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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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6 mai 2014 2 06 /05 /mai /2014 22:18

«Penser clair, parler vrai, agir juste» telle est la méthode ROCARD. Resté fidèle jusqu’au bout au socialisme, devenu un mythe politique avec une conscience aiguë de son rôle dans l’Histoire, Michel ROCARD symbolise une inlassable tension à conjuguer le réalisme de l’exercice du pouvoir avec les combats de la gauche française pour la justice sociale et pour une démocratie plus proche des gens. Porteur d’un discours de vérité, il n’a pas cessé de s’attaquer à la complexité des dossiers économiques, sociaux, culturels et éthiques, qu’ils concernent la politique intérieure, la construction européenne, la conduite des relations internationales ou la protection de l’environnement. «Rares sont les hommes et les femmes politiques qui ont pu faire de leur nom un emblème politique, un ralliement, j’ose dire un totem, une sensibilité, une appartenance. Toute votre vie, vous vous êtes fait une certaine idée de la politique», dit François HOLLANDE lors de la remise de la Légion d’honneur, le 9 octobre 2015, à Michel ROCARD.

Qualifié de «technocrate de luxe» par Pierre VIANSSON-PONTE, pour ROCARD, l’économie a un champ autonome que la politique doit prendre en compte. Le réel est le critère de vérité ; il faut réfléchir sur le comment produire, mais aussi sur le comment vivre. Par conséquent, il milite pour une société du partage, débarrassée des addictions du matérialisme, capitaliste ou communiste. Sa part de rêve que la réflexion et l'action politique ne sont rien, si elles ne répondent à une exigence éthique et de solidarité. En effet, le «Coeur à l'ouvrage», c'est l'évocation de l'itinéraire hors du commun d'un intellectuel engagé chez qui le réalisme politique n'a jamais étouffé l'élan de la générosité. Michel ROCARD n’a jamais oublié «les principes immuables de la société des humains». Dans sa fibre sociale et humaniste, il est anticolonialiste, antiraciste et favorable à une coopération équitable avec le Tiers-monde. «Rêveur réaliste, réformiste radical», suivant une formule d’Alain BERGOUNIOUX : «L’homme est animal social doté de l’esprit, pour s’acheminer vers la vie de l’esprit, il faut maîtriser la vie matérielle. Dominer le capitalisme est un devoir du socialisme» dit ROCARD.

Michel ROCARD est un socialiste réformiste, avec un attachement particulier à la liberté et à l’égalité : «Je refuse d’appeler socialiste n’importe quel régime populiste et autoritaire. Dès, ses origines, l’espérance socialiste est tout autre. L’espérance socialiste sous la forme d’une revendication de liberté plus grande, d’épanouissement plus complet. Si la double référence d’égalité et de liberté a toujours été présente, c’est toujours la volonté de libération qui prime. Le socialisme, dans la liberté, suppose le pluralisme des partis. Il n’y a pas de liberté, durablement garantie dans une société, si elle ne s’exerce pas pleinement dans l’organisation économique et sociale», dit-il.

Ma rencontre inattendue, le 19 novembre 2005, avec Michel ROCARD, au congrès du Parti Socialiste, au Mans, m’a laissé une forte impression. Je lisais son livre «Si la Gauche savait, entretiens avec Georges-Marc BENAMOU», quand M. ROCARD, tout de go, me pose cette question : «qu’est ce que tu as pensé de mon livre ?». Intimidé par ce géant de l’histoire, j’ai d’abord bredouillé, puis je me suis vite ressaisi. J’ai fait part à l’ancien Premier Ministre, de mon appréhension, au début de ma lecture, avec son style hermétique d’énarque, de ne rien comprendre à son livre. Cependant, j’ai été agréablement surpris par le style fluide et simple adopté. Sans doute que Georges-Marc BENAMOU y est pour quelque chose.

Je ne savais pas que Michel ROCARD avait un engagement tiers-mondiste aussi marqué, une opposition farouche et parfois violente à MITTERRAND, mais surtout une grande originalité et finesse de sa pensée sur la «Deuxième gauche ».

Michel ROCARD est le 23 août 1930 à Courbevoie, dans les Hauts-de-Seine, près de Paris. Sa petite sœur, Claudine, est handicapée. Sous Louis XIV, et jusqu’aux guerres napoléoniennes, un rocard est une gueule cassée, un soldat revenu blessé de la guerre ; si l’on remonte loin, c’est une famille d’origine champenoise, des vignerons du plateau de Langres, devenus traditionnellement des militaires et mathématiciens. Michel ROCARD appartient à la bourgeoisie intellectuelle du Quartier Latin. Fils d'un professeur et physicien dont les travaux ont conduit à la mise au point de la bombe atomique, Yves ROCARD (22 mai 1903 à Vanves, Morbihan – 16 mars 1992 Paris 5ème), et d'une institutrice, Renée FAVRE (23 mai 1904, Regnier Haute-Savoie – 11 octobre 1996, Saint-Germain-en-Laye) : «Ma mère m’a flanqué quelques inhibitions et démoli mes rapports avec la gent féminine» dit-il. Par conséquent, M. ROCARD n’est pas né dans une famille socialiste. C’est à l’adolescence qu’il rencontre la Gauche. Michel porte le prénom de grand-père maternel tué dans un combat aérien à la Première guerre mondiale et héritera de ses qualités : une insatiable curiosité, un sens inné de la pédagogie et une volonté exigeante de dépassement de soi. Sa mère, une savoyarde, fille d’un instituteur, dont le mariage n’est pas heureux, très possessive, autoritaire et fière de son fils, reporte sur lui tout son amour. Le père de Renée, un protestant rigoriste, inculque à sa fille les principes de tolérance, le besoin d’absolu et une grande bonté. Renée, qui a perdu très tôt ses parents, devient institutrice, et c’est à l’occasion de sa formation à Sèvres, dans les Hauts-de-Seine, qu’elle rencontre Yves ROCARD, un catholique par tradition et agnostique, un agrégé de physique et docteur en mathématiques ; ils se marient le 24 octobre 1929, à Sèvres. «Attention, c’est un savant, pas un homme à marier. Il a déjà épousé la science et les recherches» dira un ami. Renée est autoritaire, dominatrice et volubile, tandis que Yves est timide, désordonné et indépendant et peu chaleureux, seules ses recherches l’intéressent. Mais Renée est séduite par l’intelligence et le culte de l’effort de cet homme. Michel ROCARD éprouve à l’égard de son père une sorte de curiosité, d’admiration pour son génie et d’affection craintive. Ses parents divorceront en 1963, après 35 ans de mariage.

Les ROCARD qui habitaient SURESNES, à la naissance Michel, déménagent pour le 120 rue d’Assas, à Paris 6ème, un appartement confortable, mais austère. Michel passe ses étés, avec ses parents, dans leur maison, à Saint-Benoît par Auffargis, près de Rambouillet. Il fait ses études primaires à l’école Alsacienne, rue d’Assas, ses études secondaires au lycée Montaigne, puis au Lycée Louis Le Grand. Après l'obtention d'un baccalauréat scientifique le 10 juillet 1946, avec mention «assez bien», il se détourne, cependant, d'un cursus en sciences contre l'avis de son père et entre à l'Institut d'études politiques de Paris. Son père, un chercher austère d’un caractère difficile, convaincu de la nocivité de la politique et de l’administration, le destinait aux sciences exactes. Yves ROCARD est un bourgeois conservateur ; son héros c’est le général de GAULLE : «Lorsqu’on est scientifique, on ne peut pas se payer le luxe d’être un agitateur. La politique de gauche est destructrice, car les hommes de gauche n’ont pas la perception du réel. La droite me ravit, mais elle a une existence qui n’existe pas en face » écrit Yves ROCARD. Il s’inscrit à Science-Po et ne veut pas aller à l’école normale. C’est sa première transgression de l’ordre établi par sa famille. Son père entre dans une grande colère : «tu vas apprendre à baratiner, c’est-à-dire à empêcher les gens de travailler». Pour payer ses études, Michel ROCARD est recruté comme tourneur-fraiseur dans le laboratoire de son père, il y fait la connaissance d’un certain BERTIN qui lui parle du Front Populaire, de la Commune et des Socialistes français. «Il me faisait découvrir un univers et des choses inconnues», confesse-t-il. En effet, BERTIN, un syndicaliste, ancien des Brigades internationales, ancien communiste converti au socialisme, lui raconte l’histoire, mais du côté de la classe ouvrière : «Ces conversations, pendant plus d’un an et demi, ont constitué, pour moi, un tournant décisif. Elles m’ont appris la dignité, la grandeur de cette élite ouvrière qui possédait ses propres valeurs, sa propre culture. La bourgeoisie, à laquelle j’appartenais ne la rencontrait pas. Elle ne connaissait que les pauvres, c’est-à-dire ceux qui, dans leur propre classe sociale, avaient échoué» dit ROCARD.

Adolescent très sportif, le jeune Michel pratique la voile et fait du scoutisme avec les Eclaireurs unionistes de France, mouvement protestant de scoutisme, il y trouve l’engagement politique et moral. «J'ai senti dans ce monde protestant, une très grande tolérance, une grande ouverture aux problèmes du monde», dit ROCARD. Les protestants cultivent un individualisme marqué, et refusent, par souci éthique, toute ostentation, notamment, celle de la richesse. «L’éducation protestante à laquelle je dois aussi bien l’intransigeance éthique que le souvenir confus mais très prégnant d’une parabole où se rencontrent un chameau, un riche, et le trou d’une aiguille. Ce texte a largement, pour partie, contribué à faire de moi un socialiste» confesse-t-il.

Les idées et l’action de Michel ROCARD, depuis plus de 65 ans, mériteraient de faire l’objet d’une thèse de doctorat. De nombreuses biographies lui ont été consacrées. Mais un travail universitaire, avec une distance critique, serait le bienvenu. En effet, dans les années 50, le jeune Michel ROCARD se sent attiré par la politique, mais Jules MOCH a fait tirer sur les mineurs en grève, Paul RAMADIER a exclu les communistes de son gouvernement et les socialistes soutiennent les guerres coloniales, notamment en Indochine. Par ailleurs, il est confronté à un casse-tête : le communisme domine et écrase la Gauche. Même si les intellectuels de l’époque sont, majoritairement, favorables au Parti communiste, ROCARD, un chrétien de gauche, lui est hostile. Il découvre qu’à côté des communistes, il y a d’autres forces de gauche : les catholiques, et qu’il faut faire alliance avec eux. ROCARD adhère aux Jeunes socialistes, qui dépendent du Parti socialiste, mais en sont relativement autonomes. Ces jeunes sont qualifiés «aristocrates de la pensée socialiste» parce qu’ils se désintéressent des conditions de vie, dégradées, des étudiants.

Sensible aux thèses de Jean MONNET sur l’Europe, il lit, dans sa jeunesse, Alexandre DUMAS, Jules VERNE, Joseph PROUDON et Victor HUGO. En 1949, Jean-Jacques de FELICE (1928-2008, avocat, président de la Ligue des droits de l’Homme) l’emmène à Strasbourg, à une assemblée générale des peuples d’Europe ; il voit, pour la première fois, Guy MOLLET (1905-1975), Secrétaire général de la SFIO de 1946 à 1969. Michel ROCARD se dit mendéciste, mais le problème c’est de faire passer le Mendécisme dans une grande boutique, dans une maison puissante. «Je ne suis pas naïf, ou timoré, face au pouvoir que MENDES refuse de prendre», affirme Michel ROCARD. Il ajoute cette précision : «Le pouvoir suprême et durable, c’est réservé à ceux qui sont capable de tuer».

À sa sortie de l'ENA, il est nommé, en 1958, inspecteur général des Finances. Puis, en 1965, il occupe le poste de chef de la division des Budgets économiques à la direction de la Prévision et celui, de secrétaire général de la commission des Comptes et des Budgets économiques de la Nation. Secrétaire national du Parti socialiste unifié (1967-1973), il est candidat à l'élection présidentielle en 1969. La même année, il est élu député des Yvelines dans la 4ème circonscription battant ainsi le candidat sortant, le Premier ministre, Maurice COUVE de MURVILLE. Au début des années 60, un nouveau parti socialiste minoritaire est créé ; le Parti socialiste unifié (PSU). Michel ROCARD en devient le secrétaire national en 1967 jusqu'en 1974, date à laquelle il décide de rejoindre le Parti socialiste et participe activement à la campagne présidentielle de François MITTERRAND. Devenu membre du bureau exécutif en décembre 1975, il est nommé secrétaire national chargé du secteur public de 1975 à 1979. Élu maire de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) en 1977, il verra son mandat renouvelé par la suite en 1983 et en 1989. Réélu député des Yvelines dans la 3ème circonscription en 1978, puis en 1986, il connaîtra par la suite une carrière ministérielle et sénatoriale. Le 10 mai 1981, la Gauche accède au pouvoir et sa carrière prend un tournant décisif. ROCARD est nommé par François MITTERRAND, ministre d'Etat, ministre du Plan et de l'Aménagement du territoire. En 1983, il est en charge du ministère de l'Agriculture mais démissionne en 1985. En mai 1988, sa cote de popularité lui vaut d'être nommé Premier ministre sous le deuxième septennat de François MITTERRAND.

Élu député européen en 1994, il occupera notamment la fonction de président de la commission du Développement, en 1997, de la commission de l'Emploi et des Affaires sociales, en 1999, mais aussi de la commission de la Culture, de la Jeunesse, de l’Éducation, des Médias et des Sports, en 2002. Il est également, membre de plusieurs commissions dont celle des Affaires étrangères en 2004. Il démissionne de ses fonctions de parlementaire européen le 1er février 2009. Le 1er avril 2009, il est nommé en conseil des ministres, ambassadeur de France chargé des négociations internationales relatives aux Pôles arctique et antarctique.

Sur le plan privé, Michel ROCARD épouse, en 1954, Geneviève POUJOL. En 1964, lors d'une réunion du PSU, il croise une étudiante en sociologie, Michèle LEGENDRE. Après une longue procédure de divorce, il l’épouse en 1972. Deux enfants naissent de cette union; Loïc et Olivier. Mais en 1991 le couple se sépare, et Michel ROCARD rencontre la même année Ilana SCHIMMEL. Après dix ans de vie commune, il quitte sa compagne et refait sa vie avec Sylvie PELISSIER qu'il épouse en troisièmes noces en avril 2002.

Michel ROCARD disparaît le 2 juillet 2016, à Paris. Les hommages, alors qu’il avait quitté la vie publique de premier plan, sont unanimes et flatteurs.  

I – L’exposé de la doctrine politique de Michel ROCARD

Rénover la gauche, la réconcilier avec le réel, allier le concret et la rigueur, telles sont les lignes directrices de la pensée rocardienne. Suivant Alain BERGOUNIOUX «le rocardisme est à la fois une histoire collective forgé dans la lutte anticolonialiste, marqué par Mai 68, puis incarné par la Deuxième gauche», et c’est aussi une aventure individuelle pour faire triompher ces idées.

1 – L’esprit de Mai 68 et l’anticolonialisme

Michel ROCARD a su saisir l’esprit de Mai 68, en côtoyant des maoïstes, des trotskystes, des syndicalistes de la CFDT et des chrétiens radicalisés. Michel ROCARD revendiquait l’autogestion, se voulait être d’une Gauche rassurante et militait pour un service public performant, la décentralisation, condamnant la démagogie, il voulait réhabiliter la Politique avec son «parler vrai». Non-conformiste, il pense que l’essentiel du combat politique ne se déroule pas dans les partis politiques. Le syndicat des étudiants, en dehors de la question corporative, doit œuvrer pour la transformation sociale, la guerre d’Algérie étant un test pour se révéler à soi-même. Dans un rapport de décembre 1958, Michel ROCARD a montré que les Algériens vivaient dans des conditions «quasi-concentrationnaires». Il a dénoncé la dérive colonialiste de Guy MOLLET. Pour Michel ROCARD, Mai 68 n’est ni un spasme petit bourgeois, ni une diversion confusionniste à la véritable lutte des classes, mais un grand désarroi et l’esprit de revanche de tous les légitimistes, petits et grands propriétaires de l’orthodoxie. Mai 68 est un soulèvement de la vie, une exigence et une amorce d’une nouvelle étape pour la démocratie, l’autogestion en vue d’une renaissance du mouvement ouvrier. Soupçonné de dérive droitière, de faire la promotion de la rigueur, ROCARD estime que les vrais réformateurs et les autogestionnaires sont toujours restés fidèles aux idées du socialisme.

Michel ROCARD a horreur du dogmatisme. «Je n’aime pas beaucoup les embrigadements, les idées reçues, les situations acquises» précise notre homme d’Etat. M. ROCARD s’enthousiasme pour les idées en vue de la construction européenne. C’est en pleines guerres coloniales et scandales financiers qui discréditent l’action de Guy MOLLET à la tête de la SFIO, que Jean HELY fait adhérer Michel ROCARD au mouvement des étudiants socialistes. «On est la SFIO pour la réformer de l’intérieur» lui dira t-il pour le convaincre. Il côtoie Jacques CHIRAC à Sciences Po qui refuse d’adhérer au mouvement des étudiants socialistes, jugé trop à droite. M. CHIRAC était, à l’époque, sympathisant communiste. Comme les temps changent ! C’est Michel ROCARD qui a réussi, en 1956, à éjecter Jean-Marie LE PEN de la présidence du Syndicat étudiant l’UNEF, en créant un Comité d’Action Syndicale à l’Université de Panthéon Assas.

La guerre d’Algérie fait rage et Michel ROCARD découvre un maître à penser : Victor FAY (1903-1991), un militant de la Gauche de la Gauche, juif polonais, membre du parti de Rosa LUXEMBOURG. «Ma rencontre avec Victor FAY est une des clés de mon orientation», souligne ROCARD. Le socialisme démocratique est sa famille, mais la SFIO de Guy MOLLET (1905-1975) est discréditée avec ses guerres coloniales. Guy MOLLET, tellement habitué au double langage, qu’élu pour faire la paix en Algérie, il y fera la guerre à outrance. «J’ai senti ce qui me différenciait des socialistes à la Guy MOLLET, mais c’était confus. Je ne supportais pas leur sectarisme laïcard. Je les trouvais trop jacobins, bien peu européens. Les propos de FAY ont rationalisé, ce qui était une institution, en la centrant sur la question algérienne», dit ROCARD.

C’est Michel ROCARD qui a négocié la paix en Nouvelle Calédonie. Dans un ouvrage avec Jeanine GARRISSON, l’ancien premier ministre estime que la paix n’entre pas dans le domaine des sciences, moins encore de la stratégie : pour lui, la paix est un «art».  En ce sens, Michel ROCARD propose cinq principes constants, formulés comme des verbes d’action, ayant comme fonction d’inscrire l’action de construction de la paix dans le temps, dans la durée : vouloir la paix, briser le tabou ; négocier, équilibrer, fonder.

2 – De l’autogestion au parler vrai

Le PSU de Michel ROCARD, porteur de ces idées d’autogestion, a été débordé par le Parti socialiste réunifié de François MITTERRAND, dont le thème majeur deviendra «changer la vie». Suivant Pierre ROSANVALLON et Patrick VIVERET, Michel ROCARD ayant perdu la bataille des idées, change de fusil d’épaule et évoque désormais le concept de «parler vrai», et pour ne jamais rien dire ; il faut convaincre : «Parler vrai n’est pas suffisant. Encore faut-il avoir quelque chose à dire !». La Gauche ne devrait pas redouter, pendant l’exercice du pouvoir, de se confronter au réel. Pour lui, le «parler vrai» devrait instaurer de nouvelles pratiques politiques, un nouveau langage, l’autogestion étant l’intervention directe des citoyens dans les affaires qui les regardent. Ce qui domine encore au sein du Parti socialiste, c’est les vieilles habitudes de la centralisation ; l’action, au niveau des sections, se réduit à l’agitation et la propagande. La tâche urgente et prioritaire, une affaire collective, c’est de «remettre la démocratie dans ses rails et le socialisme sur ses pieds». Les mécanismes de promotion et de partage du pouvoir au sein du Parti socialiste condamnent, à l’avance, les défenseurs d’un point de vue audacieux.

3 – Les réalités économiques et la réforme de l’Etat

Michel ROCARD a milité, activement, pour une réconciliation du Parti socialiste avec les réalités économiques. «A la différence de toute autre force de gauche partout en Europe, la gauche française est née de l’accouplement unique entre le marxisme et le jacobinisme. Elle prêche que tout est politique : l’économie aussi, parbleu. Il suffit de lui commander» dit-il. Devenu crédible dans le domaine économie, ce thème est, pour lui, un outil de promotion au sein de la Gauche, en général, et au Parti socialiste, en particulier. En raison de l’influence de Victor FAY (1903-1991), un ancien communiste converti au socialisme, Michel ROCARD a toujours défendu l’idée que Marx serait un anti-étatiste, antibureaucratique, anticentralisateur et apôtre de l’autogestion. ROCARD rejette, farouchement, le dogme marxiste de l’appropriation collective des moyens de production. Il est opposé aux idées keynésiennes du déficit public, à moyen terme, pour stimuler l’économie. Dans un gouvernement socialiste, l’écrasante majorité des entreprises relèvera du secteur privé et le système de régulation dominant, restera le marché. Par ailleurs, ROCARD, face à l’inflation et notamment à une hausse inconsidérée des bas salaires, recommande la prudence, l’aveuglement de certaines propositions démagogiques d’une partie de la Gauche, relevant du «chapitre particulier de la psychologie du suicide». Partisan de la planification et de la comptabilité nation, ROCARD estime que la Gauche ne devrait pas déserter le débat économique et financier, et éviter l’étiquette de fauteuse d’inflation. Il a exposé ces idées au congrès du PSU en 1966, sur le thème : La Gauche et la monnaie. «On ne bâtira pas le socialisme sur de la fausse monnaie» dit-il. «Le socialisme autogestionnaire, c’est l’abolition de la relation politique sous sa forme magique. C’est la fin du père Noël. Il n’est ni facile, ni toujours agréable de devenir adulte» écrit ROCARD.

Michel ROCARD ne cesse de critiquer le communisme, le jacobinisme, l’étatisme. Il a la conviction, qu’il n’y aura pas de transformation sociale durable, sans une démocratisation profonde de la société et de l’Etat, à tous les niveaux, sans une confiance en la société. ROCARD s’insurge contre le malaise administratif et la croyance en la toute puissance de l’administration française, et appelle à «un renouveau du service public». Mais pour cela, il faut une gestion dynamique des personnels, un assouplissement des règles de gestion budgétaire, une évaluation des politiques publiques et une poursuite la décentralisation, et donc «décoloniser la province». Ce thème sur la décentralisation, n’est pas seulement une question économique : «En fait, derrière le thème de l’égalité des rapports entre la province et Paris, se posent les problèmes d’une conception de la démocratie» dit-il. Il existe un tel déséquilibre entre Paris et la province, la capitale monopolisant tous les centres de décisions, que cela est assimilable à une situation de «colonisation». Il ne s’agit pas d’affaiblir Paris, en quoi que ce soit, «mais simplement de le désencombrer». La démocratisation consiste à délocaliser la décision, chaque échelon local pouvant choisir ses représentants.

4 – La relation avec le Tiers-monde

Dans sa relation avec le Tiers-monde, tout le monde n’a retenu que cette phrase laconique de M. ROCARD : «La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde» dit-il lors de son émission du 3 décembre 1989 à Sept sur Sept avec Anne SINCLAIR sur TF1. Cette déclaration s'inscrivait dans un contexte de fermeture des frontières, à la suite du naufrage d’un bateau transportant des Libyens ; certains mêmes, comme François MITTERRAND, reprenaient le concept de «seuil de tolérance». Devant les violentes protestations d'une partie de la Gauche, Michel ROCARD estimera, le 24 août 1996, que cette citation a été tronquée. Il y adjoindra cette importante précision : «Elle (la France) doit savoir fidèlement en prendre sa part». Il a donc essayé de rectifier le tir, mais on n’a retenu que la déclaration initiale télévisée et faisant foi ; le mal est fait.

En dépit de cet écart de langage, Michel ROCARD est resté, fondamentalement, tiers-mondiste et humaniste. On l’a vu dans ses prises courageuses contre les guerres coloniales, mais aussi dans sa production intellectuelle. Ainsi, dans son ouvrage «Pour l’Afrique», Michel ROCARD part du constat que l'Afrique va mal, il faut donc faire quelque chose. «Il est temps de comprendre que si nous nous occupons de l'Afrique, nous nous en occupons mal. Lui venir en aide de façon globale et par à-coups, uniquement lorsque des catastrophes nationales ou des conflits locaux nous poussent à réagir, ne lui est d'aucun secours. Il est temps de réfléchir à l'avenir de l'Afrique de façon efficace et coordonnée, en prenant en compte ses particularités, en conduisant une politique que ne dictent plus nos propres intérêts et qui cesse de répondre à une vision occidentale, mais mise sur les possibilités réelles de l'Afrique. Il s'agit d'ouvrir tant au Sud qu'au Nord un débat vigoureux sur ce sujet majeur» écrit-il. Michel ROCARD est l’un des rares dirigeants politiques français à s’intéresser au continent noir, non pas en termes d’immigration ou de catastrophes naturelles ou de coups d’Etat, mais en dégageant de perspectives nouvelles (sécurité et stabilité, aide non conditionnelle, commerce équitable, communauté culturelle avec la France à travers la langue française, etc.).

II – Michel ROCARD et la bataille du leadership politique

A – Michel ROCARD, adversaire résolu de MITTERRAND

Michel ROCARD, l’ancien dirigeant du Parti socialiste unifié, choisit de se distinguer  de François MITTERRAND (1916-1996) qui cherche à devenir le principal opposant à de GAULLE. Contre toute attente, MITTERRAND met le général de GAULLE (1890-1970) en ballottage lors de l’élection présidentielle en 1965. ROCARD et ses partisans le détestent : ils lui reprochent son opportunisme et son maintien au gouvernement durant la guerre d’Algérie. Pour eux, le grand homme de la gauche, la référence morale et intellectuelle, c’est Pierre MENDES-France (1907-1982) qui, lui aussi, n’a guère d’atomes crochus avec François MITTERRAND. Mais ce dernier, sur la lancée de sa performance électorale, s’appuie sur un outil qui vise à rassembler l’opposition : la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS). Elle est composée de la Convention des institutions républicaines que préside MITTERRAND, de la SFIO, et du parti radical-socialiste.

Michel ROCARD, dans sa défense de la «Deuxième Gauche», se positionne, avant tout en opposition à François MITTERRAND, son concurrent éternel. En effet, Michel ROCARD reconnait que MITTERRAND est à l’évidence un tacticien génial. Mais, il ajoute que MITTERRAND un homme doté d’un cynisme gigantesque, d’une stratégie très personnelle, et très habile. Selon lui, MITTERRAND était étranger à toute notion de formation politique, à la notion de parti. Pour M. ROCARD : «Il n’y a pas de Parti socialiste, il n’y a que les amis de François MITTERRAND». Michel ROCARD accuse François MITTERRAND, alors qu’il était Ministre de l’Intérieur, pendant la guerre d’Algérie, d’avoir envoyé, injustement, de nombreuses personnes au peloton d’exécution. «Je suis enfant de la guerre. C’est très tôt que c’est construite en moi l’horreur de la violence, de toute violence, en politique ou ailleurs, et plus spécifiquement, s’il se peut, l’horreur combinée de mépris pour tout organisateur ou dispensateur de violence» dit-il. Michel ROCARD pense que MITTERRAND après la guerre, était un anticommuniste et un réactionnaire notoire. Il nous invite à lire le Barodet, qui est une reliure, à l’Assemblée Nationale, depuis la IIIème République, de toutes les professions de foi des candidats élus.

Homme politique le plus populaire de la Gauche, résistant à l’usure du temps, rescapé de la marginalisation, Michel ROCARD, dans cette compétition contre MITTERRAND, a sa stratégie de communication. En effet, nombre d’hommes politiques ont tenté de séduire l’opinion sans succès. Si ROCARD est décrit comme étant quelqu’un de tenace, travailleur, généreux, discret et franc, il existe aussi un autre ROCARD, «égocentrique, dévoré d’ambition, prêt à toutes les manœuvres, calculateur, voire cauteleux, qui ne s’intéresse aux hommes qu’autant qu’ils le servent, obsédé par son image, qui n’aborde les problèmes qu’en fonction de leur impact sur l’opinion, qui cède aux modes ou canons du moment» écrit Jean-Louis ANDREANI dans sa biographie sur ROCARD.

Une bonne communication ne crée pas un électorat, mais permet de mieux comprendre les attentes de celui-ci, et de mieux s’adresser à lui. Michel ROCARD offre sans doute un très bon angle pour réconcilier l’histoire avec la communication, refusant de substituer le message au massage, sans pour autant négliger la communication et l’opinion qui sont au cœur de sa carrière. Curieusement, sa popularité pérenne le rend marginal à l’égard du reste du paysage politique français. Adepte du «parler vrai». Michel ROCARD a toujours eu un rapport complexe avec le Parti socialiste. Scissionniste avec le PSU, il s’est trouvé marginalisé au sein du PS après l’avoir rejoint. L’essentiel de sa carrière s’est joué autour de la tension entre la volonté de conquérir l’appareil partisan et la distinction qui lui permit d’asseoir un succès sur les enquêtes d’opinion. Son cas permet d’étudier la subversion en tant que ressource indispensable dans un champ où sondages et médias occupent une place croissante.

On a parfois l’impression que Michel ROCARD existe et se définit toujours par rapport à François MITTERRAND. Bien que toujours très populaire et très haut dans les sondages (54% pour ROCARD et 37% pour MITTERRAND), le 19 octobre 1980, six mois avant le premier tour de l’élection présidentielle de 1981, Michel ROCARD annonce, depuis la mairie de CONFLANS SAINT-HONORINE, sa candidature, de façon compliquée et alambiquée. «J'ai décidé de proposer aux socialistes d'être leur candidat à la présidence de la République, déclare Rocard. (…) Le temps est donc venu pour les socialistes – en même temps que pour l'opinion toute entière, de savoir clairement et sans équivoque à quoi s'en tenir. Le temps est donc venu qu'un candidat soit un candidat car la détermination est une condition du succès». Le 8 novembre 1980, MITTERRAND annonce lui aussi sa candidature. M. ROCARD retire alors la sienne.

Michel ROCARD sera Premier Ministre de François MITTERRAND du 10 mai 1988 au 15 mai 1991. M. ROCARD rapporte cette indiscrétion de Jacques CHIRAC, alors Premier Ministre sortant lors de la passion de pouvoirs : «Méfie-toi de MITTERRAND, c’est quand il te sourit qu’il a le poignard le plus près de ton dos».

Michel ROCARD a créé le revenu minimum d’insertion (RMI). C’est également lui a commandé le livre Blanc sur les retraites qu’il a tout de suite refermé. Il s’occupera de la taxe carbone sous M. SARKOZY. M ROCARD revendique la paternité de la décentralisation, même si c’est Gaston DEFERRE qui l’a mise en œuvre.

B – Michel ROCARD, idéologue de la «Deuxième Gauche».

Pour Michel ROCARD, Jean JAURES (1859-1914) serait le père fondateur de la «Deuxième Gauche». En effet, à travers l’affaire DREYFUS, JAURES s’est battu pour faire admettre aux Socialistes qu’une atteinte aux droits de l’Homme les concernait tous. Pour lui, le droit à la dignité des hommes passait avant le combat économique et social. JAURES est l’inventeur de l’économie sociale est solidaire, à travers la coopérative ouvrière qui a sauvé la verrerie d’Albi. Un parti politique est un outil qui malaxe du pouvoir. La discussion des idées y est première, facialement. En vérité, le Parti socialiste s’est transformé en écurie présidentielle au service de la conquête du pouvoir et donc des ambitions personnelles. Ainsi, on a fabriqué un JAURES officiel pour donner du change. «JAURES est tombé dans un chaudron collectif. Il a été avalé, intégré, parce qu’il est le plus grand, le plus porteur, et les idées subversives que son œuvre véhicule ont été oubliées au passage».

Cependant, ces idées de «Deuxième Gauche» ont été contrariées par les tares congénitales du Parti Socialiste. Tout d’abord, ce n’est pas le Parti socialiste qui a fait la Révolution française et ce parti, créé en 1905, n’a jamais été un parti ouvrier. La bataille du suffrage universel à mettre au compte du Parti Radical. Il existe un sérieux divorce entre le Parti Socialiste et les Syndicats. Il y a en France une culture de l’affrontement et de la suspicion, au détriment du compromis et de la négociation. Le Parti socialiste est resté longtemps une organisation pour bâtir le socialisme municipal avec l’appui des enseignants et de la classe moyenne. C’est pourquoi, il n’a pas été aisé de construire en France, une vraie social-démocratie, une «Deuxième Gauche». La rénovation du Parti Socialiste peut – elle être engagée, avec succès, avec les idées de «Deuxième Gauche» que portent Michel ROCARD ?

Michel ROCARD, avec la création du Parti Socialiste Unifié (PSU), dans la droite file du refus de la guerre d’Algérie, et à la veille de la rénovation du Parti socialiste en 1971, avait entamé ce processus, à travers le concept d’autogestion. Dans le bagage intellectuel de la nouvelle gauche, on trouve le rejet des compromissions de la SFIO et du mitterrandisme avec l’appareil d’Etat durant la guerre d’Algérie, la critique de l’alliance PS-PCF des années 1970, et la conviction que le changement social ne se décrète pas d’en haut. L’impératif d’autogestion porté par la «Deuxième gauche» montre que son projet fut, en somme, de démocratiser le capitalisme. Les théoriciens de la deuxième gauche se révélèrent finalement meilleurs sociologues qu’économistes.

Au congrès de Nantes du Parti socialiste, en 1977, Michel ROCARD choisit de distinguer et d’opposer deux cultures politiques en œuvre dans la gauche française. «La plus typée, qui fut longtemps dominante, est jacobine, centralisatrice, étatique, nationaliste et protectionniste». C’est la «Première Gauche». Elle était revendiquée par une classe ouvrière qui exigeait une intervention dans le domaine économique et social. A ce congrès de Nantes du Parti socialiste, Michel ROCARD défend «la deuxième gauche, décentralisatrice, régionaliste, héritière de la tradition autogestionnaire, qui prend en compte les démarches participatives des citoyens, en opposition à une première gauche, jacobine, centralisatrice et étatique». Ces idées n’ont pas reçu un écho immédiat au sein du Parti socialiste, Michel ROCARD étant minoritaire dans cette organisation. Certaines de ses positions ont, en revanche, progressivement, rencontré l’air du temps au point de se diffuser naturellement dans le logiciel socialiste.

Pour certains, Michel ROCARD, le président d’honneur d’un Think Tank, réformiste : «Inventer à Gauche» serait classé à droite du PS. Jean POPEREN (1925-1997) l’avait affublé de ce sobriquet désobligeant : «ROCAR-D’ESTAING». Michel ROCARD réfute violemment cette étiquette. Pour lui, la vraie définition de la Gauche c’est le respect de la vie humaine, de la démocratie, de l’égalité des personnes et la dignité des hommes.

La «Deuxième gauche» est ce que l’on appelle la social-démocratie à la suédoise. Elle disait oui à l’économie de marché et non à la société de marché. Missionné par François MITTERRAND, au congrès de METZ, Laurent FABIUS a lâché cette formule contre les Rocardiens «Mais si, Michel ROCARD, entre les marchés et le rationnement, il y a le socialisme». Dans son débat qui l’a opposé en 2011, à Alain JUPPE, Michel ROCARD qui tire à boulets rouges sur la gauche, sur son incapacité à assumer l’économie de marché, le réformisme et le compromis politique auxquels elle adhère, pourtant, dans les faits. 

C – Les héritiers de Michel ROCARD

Les tenants de la doctrine néolibérale (THATCHER et REAGAN) ont éclipsé, pendant quelques décennies, ces idées de la «Deuxième Gauche». Pendant longtemps, on avait cru que Michel ROCARD avait perdu la bataille des idées. Puis l’accession de François HOLLANDE au pouvoir en mai 2012, un partisan de Jacques DELORS qui a affirmé, tardivement, son orientation social–démocrate, ont rendu d’une grande actualité les idées de Michel ROCARD.

Le rocardisme dans sa conception initiale, semble s’être volatilisé avec les frasques sexuelles de Dominique STRAUSS-KHAN et le naufrage de Manuel VALLS. Pourtant, depuis l’accession au pouvoir d’Emmanuel MACRON et les fractures au Parti socialiste, la question revient, sans cesse, qu’est-ce qu’être un bon réformiste ?

Pour certains observateurs, M. Lionel JOSPIN serait une synthèse du Rocardisme et du Mitterrandisme. C’est un homme intègre et a refusé de mentir à l’opinion. Cet engagement de vérité l’a conduit à dire ce qu’il fait et faire ce qu’il dit. La moralisation de l’action publique est devenue crédible avec JOSPIN. Dans son livre, «Le cœur à l’ouvrage», Michel ROCARD défend cette idée centrale : la réflexion et l’action politique ne sont rien, si elles ne répondent pas à une exigence éthique. Mais le refus de JOSPIN de ne pas trancher et de choisir entre les deux gauches serait, suivant M. ROCARD, l’explication de l’échec de 2002.

M. Manuel VALLS a été un conseiller pour les affaires étudiantes au cabinet de Michel ROCARD. Devenu Premier Ministre, M. Manuel VALLS a fait nommer Loïc ROCARD, un des fils de Michel ROCARD, 42 ans, conseiller à son cabinet. Manuel VALLS est naturellement un rocardien dans sa démarche de débarrasser la Gauche d'une pensée marxiste ou trop étatiste. Il faut s'intégrer dans une économie de marché en essayant de donner des résultats de distribution qui soient sociaux. Pour M. Michel ROCARD, le président HOLLANDE a fait un bon choix en nommant M. VALLS premier ministre. Les concepts de «Parler vrai» ou de «Vérité», de M. Manuel VALLS ont bien été empruntés au maître à penser qu’est Michel ROCARD. «Parler vrai. Si j’avais touché des droits d’auteur, ma fortune serait faite», souligne M. Michel ROCARD, dans son livre «Le cœur à l’ouvrage», page 292. Cette expression, née au cours d’un entretien avec Jacques JULLIARD, le 8 janvier 1979, signifie que c’est un devoir moral que de dire la Vérité. Les hommes politiques doivent cesser de mentir. Comme le disait, Pierre MENDES-France (1907-1982), «la vérité guide mes pas». La vérité est au cœur, non pas de l’engagement, il arrive que l’on se trompe, mais des choix de responsabilités, et donc de pouvoirs. On doit assumer ses responsabilités devant le peuple. La grande ambition du Rocardisme c’est non seulement de gagner le pouvoir, mais aussi y rester et réaliser des choses dans une vision réformiste progressiste. Toute la difficulté c’est comment concilier la justice sociale et l’efficacité économique, et donc la pensée libérale ? Toutes les réformes menées, jusqu’ici, semblent avoir négligé cette dimension de justice sociale.

Michel ROCARD est mort le 2 juillet 2016, à l'âge de 85 ans. Il symbolise la modernité, la vérité, l’humanisme et «la fidélité à ses idées et une certaine manière de les incarner» écrit Alain BERGOUNIOUX. Fidèle à sa ligne sur l’anticipation à la réalité politique, il avait déclaré, à titre testamentaire : «Je voudrais laisser comme trace de m’être attaché, non pas au symbole d’être le premier quelque part, mais de n’avoir jamais pris une heure de retard pour faire avancer le pays sur une route qui est longue» dit-il, à TF1, le 28 juin 1990.

Bibliographie sélective :

1 – Contributions de Michel Rocard

ROCARD (Michel) et GARRISSON (Janine), L’art de la paix, Paris, Atlantica, 1997, 80 pages ;

ROCARD (Michel), A l’épreuve des faits, textes politiques, 1979-1985, Paris, Le Seuil, 1986, 219 pages ;

ROCARD (Michel), Aux générations futures, espérant qu’elles nous pardonneront, entretien avec Mathias Thépot, Montrouge, Bayard, 2015, 124 pages ;

ROCARD (Michel), BOLKESTEIN (Fritz) Peut-on réformer la France ?, entretiens avec Bertrand Richard, Paris, éditions Autrement, 2006, 124 pages ;

ROCARD (Michel), Comment la France se réconcilie avec l’excellence, Paris, Librio, 2014, 73 pages ;

ROCARD (Michel), Construire le progrès social, Paris, Syros-Alternatives, 1990, 126 pages ;

ROCARD (Michel), Décoloniser la province, Paris, B. Le Prince, 2013, 143 pages ;

ROCARD (Michel), Des militants du PSU, Paris, Epi, 1971, 224 pages ;

ROCARD (Michel), Eliminer les armes nucléaires, Paris, Odile Jacob, 1997, 287 pages ;

ROCARD (Michel), Ethique et démocratie, Genève, Labor et Fides, 1996, 59 pages ;

ROCARD (Michel), FOURNIER (Jules), Suicide pour l’Occident ou suicide pour l’humanité ?, Paris, Flammarion, 2015, 422 pages ;

ROCARD (Michel), GALLUS (Jacques), L’inflation au coeur, Paris, Gallimard, 1975, 256 pages ;

ROCARD (Michel), GARISSON (Janine), L’Edit de Nante, l’art de la paix, Nantes, Atlantica, 1997, 130 pages ;

ROCARD (Michel), JAUMONT (Bernard), LENEGRE (Daniel), Marché commun contre l’Europe, Paris, Seuil, 1973, pages ;

ROCARD (Michel), JUPPE (Alain), La politique telle qu’elle meurt de ne pas être, un débat conduit par Bernard Guetta, Paris, J’ai Lu, 2011, 250 pages ;

ROCARD (Michel), La Gauche n’a plus le droit à l’erreur, Paris, Flammarion, 2012, 367 pages ;

ROCARD (Michel), La Nation et son école, Paris, Service d’information et de diffusion, 1991, 53 pages ;

ROCARD (Michel), La Nation, l’Europe, le monde, Paris, éditions de l’Atelier, éditions Ouvrières, 1995, 112 pages ;

ROCARD (Michel), La politique ça vous regarde, Paris, Gallimard, Jeunesse Giboulées, 2012, 117 pages ;

ROCARD (Michel), Le cœur à l’ouvrage, Paris, Odile Jacob, 1987, 352 pages ;

ROCARD (Michel), Le français, langue des droits de l’homme, Paris, Paroles de l’Aube, 1998, 61 pages ;

ROCARD (Michel), Le PSU et l’avenir socialiste de la France, Paris, Seuil, 1969, 189 pages ;

ROCARD (Michel), Les moyens de s’en sortir, Paris, Le Seuil, 1996, 272 pages ;

ROCARD (Michel), Mémoire vivante, entretiens avec Judith Weintraub, Paris, Flammarion, 2001, 372 pages ;

ROCARD (Michel), Mes idées pour demain, Paris, Odile Jacob, 2000, 270 pages ;

ROCARD (Michel), Michel Rocard vous parle, Palais Bourbon, textes réunis et présentés par Tristan Mage, Paris, T. Mage, 1988, 1969 à nos jours, vol 1, 211 pages ; 1989, 1972 à 1980, 2ème vol 241-518 ; 1981, 3ème vol, 537-1043 ; 1982, vol 4, pages 1064-1369 ; 1983, vol 5, pages 1391-1662 ; 1984-87, vol 6, pages 1683-2240 ;

ROCARD (Michel), Michel Rocard, entretiens avec Judith Waintrub, Paris, Flammarion, 2001, 279 pages ;

ROCARD (Michel), Oui, à la Turquie, Paris, Hachette littératures, 2009, 154 pages ;

ROCARD (Michel), Parler vrai, textes politiques (1966-1979), précédé d’une préface et d’un entretien avec Jacques Julliard, Paris, Le Seuil, 1979, 169 pages ;

ROCARD (Michel), Pour une autre Afrique, Paris, Flammarion, 2001, 137 pages ;

ROCARD (Michel), Question à l’Etat socialiste, Paris, Stock, 1972, 187 pages ;

ROCARD (Michel), Réponse pour demain, Paris, Syros Alternatives, 1988, 279 pages ;

ROCARD (Michel), Si cela vous amuse : chroniques de mes faits et méfaits, Paris, Flammarion, 2010, 577 pages ;

ROCARD (Michel), Si la Gauche savait, entretiens avec Georges-Marc BENAMOU, Paris, Robert Laffont, 2005, 372 pages ;

ROCARD (Michel), Un député : pourquoi faire ?, Paris, Syros, 1973, 90 pages ;

ROCARD (Michel), Un pays comme le nôtre (textes politiques, 1986-1989), Paris, Le Seuil, 1989, 283 pages.

2 – Critiques de Michel Rocard

ANDREANI (Jean-Louis), Le Mystère Rocard, Paris, Laffont, 1993, 732 pages ;

BEDAI (Jean-Pierre), LIEGEOIS (Jean-Pierre), L’eau et le feu, Mitterrand - Rocard, histoire d’une longue rivalité, Paris, Grasset, 1990, 394 pages ;

BERGOUNIOUX (Alain), MERLE (Jean-François), Le rocardisme : devoir d’inventaire, Paris, Seuil,  2018, 299 pages ;

DIBOUT (Patrick), «Décoloniser la province», Critique socialiste, février et mars 1981, pages 67-89 ;

DIBOUT (Patrick), Le PSU et l’Etat jacobin, Mémoire DEA, études politiques, sous la direction de Y. Mény, Rennes I, 1976,  216 pages ;

DUCLERT (Vincent), «La deuxième gauche», Histoire des Gauches en France, 2005, pages 175-189 ;

EVIN (Khatleen), Michel Rocard : ou l’art du possible, Paris, J-C Simoen, 1979, 243 pages ;

Fondation Jean Jaurès, Rêveur réaliste, réformiste radical, Michel Rocard, préface d’Alain Bergounioux, Paris, Fondation Jean Jaurès, 2015, 33 pages ;

FULLA (Mathieu), «Michel Rocard et l’économie : itinéraire d’un social-démocrate français», L’économie politique, 2017 (1) n°73, pages 21-36 ;

GALLEMAND (Florence), «La politique rocardienne de modernisation administrative», in CURAPP, La gouvernementalité : de la critique de l’Etat, aux technologies du pouvoir,  Paris, PUF, 1996, pages 227-246 ;

GEORGI (Frank), «Un socialisme autogestionnaire aux couleurs de la France ?», in Noëlline CASTAGNEZ et Gilles MORIN, éditeurs, Le Parti socialiste, d’Epinay à l’Elysée, 1971-1981, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2015, 360 pages, spéc pages 277-291 ; 

GRAVIER (Jean-François), Paris et le désert français, Paris, Le Portulan, 1947 et Flammarion 1958, 420 pages ;

GUIGO (Pierre-Emmanuel), «La rose et le souffre : Michel Rocard et le PS, entre subversion et banalisation», Parlements, revue d’histoire politique, 2016 (1) n°23, pages 43-60 ;

GUIGO (Pierre-Emmanuel), «Michel Rocard ou la communication marginale», Histoire et politique, 2013 (3) n°21, pages 140-154 ;

HAMON (Hervé) et ROTMAN (Patrick), L’effet Rocard, Paris, Stock, 1980, 365 pages ;

HAMON (Hervé) et ROTMAN (Patrick), La deuxième gauche, histoire intellectuelle et politique de la CFDT, Paris, Ramsay, 1982, 447 pages ;

HUCHON (Jean-Paul), PANON (Xavier), C’était Michel Rocard, Paris, L’Archipel, 2017, 317 pages ;

ROCARD (Yves), Mémoires, sans concession, Paris, Bernard Grasset, 1988, 302  pages ;

ROMAN (Joël), «Michel Rocard, une force de conviction», Esprits, septembre 2016 (9) pages 27-30 ;

ROSANVALLON (Pierre), L’âge de l’autogestion, ou la politique au poste de commandement, Paris, Seuil, 1976, 187 pages ;

ROSANVALLON (Pierre), VIVERET (Patrick), Pour une nouvelle culture politique, Paris, Seuil, 1977, 154 pages ;

SCHNEIDER (Robert), La haine tranquille, Paris, Points, 1993, 274  pages ;

SCHNEIDER (Robert), Michel Rocard, Paris, Stock, 1987, 309  pages.

Paris, le 2 juillet mai 2016, actualisé le 1er août 2018, par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

«Michel ROCARD (1930-2016), militant socialiste réformiste du parler vrai, tiers-mondiste et théoricien de la Deuxième Gauche», par M. Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/
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