirs, cette pièce nous initie aux mystères du rituel et de la métaphysique Yoruba. En effet, Wole SOYINKA se refuse, comme il l'explique dans la préface, à parler de conflit culturel. Il estime qu'il n'y a pas d'égalité entre les cultures en présence : celle du colonisateur et celle du colonisé. Il décrit, dans «La mort de l'écuyer du Roi», l'incompréhension du colonisateur devant les rites autochtones, son incapacité à les analyser de façon objective, à en comprendre la portée et, in fine, à les respecter.

La pièce de théâtre, «un sang fort», ou parfois titrée «la race forte», (Strong Breed), est un rituel superstitieux, un jeu symbolique qui se déroule dans une atmosphère d’appréhension. A la fin de chaque année, un rite est accompli pour conjurer le mal de cette période qui s'achève, en vue d’aborder la nouvelle ère avec une purification de la société. Le bouc-émissaire, une fois qu’il a été chargé des maux de la société, doit quitter le village, pour ne jamais revenir, sous peine de mort. Eman, instituteur et étranger, est tout désigné pour assumer cette mission, car il appartient à la lignée du «sang fort». Sunma, amoureuse du héros, exhorte Eman de quitter le village avant le soir. Le héros est tenté de fuir les déterminations de son histoire familiale et d’emprunter un chemin qui lui est propre. La tragédie vient du fait qu’au moment où il est en position de faiblesse, il entend la voix de son père affirmer que son «sang est fort». Tel un Jésus Christ, Eman doit se sacrifier pour sauver le village insensible à son funeste sort. Il est donc victime de la fatalité.  Les Anciens tendent un piège pour le faire mourir. «Strong Breed» a fait l’objet d’interprétations multiples et parfois contradictoires qui ont obscurci le sens et la portée de cette pièce. Cependant, on peut s’accorder à dire que le problème du choix et du dilemme sont le fil conducteur de cette pièce : faut-il accepter ou fuir des traditions sclérosantes ou sclérosées ? L’action individuelle est-elle impossible dans la société Yoruba ?

En tout cas, il est généralement admis que le «Sang fort» raconte la renaissance de la vocation Ogunienne chez l’homme qui fuyait son destin, mais qui en vint à l’assumer, pour s’opposer aux rites conservateurs d’un village. C’est parce qu’il n’accepte pas de porter les maux du village, selon le rituel, c’est parce qu’il refuse de jouer le rôle de bouc-émissaire, jusqu’au bout, que le héros meurt. Le sacrifice du héros n’est pas vain.

Oroge, lui-même, semble progressivement, admettre l’inutilité de verser le sang des autres comme moyen de rédemption, si l’on n’est pas prêt, soi-même, à faire des sacrifices. En fait, c’est l’humanité et le sens de la justice du héros qui lui ont fait prendre, spontanément, la place d’un être sans défense, et donc objet de la compassion. L’intérêt de la pièce est de montrer, qu’à un certain moment donné, un individu peut décider d’agir pour briser le cercle tragique. Finalement, le rôle de l’écrivain, suivant Wole SOYINKA, n’est pas seulement de reproduire sa culture traditionnelle, mais de l’interpréter et de la dépasser.

II – Wole SOYINKA, une exhortation à la Révolution démocratique et sociale

Wole SOYINKA est un lutteur, un homme fortement engagé au service de la vie, un militant sans concession en faveur de la démocratie et des droits de l’homme. Dans «Les gens du marais», comme dans la pièce «Fous et spécialistes», Wolé SOYNKA exhorte l’Afrique à mener une Révolution démocratique et sociale. En effet, pour lui, tout système de limites circonscrit et oriente la vie de l’individu.  Il ne servirait à rien, cependant, de renverser un système oppressif si ce serait dans le seul but de lui substituer un autre qui ne peut qu’être, par définition, répressif, limitatif.  Aussi l’essentiel n’est-il pas l’élaboration d’un système de rechange à un ordre différentiel existant, la constitution d’une hiérarchie autre qui se substituerait à l’actuelle, mais principalement d’entretenir l’effervescence de quête et de questionnement, seule capable de libérer l’homme de l’emprise atrophiante des sacerdoces et des systèmes de tout genre qui le garrottent ou se disputent sa conscience. Il ne cesse de dénoncer, au prix de sa liberté, toutes les formes d’oppression et de pouvoirs arbitraires. Ainsi, dans la «récolte de Kongi», la veine révolutionnaire d’Ogun éclate, dans la fête violente qu’une courtisane déclenche pour renverser un tyran. Dans «la mort de l’écuyer du Roi», le fils du héros, revenu d’Angleterre où il étudiait, se donna la mort à la place de son père, pour affirmer les continuités cosmiques que ce sacrifice assure. Dans les poèmes d’Ogun Abidiman, les héros de l’Afrique en lutte se dressent contre les forces néocoloniales mortifères.

La vie de Wole SOYINKA se place, dès son enfance, sous le signe de la révolte contre les injustices. Il aime à rappeler, le courage et la détermination des femmes de son village qui, sous l’impulsion de sa propre tante, déposèrent le seigneur féodal de son village, à la fin des années 30, pour avoir instauré des taxes injustes. Les épreuves qu’il a subies, n’ont jamais brisé, ni l’homme, ni l’artiste. «J’ai grandi avec un très fort sentiment de ce qui est juste, et ce qui ne l’est pas. La royauté Egba, dans le système Yoruba, est vraiment assez démocratique. Il y a certaines contraintes sévères à ce qu’un Roi peut faire et ne pas faire. Il y a un Conseil des chefs qui a d’importants pouvoirs ; ils sont un contrepouvoir. Si le Roi abuse de ses pouvoirs, le Conseil des chefs peut neutraliser la décision, l’amender ou détrôner le monarque», souligne Wole SOYINKA. Son engagement politique se manifeste à travers le théâtre qu’il considère comme étant son arme révolutionnaire.

Les combats politiques et littéraires de Wole SOYINKA révèlent un esprit curieux, érudit et surtout libre, indomptable. Ainsi, en 1952, Wole SOYINKA créé l’association, «The Pyrate», à l’université d’Ibadan, afin de combattre «la mentalité coloniale». Il ne cesse de dénoncer les exactions et le pouvoir arbitraire de la classe politique nigériane considérée comme peu vertueuse. Pour notre auteur, il existe un antagonisme entre la Vérité et le concept de pouvoir. Le pouvoir c’est la domination et le contrôle, c’est une Vérité sélective, et donc mensongère. La Vérité se trouve dans les religions authentiques africaines qui professent la liberté et l’harmonie au sein de la société. Cette voix singulière de l’Afrique, qu’est Wole SOYINKA, a fait émerger des valeurs de dépassement de soi, ainsi que l’aspiration profonde à l’égalité, à la compassion et à la dignité des êtres. Dès 1960, la pièce de théâtre de Wole SOYINKA, «La danse de la forêt», pourtant commandée par le gouvernement pour l’indépendance, est censurée. Dans cette œuvre, il y traite de la corruption en suggérant que la pratique est généralisée dans toutes les sphères de l’Etat. Dans son ouvrage «The Burden of Memory, the Muse of Forgiveness», consacré au devoir de mémoire, dans un contexte d’une histoire douloureuse de l’Afrique martyrisée par l’esclavage, la colonisation et des régimes politiques autoritaires, Wole SOYINKA s’interroge : la réconciliation entre oppresseurs et opprimés est-elle possible ?

Pour Wole SOYINKA, la confession, le pardon et l’absolution ne peuvent être conduits, utilement, que dans la compassion pour les exclus, la démocratie, l’égalité et la liberté. Wole SOYINKA ne cesse de prêcher, dans un terrain particulièrement hostile qu’est l’Afrique, le bien-être de tous, dans la justice sociale.

Wole SOYINKA n’a jamais dissocié son engagement politique de son œuvre littéraire, et a été emprisonné, de 1967 à 1969, pour son soutien aux rebelles de la guerre du Biafra. En effet, Wole SOYINKA s’est violemment opposé au régime militaire de Sani ABACHA (1943-1998), et pour ce fait, il a été condamné à mort par contumace. Contraint à l’exil, en 1994, notamment au Royaume-Uni et au Ghana, Wole SOYINKA n’a cessé de dénoncer les pouvoirs autoritaires en Afrique. Il a écrit, pendant son exil, un livre dont le titre est évocateur : «Cet homme est mort». Wole SOYINKA avait, de l’étranger, demandé des nouvelles d’un prisonnier politique. En réponse, sa famille lui a envoyé un télégramme : «il est homme» (The Man Died). Par conséquent, le titre de son projet de livre est tout trouvé. Dans «cet homme est mort», Wole SOYINKA soutient que «ceux qui rendent le changement pacifique impossible, rendent la violence inévitable. Dans ces conditions, la violence est un instrument d’instauration du changement et une arme de combat». En dépit de la persécution politique, Wole SOYINKA a continué, à travers ses écrits et son action, à s’intéresser aux difficultés de compréhension entre les cultures. C’est pendant cette période d’exil qu’il a écrit, deux œuvres majeures : «Une saison d’anomie», ainsi que «La mort de l’écuyer du Roi».

Rentré au Nigéria, en 1998, après la mort du dictateur Sani ABACHA, dans une pièce de théâtre «Baabou Roi», Wole SOYINKA parodie et ridiculise tous les dictateurs. Dans un Etat bananier, un dictateur s’autoproclame roi après s’être emparé du pouvoir en renversant le tyran précédent au nom de la «révolution et de la démocratie». Manipulé par sa femme, il utilise dans ses jardins les cadavres de ses opposants «potentiels» comme des engrais.

Le prix Nobel de littérature en 1986, pour toute son oeuvre, a donné à Wole SOYINKA l’énergie de continuer le combat contre l’injustice et l’abus de pouvoir, pour la liberté et la démocratie. «Il y a des gens qui pensent que le Prix Nobel vous rend insensible aux balles, pour ma part je ne l’ai jamais cru», dit Wolé SOKINKA. Son discours, à Stockholm du 10 décembre 1986, intitulé «que le passé parle au présent», est un puissant réquisitoire contre toute forme d’amnésie, de tyrannie ou de barbarie. Wole SOYINKA, vêtu d’un costume traditionnel africain, n’a pas manqué de souligner la «largeur d’esprit» des peuples noirs : «C’est pour le monde, une profonde leçon que la capacité des peuples noirs de pardonner, capacité qui, je le pense souvent, tient pour une grande part, aux préceptes éthiques issus de leur vision du monde et leurs religions authentiques». Mais ce pardon «ne signifie pas une aptitude infinie ou naïve des peuples noirs à la patience», s’empresse t-il de préciser. Les Nations doivent éradiquer toutes les formes de racisme, d’inégalité humaine, et promouvoir la démocratie et la paix. Wole SOYINKA a dédié ce prix de littérature à Nelson MANDELA, à l’époque en prison, sous l’Apartheid. Eminent militant des droits de l’homme, Wole SOYINKA n’a pas manqué de critiquer, sévèrement, les régimes autoritaires africains occupés à protéger leurs privilèges : «A cette fin, ils sont prêts à faire appel à l’Armée des anciennes puissances coloniales. L’Organisation de l’Unité Africaine est un Club privé, mis sur pied par des dirigeants qui ont convenu de se protéger, mutuellement», entonne Wole SOYINKA. L’œuvre de Wole SOYINKA, comme le soulignent les membres du Prix Nobel, «tend à façonner le drame de l’existence au sein d’une véritable harmonie poétique». «Dans vos écrits polyvalents, vous avez été capable de synthétiser un riche héritage de vos pays, d’anciens mythes et de vieilles traditions avec les legs littéraires et les traditions de la culture européenne. L’élément le plus important que vous avez atteint : une voix authentique et une impressionnante créativité en tant qu’artiste, une maîtrise du langage et un engagement en tant que dramaturge, de poésie et de prose, avec les problèmes et ceux profondément significatifs pour l’Homme, qu’il soit moderne ou ancien», souligne le professeur Lars GYLLENSTEN, membre de l’Académie Royale de Suède, lors de la remise du Prix Nobel de littérature.

Dans «Ibadan, les années de pagaille», est le deuxième volume des mémoires de Wole SOYINKA. Après cinq ans d'études en Angleterre, Maren rentre dans son pays, le Nigeria. L'indépendance de 1960 est encore toute neuve, de même que l'université où il prend un poste d'assistant et qui devient le pôle de son existence.

Les souvenirs de cette époque, Wole SOYINKA ne s'est décidé à les évoquer, sous la forme de «docu-roman», qu'à la faveur des événements de 1993, qui ont vu le régime militaire du Nigeria confisquer les élections libres. Il fallait alors témoigner sur ces années «Penkelemes», (déformation populaire de «Peculiar Mess», «la pagaille monstre» ou «les années pagaille»), pendant lesquelles le Nigéria a construit son identité. Une voix à la radio en protestation contre cette mascarade électorale crie «Va-t-en, va-t-en, et emmène avec toi ta bande renégats qui ont bu toute honte». Akinkoyi, un double de SOYINKA est surnommé «Celui-qui-dit-Non ; Celui-qui-refuse». Les Britanniques partis, la nouvelle classe politique mettait au pouvoir des personnages aussi charismatiques qu'indélicats, parfois totalement pervers. C’est une dénonciation, sans fard, du néocolonialisme.

«Il te faudra partir à l’aube», est le troisième volume des mémoires de Wole SOYINKA, incomparable ouvrage fait de grandes et petites histoires qui retracent le tumulte, la violence, l’oppression, l’exil et les passions du Nigéria indépendant. «À mesure que vous avancez dans la vie, le rythme s'accélère. Votre vie est plus riche en péripéties, certaines tristes, d'autres moins. J'ai réorganisé le récit plusieurs fois pour en atténuer le côté mélancolique. J'ai toujours été sensible à l'absurdité de l'existence. C'est ce qui m'a d'ailleurs permis de préserver ma santé mentale face aux événements terrifiants et traumatisants que j'ai été amené à vivre», précise Wole SOYINKA. Ces souvenirs sont un véritable labyrinthe d’une vie foisonnant d’événements, de faits qui bousculent la mémoire et la vie de cet artiste hors pair. Mais comment raconter une vie si riche, quand on sait que Wole SOYINKA a eu des expériences si variées et nombreuses ? 

Wole SOYINKA n’a pas éludé la difficulté ; il nous a fait part de la complexité de la vie, avec ses différents méandres. Plutôt que d’enfermer son parcours dans un cadre rigide et chronologique, Wole SOYINKA, à travers sa fameuse technique du flashback, nous a gratifiés de commentaires, d’anecdotes  ou professions de foi humanistes. Wole SOYINKA y décrit une vie publique passionnante, troublée, une méditation sur la justice et la tyrannie, dans un pays secoué par diverses convulsions, mais plein d’espoir. Wole SOYINKA y dépeint différents personnages (amis, parents) qui l’ont soutenu dans les périodes difficiles de censure, de privation de liberté ou d’exil pendant, notamment le règne arbitraire de Sani ABACHA. Avec un coup de maître, Wole SOYINKA nous livre ses confidences, avec des anecdotes amusantes, telles que son amitié improbable avec un homme d’affaires nigérian, et l’introduction en Italie, en contrebande, d’une civette congelée afin d’offrir aux acteurs de sa troupe de théâtre un barbecue typiquement nigérian. Dans cet ouvrage, «Il te faudra partir à l’aube», Wole SOYINKA nous expose toute la mesure de son talent littéraire en usant d’un langage lyrique abrupte et généreux. Empreint d’humour, avec une langue riche et vigoureuse, cet ouvrage est une méditation sur la justice et la tyrannie. On y entend la voix claire et particulièrement audible, celle d’un esprit indomptable de l’Afrique que les régimes autoritaires n’ont pu ni asservir, ni étouffer. «Il te faudra partir à l’aube», confirme et consolide que Wole SOYINKA est une figure importante de la littérature mondiale, la voix en Afrique des droits de l’homme, de la démocratie et de la liberté.

En 1965, il publie son premier roman, «Les interprètes», oeuvre majeure, remarquable et remarquée, qui se centre sur l’interprétation que des jeunes intellectuels nigérians qui rêvent de faire triompher l’idéalisme au détriment de la corruption. Ce sont des catalyseurs qui livrent au lecteur des grilles pour décoder le monde dans lequel ils vivent. C’est un roman d’entrée dans le monde. Après ses études en Angleterre, Wole SOYINKA s’interroge sur son destin, dans son pays au Nigéria, où il a une grande ambition de jouer un rôle d’intellectuel et d’artiste. Dans cet ouvrage, il se projette en une demi-douzaine de personnages imaginaires incarnant les forces, les faiblesses, les aspirations qu’il ressent face à une société brutale, corrompue et factice. C’est un immense bonheur que de savourer le grand art de ce conteur hors pair, doté d’une vivacité dramatique, d’un style audacieux empreint d’une satire exceptionnelle. Wole SOYINKA nous interpelle sur le sens de la vie, inséparable du sentiment de la totalité de l’être où le politique, l’éthique, l’individuel et le collectif forment un tout. La beauté du style, au service de l’humanisme de l’auteur, est une invitation permanente à l’action. Il décrit encore la corruption dans «The Beatification of Area Boy. A Lagosian Kaleidoscope». Les truands de quartiers de Lagos, secrètement organisé par un fonctionnaire de la sécurité, détroussent les automobilistes imprudents qui refusent de payer tribut.

«La danse de la forêt», on l’a dit est une commande du gouvernement à l’occasion de l’indépendance du Nigéria en 1960. Wole SOYINKA surprend tout le monde par son étonnante liberté de ton et son indépendance d’esprit, en dénonçant la corruption et en condamnant tout pouvoir arbitraire. À l'origine, il s'agit bien d'une célébration : celle du grand «rassemblement des tribus » organisé par les habitants d'un village de brousse. Mais les festivités tournent vite court. Le sculpteur Démoké, à qui on avait demandé de dresser un totem géant, vient confesser que, sous l'emprise de la jalousie, il a précipité dans le vide son apprenti qui avait réussi à monter plus haut que lui au faîte de l'arbre. Rongé de remords, l'artiste parcourt la forêt sans la reconnaître car elle a été rasée autour de son totem, sous prétexte de mieux mettre en évidence son chef-d'œuvre. Les villageois ont également demandé aux dieux de leur envoyer, pour cette occasion, des ancêtres qui symboliseraient le passé glorieux de leur pays. Mais les morts qui se présentent ne sont qu'un capitaine en loques et sa femme éternellement enceinte qui reviennent sur terre pour se lamenter et demander réparation des torts qu'ils ont subis dans le passé. Tous ces désastres proviennent, en fait, des interventions maladroites des dieux. Le sculpteur est ainsi victime d'un conflit violent entre le dieu Ogun qui le protège et le dieu Oro qui n'accepte pas que le totem ait été érigé au cœur d'un de ses bois sacrés. En dépit de leurs déclarations bravaches, ces dieux querelleurs et ridicules ne parviennent pas à contrôler le destin des humains qu'ils prétendent régenter, et restent paralysés par leur «vieille réputation d'inefficacité».

Wole SOYINKA, en plus de «Cet homme est mort», consacre deux autres ouvrages à la guerre du Biafra : «Une saison d’anomie» et «Fous et spécialistes». Cette guerre civile (1967-1970) a causé plus d’un million de morts. Ces pièces de théâtre sont une tentative de conjurer cette profonde blessure. Wole SOYINKA pense que la sécession du Biafra n’était pas «une décision sage». Cependant, dans cette guerre civile, le peuple Igbo a été décimé. «Il y a eu un acte de génocide qui a été perpétré contre le peuple Igbo», souligne Wole SOYINKA. Si le droit à la sécession est discutable, en revanche le Mal absolu, que constitue la barbarie de l’Etat nigérian, a révolté Wole SOYINKA. Il a exigé un cessez-le-feu ; ce qui a été considéré par le gouvernement nigérian, comme une atteinte à la sûreté de l’Etat. «Les écrivains ont une seule arme, qui est la littérature, mais ils ont aussi leurs responsabilités, en tant que citoyen où la littérature ne semble pas suffire», précise Wole SOYINKA. La pendaison, avec ses 8 compagnons Ogoni, de l’écrivain et militant écologiste, Ken SARO-WIWA (1941 – 1995), a profondément révulsé Wole SOYINKA.

«Une saison d’anomie» d’un style inspiré de James JOYCE, est un discours fragmenté et chaotique, est le désarroi de son héros, Ofeyi, parti à la recherche de sa maîtresse, Iriyise, dans un pays à feu et à sang. C’est un roman tiré de la guerre du Biafra, avec son lot de massacres et d’horreurs. L’anomie, suivant Emile DURKHEIM (1858-1917), un sociologue français, est un état d’une société sans règles, sans structures, sans organisation légale ou naturelle ; ce qui peut conduire au désordre social et au chaos. Pour Wole SOYINKA l’Etat nigérian est devenu fou, et peut entraîner toute la société dans sa chute. L’Afrique évoquée est à la fois moderne et fidèle à ses mythes primitifs, mais aussi c’est un espace obsédant, violent et illogique. En effet, le héros traverse les cercles de la misère, de la corruption, du mal, est aussi un double d’Orphée, descendu dans les Enfers. Par conséquent cette pièce est une dénonciation de la violence, de l’injustice  et du cynisme des puissants.

«Fous et spécialistes» est une pièce loufoque, mais tragique opposant un spécialiste de la torture et du cannibalisme, monstre assoiffé de sang, à ses victimes, une armée mystérieuse de marginaux (Vieillard, prisonnier, handicapé, prisonnier). En dépit de l’anomie dans laquelle  la guerre civile avait plongé la société, Wole SOYINKA n’a pas perdu tout espoir de rédemption, même pour une humanité en déroute. Cet espoir il l’entretient dans la «Malédiction des jacinthes». Dans un pays soumis à la dictature militaire, des prisonniers croupissent dans un pénitencier inaccessible, oubliés de tous, dans une lagune envahie par des jacinthes d’eau. Toute tentative d’évasion est vouée à l’échec, l’injustice et l’arbitraire sont la norme. Le salut viendra, peut-être, la déesse du panthéon Yoruba, Yémanja.

«La route» est image obsédante, une idée directrice, qui traverse toute l’œuvre de Wole SOYINKA. Ogun, dieu fétiche pour Wole SOYINKA, est d’une mobile complexité ; c’est à la fois une divinité du Fer, de la Créativité, de la Destruction, mais aussi de la Route. Pour Wole SOYINKA, la route est au carrefour de multiples espaces métaphoriques et mythiques. Wole SOYINKA part du constat que le Nigéria est un pays où les accidents de la circulation ont atteint un niveau préoccupant. Il en déduit que l’état des routes en Afrique évoque le symptôme des maladies du corps social et politique. Les chauffards sur la route du pouvoir, entendez par là les gouvernants (militaires, régimes autoritaires),  font souffrir le corps social. La route peut être aussi un parcours dans le passé colonial ou de la tradition, et reste de ce point de vue, synonyme de civilisation ou de viol culturel ou de profanation. La route est une piste vers une société de transition qui oscille entre tradition et modernité, entre le visible et l’invisible, entre le rituel et le théâtre, entre le sacré et la case des initiés. Par ailleurs, la route reliant un point à un autre, est le chemin entre l’homme et le divin, entre le profane et le sacré, entre la vie et la mort. Cependant, Wole SOYINKA est désespérément optimiste. En effet, la route reste, fondamentalement, un domaine de quête de la sagesse et de la connaissance du dieu Ogun, seigneur de la route d’Ifa.

Wole SOYINKA insiste sur la nécessité de dépasser la tradition et de se détacher de la fascination du passé, pour continuer à explorer la route initiatique de la liberté et de la démocratie. L’Afrique doit croire en-elle-même, si elle veut s’élever au rang des grandes nations.

Bibliographie sélective,

SOYINKA (Wole) «Interviews du 28 Avril 2005, accordée à un journaliste indépendant Simon Stanford et à Tirthankar Changa», Jeune Afrique du 27 novembre 2007 ;

SOYINKA (Wolé), Aké, les années d’enfance, traduction et préface d’Etienne Galle, Paris, Belfond, 1986, 312 pages ;

SOYINKA (Wolé), Art, Dialogue and Outrage : Essays on Literature and Culture, Ibadan : New Horn Press, 1988, 344 pages ;

SOYINKA (Wolé), Baabou, Roi, Paris, Actes Sud Papiers, 2000, 108 pages ; 

SOYINKA (Wolé), Cet homme est mort, , traduction Etienne Galle, Paris, Belfond, 1986, 281 pages ;

SOYINKA (Wolé), Climat de peur, Paris, Actes Sud, 2005, 147 pages ;

SOYINKA (Wolé), Cycles Sombres, traduction d’Etienne Galle, Paris, Silex, 1987, 194 pages ;

SOYINKA (Wolé), Du rouge de cam sur les feuilles, Paris, éditions Nouvelles du Sud, 1992, 61 pages ;

SOYINKA (Wolé), Fous et spécialistes, traduction Eliane Saint-André et Claire Forestier-Perguier, Paris, éditions Nouvelles du Sud, 1992, 83 pages ;

SOYINKA (Wolé), Ibadan, les années pagailles : mémoires 1946-1965, Paris, Actes Sud, 1997, 499 pages ;

SOYINKA (Wolé), Idanre and Other Poems, London, Muthuen, 1967, 88 pages ;

SOYINKA (Wolé), Il te faut partir à l’aube : mémoires, traduction Etienne Galle, Arles, Actes Sud, 2007, 649 pages ;

SOYINKA (Wolé), Isara : périple autour de mon père, traduction Etienne Galle, Paris, Belfond, 1993 369 pages ;

SOYINKA (Wolé), La danse de la forêt, préface de Daniel Maximin, traduction d’Elisabeth Janvier, Paris, l’Harmattan, 2000, 150 pages ;

SOYINKA (Wolé), La mort de l’écuyer du Roi, traduction de Thierry Dubost, Paris, Hâtier, Collection Monde Noir, 2002, 111 pages ;

SOYINKA (Wolé), La récolte de Kongi, traduction Eliane Saint-André et Claire Forestier-Perguier, Paris, Silex, 1988, 86 pages ;

SOYINKA (Wolé), La route, traduction de Christiane Fioupiou et Samuel Millogo, Paris, Hâtier, 1988, 159 pages ;

SOYINKA (Wolé), La tragédie de Mandéla, traduction d’Etienne Galle, Paris, Belfond, 1989, 104 pages ;

SOYINKA (Wolé), Le lion et la perle, Paris, éditions Clé, 1996, 93 pages ;

SOYINKA (Wolé), Le maléfice des jacinthes, traduit par Gérard Meudal, Genève, Zoé, 1999, 126 pages ;

SOYINKA (Wolé), Les Bacchantes d’Euripide, traduction Etienne Galle, Paris, Silex, 1989, 96 pages ; 

SOYINKA (Wolé), Les gens des marais, suivi de un sang fort et les tribulations de frère Jéro, traduction d’Elisabeth Janvier, Paris, l’Harmattan, 1986, 150 pages ;

SOYINKA (Wolé), Les interprètes, traduction d’Etienne Galle, Paris, Présence Africaine, 1991, 413 pages ;

SOYINKA (Wolé), Myth, Literature and the African World, Cambridge, Cambridge University Press, 1990, 168 pages ;

SOYINKA (Wolé), Ogun Abibiman, London, Rex Collings, 1976, 24 pages ;

SOYINKA (Wolé), Que ce passé parle à son présent, discours à Stockholm, , traduction Etienne Galle, Paris, Belfond, 1987, 54 pages ;

SOYINKA (Wolé), Requiem pour un futurologue, Paris, éditions Nouvelles du Sud, 1992, 79 pages ;

SOYINKA (Wolé), Tania Léon, Le maléfice des jacinthes, Genève, Zoé, traduction Gérard Rendal, collection littérature d’Afrique, 123 pages ;

SOYINKA (Wolé), The Burden of Memory, the Muse of Forgiveness, London, Oxford University Press, 1998, 224 pages ;

SOYINKA (Wolé), Une saison d’anomie, traduction d’Etienne Galle, Paris, LGF, 1993, 382 pages.

2 – Critiques de Wole SOYINKA

ACHILLE (Etienne), “Ces Nobel Noirs”, Mémoires de l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon, 1998, tome 52ème, pages 142-144 ;

ADEWALE (Maja-Pearce), Wole Soyinka : an Appraisal, London, Heinemann, 1994, 166 pages ;

BIODUN (Jeyifo), Conversations with Wole Soyinka, Jackson, University Press of Mississippi, 2001, 223 pages ;

BONI (Tanella), “L’écrivain et le pouvoir”, Notre Librairie, juillet-septembre 1989, n°98, pages 82-87 ;

BORDELEAU (Francine), “Soyinka, du témoin comme receleur”, Nuit Blanche, magazine littéraire, 1987, n°27, page 25 ;

Centre d’Etudes et de Recherches sur les pays d’Afrique Noire, Wole SOYINKA et le théâtre africain anglophone, Montpellier, Silex, 1985, 178 pages ;

CINGAL (Guillaume), “Notes de lecture, Wole Soyinka, cycles sombres”, Notre Librairie, juillet-sept 2000, n°141, pages 64-65 ;

DAPO (Adelupba), sous la direction de, Before Our Very Eyes : Tribute to Wole Soyinka, Winner of the Nobel Prize for Literature, Ibadan, Spectrum Books, 1987, 213 pages ;

DIAKHATE (Ousmane), «Antonin Artaud et Wole Soyinka : l’imaginaire ancien aux sources de la théâtralité», Annales de la faculté des lettres et sciences humaines, 1994, n°24, pages 147-160 ;

EBEWO (Patrick), Barbs : a Study of Satire in the Plays of Wole Soyinka, Kampala, Uganda : JANyeko Pub. Centre, 2002, 221 pages ;

FIOUPOU (Christiane), “Le pouvoir sur scène : contorsions politico-religieuses dans le théâtre de Soyinka”, Cahiers d’études africaines, 1989, vol 29, n°115-116, pages 419-445 ;

FIOUPOU (Christiane), La route : réalité et représentation dans l’œuvre de Wolé  SOYINKA, Amsterdam, 1994, éditions Kodopi ; 393 pages ;

GALLE (Etienne), “Traduire Wole Gallé”, Notre Librairie, juillet-septembre 1989, n°98, pages 43-51 ;

GALLE (Etienne), “Wole Soyinka, Ibadan, The Penkelmes Years”, Etudes Littéraires Africaines, 1996, n°1, pages 72-74 ;

JEYIFO (Biodun), Wole Soyinka : Politics, Poetics, Postcolonialism, New York, Cambridge University Press, 2005, 322 pages ;

LARSEN (Stephan), A Writer and His Gods : a Study of the Importance of Yoruba Myths and Religious Ideas to the Writing of Wole Soyinka, Thèse, Université de Stockholm, Département d’histoire de la littérature, 1983, 239 pages ;

LISSOSSI (Jean-Bernard), Tradition et modernité dans l’œuvre de Wole SOYINKA, 1989, 112 pages ;

LO (Mahib), Ecriture et politique dans l’œuvre de Wole Soyinka, thèse pour le doctorat, sous la direction de Mamadou Kandji et Mamadou Gaye, Dakar, UCAD, Faculté des Lettres, 2009-2010, 294 pages (Thl 1347) ;

LURDOS (Michèle), Côté cour, côté savane, le théâtre de Wole SOYINKA, Nancy, Presses universitaires de Nancy, 1990, 133 pages ;

MADUAKOR, (Obi), Wole Soyinka : an Introduction to His Writing, New York, Garland, 1986, 339 pages ;

MSISKA (Mpalive-Hangson), Wole Soyinka, Plymouth, Northcote House, 1998, 98 pages ;

NAUMAN (Michel), “Wole Soyinka”, Notre Librairie, juillet-sept 2000, n°141, pages 84-87 ;

OJAIDE (Tanure), The Poetry of Wole Soyinka, Lagos, Malthouse Press, 1994, 140 pages ;

OMOZOTO (Kole), “Au-delà du Prix Nobel”, Notre Librairie, juillet-septembre 1989, n°98, pages 142-144 ;

RICARD (Alain), “Soyinka, un vivant de trop !”, Communication, 2006, vol 79, pages 23-39 ;

RICARD (Alain), “Wole Soyinka et Chinua Achebe : démocratie et nationalisme”, Notre Librairie, avril-juin 1986, n°83, pages 94-97 ;

RICARD (Alain), Wole Soyinka ou l’ambition démocratique, Paris, Silex, Lomé, NEA, 1988, 79 pages ;

SAINT ANDRE UTUDJIAN (Eliane), “Processus d’acculturation et théâtre de Wole Soyinka”, Traduction, terminologie, rédaction, 1993, vol 6, n°2, pages 79-101 ;

SAINT-ANDRE UTUDJAN (Eliane), “Traduction en français : The Beatification of Area Boy, A Lagosian Kaleidoscope”, Notre Librairie, juillet-sept 2000, n°141, pages 89-90 ;

SARR (Souleymane), Le mythe au théâtre : les exemples de Wole Soyinka, Jean Genet et Leroi Jones, thèse de 3ème cycle, sous la direction d’Ousmane Diakhaté, Dakar, UCAD, Littérature comparée, 1999-2000, 238 pages (THL 848) ;

SEVERAC (Alain), “Aspects du roman africain anglophone : un roman engagé ”, Les Langues modernes, mai-juin 1971, n°3, pages 230-242 ;

WABERI (Abdourahman), “Notes de lecture, Wole Soyinka, Le maléfice des jacinthes”, Notre Librairie, juillet-sept 2000, n°141, page 91 ;

WAUTHIER (Claude), «Interview de Wole Soyinka, émission un siècle d’écrivains», Présence Africaine, 1996, n°154, pages 90-92 ;

WRIGHT (Derek), Wole Soyinka Revisited,  New York, Twayne, cop., 1993, 219 pages.

Paris, le 7 juillet 2014, par Amadou Bal BA – Baamadou.over-blog.fr.

Wolé SOYINKA, écrivain nigérian, prix Nobel de Littérature en 1986.
Wolé SOYINKA, écrivain nigérian, prix Nobel de Littérature en 1986.
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commentaires

Abdoulaye DIOUF 24/03/2018 09:20

belle intervention je travaille sur Soyinka et merci pour la bibliographie

Abdoulaye DIOUF 24/03/2018 09:19

Merci pour cette belle contribution et surtout la bibliographie. Je voudrais rédiger ma thèse sur Soyinka

Le blog de BA Amadou 26/03/2018 13:01

J'espère qu'il n'y a pas que la bibliographie qui vous a intéressée.

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