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  • : Le blog de BA Amadou Bal, Paris 19ème ISSN 2555-3003 (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE France B.N.F GALLICA. Http://baamadou.overblog.fr/
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11 mai 2014 7 11 /05 /mai /2014 10:15

Le 10 mai 1981 dès qu’ELKABBACH, avec une mine renfrognée et défaite, annonce la victoire de François MITTERRAND à la télévision, on a tous exulté « on a gagné ! ». Je suis allé, avec mes amis, à la place de la Bastille. Pour la première fois, depuis l’avènement de la 5ème République, on assistait à l’alternance. Les Communistes, tant redoutés en plein guerre froide, allaient gouverner avec les Socialistes. Première élément de rupture, à la place de la Bastille ce soir du 10 mai, un député communiste de l’Essonne, Pierre JUQUIN, monte à la tribune, ivre de joie et fait l’éloge de MITTERRAND. C'est une violente tornade, vers 3 h 30 qui nous a chassés de la Place de la Bastille. Pendant la marche vers mon domicile à la rue des Boulangers, à quelques 20 minutes de la Place de la Bastille, j'ai savouré, sans limites, cet instant magique de bonheur. Parfois, certains moments fugaces, mais intenses, sont logés, durablement, dans votre mémoire, et résument toute une situation.

Dès le lendemain, un camion débarque des caisses de champagne au métro Luxembourg. Les passants et les touristes qui n’y comprenaient rien, s’en donnent à cœur joie. Au restaurant universitaire à Mazet, avec les jeunesses socialistes, on perturbe le repas de midi, en entonnant encore «on a gagné».

Ce 21 mai 1981, j’arrive très tôt à la rue Soufflot, pour pouvoir apercevoir François MITTERRAND qui venait déposer recueillir sur les tombes de Jean Jaurès, du résistant Jean Moulin et de Victor Schoelcher qui a participé à l'abolition de l'esclavage en France. L’affluence de la foule et la dureté du service d’ordre sont tels que je suis rejeté loin de l’itinéraire du nouveau président. Je suis même tombé, sans être piétiné par cette foule délirante. Mais j’ai entendu, l’orchestre de Paris, entonner l'Hymne à la joie. C’est grâce à la caméra de mon ami, Serge Moati, que j’ai apprécie, par la suite, à la TV, cette cérémonie. J’étais là pour participer à cette immense joie que je n’avais pas ressentie depuis longtemps. Traditionnellement, les Parisiens sont méfiants, distants et peu exubérants. Et les voila qui se lâchent, vous saluent et même vous embrassent. Moi aussi, j’en ai profité pour embrasser quelques unes. Cette liesse et ambiance fraternelles, je les ai ressenties également lors du Bicentenaire de la Révolution en 1989. Et de nouveau, avec les jeunes socialistes on s’est lâché «on a gagné».

33 années après, je me pose encore cette question : Mais, au fait, en temps que citoyen français d’origine sénégalaise, qu’avons-nous exactement gagné ?

Au cœur de la campagne électorale de François MITTERRAND, il y avait l’espoir de «changer la vie».

Nous avons gagné la liberté. Les générations actuelles issues de l’immigration n’imagent pas combien la Droite, et son représentant de l’époque, M. GISCARD-D’ESTAING, a été dure avec nous. La loi sécurité et liberté permettait des contrôles au faciès et à moindre incartade, vous êtes humilié, menotté et mis dans le panier à salade. Ainsi, un matin, habitant à l’époque à le rue des Boulangers, dans le 5ème arrondissement, et me rendant, en courant à ma faculté à la place du Panthéon, j’étais en retard, la police m’interpelle : «Pourquoi tu cours ? Ta carte de séjour». Oui, pour eux un Noir qui court ce n’est être qu’un voleur et un clandestin. Je réponds à l’agent que j’en ai pas. Menotté et jeté dans la camionnette, je me retrouve au commissariat, tout près du Boulevard Saint-Germain. L’officier de police de garde me toise : «alors tu n’as pas de séjour, tu vas te retrouver dans ton pays». Je lui réponds que, citoyen français, mon pays n’est pas loin, et je n’ai donc pas de carte de séjour. J’étais quand même en retard à mon cours à la faculté de droit. Moi, le paresseux, il fallait remonter la Montagne Sainte-Geneviève. Quant aux étudiants étrangers, les retraits de carte de séjour arbitraires étaient fréquents. On a fondé une association de défense des étudiants étrangers, INTERCAPA. J’ai prié, à Sainte-Geneviève, la patronne de Paris, que ces vexations puissent cesser, un jour, avec la victoire de la Gauche. MITTERRAND a abrogé la loi sécurité et liberté, et régularisé tous les étrangers qui avaient un contrat de travail.

En termes de liberté, on avait à l’époque que des radios et télévisions d’Etat. Comme le disait Georges POMPIDOU, très conservateur, «l’ORTF c’est la voie de la France». MITTERRAND a libéré les ondes. Les radios et télévisions privées qui foisonnent, actuellement, c’est l’héritage de 1981. L’homosexualité était un délit. Comme si l’Amour pouvait représenter un grave danger pour l’ordre public.

Ce qu’on a tous gagné, c’est l’introduction dans la société de valeur humanistes et d’équité, porteuses de rénovation de la société. La peine de mort a été abolie. J’ai pu approcher, de très près Robert BADINTER, lors du centenaire du Parti socialiste à la Très Grande Bibliothèque de François MITTERRAND. Je lui ai serré la main. Je lui ai dit simplement «merci». Jean AUROUX que j’ai rencontré au congrès du Comité National d’Action sociale, à Toulouse, nous a expliqué, qu’avant 1981, la citoyenneté s’arrêtait à la porte de l’entreprise. MITTERRAND a restitué aux travailleurs leur dignité et leurs droits légitimes. Anicet le PORS, un excellent ministre communiste, nous a brillamment exposé en 2003, lors du trentenaire de la loi de 1983, sur le statut de la fonction publique, en quoi la Gauche, contrairement à une idée reçue, a remis à l’honneur le service public. La Droite n’a pas osé abroger les 35 heures qui sont devenues un acquis majeur de notre temps. La Fête de la Musique a été institutionnalisée en Europe. La Gauche c'est avant tout un projet culturel.

Avec François MITTERRAND nous avons gagné l’idée que la Gauche est aussi légitime que la Droite à gouverner la France. Pendant longtemps, la Droite, se fondant sur les expériences du passé, brossait un procès en incompétence de la Gauche. Après deux échecs de MITTERRAND à la présidentielle (1965 et 1974), certains conservateurs croyaient que la Droite serait encore installée au pouvoir pour 150 ans. A la veille du 1er tour des présidentielles de 1981, le FIGARO, titrait que si la Gauche gagnait, les chars russes allaient défiler sur les Champs-Elysées. Avec le programme de nationalisations, les maisons durement, acquises, allaient être confisquées. Les 4 Ministres communistes se sont révélés très compétents. Le peuple français n'a pas tremblé. Il est entré dans l'espérance et dans l'espoir de changer la vie.

Comme «Tonton», je crois aux forces de l’esprit. C’est plein de reconnaissance et de gratitude, que je remercie François MITTERRAND de tous ces bienfaits, dont la liste est loin d’être exhaustive. Je prie pour le repos de son âme et que cet esprit de tolérance, de justice, d’égalité et de fraternité, de mai 1981, puisse encore durer des siècles et des siècles.

Au pouvoir la Gauche a souvent oscillé entre «l’ambition et le remords», en référence à un remarquable ouvrage d’Alain BERGOUNIOUX et Gérard GRUNBERG. En dépit de ces belles conquêtes qui ont changé notre vie, il y a eu des rendez-vous manqués. Dès 1983, la rigueur a provoqué de fortes désillusions et l’apparition, durablement, du Front National sur la scène politique. Une forme de «Gauche caviar», déférente aux puissances de l’argent, a conduit à la mort, fort injuste, en 1993, de Pierre BEREGOVOY, dont je salue la mémoire. Auparavant, au congrès de CRETEIL du 24 janvier 1981, lors de la désignation de François MITTERRAND comme candidat du PS, et avec les jeunesses socialistes, on avait applaudi à tout rompre, à la proposition sur le droit de vote des étrangers aux élections locales. Aujourd’hui, les Bulgares et les Polonais, sans attaches solides avec la France et sans maîtrise de la langue française, ont un droit de vote. Mais nos parents qui résident dans ce pays depuis des générations, continuent d’être victimes d’une Apartheid qui ne dit pas son nom. En 2012, la Gauche avait tous les pouvoirs, y compris au Sénat, mais le droit de vote des étrangers a été remis aux calendes grecques.

En dépit de ces sérieuses réserves, qui appellent des mesures de correction, sans délai, je crois fondamentalement aux valeurs républicaines et socialistes, pour une société plus fraternelle et plus juste. Entre le 21 mail 1981, à l'assaut du Panthéon pour changer la vie, et le 21 avril 2002, où j'entends, depuis lors et sans cesse, les trompettes de la peste brune résonner, je me suis dit où est l'héritage de François MITTERRAND ?

M. Lionel JOSPIN, un remarquable Premier Ministre, a diminué le chômage, équilibré les comptes, et mis en œuvre des réformes de progrès, comme la parité. M. JOSPIN a corrigé les dérives de cette «Gauche caviar». Protestant et rigoriste, M JOSPIN a introduit de grandes valeurs morales dans la politique. Il fait ce qu’il dit. Il dit ce qu’il fait. Comme le dirait Amadou Hampâté BA, "L'homme c'est sa parole. La parole est l'Homme". Je regrette très profondément le coup du sort du 21 avril 2002, et surtout cette fierté mal placée de sortir définitivement du jeu politique.

DSK est un réformiste compétent et brillant universitaire, mais il a choisi de mener une vie de bâtons de chaise. Tant pis pour lui et pour la France.


Un autre François, M. HOLLANDE, est un homme honnête qui a engagé une bataille très difficile, celle de l’équilibre des comptes publics. Mais ces efforts douloureux ne sont pas acceptables que s’ils sont suivis de résultats substantiels et tangibles, en termes d'emploi, de pouvoir d'achat et de bien-être de chacun. Les aides consenties aux entreprises ne sont légitimes qui elles contribuent à créer de la richesse nationale, et surtout de l’emploi. L’aide à la spéculation boursière doit être condamnée, sans réserve.

Le Socialisme auquel je crois, c’est celui de la défense des valeurs républicaines d’égalité de justice, de fraternité, de démocratie et de dignité de l’homme. Le progrès économique n’a de sens que si l’humain est placé au cœur du projet de société. «L’Homme est la mesure de toute chose», disait un ancien grec, PROTAGORAS.

Paris le 10 mai 2014. M. BA Amadou http://baamadou.over-blog.fr/

François MITTERRAND, le 21 avril 1981 au Panthéon. I was there.

François MITTERRAND, le 21 avril 1981 au Panthéon. I was there.

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